La Catalaunie dans tous ses états

• 14/05/2017 - Conte d'apothicaire

Conte d’apothicaire

 

      La veuve Theuveny avait vite séché ses larmes et rangé ses mouchoirs en dentelle. Son apothicaire de mari lui avait laissé une épicerie et deux serviteurs. Sa maladie, qui l’avait emporté rapidement, ne lui avait pas donné le temps de régler ses affaires en faisant passer l’examen d’apothicaire à son second. Selon les règles de la confrérie des apothicaires-épiciers de Chaalons, la veuve pouvait tenir boutique avec un « serviteur suffisant » examiné par les maîtres jurés. Si elle avait eu un enfant en âge d’exercer celui-ci n’aurait eu qu’à montrer qu’il était capable d’élaborer une composition à usage interne. N’en ayant pas, elle devait à tout prix faire venir les maîtres jurés pour vérifier les connaissances d’un de ses serviteurs si elle voulait poursuivre le commerce de son défunt mari.  

      La veuve Theuveny avait jeté son dévolu sur le plus jeune, Odilon, un beau garçon de 18 ans. Grand, mince, une belle chevelure blonde bouclée, des yeux clairs et des lèvres charnues qui, lorsqu’elles s’ouvraient sur un sourire, la mettait aux anges. Comme c’était un garçon de joyeuse humeur, la veuve était toujours aux 400 coups : des bouffées de chaleur lui montaient au visage, ses mains se mettaient à trembler et elle en perdait l’usage de la parole. Avant le décès de son mari, elle avait bien remarqué sa fraicheur, sa peau de lait et sa gaité mais, comme elle restait assez souvent dans son intérieur à l’étage et ne descendait que quelques heures par jour, son béguin n’avait pas pris l’ampleur qu’il avait depuis qu’elle était toute la journée dans l’échoppe (elle avait une autorisation provisoire d’exercer pendant trois mois). Elle l’entourait de mille prévenances, elle lui épargnait le nettoyage du sol et des bocaux, pilons, creusets, fioles et autres récipients. Elle avait le projet de lui faire passer l’examen puis de l’épouser. Le jeune homme, dans l’insouciance de la jeunesse, n’avait pas remarqué l’état dans lequel il mettait sa patronne. Et il appréciait le traitement de faveur sans y voir malice. D’autant plus que lorsqu’il lui demandait à partir plutôt, elle ne savait pas dire non face à son sourire d’ange, d’ailleurs elle en restait bouche bée et il en profitait pour sortir, laissant les tâches ingrates à son collègue, Bertin, qui regrettait amèrement son ancien maître.

      Odilon quittait la rue de Vaux plein d’insouciance et s’en allait vers la place du marché au blé animée par des marchands de draps et des paysans qui s’attardaient car les ventes n’étaient pas achevées et les ballots et les bêtes pas encore enlevés. Il la traversait et entrait à l’hostellerie à l’enseigne du Pot d’Etain où travaillait sa promise. Il avait quitté une ambiance calme où fleuraient bon les essences et se retrouvait, soudain, dès l’entrée, dans le brouhaha d’hommes qui mangeaient, buvaient, rotaient, parlaient à haute voix et riaient à gorge déployée dans des fumets de viandes grillées et la chaleur de la cheminée où rôtissait toujours un porcelet ou un agneau. Les paysans dépensaient quelques sols avant de s’en retourner. Ils avaient vendu du blé ou de la laine et buvaient une chopine pour fêter cela. Si les affaires n’étaient pas bonnes, ils buvaient pour oublier tous les efforts qu’il faudrait à nouveau mettre en œuvre dès le lendemain pour survivre. Ils taquinaient la jolie servante qui tourbillonnait entre les longues tablées, ils lui lançaient un compliment qui faisait rosir ses joues, ils essayaient de lui défaire le nœud de son tablier alors qu’elle s’esquivait. Et le jeune apprenti épicier les regardait en souriant, heureux dans cette ambiance bruyante. Il attendait jusqu’à la nuit que la jeune fille ait terminé tout en discutant ou jouant aux cartes. Lorsqu’enfin elle retirait son tablier, ils sortaient sur la place et couraient jusqu’à la rue de l’Olifant et là, à l’abri des regards, ils s’embrassaient. Ils se juraient fidélité. Parfois des amis les retrouvaient et ils allaient dans une taverne jouer au jeu de biribi ou autre. La vie était ainsi, dure mais belle et légère aussi lorsqu’on s’aime.

      Le matin, Odilon retrouvait l’épicerie, située au chevet de l’église Notre-Dame. Ce n’était pas une vulgaire échoppe faite de torchis et soutenue par des pans de bois mais une maison construite de briques et de carreaux de craie harmonieusement appareillés, surmontée d’un logement que le père de feu sieur Theuveny avait fait construire au début du XVIIème siècle. L’intérieur de la boutique respirait la tranquillité d’un commerce bourgeois : les meubles en bois sombre et les nombreux pots  sur les étagères, les poisons, drogues et venins enfermés sous clé derrière un grillage ; le mélange de senteurs qui variait selon les mixtures que Bertin composait ; la réserve des gens appliqués dans leur tâche. Odilon apprenait à préparer les simples, les onguents, les confis et les chandelles sous les ordres de Bertin. Celui-ci ne pouvait se glorifier du nom de maître apothicaire bien qu’il sache faire un désuçer rosarum de Mesué, un électuaire diacarthame d’Arnould, un électuaire lénitif de Bauderon ou bien un onguent résumptif, un emplâtre gratia Dei, un emplâtre pro fracturis et dislocatione ossium et bien d’autres compositions encore. Il connaissait également suffisamment de latin pour comprendre les ordonnances et les livres de pharmacie. Il distillait son enseignement à son apprenti d’un air renfrogné et du bout des lèvres. La nouvelle répartition des tâches le faisait soupçonner sa patronne d’avoir des vues sur le jeunot et il s’imaginait mal en devenir son serviteur lorsque celui-ci aurait épousé la veuve Theuveny. Que gagnait-il à lui enseigner ce qu’il savait ? Devenir maître apothicaire, voilà ce qu’il voulait. Epouser la douairière était envisageable pour consolider sa situation, bénéficier d’un bon revenu et jouir de la respectabilité des commerçants. D’ailleurs elle n’était point trop vilaine : elle avait un visage rond, ses yeux, deux billes foncées inexpressives, ses traits n’avaient rien de particulier, son nez était long et pointu, ses lèvres minces et sans couleur. Elle était plutôt gironde et avait dans les 35 ans.

      Bertin essaya de pousser son avantage lors de la Saint-Luc, la fête des apothicaires. Il y a une grande messe, sans procession, à 9h30, au couvent des Cordeliers, suivie d’un repas. Cette année-là, c’était au tour du maître apothicaire Theuveny de fournir 6 cierges et un pain béni pour la messe. Le serviteur mit alors tout son savoir pour réaliser de beaux cierges de cire jaune de 4 onces. La veuve ouvrit son logis aux confrères de son défunt mari et fournit, comme il se doit, le festin : pain, vin et viandes. Malheureusement pour lui, n’étant pas maître apothicaire, Bertin ne put y assister. Mais à 3h, il rejoignit la confrérie à l’église pour les vêpres et se rendit le lendemain, à 8h, à l’obit dit pour les maîtres décédés. Il se sentait déjà un peu des leurs, enfin il espérait…

      Les jours passaient, Bertin rongeait son frein car la veuve ne prenait pas de décision. En effet celui qui faisait palpiter le cœur de Dame Theuveny et vibrer son âme n’avait pas les 5 années d’expérience requises par la confrérie pour passer l’examen et devenir maître apothicaire. Elle devrait donc épouser Bertin. Ce n’était pas qu’il était plus laid que feu son mari mais il lui déplaisait : il avait une longue figure, un toupet de cheveux roux, de larges mains et de grands pieds. Il souriait rarement et encore moins souvent maintenant qu’elle le cantonnait à des tâches subalternes. Il n’y en avait que pour le blondinet et cette situation agaçait Bertin. Mais il ne pouvait pas quitter l’épicerie car la solidarité au sein de la confrérie n’était pas un vain mot et aucun autre épicier ne l’aurait embauché. Alors la veuve imagina d’acquérir une lettre de maîtrise qui évite de passer les épreuves. Mais à Chaalons, personne n’osait en acheter par peur de la corporation qui voyait ce commerce de titres d’un mauvais œil. Elle ne brava pas la confrérie.

      Enfin une occasion se présenta à Bertin de montrer ses talents, de sauver la réputation de la veuve et de l’obliger à prendre une décision. Les maîtres apothicaires étaient surveillés de près. En effet, les maîtres jurés de la corporation visitaient, accompagnés d’un sergent du bailliage, les boutiques des maîtres apothicaires et épiciers pour vérifier qu’aucune drogue tant simple que composée, ne soit mise en vente au préjudice de l’intérêt public sous peine d’amendes. Ils contrôlaient également le statut du marchand car il faut être maître pour vendre et débiter des marchandises, drogues et épices, poudres et autres qui entrent dans le corps humain.

      Un beau matin se présenta à l’épicerie une bourgeoise. Le médecin avait fait une prescription de simples. La veuve Theuveny demanda à Odilon, le visage enflammé par l’exaltation et avec mille minauderies, de préparer la mixture alors que Bertin commençait à sortir les bocaux. Celui-ci voyant cela, remisa les bocaux. Le sourire aux lèvres, ravi de la confiance que lui témoignait la veuve, et sans forfanterie, Odilon choisit sur les étagères de beaux pots de faïence sur lesquels étaient écrits les noms en latin des simples et les ouvrit. Il pesa, écrasa, dosa et mit le tout dans un morceau de papier, qu’il ferma, ficela et cacheta avec de la cire rouge au sceau de l’apothicaire. La bourgeoise surveillait tous ses gestes, inquiète par sa jeunesse. Elle aurait préféré que ce soit Bertin qui s’occupe de sa médecine. Celui-ci remplissait des bocaux sans s’occuper de ce qui se passait. Odilon donna le petit paquet à la dame et lui dit la posologie. Son large sourire la charma. Le lendemain, un serviteur de la bourgeoise en question vint précipitamment à l’épicerie dire que sa maîtresse avait des maux de ventre atroces, qu’elle était beaucoup plus mal qu’hier et qu’elle allait porter plainte auprès de la confrérie. La veuve bien ennuyée, se tourna vers Bertin qui ne disait mot et continuait de trier des graines de pavots. Elle pensa à la bourgeoise empoisonnée mais aussi et surtout à son commerce...

 

Source : Une plaque de cuivre gravée par Varin a été trouvée au fond d’un canal à Châlons pour 4 étiquettes destinées à un apothicaire nommé Theuveny.

  La suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com   

  

 



[1] Par un édit de 1467, apothicaires et épiciers châlonnais forment une seule corporation. Souvent ils exercent les deux commerces, et même celui de la cire. Mais certains sont épiciers simples. Des merciers vendent aussi de l’épicerie. En 1777, les deux professions d’épicier et apothicaire se séparent.

[2] Histoire de la corporation des apothicaires-épiciers de Châlons de Louis Grignon dans la Revue de Champagne et de Brie tome 15, 1883

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 14/05/2017 - Une truie au gibet

Une truie au gibet

  

         Un cavalier vient de la place du marché au blé et se dirige vers le pont de Putte-Savatte. Il s’agit sûrement d’un noble car il est bien habillé. Sous son manteau bordé de gris, on aperçoit un col brodé sortant d’un pourpoint en velours noir avec des crevées, des chausses et bas de chausses foncés, une épée glissée dans les pendants de sa ceinture. Il porte gants et chaussures patte-d’ours en cuir et à taillades et, comme couvre-chef, une toque plate en velours avec plumet. Il s’avance dans la rue. Du haut de son cheval il ne fait pas attention aux piétons qui essaient de ne pas glisser dans la fange. Il talonne sa monture pour avancer au plus vite dans ces rues boueuses, peu larges et biscornues, encombrées par l’avancée des auvents des échoppes, dont les enseignes signalent le métier des artisans, et l’encorbellement des maisons. Il ne voit plus ces maisons de torchis à pans de bois, étroites, à une ou deux fenêtres, serrées les unes contre les autres, les poules, les pourceaux, les chiens qui pataugent dans le ruisseau d’eaux sales à la recherche de nourriture. Il essaie de se frayer un chemin au milieu des gens, des étals des artisans qui débordent sur la rue, des marchands ambulants qui proposent aux passants poêlons de tripes, pâtés de viandes, écrevisses, tortues, saucisses, gaufres ou petits gâteaux.

       Soudain, on entend un hurlement. Le cheval hennit, se cabre. Le cavalier, après avoir remis sa monture sur ses quatre jambes, s’arrête et essaie de voir d’où vient le cri. Il voit les gens se diriger tous dans la même direction et les suit. Il manie son épée pour écarter les badauds qui s’écrient « faites place, c’est le vidame ». Il s’approche. Une femme hurlant tient à la main un bébé déchiqueté. Le cavalier descend de son cheval. Un homme crie en pointant le doigt : « c’est elle ! ». Le vidame se retourne pour voir qui l’homme désigne. Une truie ! La bête regarde la scène sans broncher, pas même apeurée, habituée à vivre au milieu du bruit de la ville et des hommes en mouvement. On la saisit aussitôt par la queue et par la tête pour être sûr qu’elle ne s’enfuira pas. Elle se met à couiner. Le vidame dit aux trois hommes qui la retiennent d’amener la truie meurtrière à la prison et remonte à cheval. Il se rend aussitôt au siège de la justice criminelle. Les officiers de justice prévenus, arrivent sur les lieux pour prendre les informations requises et la déposition des témoins de la scène, la mère n’étant pas en état de répondre aux questions.

    « La Grande Béraude l’était en train de vendre des casse-musiaux[1] quand c’est-y arrivé, dit un homme grand et maigre, tenant nerveusement son chapeau à la main.

- Elle avait posé le p’tiot par terre, près de l’étal du cordonnier, enchérit une marchande bien en chair, la robe alourdit par des fruits emballés dans un pli du vêtement.

- Sans doute la truie l’a été attirée par l’odeur des gâtiaux, le panier l’était mis à côté de l’infant. La bête l’aura pas fait la différence, ajouta une petite vieille la bouche édentée.

- Pour sûr, répliqua l’homme qui remit son chapeau et fit mine de partir.

- C’est fini ? demandèrent les deux autres aux officiers de justice.

- Non. Qui est le propriétaire de ce pourceau ?

- Le Valot de la rue de l’Olican.

- Il nous faut aussi vos noms.

- Moi, c’est Pascalin Le Gros.

- Jacquemillette, fille de Martin, le tanneur ;

- Masceline, veuve du Gerber, de la bassinerie.

       Les officiers s’en retournent au siège et là, notent les témoignages.

      Les habitants, vite au fait de l’événement, discutent un moment de l’affaire : « C’est pas la première fois ni la dernière mais qu’est-ce que j’y pouvons ? » Puis ils finissent par retourner à leurs tâches quotidiennes, à emprunter ces rues malodorantes, pleines d’immondices, à laisser vagabonder leurs volailles et porcs, à laisser jouer leurs enfants dans ce cloaque.

    Le procureur convoque les témoins pour les écouter et vu leurs dépositions affirmatives concernant le fait imputé à l’accusée, constate par lui-même la vérité. Le fait étant bien établi, il qualifie la nature du délit : homicide. Il requiert alors la mise en accusation de l’inculpée. Un officier de la justice se rend à la prison dans l’hôpital du Saint-Esprit [2]. Un gardien muni d’un gros trousseau de clés lui ouvre la lourde porte qui mène aux cachots. L’officier demande à voir la truie. Tenue par trois hommes, la bête, affamée, arrive en couinant. On lui donne quelques épluchures pour la calmer. Tout en grognant d’aise, elle se jette dessus et les avale sans croquer. Alors elle aperçoit l’officier et se met à le regarder de ses petits yeux curieux. Sans se départir de sa dignité, il déroule son parchemin et, solennellement, lui lit sa mise en accusation. Ne comprenant pas la gravité de la situation, elle ne réagit pas. Elle a une autre préoccupation : elle attend un supplément de rognures à manger. Mais on lui fait quitter la pièce et elle se remet à crier.

      Le jour du procès, il y a du monde dans la salle d’audience de la juridiction royale. La Grande Béraude est là, au premier rang avec sa marmaille : sept morveux, crasseux, en haillons. Gil le goitreux, Margue la jeune et Margue la vieille, Hernaut le roux sont venus en voisins ; le curé de la paroisse Sainte-Catherine a trouvé à s’assoir près de quelques bourgeois bien mis. Les témoins du meurtre veulent entendre la sentence : Pascalin le gros est venu avec son fils ; la gironde Jacquemillette, habillée de sa plus belle robe, fait une entrée remarquée... 


Source : notamment Histoire de la ville de Châlons sur Marne et ses monuments de  Louis Barbat.

La suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com   



[1] Casse-musiaux n.m. Pâtisserie faite d’une pomme entière enveloppée de pâte brisée, que l’on cuit au four.

[2] Actuel hôtel de ville.

     

Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 28/01/2014 - Les fillettes du prévôt

Les fillettes du prévôt

 

« Oye, oye, bonnes gens ! En l’an de grâce 1436, en ce jour de Saint-Jean-Baptiste, Monseigneur le comte évêque pair de France, Jean de Sarrebruck, ordonne : « pour réparation du grand dérèglement et désordonnement qui pour lors étoit en ostelleries, tavernes, bains et estuves dudit Chaalons sur le fait du péché de corpus et de luxure, et du jeu de dés, feroit défenses par cry général que de là en avant nul tavernier, ostelier, bainneux ou estuveux ne logerait ou hébergerait aucune fillette ou joueur de dés et que ces dites fillettes portassent leurs demeurances hors des rues publiques et communes dudit Chaalons et allassent demeurer en certaines rues détournées dénommées esdites ordonnances et aussi du lieu de bordeau dudit Chaalons et tout sur certaines et grosses peines contenues et déclarées par icelles ordonnances… ».

Perrot Gillot, sur le pas de son logis, situé non loin de la Loge du bailli, voyait le crieur public placé à l’angle de la petite place de l’hospital du Saint-Esprit et de la Grande Rue. Après avoir crié, entouré de quatre gens d’armes, l’officier fendit la foule accourue pour l’entendre et qui commentait la nouvelle sans vouloir quitter les lieux. Il se dirigea vers l’abbatiale Notre Dame afin de crier l’ordonnance à un autre carrefour. Perrot Gillot rentra chez lui et s’installa à sa table. Il avait lui-même pris connaissance de cette ordonnance la veille et depuis n’en dormait plus. La tête posée sur la main, il réfléchissait à ses affaires. Chargé de la police de la ville et de l’exécution des ordonnances de l’évêque, en tant que prévôt, il était en porte-à-faux. Il avait des petits arrangements avec la corporation des filles publiques, autrement dit des fillettes, et pas seulement avec elles. Il en avait également avec certains boulangers dont il ne contrôlait jamais le pain ni ne le taxait et il fermait les yeux s’ils ne respectaient pas la loi. En contrepartie, ils lui versaient quelque somme d’argent. Bien sûr cela arrangeait ses finances mais ne lui rapportait pas autant que les fillettes. Alors que faire maintenant que l’évêque ordonnait leur bannissement hors de la ville ? Il ne pourrait même plus leur soutirer de l’argent lors de la foire, au moment de l’élection de la reine des fillettes ! Aucune ne voulait de ce titre infamant et elles étaient obligées de le payer pour s’en garantir. Vraiment, cette ordonnance, dont le devoir lui commandait de l’exécuter, allait lui faire perdre bien des deniers. Il gagnait 37 sols et 6 deniers tournois à chaque condamnation et autres sommes pour sa fonction et il voulait amasser plus. Il était pourtant déjà riche et puissant en biens meubles et héritages : il possédait mille livres tournois et plus. Décidément il ne pouvait pas abandonner ces rentrées lucratives.

Le même soir, le prévôt fit la tournée des hostelleries. Il commença par l’hostellerie de L’asne-rayé. Contrairement aux autres fois, où ses apparitions dans ces lieux ne perturbaient pas l’ambiance, à peine entré, le silence se fit et les joueurs de dés prirent la poudre d’escampette car tout le monde avait entendu parler de l’ordonnance. Les hommes attablés lâchèrent les filles juchées sur leurs genoux et ne bougèrent plus. Elles, inquiètes, vinrent le voir et lui demandèrent à voix basse ce qu’il comptait faire. Il les chassa de la main et ne leur dit mot. Elles allèrent alors se cacher dans l’ombre de la salle et attendirent. Dès qu’il tourna les talons, la joyeuse compagnie remplit les gobelets et les filles, bien que peu rassurées sur leur sort, s’en retournèrent vers les hommes et les choses reprirent leur cours : conversations bruyantes, chants, jeux et pelotage dans la douce chaleur de la grande cheminée et dans des odeurs de fricots et viandes rôties qui mettaient la galerie de bonne humeur.

 

 

Le lendemain, au petit matin, avant que le crieur n’annonçât dans les rues que les bains étaient chauds : « Seigneurs, venez vous baigner et étuver sans plus attendre... Les bains sont chauds, c’est sans mentir »», Perrot Gillot visita les étuves et les bains publics. Ces hauts lieux d’exercice de ces dames de petite vertu étaient installés près du Mau et du Nau, rue de la Bassinerie, rue du Pont de Putte-Savatte et autres. […]


La suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com 

 
 
 
 
 
 
 
 

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 28/01/2014 - Histoires chaalonnaises drolatiques ou dramatiques

Histoires chaalonnaises

drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Tome 1

 

Editions du Petit Catalaunien Illustré

Décembre 2014

12 euros + frais de port

86 pages ou version pour malvoyants : 112 pages

catalaunien@gmail.com      wwww.catalaunien.net

 

Des articles de presse et des documents d'archives sont à l'origine de ces histoires qui se déroulent dans le Châlons-en-Champagne du Moyen Age, du XVI ou du XVII ème siècle. L'histoire de la ville tisse la toile de fond de ces récits et l'imagination de l'auteure en comble les lacunes. Qu'ils/elles soient orpheline, berger, apprenti savetier, prévôt, vidame, apothicaire, manouvrier ou assassin, les personnages de ces nouvelles vivent leur vie rencontrant souvent l'Histoire, la Grande Histoire de France.

 

au sommaire :

Une autre histoire de la fille sauvage

Le savetier et la pucelle

Le chien et le mouton

Les fillettes du prévôt

Alfred, le mouton libre

Conte d'apothicaire

Qui a peur du grand méchant loup

L'affaire du pain noué empoisonné

Une truie au gibet

Ysabeau de Chaalons

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 26/01/2014 - Une autres histoire de la fille sauvage

Une autre histoire de la fille sauvage

 

Mon bien cher frère,

Nous voici enfin installés dans cette bonne ville de Hollande où tout est calme et policé. Mon époux, Monsieur l’Ambassadeur, est rarement présent et comme vous pouvez l’imaginer, je m’ennuie. Je songe souvent à votre Champaigne et aimerais avoir de vos nouvelles. Que se passe-t-il là-bas ? Des choses extraordinaires paraît-il ! Je viens de lire dans Le Mercure de France qu’on a trouvé sur le haut d’un arbre fort élevé, dans un cimetière, près de Vitry, une fille sauvage d’environ dix-huit ans. On dit qu’elle ne se nourrit que de feuilles d’ormes, de grenouilles et de chair crue qu’elle dévore avec avidité. Je suis pleine de curiosité pour cette histoire. Pouvez-vous m’en dire plus ? D’où vient-elle ? Que faisait-elle dans la forêt ? Etait-elle seule ? Bref, apportez-moi tous les détails qui alimenteront mon imagination et m’aideront à passer le temps.

Votre attentionnée,

Adélaïde

La Haye

Le 2 novembre 1731

*****

Chaalons, le 10 novembre 1731

Intendance de Champaigne

 

Ma bien chère sœur,

Pour assouvir votre curiosité je vais vous raconter ce que j’ai ouï dire au sujet de cette fille sauvage. Croyez-moi, il y  a plusieurs versions de cette histoire et j’ai eu du mal à rassembler des renseignements cohérents. Pour votre plaisir, j’ai récupéré tous les éléments intéressants. Je me suis pris au jeu de cette reconstitution et j’ai écrit ce récit pour vous réjouir et combler votre ennui.

Dans la soirée du 8 septembre 1731, un berger, qui rassemblait son troupeau de moutons près de Songy, aperçut un drôle d’animal perché dans un arbre. Intrigué par cette bête dont il distinguait mal les formes, il s’approcha. Là, à travers les feuilles, il vit deux yeux dans un visage brun, entouré d’un poil hirsute, qui ressemblait à celui d’un humain. Ces yeux le fixèrent un moment puis disparurent. Il eut le temps de voir deux bras et deux jambes monter de branche en branche. Le berger avait entendu dire que l’avant-veille, une drôle bête avait été vue près du cimetière et qu’on avait tiré dessus. Elle mangeait des pommes perchée dans un arbre. Les domestiques du château avaient aussi raconté qu’un gros chien avait eu le crâne fracassé par ce même être muni d’un gros morceau de bois.

la suite dans :

Histoires Chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

12 euros + port

86 pages ou version malvoyants : 112 pages

www.catalaunien.net

mailto:catalaunien@orange.fr

 

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 26/01/2014 - Le savetier et la pucelle

Le savetier et la pucelle

 

Le jeune savetier est à peine entré dans l’échoppe que Maître Jacquemet le gourmande : « Qu’as-tu donc fait malheureux ! » Tout en mettant son tablier, Colin l’interroge du regard.

« Tu fréquentes la fille de ce gredin d’Eloy Peuthomme ? »

L’apprenti, étonné que son maître soit au courant, avoue son crime rien qu’en rougissant. On ne peut pas considérer qu’il fréquente Manon car ses parents ne sont pas au courant de leur inclination mais on peut dire qu’il est amoureux. Lui-même ne s’est pas posé la question. Il est heureux et tout ce qu’il regarde est empreint d’une belle et chaude lumière en cette fin d’hiver pourtant brumeuse.

 

Son maître le regarde d’un air courroucé mais Colin est perdu dans ses pensées. Maître Jacquemet l’attrape par l’épaule et le secoue. Mais au fait, qu’a-t-il dit ? Il a l’air d’attendre une réponse. Alors Colin lui répond ce qui lui passe par la tête et qui lui permettra de se sortir de ce pétrin : « Bien sûr maître. »

Sans perdre de temps, il s’installe sur son escabelle et saisit la botte qu’il avait commencée à recoudre hier. Maître Jacquemet, ébahi par la réponse, a du mal à se persuader qu’il a bien entendu. Voyant son ouvrier à l’œuvre, il retourne à son travail.

 

La matinée se passe en silence, chacun travaillant dans son coin, plongé dans ses réflexions. Parfois Maître Jacquemet lève la tête, regarde son commis et croit percevoir un sourire sur ses lèvres. Voit-il vrai ? Il pense beaucoup de bien de ce jeune savetier et veut le marier à Nicolette, son unique enfant. Il l’a déçu. Il soupire. Ces jeunes inconscients, doit-on faire leur bonheur malgré eux ? Et d’ailleurs qui parle de bonheur ? On se marie parce qu’il faut maintenir ses intérêts et non pas parce qu’on s’aime. Qui parle d’amour ? S’est-il marié par amour, lui ? Le père de Berthe était savetier, lui était apprenti… Colin fera un très bon gendre car il est un apprenti prometteur. Il reprendra l’échoppe ; ainsi sa succession et sa retraite seront assurées. Il est vrai que sa fille n’est pas bien belle, trop maigre, l’œil torve, de grosses lèvres qui l’empêchent de sourire, dirait-on. Un peu le portrait de sa mère… Berthe, il ne l’avait pas choisie, sinon il en aurait pris une plus belle. Il se souvient alors de Marie. Son visage s’éclaire et, les yeux perdus dans ce rêve ancien, ses mains s’arrêtent de travailler. Il revoit sa gracieuse silhouette, son regard bleu comme un ciel d’été, sa blondeur à peine cachée sous son voile… Soudain l’ombre du gigantesque Maître Mahieu, armé d’un tranchet, vient effacer ce tableau : « Va-nu-pieds, vaurien, laisse ma fille tranquille ». Et lui se sauvant par les ruelles comme s’il avait le diable à ses trousses. Puis, il ne vit plus Marie, seulement à la messe du dimanche, aux côtés de sa mère. Peu religieux, il n’y allait rien que pour l’apercevoir, entre deux piliers, à l’église Sainte-Catherine. Puis il dut se faire une raison, après bien des tourments, lorsqu’il sut que le grand Mahieu donnait sa fille à l’Eloy Peuthomme. Les cordonniers avec les cordonniers, les savetiers avec les savetiers, rien n’a changé. Colin, orphelin de mère à sa naissance et fils de feu Maître Jehansson, savetier de son état, qui mourut trop tôt pour passer la main à Colin, doit rester dans sa corporation pour honorer la mémoire de son père. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle il l’avait pris en apprentissage dès son plus jeune âge. L’esprit de confrérie est important. Il n’allait quand même pas le laisser partir chez les cordonniers, même si les gens pensaient que c’était un état plus honorable que la savaterie. Il est vrai que, s’ils ont le monopole du raccommodage, les savetiers ne peuvent confectionner de chaussures qu’en vieux cuir. De plus, les cordonniers exercent sur eux un droit de surveillance très étroit : ils visitent leurs ouvrages et y apposent des marques. Il soupire à nouveau : s’il avait pu épouser Marie…

 

 

Il se remet au travail mais ses pensées continuent à courir. Manon est le portrait de Marie. Je comprends Colin mais… Des pas, qui descendent l’escalier très raide menant des pièces d’habitation au rez-de-chaussée réservé à l’atelier, se font entendre. La tête de Nicolette apparait pour appeler son père et l’apprenti. Les deux hommes montent et s’assoient autour de la table. Berthe sert aussitôt le bouillon de poule. Nicolette pose une assiette de fromage et un gros pain devant eux. Maître Jacquemet réclame du vin que sa fille s’empresse d’apporter.

 

 

 

Rapidement, le savetier et son apprenti quittent le fumet de la cuisine pour retrouver celui du cuir. Même vieux, ce cuir, ce cordouan, sent bon. Il a cette odeur chaleureuse qui, lorsque Colin ferme les yeux, le ramène dans l’atelier de son père. Il le revoit ranger ses outils chaque soir, le tas des cuirs à réutiliser au fond de l’atelier et, sur l’étagère, les guêtres, les demi-bottes, les bottes, les bottines avec leur pointe relevée qui attendent des soins. L’échoppe de Maître Jacquemet est assez semblable à celle de son père, mais celle-ci donnait sur la rue de Neufbourg, là où habite Manon, alors que celle de Maître Jacquemet a pignon sur la rue de Brebis. S’il les a tant arpentées qu’il les connait par cœur, ces rues étroites et biscornues avec leurs maisons de torchis à pans de bois et leur encorbellement au-dessus des échoppes, c’est pour essayer de voir Manon : Manon qui va à la messe, son missel à la main ; Manon qui rend visite à sa marraine, une tourte ou un gâteau dans un panier ; Manon qui va chez l’apothicaire pour acheter des chandelles, des herbes ou un onguent, toujours accompagnée de sa mère…

 [...]

 

Des trompettes se font entendre. Ils sursautent. Se retrouvant au milieu de cette marée humaine, ils se prennent la main et avancent avec les autres sur la route. On ne voit rien et Manon veut voir ! Alors Colin avise un arbre et lui propose de monter dedans. Il l’aide à grimper sur une branche. Sur leur perchoir, ils ont une vue splendide sur le cortège qui s’avance. Il arrive par Coolus et Compertrix. Malgré le nuage de poussière soulevée par l’armée et sa suite, les armures des chevaliers brillent au soleil. « Ils sont tous là », dit un bourgeois installés à l’ombre de leur arbre, « je ne les connais pas mais je sais leur nom : Dunois, La Trémouille, La Hire, Poton de Xaintrailles, l’amiral Louis de Culant, le sire de Graville, grand maître des arbalétriers, le seigneur de Boussac et Gilles de Rais, maréchal de France, Thibaut d’Armagnac, sire de Termes, bailli de Chartres, Robert Lemasson, seigneur de Trèves, Robert de Rouvres, évêque de Seez et Jean de Saint Michel, évêque d’Orléans. MM Coignet et de Budes, conseillers du roi. »

 

 

Des hérauts, munis de trompettes, sonnent à intervalles réguliers. Les pages les suivent, tenant l’étendard royal d’azur semé de fleurs de lys d’or. Puis vient Charles, le Dauphin, à la tête de ses barons. Jehanne arrive avec son étendard de soie blanche, Dieu trônant en sa majesté, entouré de deux anges avec l’inscription « Jhesus Maria ».

La Pucelle est armée de toutes pièces, sauf la tête, et tient une petite hache à la main. Tout de blanc vêtue, elle est montée sur un grand coursier noir, fière mais son port est sans orgueil, joyeuse mais sans rien perdre de sa réserve. Son écuyer d’Aulon, son page Louis de Contes, son aumônier Pasquerel, l’entourent. Ensuite les cavaliers passent, suivis par les nombreux hommes à pied. On dit qu’ils sont en tout une douzaine de milliers, certains en armes, d’autres tenant des fourches, de braves gens qui, venant de toutes les provinces, ont accompagné le Dauphin et la libératrice depuis Orléans.

 

 

Les Chaalonnais se joignent à cette troupe qui est affamée et décrépie. Mais les étendards et les pennons aux couleurs des chevaliers sont portés hauts. Manon et Colin descendent de leur arbre et courent jusqu’en haut de la côte afin de suivre le cortège.

 



 la suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com 

 



 

 

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 25/01/2014 - Histoires chaalonnaise drolatiques ou dramatiques

Histoires chaalonnaises

drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Tome 1

 

Editions du Petit Catalaunien Illustré

Décembre 2014

12 euros + frais de port

86 pages ou version pour malvoyants : 112 pages

catalaunien@gmail.com  wwww.catalaunien.net

 

Des articles de presse et des documents d'archives sont à l'origine de ces histoires qui se déroulent dans le Châlons-en-Champagne du Moyen Age, du XVI ou du XVII ème siècle. L'histoire de la ville tisse la toile de fond de ces récits et l'imagination de l'auteure en comble les lacunes. Qu'ils/elles soient orpheline, berger, apprenti savetier, prévôt, vidame, apothicaire, manouvrier ou assassin, les personnages de ces nouvelles vivent leur vie qui rencontre souvent l'Histoire, voire se fracasse sur l'Histoire, la Grande Histoire de France.

 

au sommaire :

Une autre histoire de la fille sauvage

Le savetier et la pucelle

Le chien et le mouton

Les fillettes du prévôt

Alfred, le mouton libre

Conte d'apothicaire

Qui a peur du grand dméchant loup

L'affaire du pain noué empoisonné

Une truie au gibet

Ysabeau de Chaalons


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 31/08/2013 - un nouveau roman de Bruno Malthet : Les mémoires de Baptiste Bouc-Bigot

 

 Les Mémoires de Baptiste Bouc-Bigot

 

Depuis la sortie en 2006 de « L’inconnue du grand bazar », mes amis me relancent régulièrement pour que j’en écrive la suite.

Pour répondre à cette impatience, j’ai décidé de renouer avec un genre littéraire aujourd’hui passé de mode, le feuilleton, et de publier cette suite sur un blog dédié : http://memoires-de-bouc-bigot.hautetfort.com.

 La parution des épisodes de ce roman devrait suivre un rythme hebdomadaire jusqu’au printemps 2014, voire au-delà. Elle sera entrecoupée de notices qui composeront les « Biographies chaalonnaises ». Ces notices permettront à tous ceux qui navigueront dans le monde imaginaire de mes romans de mieux cerner ses principaux personnages.

 Pour ne manquer aucun épisode, inscrivez vous sur mon blog. Vous recevrez ainsi une lettre d’information électronique après chaque mise à jour.

 Bruno Malthet

 

A bientôt, donc, sur

  http://memoires-de-bouc-bigot.hautetfort.com

 PS : Bien évidemment – mais ai-je vraiment besoin de le rappeler ? – toute ressemblance avec des personnages et événements existant ou ayant existé serait une pure coïncidence.

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 29/08/2012 - 99 moutons et un champenois... à la foire de Châlons

 

 

 

pour plus d'info : www.catalaunien.net


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 26/12/2011 - Histoire de la foire de Châlons-en-Champagne


La Foire des origines

 

En 1861, nos aînés étaient fort curieux de découvrir au Jard un concours régional agricole et une exposition industrielle. Comment se déroulèrent ces manifestations ? Qui sait qu’elles constituèrent la plus grande exposition agricole et industrielle jamais tenue à Châlons? Qu’elles réunirent plus d’exposants que la Foire de Châlons d’aujourd’hui ? Qu’elles constituent la matrice qui donna naissance à la première foire-exposition dont la foire de Châlons actuelle est l’héritière ?

 

Pour en savoir plus :  le Petit Catalaunien Illustré Hors série  "Foire de Châlons" (septembre 2011)

http://www.catalaunien.net/

catalaunien@gmail.com 

 

 
Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 13/06/2011 - Saute paillasse !

Un mot peut en cacher un autre…

Saute paillasse !

Ou comment un coquin et une coquine bernèrent un pauvre mari

 dans une couverture pour le trousser

 

 Non, il ne s’agissait pas du salon que la belle et intelligente Juliette Récamier aurait pu tenir à Châlons, exilée alors en province par Napoléon 1er « pour mauvais esprit dans les sociétés »*. Si cela avait été le cas, on aurait pu y rencontrer René de Chateaubriand, Mme de Staël, Prosper Mérimée, Benjamin Constant, Eugène Delacroix, Alfred de Musset, Stendhal, Victor Hugo, Sainte-Beuve…  Il ne s’agissait que d’un salon que fréquentaient les bourgeois châlonnais, car c’était là où il fallait paraître pour « exister ». Il y avait dans ce salon des demoiselles sagement assises, entourées de leurs mères, des messieurs bien usagés, même si certains avaient un langage de velours qui heurtait les oreilles, fumant un gendarme en tranchant du bel esprit. Ces dames les regardaient à la dérobée derrière leur éventail et échangeaient quelques lardons à l’encontre de l’un ou de l’autre. Entre elles, même les plus sempiternelles, les sanglaient, bêchaient et leur destinaient des paquets. Et finalement elles disaient, tout en pensant le contraire, qu’aucun ne leur chaussait. Elles les accoutraient : celui-ci était une perruque à l’esprit tardif, celui-là un vieux peinard, cet autre avec son crachat, était un patineur. Soit ils fripaient soit ils étaient cancres, taquins,  voire même crasseux. Les uns étaient trop truculents ou bien amphibies, les autres baroques ou encore trompettes.  Un de ces hommes était dans son tripot, c’était un chandelier dont toutes avaient connaissance, sauf les demoiselles bien sûr, et dont certaine, celle qui portait un carcan, se servait. Tout le monde le savait, sauf son benêt de mari auquel elle avait raconté des canards. Lui, sans grande visière, avait tout cru et le surveillait de près. Par contre, il tenait en grande estime un garçon spécieux, brave mais pas très soutif, qui courtisait son épouse. Il est vrai que celui-ci excellait dans l’art de niveler. D’ailleurs le mari invitait tous les mardis l’amant croyant qu’il était son meilleur ami et pensait pis que pendre de celui qu’il soupçonnait. Son « ami » acceptait la semonce de l’habituel ambigu. Ce jour-là, la dame en question fricassait toute la matinée avec les fournisseurs pour acheter des oripeaux, s’ajustait, se tapait les cheveux puis piaffait bien imprudemment pendant le dîner. Crevé, le pauvre homme ne pouvait pratiquement plus se déplacer. C’était peu de dire qu’il n’était pas près d’être lascif !  

Un soir, il demanda à son invité d’avaler les bouteilles à la cave car il n’avait pas confiance en ses domestiques. Il lui donna la clé. Elle descendit avec le coteau pour lui prêter main forte. Celui-ci était tout pétillant de la retrouver et la patina dès qu’ils furent dans la cave. Aucune lanterne ne permettait au mari, qui d’ailleurs ne se doutait de rien, de les surveiller. Ils n’avaient aucune vedette mais ne craignaient rien d’un tel violon. Demain comme un carabin, il la retrouverait dans leur vide-bouteille mais à cet instant-là, ils ne voulaient pas saler leurs baisers et en profitaient. Ils n’auraient pas besoin d’un pénitencier et ne risquaient pas d’être branchés ! Ils finirent par remonter et le mari, qui ne connaissait pas son atout, habillé d’un pet-en-l’air, s’alluma alors dans son fauteuil et distribua les fougères. Puis saisissant un grand couteau...

La suite dans le Petit Catalaunien Illustré N°54 printemps 2006 

pour toute information consulter le site www.catalaunien.net

mailto:catalaunien@gmail.com

Mots extraits de l'ouvrage "Saute paillasse ! les sens cachés des mots de la langue française" d’Alain Duchesne et Thierry Leguay, ed. Larousse

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 13/06/2011 - Les crues de la Marne

Les crues de la Marne des origines à nos jours.

Histoire des inondations mémorables

 

Qui l’eût crue ? La plus connue des crues de la Marne est celle de 1910. Elle ne se contenta pas de faire couler beaucoup d’encre dans la presse locale, ni d’eau sous son pont. Le 22 janvier 1910, elle alla rejoindre son ancien lit et coula sous le pont du canal, monta pour cela jusqu’à 5,42 m, inonda tous les quartiers environnant et, profitant d’une brèche au niveau de Saint-Martin, alla ravager Recy et surtout Juvigny avant d’aller envahir Paris et causer un désastre national. ... 

Ce numéro hors série du Petit Catalaunien Illustré nous conte par le détail les grandes inondations que connut Châlons au XIXe et XXe siècles. Il nous fait également découvrir les mesures prises depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours pour prévenir les inondations à Châlons. Il s’intéresse enfin au spectre de la grande inondation de 1910, qui, malgré le lac du Der, hante encore Châlons, comme Paris. Il explique pourquoi la publication du plan de prévention du risque inondation, initialement prévue fin 2009, fait s’arracher plus d’un cheveu à nos élus.

 

Le Petit Illustré Hors série (janvier 2010)

site www.catalaunien.net

catalaunien@gmail.com 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 3/11/2009 - L'oppidum de La Cheppe et les Champs catalauniques

La chute de la lune ?

Roger Canard nous raconta la controverse passionnée qui divisa les historiens et érudits locaux concernant le site de la fameuse bataille des Champs Catalauniques. A l’occasion, il nous confia le texte d’une nouvelle qui, nous dit-il, "intéresserait peut-être vos lecteurs". Elle attribue la création de l’oppidum de La Cheppe à la chute de la lune ou, plus sûrement, d’une météorite, qui aurait donné lieu à un culte celtique.

 

Le mystère [des origines de l’oppidum de La Cheppe] restait donc entier jusqu’à ce qu’un modeste chercheur châlonnais émette une hypothèse curieuse et audacieuse jamais avancée et à laquelle personne n’avait songé, hypothèse séduisante et corroborée par des constatations irréfutables. J’ai eu la chance d’être honoré de la confiance de ce châlonnais féru d’histoire, aujourd’hui disparu.

Après avoir exercé les fonction de médecin en Algérie, il était venu s’installer à Châlons en qualité de praticien homéopathe. Beaucoup de Châlonnais doivent encore se souvenir du Docteur Alexis Gensoul, petit homme affable et réservé qui formait avec sa femme, une personne opulente et à la forte personnalité, ce genre de couple cher au dessinateur Dubout. […]

"Connaissez-vous le "Camp d’Attila ?", me demanda-t-i1 un jour. Bien sûr que je connaissais?! Et je lui contai alors combien, étant écolier, j’avais été impressionné par les terrifiants récits des invasions barbares relatant notamment les cruautés commises par Attila, "?le fléau de Dieu?". Je lui révélai que dès mon arrivée en Champagne, je m’étais empressé d’aller visiter ces lieux chargés d’histoire, lieux envoûtants où la légende prétend que par certaines nuits de tempête les âmes des guerriers morts reviennent pour continuer à s’y entre-déchirer (voir le récit "?La bataille des Champs Catalauniques?").

Le visage de mon interlocuteur s’illumina d’un large sourire. "?Vous n’êtes pas le seul, déclara-t-il, à ressentir l’étrange atmosphère qui règne en cette plaine mélancolique et mystérieuse. Je m’y rends souvent, toujours avec le même intérêt?; je connais les moindres détails de ce sol tourmenté et, croyez-moi, à chacune de mes visites j’apprends des choses nouvelles?".

J’étais profondément intéressé et posai aussitôt à ce spécialiste la question qui fit couler tant d’encre et donna lieu à tant de controverses. "?Où donc d’après vous, s’est déroulée la fameuse bataille???".

"Oh, la question du lieu est secondaire, répondit-il?; il est à penser que les Huns, poursuivis par Aetius et Mérovée, eurent à livrer depuis Orléans de nombreux combats d’arrière garde et qu’Attila a utilisé 1’immense oppidum de La Cheppe pour s’y retrancher. Ce qui est le plus important, c’est de savoir comment ce cirque de 1 km 700 de circonférence a été créé?".

J’avouai mon ignorance. "?Personne n’a songé à donner l’explication à laquelle l’étude minutieuse des lieux m’a amené, poursuivit mon interlocuteur. C’est surprenant de la part de spécialiste, tellement cela est évident?! Voulez vous que je vous expose rapidement les conclusions de mes études???". Vous devez vous douter combien j’avais hâte de savoir et c’est avec empressement que j’invitai mon interlocuteur à me livrer ses révélations. Il ne demandait que cela et ne se fit pas prier.

"Vous n’avez pas été sans remarquer, commença-t-il, comme les environs du camp sont riches en buttes préhistoriques qui attirent forcément l’attention dans ces étendues absolument plates. Voyez donc, ajouta-t-il en dépliant une feuille de cahier au centre de laquelle était figuré le camp avec, sur son pourtour, les buttes de Vésigneul-sur-Coole, Poix, Auve, Bussy-le-Château, Hans, Nantivet, Saint-Jean-sur-Tourbe, Saint-Hilaire-le- Grand, Chavot... Vous ne remarquez rien, me demanda-t-il???".

J’eus beau observer avec attention, force me fut d’admettre que je ne notais rien de particulier. "?Et maintenant???", demanda-t-il après avoir tracé les droites reliant les buttes entre elles

"Je crois discerner des figures géométriques, dis-je, mais tellement imbriquées les unes dans les autres qu’il me faudrait beaucoup de temps pour les déterminer avec précision?".

Le brave docteur sembla tout réjoui par ma réponse. "?Vous êtes sur la bonne voie, me dit-il avec chaleur, et je vais vous aider. Voyez-vous, ces buttes n’ont pas été érigées n’importe comment. Personne ne s’est encore soucié d’étudier leur répartition topographique. Moi, je l’ai fait et cela m’a conduit à des constations surprenantes. Regardez?: vous pouvez constater que chaque butte est érigée en fonction d’un alignement d’au moins trois buttes. Ce n’est pas une coïncidence, c’est une règle. Et il y a une deuxième règle qui peut s’énoncer ainsi?: toute butte se trouve à égale distance de deux autres buttes, si bien que dans le quadrilatère Saint-Hilaire le Grand, le Chatelet, Poix, Hans, on peut construire neuf triangles isocèles dont aucun ne comporte une butte incluse dans son aire. Cela ne peut pas être le résultat du hasard et nous sommes bien obligés d’en déduire que cette zone avait revêtu une telle importance pour nos ancêtres qu’ils avaient voulu en la "marquant" de tout ces repères porter témoignage d’un avènement qui avait frappé d’effroi et de stupeur leur imagination. Or les traces de cet événement existent c’est cet immense cratère qui n’a pu être formé que par la chute d’une météorite. Et en partant de cette hypothèse, tout devient clair et évident?".

"C’est une explication séduisante, mais tous les historiens s’accordent pour faire de ces buttes des monuments funéraires?", objectai-je.

"Je sais, mais c’est absolument faux, affirma-t-il avec force. Les fouilles n’ont jamais rien révélé d’un culte funéraire, il s’agit bien de vestiges ayant une signification religieuse et témoignant d’un culte orienté vers les puissances célestes. Ce sont des hauts lieux comme on en rencontre partout à la surface du globe et ces buttes ont le même rôle magique que les menhirs d’Auvergne ou de Bretagne?".

"Mais, questionnai-je, s’il s’agit d’une météorite, on aurait dû en retrouver des fragments???".

"Ce n’est pas évident, expliqua-t-il, dans la plupart des cratères d’origine météorique, la masse principale du corps céleste n’a jamais été retrouvée. Les bolides explosent souvent au moment de toucher le sol, provoquant un cirque rond ou ovalaire au fond plat et avec un rebord plus ou moins relevé. Aux alentours se forment des petits cratères nombreux et de formes variées. J’ai étudié sur plans et photos les principaux cratères d’origine météorique disséminés dans le monde, celui de Cook-Butte en Arizona, de Bushveld au Nord de Johannesbourg, de Sudburq au Canada, de Wolferek en Australie et de nombreux autres?: je puis affirmer sans aucune crainte de me tromper que le cirque de La Cheppe a bien été formé par la chute d’une météorite.

La suite dans le Petit Catalaunien Illustré N°67

pour toute information consulter le site www.catalaunien.net

catalaunien@gmail.com

 


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 27/10/2009 - La guerre oubliée

En 1870, le souvenir de l’occupation de Châlons sur Marne en 1814 et 1815 par les Prussiens, à qui Napoléon vient de déclarer la guerre, est encore très vif. Elle est toujours synonyme d’exactions et d’effrois, malgré la bravade et le patriotisme dont font preuve les Châlonnais dans l’euphorie du mois de juillet. Près d’un siècle et demi après, cette guerre est oubliée et a été très peu étudiée au niveau local. Le Petit Catalaunien Illustré raconte l’Histoire "?à chaud?" de cette guerre à Châlons en s’appuyant essentiellement sur la presse locale de l’époque.

Comment Châlons se prépara à la guerre de 1870

?"?On entend chanter partout?: Bismark, si tu continues

De tous les Prussiens n’en restera guère

Bismark, si tu continues,

De tous les Prussiens n’en restera plus.

Cela se hurle dans les rues et dans les cafés?" de Châlons.

L’été 1870 commence bien pour Napoléon III. Si les élections législatives des 23 et 24 mai 1869 avaient été une semi-défaite, le plébiscite du 8 mai 1870 est un triomphe. 82% des Français ont répondu "?oui?" à la question posée?: "?le peuple approuve les réformes libérales opérées dans la constitution depuis 1860 par l’Empereur avec le concours des grands corps de l’Etat et ratifie le sénatus-consulte du 20 avril 1870?" qui fit du Sénat la seconde chambre législative en lui retirant son pouvoir constituant. L’opposition à l’Empereur, désemparée par l’habileté de la question, est essentiellement urbaine. Paris, frondeuse par nature, vote majoritairement contre le plébiscite. Dans la Marne, Reims ne l’approuve qu’à 57%, loin derrière Châlons, qui lui accorde 67% de ses suffrages, et le département (87%). Si l’abstention, préconisée par une partie de l’opposition, est importante – 28% à Reims et 25% à Châlons, contre 12% dans le département – le Journal de la Marne la minimise de près de moitié, en ce qui concerne Châlons, en retirant des abstentionnistes les morts, les militaires comptés à part et les électeurs ayant quitté la ville, ce qui lui permet de conclure que "?la question soumise aux électeurs étaient posée entre l’Empire et la Révolution. […] Le département de la Marne peut être fier à bon droit du chiffre imposant par lequel les électeurs ont manifesté leur attachement pour le gouvernement impérial et leurs haines des révolutions. La presque unanimité de 1852 s’est retrouvée en 1870?".

L’Empire, plus fort que jamais, allait cependant rapidement retrouver une agitation extrême début juillet avec la révélation de la candidature Hollenzollern au trône d’Espagne soutenue par la Prusse. Malgré la reculade allemande, l’intransigeance française poussée par l’impératrice Eugénie et les "?Mamelouks?" du régime, désireux d’en découdre avec la Prusse, allait conduire à la déclaration de guerre. "?Il faut en finir?", peut-on lire le 15 juillet dans le Journal de la Marne pour qui le gouvernement doit apporter "?une paix définitive ou une déclaration de guerre?" et qui note que "?La chambre est belliqueuse… L’Empereur est de retour aux Tuileries?; symptôme belliqueux?".

?On chanta la Marseillaise rue de Marne

Manifestement, si on veut bien en croire "?un couplet champenois?" que le Journal de la Marne publie, la puissance militaire de la Prusse n’effraie aucunement les habitants de la région?:

Nous sommes les enfants de ceux

Qui prirent Berlin et Vienne.

Le Prussien menace?: qu’il vienne

Dans le pays du vin mousseux?!

Nous lui gardons un accueil chaleureux. (bis)

Le paysan de la Champagne

Ne fait pas fi d’une honorable paix?;

Mais, différent du vin de sa campagne,

Il ne se laisse pas frapper?! (bis)

Tous les journaux s’emplissent de chants guerriers et le camp de Châlons n’est pas en reste. Un de ses officiers, avant de partir pour les bords du Rhin, en compose un, intitulé "?Sus aux Prussiens?!?" qui est allègrement chanté dans les cafés-concerts de Mourmelon et commence ainsi?:

Qu’ai-je entendu??… Dans notre belle Alsace

C’est le Prussien qui se vante d’entrer?!

Braves Français, sur lui courons en masse?;

Qu’il meure avant d’y pouvoir pénétrer?!

Partout, malgré les mises en garde de l’opposition et de Thiers, les prémices de la guerre suscitent l’enthousiasme. Après Paris, des manifestations belliqueuses ont lieu à Reims où "?à la nouvelle de la déclaration officielle de la guerre, plusieurs bandes de trois […] à quinze cents citoyens ont parcouru la ville, drapeau en tête, chantant la Marseillaise et criant?: "?A bas la Prusse, à bas Bismarck, vive la France, vive l’Empereur"?". Châlons suit le 18 juillet où trois cents manifestants, des collégiens, employés et ouvriers, remontent la rue de Marne derrière le drapeau tricolore en chantant la Marseillaise. Six jours plus tard, cet hymne, jusqu’alors interdit car considéré comme révolutionnaire, devient patriotique et est à nouveau entonné par la musique de l’Ecole des Arts et Métiers au moment où les élèves rentraient en ville de leur promenade. Elle est aussitôt suivie par la population qui, emboîtant le pas aux élèves, les suivit dans les principales rues de la ville en chantant le "?glorieux refrain?" et en causant une vive impression.

?"?à Berlin?!

à Berlin?!?"

La mobilisation, décrétée par Napoléon III, ne passe pas inaperçue dans la Marne. Au camp de Châlons, toutes les troupes sont consignées et, dès le 18 juillet, les derniers régiments le quittent après avoir défilé, musique en tête, aux cris de "?à Berlin?! à Berlin?!?". Le camp n’est cependant pas déserté?: les régiments laissent la place à la garde mobile tandis qu’une partie des baraquements est transformée en ambulances générales de l’armée. La garnison de Châlons, composée des escadrons de guerre du 10e cuirassiers et de quelques compagnies du 1er de ligne, reçoit également l’ordre de départ. La gare de marchandises de Châlons est mise à disposition de l’administration de la guerre et ne reçoit plus d’autres marchandises que les céréales et les denrées alimentaires. Les trains de troupes se succèdent d’heure en heure à la gare de Châlons et une foule considérable vient acclamer les soldats qui entonnent des chansons belliqueuses. "?Cet adieu des Châlonnais à nos troupes, c’est peut-être la voix de la patrie se faisant entendre une dernière fois à elles avant de passer la frontière?". La gare est pavoisée et ornée de rameaux. Les troupes de passage, ces "?voyageurs pour Berlin?", lancent des "?Vive Châlons?! Vivent les Châlonnais?" lorsqu’ils reçoivent les rafraîchissements et les pains qui leur sont offerts. L’initiative en revient au Préfet et à quelques négociants châlonnais, parmi lesquels se distingue Emile Dagonet. Il recevra, avec les personnes se dévouant pour ces distributions à toute heure du jour et de la nuit, les plus vives félicitations du maréchal Canrobert lors de son passage à Châlons dans la nuit du 24 au 25 juillet. La garde impériale ferma le ban en passant, deux jours durant, par la gare de Châlons sous les applaudissements de la foule.

?En attendant la garde mobile

Châlons, désormais démunie de garnison, attend l’arrivée de deux bataillons de gardes mobiles des arrondissements de Châlons et Epernay dont l’instruction militaire est confiée au général Susbielle. Combien seront-ils??

Suite de l’article dans le numéro 68 du Petit Catalaunien Illustré

Pour le commander, pour s’abonner?: www.catalaunien.net

Contact?: catalaunien@gmail.com


Commentaires (2) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 11/03/2009 - La guerre des pigeons

 

La guerre des pigeons est déclarée... en vente sur www.catalaunien.net

Une drôle de guerre, qui aurait pu se dérouler partout en France, éclate dans le ciel de Chaalons-en-Champaigne en ce début de XXIe siècle. Elle est précédée d'une déclaration en bonne et due forme et d'un prêche comme au temps des croisades.

Cette guerre oppose l'innombrable nation colombine à un échevin colombophobe, le général Eugène Thanase. Avec son ami Balthazar Trosquot, il est partisan de la lutte finale. Face à eux, quelques irréductibles s'obstinent à voir dans les pigeons de pacifiques volatiles.

Entre les deux camps, une foule de personnages s'agite dans l'ombre. La terrible Marie-Rose, bien sûr, le bourgmestre Bouc-Bigot obsédé par la teinte de sa mèche rebelle, mais aussi une étrange marionnette, la Sarkote.

Ou bien encore une mystérieuse dame à la colombe venue du fond des temps. Cette dernière apparaît au général Thanase pour l'inciter à sauver la paix avant qu'il ne soit trop tard. Parviendra-t-elle à convaincre celui en qui ses amis voient un nouveau Nostradamus ?

Une guerre... à mourir de rire

La guerre des pigeons :

genèse d'un cauchemar

 roman de Bruno Malthet

2008

Edition du Petit Catalaunien Illustré

pour en savoir plus : http://www.catalaunien.net/  

pour commander : http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

catalaunien@gmail.com 

 

commentaires de la presse :

"Comme dans toute guerre, il y a un risque évident à s’intéresser de trop près à ce conflit, celui de mourir. De rire, seulement".

Le Petit Catalaunien Illustré n° 64, automne 2008.

" Cette guerre assez loufoque est truffée de personnages hauts en couleur

. [...] Entre histoire locale et comédie satirique, pas le temps de s’ennuyer ".

L’Union du 28/10/2008.

" Au beau milieu de mots d’ordre délirants, de combats loufoques, de causes absurdes, des personnages truculents servent de fil conducteur à ce récit tragi-comique ".

L’Hebdo du Vendredi du 7 au 13/11/2008.

 


Commentaires (4) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 6/02/2009 - Châlons, capitale du front

1914-1918

Châlons, capitale du front

Châlons, capitale du front. Châlons, jusqu'à la Victoire de 1918, était la capitale du front. Mais, le front disparu et l'ennemi désarmé, quel avenir militaire pourrait bien avoir la ville ? Aujourd'hui, le front s'est déplacé. Certains le verront dans l'affaire de la fermeture du Musée Schiller & Goethe, d'autre dans les résultats du dernier recensement, dans la formation des hommes et des femmes venus des quatre coins du monde, ou bien encore dans le développement durable, voire dans le Grenelle local de l'environnement...

 Le Petit Catalaunien Illustré
n° 65 - hiver 2008-2009

Pour accéder à la page de présentation de ce numéro 65 : http://www.catalaunien.net/

Pour recevoir gratuitement ce numéro, cliquer sur ce lien http://www.catalaunien.net/  

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 16/09/2008 - 1908-2008 : la religion et l'Etat, un débat et un combat toujours d'actualité

 

Châlons en 1908 : le débat fait rage

  • La Libre-Pensée et la religion (conférence-concert)
  • Le crucifix dans les écoles
  • Mgr Sevin sermonne ses ouailles

Extraits des journaux locaux sélectionnés par le Petit Catalaunien Illustré N°62

Dossier complet dans ce même numéro.

Le Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com 

Pour plus d'info : http://www.catalaunien.net/ 

 

La conférence - concert de la Libre-Pensée

Tandis que le Journal de la Marne noircit ses colonnes du feuilleton de la nomination et du sacre de Mgr Sevin, nouvel évêque de Châlons, L'Union Républicaine couvre très largement la conférence - concert donnée au cirque municipal par M.Emile Aubertin. Libre-penseur, avocat à la Cour d'appel de Paris et chevalier de la Légion d'honneur, ce dernier tint son auditoire en haleine sur le thème de "Les Eglises sous la République".

Comme nous le disions hier, la Conférence-Concert, contradictoire, offerte au public châlonnais, mercredi soir, au Cirque, par la Ligue de la Libre-Pensée de Châlons, a eu un véritable succès. Elle a été le triomphe de la Libre-Pensée sur l'esprit clérical et dominateur. Environ quinze cents personnes assistaient à cette fête à laquelle la gracieuse présence de très nombreuses dames ou jeunes filles communiquait ce caractère familial et populaire qui fait le charme de toutes nos réunions républicaines et démocratiques. [...]
Le citoyen Aubertin

Dans un langage clair, précis, lumineux, l'orateur nous retrace l'œuvre de l'Eglise depuis son origine jusqu'à nos jours. Après s'être reporté à l'époque des Druides, en glissant sur leurs mœurs et coutumes ; après avoir rappelé le mot célèbre de Gambetta sur le cléricalisme ; après avoir comparé la noblesse primitive à celle des temps modernes, le citoyen Aubertin stigmatise l'avarice des Orléans qui, gens d'Eglise, aussi hypocrites que pingres, eurent l'impudence de réclamer, à l'époque des grands malheurs de la Patrie, en 1871, 25 ou 30 millions qui leur avaient été, jadis, légitimement enlevés, tandis que la France, sous la botte du vainqueur, était contrainte à verser les cinq milliards que lui réclamait l'étranger.

L'orateur fit ensuite le procès de Rome. C'est le prêtre dont la soutane, percée, en loque, qui est allée rejoindre le manteau du dictateur, n'est plus bonne qu'à renfermer dans les musées d'antiquité, synthétisant en sa personne toutes les ignorances, groupant autour de lui toutes les forces sociales qui font obstacles aux progrès de la pensée libre. C'est la croyance dogmatique, incompatible avec la vie intellectuelle, qui prétend nous dépouiller de tout ce qui fait notre dignité, pour nous jeter, vague troupeau, aux pieds de ses prêtres, dans ses églises, nues, froides, désertes, temple de la mort. Ce fut l'homme d'arme, le militaire professionnel de jadis dressé et élevé dans le giron de l'église, serviteur non pas de la patrie, mais du cléricalisme fanatique.
Après avoir fait une comparaison entre les généraux bien pomponnés, sortis des jésuitères, qui se faisaient battre par les ennemis de la France et les armées de la République toujours victorieuses, M. Aubertin indique la base commune aux trois religions juive, catholique et protestante. A la vérité ces trois religions ne sont pas étrangères l'une à l'autre ; ce sont des rameaux d'inégale puissance issus d'un même tronc ; toutes trois ont la même origine, toutes trois ont pour charte morale le même prétendu livre sacré : l'Ancien Testament.
Assurément, la question de séparation des Eglises et de l'Etat ne se serait peut-être pas posée sans l'égoïsme du prêtre s'alliant à toutes les puissances d'argent et le fanatisme des cléricaux faisant servir leur religion au triomphe de leur politique. Il a fallu toute l'énergie du parti républicain et de la Libre Pensée pour remettre l'armée dans son droit chemin et faire de ses chefs non plus des officiers de l'armée du Pape, mais uniquement des chefs instructeurs d'une armée démocratique et républicaine.
Au sujet de la politique du Vatican, le conférencier semble entendre le cardinal Morry del Val disant au pape : " si la France, votre fille aimée vous abandonne, il vous restera l'Allemagne ". Eh bien, qu'il aille vers Guillaume, nous ne lui en voudrons pas, car il suit son intérêt. A nous de suivre le nôtre. Si Napoléon, battu à Sedan, fut sa victime, Guillaume ou l'Allemagne protestante en sera une autre. Evidemment, parmi les cléricaux, il y a des hommes sincères, mais derrière ces derniers, il y a aussi des profiteurs. Si nous avons eu des Bidegain, Rome a eu ses Montagnini. Toutes les sectes sont égales devant le combat que leur livre la Libre-Pensée, qui est la tolérance suprême, et qui respecte néanmoins toutes les cultes dans leurs temples et toutes les politiques n'entravant pas la Liberté de tous et de chacun. Les temps nouveaux sont arrivés : la Libre-Pensée triomphera de ses ennemis et elle a pour elle deux armes : la tolérance et le respect et réprouve toutes les persécutions. Elle protégera chacun dans ses intérêts et comptera dans ses racines toutes les idées de captation. La femme, qui a été la victime des cultes, réduite sinon à l'esclavage interne, mais à l'esclavage moral, sera sauvé par la Libre pensée qui améliorera son sort par de justes lois.
La Libre-Pensée est la Patrie sociale de toute l'Humanité. La Cité laïque où les enfants seront élevés dans le respect constant de cette seule trinité accessible à l'âme humaine et digne d'elle : le Vrai, le Beau et le Bien ! Laissons les dieux dans leurs églises et vivons pour la France ! (Applaudissements prolongés).
L'orateur termine par un magnifique éloge de la France et du patriotisme républicain.
Le prêtre contradicteur
L'invite faite par le citoyen-président Déquaire aux contradicteurs désireux de monter à la tribune obtient une réponse. Un prêtre se lève et monte gaillardement à la tribune. La foule, qui n'a cessé de prêter une oreille attentive aux paroles du conférencier laïque, et dont les sentiments sont si bien d'accord avec M. Emile Aubertin, donne un bel exemple de tolérance démocratique en écoutant tous les essais de réfutation du contradicteur religieux.Ce dernier relève une à une les phrases qui ont le plus désagréablement retentit à ses oreilles.
Après avoir eu la loyauté de reconnaître le talent oratoire de son adversaire et la tolérance des libres penseurs châlonnais, il relève le gant :
-Si, dit-il, vous voulez voir une soutane de prêtre trouée, allez à Notre-Dame : vous verrez celle de Mgr Affre frappé en 1870 par les balles de Communards au moment où il tentait de s'opposer à la lutte fratricide.
Plus loin : - Messieurs, Mesdames, si je ne dis pas, citoyens, citoyennes, je ne suis pas moins républicain. Je suis fils d'un ouvrier charpentier, qui m'a élevé, alors qu'il ne gagnait que 2 francs par jour. L'abbé Huot nous affirme qu'il vit au jour le jour, ne s'occupant pas du lendemain et il déclare que pour fonder une religion, il faut se faire crucifier, il faut aller au martyre !
Où la salle protesta vigoureusement, c'est lorsqu'elle entendit M. l'abbé Huot déclarer que ce n'était pas l'Eglise qui avait fait brûler Jeanne d'Arc, mais bien un prêtre schismatique, le fameux Cauchon, qui n'était pas des leurs.
Le bouillant abbé contradicteur quitte la tribune au milieu des lazzis de toutes natures.
Répliques du conférencier
Avec une verve intarissable, le citoyen Aubertin réfute les allégations du prêtre et termine ainsi :
- Pour établir une différence entre la monarchie et la République, bien qu'il y ait eu de tous temps et sous tous les régimes, des braves et des malhonnêtes gens, la République ne cache pas ses voleurs, elle les dénonce, et c'est son honneur de les flétrir et de les punir. (Applaudissements répétés). L'Eglise prit la France pour une fille aînée qu'on ne dote pas mais dont on s'enrichit. Il y a Dieu et Dieu. Il y a celui qu'on défigure et qu'on exploite. L'Eglise a fait du Christ si bon et si doux un Dieu sinistre, un Dieu d'oppression et d'argent. Le conférencier Aubertin, qui a été chaleureusement félicité par le président Déquaire, pour sa belle et utile conférence, emportera le meilleur souvenir de la population châlonnaise.
Le programme artistique
L'abondance des matières nous oblige à restreindre notre appréciation élogieuse pour chacun des artistes qui ont prêté leur concours à cette fête. [...]
Union Républicaine du 11 avril 1908

 

 

 

Les crucifix dans les écoles

 

Faut-il mettre des crucifix dans les écoles ? Non, répond le journal l’Union Républicaine à un libéral pour qui la loi divine passe avant les lois de la République.

 

 

Châlons, le 22 janvier 1908

Vieille chanson !

J'ai reçu une lettre d'un monsieur qui a signé " un libéral " et qui m'apostrophe rudement. Comme je n'ai pas la même opinion que lui sur la question de savoir s'il faut mettre des crucifix dans les écoles, il est tout prêt de me tenir pour une canaille. Ce monsieur-là est vraiment " un libéral ".

Si je l'ai, comme il le prétend, " blessé dans ses convictions ", cela prouve qu'il a des convictions bien susceptibles. Les miennes sont davantage à l'épreuve de la contradiction. Cela doit faire bien du mal d'être " blessé dans ses convictions " ! Il faut vous cuirasser, monsieur, vous protéger contre de pareils accidents. Pour cela, je prends la liberté de vous recommander la pratique d'une vertu qui s'appelle la tolérance. Certes, elle n'est pas théologale et ne vous conduira pas au paradis. Mais, en attendant, elle vous permettra de vivre paisiblement sur la terre. C'est bien quelque chose, cela !

Je détache de ladite lettre une phrase où mon correspondant expose son grief : " A vous entendre, Monsieur le Rédacteur, les catholiques auraient tort de vouloir que l'image du Christ fût placée sur les murs de classes. Je sais bien qu’une loi impie et scélérate a proscrit les crucifix des écoles. Mais avant la loi, nous devons obéir au cri de notre conscience de catholique et ne jamais faillir devant ce qui est le premier de nos devoirs. Notre Maître, c'est notre Dieu !... ".

L'intérêt de cette missive, on le voit, c'est que notre libéral remet en discussion la question de la neutralité scolaire dont on a beaucoup parlé ces temps-ci. Que votre Dieu soit votre maître, je n'ai rien à redire à cela. Si votre service lui agrée, c'est affaire entre vous. Vous ne sauriez d'ailleurs conclure de cette affirmation que votre Dieu tienne beaucoup à rester accrocher aux murs de toutes les classes où il risque de servir de cible aux boulettes des écoliers irrévérencieux. " Obéir à votre conscience de catholique ", cela constitue votre loi particulière, monsieur le libéral, mais non pas la loi de tous. Celle-ci est faite pour les catholiques et aussi pour ceux qui ne le sont pas. Le malheur, c'est que la loi catholique s'est trouvée souvent en contradiction avec la loi française. Or, c'est cette dernière qui doit être appliquée en France. Si le gouvernement la laissait mettre en échec par les catholiques, il n'y aurait pas de raison pour qu'il la fasse respecter par les juifs, les protestants, les libres-penseurs.

Je respecte vos croyances, monsieur le libéral ; mais je ne parviens pas à comprendre ce qu'elles ont à faire ici. […]

Ignorez-vous que l'école laïque est créée précisément pour que la religion n'y pénètre pas? De quel droit interviendriez-vous, au nom du catholicisme ?...Ah ! Comme nous l'entendrions protester, cet excellent libéral, si dans sa commune quelque juif ou quelque protestant - obéissant au cri de leur conscience - réclamaient l'installation à l'école d'emblèmes particuliers à leurs religions ! [...]

C'est toujours la même chanson. Quand un clérical se déclare atteint dans sa foi, c'est qu'il ne peut pas l'imposer aux autres !

Les temps ont marché, monsieur le libéral. L'heure est venue où juifs, protestants et libres-penseurs ont droit aux mêmes égards que les catholiques pratiquants. C'est ce que vous nommez. " persécution " ; c'est ce que nous appelons " liberté ".

Il faut bien que les cléricaux se résignent à ne pas vouloir prolonger l'Église en dehors de ses temples. Il faut bien qu'ils acceptent à n'être les maîtres que chez eux, à respecter partout ailleurs les convictions de leurs voisins. Cela sera dur. Mais peu à peu, nous y venons. Je sais bien que je parle ici le langage de la tolérance et de la raison à des gens dont leur religion fait des croyants aveugles et des intolérants. Mais peu importe ! Ils auront beau s'agiter maintenant, cette évolution ira à son terme qui est l'émancipation totale et définitive des esprits. La domination romaine a fait son temps. Les cléricaux ont eu beau vouer la France entière au Sacré-Cœur, la France les a désavoués.

Émile Lapone

Union Républicaine du 22 janvier 1908

 

 

 

Mgr Sevin sermonne ses ouailles

 

Arrivé en pleine campagne électorale, Mgr Sevin, nouvel évêque de Châlons, adresse à ses ouailles une lettre pastorale lue dans les églises où il vilipe les francs-maçons, l'Etat, les mœurs, l'athéisme et les idées révolutionnaires qui, peu à peu, gangrènent une foule sans foi ni loi. Si le journal l'Union républicaine n'en parle pas, le très clérical Journal de la Marne y trouve pain béni pour sa campagne électorale et s'empresse d'en rendre compte.

 

 

 

Lettre pastorale de Mgr l'Evêque de Châlons

La Semaine Religieuse du 25 avril publie la lettre pastorale de Mgr l'Evêque de Châlons à l'occasion de son entrée dans le diocèse.

Nous en extrayons les passages les plus importants.

Après avoir manœuvré longtemps dans l'ombre, la Franc-maçonnerie ne cherche plus à dissimuler ses projets sacrilèges ; elle dit à qui veut l'entendre le but qu'elle poursuit et publie avec audace son plan de campagne. Dans la guerre qu'elle mène contre Dieu, elle a enrôlé : l'Ecole, la Presse, l'Etat. C'est pour déchristianiser l'enfance et lui inoculer l'athéisme qu'elle s'est emparée de l'éducation et travaille à s'en assurer le monopole. [...] Et ce que le Maître et le livre ont commencé dans l'Ecole neutre, la Presse irréligieuse et les conférences publiques conspire à l'achever. [...]

L'Etat est venu prêter tout l'appui de son autorité aux sectaires qui ont déclaré à nos croyances cette guerre implacable. Il est officiellement athée et il a organisé toute la vie publique comme si Dieu n'existait pas. [...]

Les idées influent tôt ou tard sur les mœurs, et toute crise religieuse engendre fatalement une crise morale. [...] Les mœurs vont baissant partout. Jamais les crimes n'ont été plus nombreux, plus féroces, plus monstrueux et il y a une corrélation étroite entre l'accroissement de la criminalité et l'affaissement de l'idée de Dieu dans les masses. [...] La société repose sur la famille. L'athéisme qui affranchit l'homme de toute loi supérieure a dépeuplé nos foyers par une stérilité qui est un crime et un péril national ; il en a dispersé et déshonoré les pierres par le divorce, et il est impatient d'en consommer la ruine par l'union libre. La société repose sur la propriété. Or, depuis que l'athéisme est une doctrine d'Etat, la propriété est mise en question, sous la poussée des convoitises. [...] Les classes populaires, qui sont le nombre et la force, n'attendent qu'un mot d'ordre pour se ruer à l'assaut de la vieille cité. [...]

A mesure que l'athéisme montait, nos mœurs publiques et privées ont baissé. Jetons un voile sur les hontes publiques dont la France a souffert dans ces dernières années, et ne considérons que les mœurs privées. [ ...] Ne suffit-il pas de parcourir nos journaux, de consulter les jugements de nos magistrats, de feuilleter les statistiques de nos criminalistes ? Les mœurs baissent partout. Jamais les crimes n'ont été plus nombreux, plus féroces, plus monstrueux et il y a corrélation étroite entre l'accroissement de la criminalité et l'affaissement de l'idée de Dieu dans les masses. Plus les croyances diminuent, plus l'homme devient lubrique et féroce. [...] La société repose sur le principe d'autorité. Si l'homme n'a pas de Dieu, l'homme ne peut point avoir de maître, et toute autorité, même celle des libres démocraties, est une usurpation des droits imprescriptibles de notre nature. C'est l'anarchie et la destruction de tout ordre social.

Cette doctrine, quelque impie qu'elle puisse être, a déjà des adeptes. Anarchie ! crient-ils à l'occident ; nihilisme ! répondent leurs frères à l'orient de l'Europe. Et ils espèrent les uns et les autres se donner bientôt la main sur les débris sanglants des vieilles sociétés, ils font la guerre à l'idée de patrie. [...] Ces excès ne sont encore voulus que d'un petit nombre : c'est vrai et nous nous en félicitons. Mais ils découlent naturellement de l'athéisme et rien ne l'empêchera de produire ces fruits détestables et de les faire peu à peu agréer à la foule sans foi ni loi. [...]

Journal de la Marne 27 avril 1908

Extraits du dossier publié dans Le Petit Catalaunien Illustré Numéro 62

Le Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@club-internet.fr

Pour plus d'info : http://www.catalaunien.fr/,


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 15/09/2008 - L'extraordinaire Monsieur Oehmichen

L'extraordinaire Monsieur Oehmichen

Etienne Oehmichen est plus que le père de l'hélicoptère. C'est un inventeur de génie qui, pour expérimenter sa drôle de machine volante, imagine et met au point des instruments qui ont fait progresser la science.

"Nous ne tombons pas dans le ridicule parce que nous disons que nous ne savons pas. Quand, à une certaine heure, nous ne savons pas, il faut avoir le courage de dire : nous ne savons pas". Ce bon sens est celui d'Etienne Oehmichen, ingénieur, ouvrier, homme de science, pédagogue, écrivain et musicien à ses heures. Ce technicien humaniste, cet intellectuel manuel expérimente scientifiquement en faisant confiance aux intuitions des hommes.
Etienne Oehmichen, esprit universel, aborde les problèmes techniques de façon tout à fait originale. Il s'est donné pour tâche principale de libérer le moyen de locomotion aérienne de la vitesse qui en limite les possibilités d'emploi. Il s'attaque donc à la résolution du vol vertical dont le point le plus important est l'immobilisation stable en vol. Pour cela il utilise l'observation de la nature, véritable école de mécanique. Passionné de biologie animale, il étudie la locomotion des oiseaux, des insectes et des poissons. L'insecte est un véritable hélicoptère, parfaitement capable de se sustenter au point fixe. L'animal est un mécanisme dont il s'inspire pour construire ses engins volants. C'est le vol animal appliqué à la machine.
Pour rendre possible l'observation des phénomènes liés au vol des insectes et des oiseaux et à la nage des poissons, cet inventeur de génie mettra au point d'innombrables appareils de mesure et de contrôle. Ses réalisations les plus marquantes dans ce domaine sont l'invention du stroboscope électrique (qui deviendra le radio-troboscope), la mise au point de caméras rapides, de souffleries pour ses expérimentations en laboratoire et de balances pour tester les hélices.
Bien d'autres découvertes en mécanique et en électricité sont à mettre au palmarès du " père de l'hélicoptère " comme par exemple le projecteur cinématographique à boucle automatique ou la dynamo et le démarreur de Peugeot, à l'époque où les voitures s'éclairaient à l'acétylène.

 

Etienne Oehmichen, ce merveilleux fou volant
Etienne Oehmichen est châlonnais de naissance. Son père, colonel, dirige l'école d'artillerie lorsqu'il naît le 15 octobre 1884 au 3 boulevard Vaubecourt. Le jeune Oehmichen fait ses premières études à Châlons mais après le décès de son père, il part pour Lyon où il continue à étudier. Puis ce sera Montbéliard et Paris. Inventeur dans l'âme et passionné par le vol vertical, il fait ses premiers essais de modèles réduits stabilisés par des procédés divers au Champ de Mars à Paris en 1903. Il est admis à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures d'où il sort ingénieur en 1908. L'année suivante il est adjoint au directeur du Service électrique de la Société Alsacienne de Construction Mécanique à Belfort (Alsthom). En 1910 il construit un banc d'essai de trois chevaux pour hélices sustentatrices. Deux ans plus tard il entre chez Peugeot à Beaulieu-Valentigney (Doubs) comme sous-directeur. Il y met au point une dynamo d'éclairage pour automobiles et un démarreur système P. O (Peugeot-Oehmichen). Il dépose avec Peugeot 12 brevets concernant l'automobile.
Sa mobilisation le 1er Août 1914 ne l'empêche pas de continuer à imaginer et expérimenter. En 1916 il construit un banc d'essai de sept chevaux pour hélices et devient adjoint technique du général Estienne, le promoteur du char d'assaut.
En 1917, il est délégué en usine par le Ministère des Inventions pour la réalisation de ses découvertes et la poursuite de ses recherches. Puis il est affecté au Ministère des Inventions. Il met au point des chenilles pour char d'assaut et un stroboscope électrique pour déceler les anomalies dans les moteurs des chars. Il est décoré de la Croix de guerre et de la Croix du combattant En 1918, il invente le stroboscope à rayons pour l'étude des mouvements des oiseaux et des insectes. Il publie en 1920 "Nos maîtres les oiseaux". En 1921, il vole une minute à bord de son premier hélicoptère. Puis ce sera 5 minutes, puis un kilomètre. Il perfectionne sans relâche ses appareils.
Lorsqu'il devient propriétaire de son laboratoire en 1930, il a à son actif près de 2 000 heures de vol en hélicoptère et dix d'expérience sur le terrain.
Il est fait officier de la Légion d'Honneur en 1935 au titre du ministère de l'Air et reçoit la grande médaille de l'Aéronautique.
Il reçoit la médaille d'or des inventions à la foire de Paris pour un calibreur pour le contrôle des tôles laminées en cours de fabrication avec une précision au micron en 1937.
L'année suivante il construit son dernier appareil. Puis il souhaite enseigner afin de transmettre son savoir. Nommé en 1939 professeur au Collège de France à la chaire de Claude Bernard et de Marey, ses cours portent sur l'aérolocomotion mécanique et biologique. Grâce à ses talents de pédagogue, il conquiert un large audotoire.
Il publie plusieurs ouvrages concernant ses découvertes biologiques et techniques. Ils ont pour titre " La sécurité aérienne ", " Animaux et machines ", " Propulseur et amortisseur de choc chez les animaux ", " Essai sur la dynamique des Ichthyosauriens logipinnati ".
Il donne son dernier cours au Collège de France le 11 juin 1955 et meurt le 10 juillet de la même année à Paris. Il est enterré au pied de la stèle commémorative du premier kilomètre en circuit fermé dans la plaine d'Arbouans, qu'il a inaugurée lors du 30ème anniversaire, en 1954.
Article complet dans Le Petit Catalaunien Illustré - Printemps 1996 - Numéro 15
Le Petit Catalaunien Illustré
16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne
tel : 03 26 68 68 00
courriel : catalaunien@gmail.com
Pour plus d'info : www.catalaunien.net


Commentaires (3) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 2/12/2007 - recette flan catalaunien au potiron

Recette

 

Flan catalaunien au potiron

 

 

Ingrédients :

  • 1kg de potiron
  • 150g de sucre de canne
  • ½ verre de lait
  • 2 œufs
  • 1 cuillère à soupe bien pleine de farine
  • vanille
  • caramel

Préparation

Couper le potiron en tranches et les éplucher.

Couper les tranches en morceaux et les faire cuire dans de l’eau sans sel ni sucre. Egoutter.

Dans une jatte, battre les œufs et le sucre, ajouter le lait, la farine et la vanille. Battre le tout.

Bien mélanger l’appareil avec les morceaux de potiron.

Verser le tout dans un moule à soufflé préalablement caramélisé.

Cuire à feu doux une heure et demie.

Laisser refroidir et mettre au frais.

Démouler très froid.

Bon appétit

Catalaunien@gmail.com

www.catalaunien.net  


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 12/09/2007 - Solidarité et Paix

 

 

Léon Bourgeois, doctrinaire de la Solidarité et Apôtre de la Paix

 

Parisien, châlonnais d'adoption, Léon Bourgeois reste une des grandes figures politiques de la croisée des XIXème et Même siècles. A l'heure de franchir le carrefour des millénaires, les idées de ce génial avocat, prix Nobel de la Paix, sont toujours d'actualité. En cette fin de siècle, elles ne sont, hélas, toujours pas complètement entrées dans nos mentalités et suscitent encore des controverses. Son rêve est pourtant simple : la solidarité et la paix dans le monde.

 

Léon Bourgeois, fils d’horloger, naît à Paris le 29 Mars 1851 dans une famille de condition modeste. Brillant dans ses études de Droit, il les interrompt un instant pour s'engager lors de la guerre de 1870. Un de ses biographes et contemporains, Maurice Hamburger, nous le montre curieux, enthousiaste mais réfléchi, conciliateur, charmant, d'une grande éloquence et énergie intellectuelle. Ses passe-temps favoris sont la lecture d'Auguste Comte et Stuart Mill, l'étude du sanscrit et la sculpture. Il épouse une marnaise, Mademoiselle Sellier, fille d'un important propriétaire agricole et viticole qui lui donne deux enfants.

 

 

Le politique

Sorti Docteur en Droit de la faculté de Paris, ce brillant avocat quitte vite le prétoire pour la tribune politique. Secrétaire Général du département de la Marne en 1877, il est nommé sous-préfet de Reims à 29 ans puis préfet du Tarn en 1882. Rappelé à Paris pour occuper le poste de Secrétaire Général de la Seine, il est promu préfet de Haute-Garonne en 1885, puis retourne à Paris au ministère de l'Intérieur avant d'occuper le poste de Préfet de Police en 1887. En 1888, il revient dans la Marne à l'appel de ses nombreux amis champenois. Là, il est élu député de la Marne contre le Général Boulanger. Lorsque le scrutin d'arrondissement est rétabli en 1889 pour éviter de voir se renouveler les élections plébiscitaires qui avaient servi Boulanger, Léon Bourgeois devient député de Châlons, puis sénateur de la Marne pendant 37 ans, sans interruption, jusqu'à sa mort. L'ascension politique de ce radical-socialiste est irrésistible et rapide. Elle le verra siéger dans de nombreux conseils du gouvernement à partir de 1888. Douze fois ministre (garde des sceaux, intérieur, affaires étrangères, instruction civique, travail...), il préside le Conseil des Ministres de Novembre 1895 à Avril 1896, la Chambre des Députés de 1902 à 1904 et, ce qui fait de lui le 2ème personnage de l'État, le Sénat de 1920 à 1923. S'il n'est pas devenu Président de la République comme le souhaitent de nombreux français à l'époque, c'est qu'atteint d'une affection aux yeux, il craint la cécité. Son œuvre politique repose sur deux concepts. L'un, la Solidarité, est basé sur l'individu et la société, l'autre, la Paix, est lié aux Nations. Mais dans son esprit, les deux interfèrent car, écrira-t-il, "c'est la solidarité que les hommes doivent d’abord reconnaître et instaurer pour pouvoir dans la justice, jouir enfin de la liberté. "

 

Le Principe de Solidarité

Contre l'esprit de servitude et d'égoïsme, Léon Bourgeois pense qu'il faut former l'individu, l'éveiller à la vie sociale, à la démocratie, lui faire prendre conscience de ses droits et devoirs envers lui-même et les autres. Pour atteindre ce but, il prône la création d'institutions mutuelles (la Sécurité Sociale n'existe pas encore), supportées par tous et ouvertes à tous : maladies, accidents, chômage, vieillesse, enseignement. Il s'occupe aussi de l'éducation des enfants anormaux, de la réduction du temps de travail (loi des 10 heures), du chômage, des problèmes d'insalubrité des logements et d'hygiène. Il crée en 1910 le premier dispensaire antituberculeux à l'hôpital Laënnec de Paris. La tuberculose fait des ravages à cette époque : sa fille et sa femme en mourront. Léon Bourgeois pense qu'en matière de santé il vaut mieux prévoir, éviter que combattre le mal. Et il préfère la prévoyance sociale à l'assistance.

Léon Bourgeois encourage aussi les coopérateurs car il voit dans ce type d'économie, qui répartit équitablement les profits et les charges, la réconciliation du capital et du travail. C'est pour lui l'idéal de la démocratie française. Il est aussi l'artisan de la loi qui institue l'Office National des Pupilles de la Nation après de la 1ère guerre mondiale. En 1902 il publie un " Essai d'une Philosophie de la Solidarité". Cet ouvrage en fait un des théoriciens du radicalisme.

 

L'organisation de la paix

 

Léon Bourgeois est chef de la délégation française à la première Conférence Internationale de la Paix de La Haye en 1899 qui a pour but de maintenir la paix générale et de réduire les armements excessifs. Elu président de la commission d'arbitrage, il propose, conformément à son idéal, de régler les rapports entre nations par la justice qui serait rendue par un tribunal au sein d'une institution internationale. Mais la délégation allemande s’y oppose. Il en restera une cour permanente d'arbitrage, un jalon planté sur la route de la paix, malheureusement plus utilisée par les particuliers que par les gouvernements. Malgré la conjoncture, Léon Bourgeois ne désespère pas et récidive lors de la 2ème conférence de La Haye en 1907. Il publie en 1910 "Pour un projet de la Société des Nations". Il vient d'inventer et de nommer l'institution qu'il verra naître et aussi bafouée. En 1917, il est nommé président de la commission qui établit un projet français de la Société des Nations et prend part, avec le Président américain Wilson, aux travaux pour l'édification du pacte de la SDN. Elu en 1919 membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, il préside en 1920 la première réunion à Genève du Conseil de la SDN : les représentants des 47 nations lui expriment alors admiration et reconnaissance. Et il reçoit, le 11 Décembre 1920, en pleine assemblée de Genève et sous une ovation interminable, le prix Nobel de la Paix.

la Paix par la Solidarité des Peuples

 

Léon Bourgeois siège à la SDN et essaie de faire admettre ses idées sur la Solidarité des Nations, la Paix par le Droit et la sécurité collective par la constitution d'une armée internationale. A la lutte pour la vie, il propose une alternative : l'union pour la vie. Cet idéaliste humaniste s'éteint le 29 Septembre 1925 à l'âge de 74 ans. Selon son vœu, ses cendres sont inhumées en terre champenoise en plein vignoble au "château d'Oger", propriété de ses beaux parents. Son fils, le Dr Bourgeois les transfère en 1933 au cimetière de l'Ouest à Châlons dans le caveau familial. La même année, la SDN, la République, le Département et les municipalités de la Marne lui rendent hommage en élevant un monument à sa mémoire rue Juliette Récamier à Châlons. Réalisé par son ami Maillon, deux femmes y symbolisent l'œuvre de sa vie : la solidarité et la SDN qu'une inscription résume : " la Paix par la Solidarité des Peuples ".

Ne le cherchez pas : sacrilège criminel contre la Paix, cet ensemble de bronze a été fondu en canon pendant la deuxième guerre mondiale et son socle de pierre est tombé en pleine guerre froide lors d’un réaménagement du parking.

Aujourd’hui, Châlons conserve comme seuls souvenirs de ce Grand Homme une rue, un buste érigé devant les archives départementales, son importante bibliothèque personnelle emmagasinée dans les greniers de la Bibliothèque municipale et trois sculptures de Rodin offertes au musée municipal par son fils, le Dr Georges Bourgeois. Elles représentent la Beauté (bronze), La tête de Saint Jean- Baptiste sur un plat (marbre) et l’Eveil de l’Humanité (bronze).

 

Article paru dans le Petit Catalaunien Illustré N° hiver 1992-1993.

éditions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com Pour plus d'info : http://www.catalaunien.net/

 

Vient de paraître :

Léon Bourgeois : du solidarisme à la société des Nations.

Avant de se dissoudre, l’association pour la Recherche sur la Paix et la Guerre, l’ARPEGE, a consacré une journée d’études à un homme de paix, à une des figures les plus méconnues du XXème siècle, Léon Bourgeois, un des rares Français prix Nobel de la Paix. Cette journée d’études fit appel à des spécialistes dont les contributions sont publiés dans ces actes et portent sur Léon Bourgeois et le solidarisme, sa relation à l’élu local, le militant de la Paix, les origines en France de la SDN, la SDN, la Séparation des Eglises et de l’Etat, le Prix Nobel de la Paix, le sculpteur et ami des arts et, pour conclure, une biographie sommaire.

2007, Editions Dominique Guéniot, 156 pages, 20 €

 


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 16/07/2007 - Juliette Récamier, exilée à Châlons

Juliette, l’exilée

Juliette Récamier n’est pas une enfant du pays. Pourtant, contrairement à Mme de Staël,

une rue châlonnaise porte son nom car un lien l’unit à la Catalaunie.

 

Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est Juliette Récamier, telle que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle.

Née à Lyon, le 4 décembre 1777, Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard est une enfant choyée et instruite : elle étudie Montaigne, Racine, Voltaire, elle lit Shakespeare dans le texte, apprend l’italien et la musique. Vers l’âge de 12 ans, Juliette monte à Paris et épouse à 15 ans le banquier Jacques Récamier, que l’on dit amant de sa mère. Union de pure convenance et d’amitié, ce mariage restera un mariage blanc. Juliette tient salon et reçoit ses amis, pour la plupart opposants au régime impérial, rue Basse du Rempart puis au couvent de l’Abbaye au Bois. L’influence de ce salon est reconnu dans le domaine des lettres et de la politique. François-René de Chateaubriand la rejoint chaque jour quand il est à Paris. Elle deviendra l’égérie de l’écrivain et sa plus tendre et plus fidèle amie. Leur relation amoureuse durera 30 ans.

 

Une femme entourée et adorée

Juliette Récamier est connue pour son charme, sa beauté, son intelligence et sa culture Elle est très courtisée mais repousse avec douceur et sans blesser les hommages trop pressants. Seul Benjamin Constant, éconduit et malade de jalousie, fait un portrait d’elle peu flatteur. Même Sainte-Beuve, connu pour sa méchante langue, parle d’elle en termes bienveillants : il dit qu’elle est un " doux génie ". Sous le Directoire, avec Hortense de Beauharnais, elle est l’une des reines à la mode qui reçoit dans les salons fastueux de son hôtel de la rue du Mont Blanc. On la dit aussi bonne et délicate. Les femmes recherchent son amitié. Germaine de Staël l’adore.

Elle compte parmi ses principaux adorateurs Lucien Bonaparte, le prince Auguste de Prusse, les scientifiques André-Marie Ampère et son fils Jean-Jacques, historien, les peintres Louis David et Eugène Delacroix, les écrivains Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alexis de Tocqueville, Alfred de Musset, Henri Beyle, dit Stendhal et bien d’autres encore. Jusqu’à Honoré de Balzac, si fou de bonheur de l’avoir rencontrée, alors qu’elle approche de la soixantaine, qu’en sortant de chez elle il voudra, d’exultation, embrasser tous les passants. Elle les repousse tous sauf un, François-René de Chateaubriand.

 

Le salon d’une intellectuelle à la mode antique

Sous le Directoire, elle est l’une des premières à se meubler en style " étrusque " et à s’habiller " à la grecque ", et diffuse le goût pour l’" Antique " qui va prévaloir sous l’Empire. Elle est une figure clé de l’opposition au régime de Napoléon. Son salon a un rôle important dans la vie politique et intellectuelle de l’époque. Secrètement, elle est initiée à tous les projets de conspiration contre l’Empereur, qui pour la plupart naissent dans son salon. Son salon de l’Abbaye aux Bois, tenu à sa maturité, est le plus remarqué mais elle reçoit presque toujours de façon somptueuse, dans ses résidences parisiennes. Ses bals sont féeriques avec toilettes égyptiennes, grecques, romaines et turques. À l’Abbaye, son salon est décoré de riches draperies de soie blanche.

Juliette à Châlons

L’amitié que Madame Récamier entretient avec Madame de Staël, à partir de 1807 ajoute à la colère de l’Empereur. Juliette suit pendant cinq ans Germaine de Staël qui, pourchassée par Napoléon, déplace sa cour en province, à Coppet, puis à Chaumont-sur-Loire. En 1811, cette amitié vaut à Madame Récamier d’être exilée à quarante lieues de Paris. Elle décide alors de s’installer à Châlons, ville suffisamment éloignée de Paris mais cependant proche de la capitale.

 

La suite dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€

En vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne

Lire " Ils sont passés par Châlons " de Jean-Paul Barbier, Editions du Petit Catalaunien Illustré

Pour plus d’info : http://www.catalaunien.net/

Tel-répondeur/fax : 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@gmail.com

 


Commentaires (2) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 10/07/2007 - Marie-Angélique : l'enfant sauvage

Marie-Angélique, l’enfant-loup

 

L’histoire de l’enfant sauvage trouvée en 1731 à Sarry pour les uns, à Songy pour les autres, a fait couler beaucoup d’encre. Voltaire, Rousseau, Diderot, la Condamine et d’autres se sont intéressés à son cas. Le Petit Catalaunien Illustré a déjà donné la version de Burette de Verrières datant de 17881. Voici celle de Serge Aroles, parue en 2004, qui se base sur des documents d’archives.

Un jour, dans le Haut-Mississipi (Wisconsin), vers 1712, une indienne de la tribu des Renards voit le jour. Mais en juin 1712, sa nation est battue et massacrée par les Français qui n’épargnent ni les femmes, ni les enfants. L’orpheline est élevée par les siens. Elle connaît les famines des hivers blancs, les guerres entre tribus alliées aux Français ou aux Anglais. Battu une nouvelle fois par les Français en 1717 le chef des Renards, par une simple signature sur un parchemin donne sa terre à la " très Grande Montagne ", le roi de France, ainsi surnommé par les Indiens. Toutes ces batailles ont décimé les hommes et seuls restent les femmes et les enfants. Les fillettes en surnombre sont offertes à d’autres nations autochtones et aux officiers français. La petite indienne dont on parle, est emmenée par le beau-frère de Mme de Courtemanche au Labrador (Canada) en 1718.

Cette dame est la veuve du commandant de la côte du Labrador qui a péri l’année d’avant, peu après une attaque des " Esquimaux ". C’est son fils qui devient commandant. Il apprend la langue des " esquimaux " afin de pouvoir communiquer avec eux et les soumettre. Mme de Courtemanche a déjà deux petites " esquimaudes " qu’elle considère comme ses enfants. Elle change les habits de peau de la petite fille, lui enseigne le français et la nomme Marie-Angélique. Elle a 6 ans. Elle apprend la couture et la lecture. Un chapelain, le père Lair, catéchise les indiens en essayant de faire des analogies entres les déités indiennes et la trinité chrétienne. Mais les esquimaux attaquent le fort en septembre 1719. Marie-Angélique aura prévenu le commandant de l’insoumission des esquimaux dont elle a eu connaissance par une des esclaves-otages esquimaudes qui vit dans la même famille. Elle échappe à l’incendie du fort en 1720.

A 8 ans, le 11 septembre 1720, elle quitte la " terre des esquimaux " avec sa maîtresse et ses trois filles. Elles doivent revenir au printemps suivant. Elles embarquent sur " l’Aventurier ", chargé de morue et " armé en guerre ". Après des tempêtes et de grandes alarmes dues aux bateaux pirates, Marie-Angélique aborde l’Europe par le Portugal. Puis c’est l’Espagne et l’Italie. Enfin, Marseille, le 20 octobre 1720 où sévit la peste qui tuera la moitié de la ville. Le navire est immobilisé et aucun passager ne peut le quitter. Lorsque cela sera permis, l’Aventurier s’en ira sans Marie-Angélique car Mme de Courtemanche fortement endettée ne peut plus subvenir à ses besoins. Marie-Angélique travaille pour un homme nommé Durand ou Ollive : elle tisse la soie. Elle y rencontre une fille noire arrivée de " Palestine-Phénicie ", venue de l’empire Ottoman, qui parle une langue que Marie-Angélique ne comprend pas. Elle devient sa compagne d’infortune.

Toutes deux s’enfuient dans cette Provence encore inquiète de la peste. Marie-Angélique a 9 ans en décembre 1721. Elles fuient les incendies de la forêt provençale, elles se nourrissent de plantes et de fruits, de racines, d’insectes et de petits animaux, de charognes, de gibier ; pas de renard car Marie-Angélique racontera plus tard que sa viande a un goût répugnant. Elles ont dû, pour remplir leur estomac, également manger du bois pourri, de la terre, du miel, de la sève. L’hiver elles résistent au froid en s’enterrant. Elles chassent à l’aide d’un gourdin et d’un genre de lance trouvée on ne sait où et leurs griffes longues et dures leur servent à enlever la peau de leurs victimes. Ces griffes leur servent également à grimper aux arbres pour fuir les loups et les ours.

Marie-Angélique passe 10 ans dans la forêt. Elle se déplace avec sa compagne, veillant l’une sur l’autre en cas de blessure ou de maladie (elles ont pu avoir des affections dues aux eaux de baignade partagée avec les rongeurs (leptospirose), au fait de manger trop de lièvre (tularémie) en plus des parasites, de la malaria, la rage, le risque d’occlusion intestinale, des fracture de membres, le tétanos, etc.). Elles ont dû trouver des plantes qui apaisent les maux de ventre, des gommes, exudats d’arbres, qui adoucissent les plaies et les écorces qui arrêtent les hémorragies. Elles ont pu parcourir 20 000 km à raison d’une lieue et demie quotidienne. Elles fuient les lieux habités. Habillées de peaux de bêtes nouées par les pattes elles affrontent la neige et les tempêtes. Leur corps est couvert de boue qui les protège des insectes, des orties et du gel. Elles passent les premières années ensemble mais sans langue commune, elles communiquent entre elles par des cris, des signes vocaux. Le ciel et les étoiles sont leur plafond. Elles ont pu voir deux éclipses de soleil et quatre de lune pendant cette période. On peut penser qu’elles se trouvent en Lorraine lors du tremblement de terre qui a lieu le 3 août 1728.

Début septembre 1731, à Vitry le François, le sieur de Bar tire sur la compagne de Marie-Angélique et la blesse. Le gentilhomme prétendra l’avoir confondu avec du gibier d’eau. Elle a été trouvée morte du côté de Saint-Martin aux Champs. L’entourage de Marie-Angélique inventera l’histoire selon laquelle c’est elle qui l’a tuée au gourdin lors d’une dispute pour un rosaire trouvé et la lui fera croire. Cependant aucun acte d’inhumation n’a été trouvé, à cette date, sur les registres de plus de 150 villages de Champagne et de Lorraine.

On rapporte qu’un " un berger de château aperçoit une créature aux papilles délicates, une mangeuse de grenouilles qu’elle enrobe de feuilles de vigne, et les domestiques de ce même castel surprennent de nuit, près du cimetière de Songy une croqueuse de pommes prenant son repas sur les branches-mères. L’avant-veille déjà, un gros chien mourut d’avoir lancé ses crocs après une troisième fille, une promeneuse parée d’une massue, qui l’attendit avec calme, son arme levée latéralement, et lécho des os brisés de son crâne éteignit celui de son ultime aboi "2. Est-ce Marie-Angélique les trois fois ?

Songy 8 septembre 1731. Marie-Angélique, poursuivie, s’enfuit vers le cimetière où elle grimpe dans un arbre. Sous les yeux des villageois portant des flambeaux, elle saute dans un deuxième puis dans un autre plus élevé. Elle sera assiégée jusqu’au matin. Ils essaient alors de la faire descendre par des ruses à l’aide d’un seau d’eau fraîche : elle y boit à quatre pattes puis remonte vite. Puis une femme portant un bébé dans les bras l’affriande avec une anguille. Elle ne résiste pas et descend. Elle se laisse conduire au château où elle arrache une volaille crue à un cuisinier.

Chez le vicomte d’Epinoy : " L’attention que ce Seigneur a eu pour elle pendant près de deux mois, la souffrant la plus grande partie du jour en son château, la laissant pêcher dans les fossés, et chercher des racines dans ses jardins, a attiré beaucoup de monde chez lui "3. Elle refuse de dormir dans un lit et préfère la terre comme couche, ne mange que de la viande et des végétaux crus. Elle ne supporte pas d’être enfermée et craint le moindre contact avec un homme qu’aussitôt elle frappe ". Elle a dix-neuf ans. Elle loge chez le berger. Elle est surnommée la bête du berger. " Les curés du voisinage… lui ont fait comprendre… qu’il ne falloit point grimper sur les arbres, cela étant indécent à une fille… "3.

La suite dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€*

en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne  

1 Extrait des Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne, 1788

2 Marie-Angélique de Serge Aroles, terre Editions

3 lettre de Claude Faron, décembre 1731

Sources : Les enfants-loups (1344-1954) tome 2 : Marie-Angélique : survie et résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt de Serge Aroles, Terres éditions, 2004

*Pour plus d’info : www.catalaunien.net

Tel : 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@gmail.com 


Commentaires (2) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 9/07/2007 - Les Jards ont perdu le nord

Les Jards ont perdu le nord

Ce numéro d’été 2007 se lit comme un roman car Le Petit Catalaunien Illustré vous raconte de belles histoires, toutes vraies. Celle de Juliette Récamier, "Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est ainsi que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle. Chassée de la capitale par Napoléon, elle devra s’exiler à Châlons.

Une autre histoire, celle de Marie-Angélique, l’enfant-loup, trouvée près de Châlons en 1731 : Serge Aroles nous conte, après avoir fouillé de longues années dans les archives, la survie et la résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt.

Des espaces boisés, lieux de promenade, il y en à Châlons, on les appelle les Jards. Mais les Jards ont perdu le nord : le Jard que nous nommons aujourd’hui le grand Jard fut longtemps dénommé le petit Jard et le grand Jard se situait plus au sud, au-delà du canal Louis XII. Mais, dans une ville où la Marne est un canal et l’anse du Jard la Marne, faut-il vraiment s’en étonner ? Visite des Jards en compagnie de Louis Grignon et Louis Barbat

En 8 siècles les Jards ont vu défiler l’Histoire de la ville. Il en est une, racontée par Mémoria, l’âme de Chaalons-en-Champaigne, celle du prêche de Bernard de Clairvaux pour les Croisades en 1147. Nous vous livrons en avant-première un extrait du tome II du roman de Bruno Malthet : " l’Inconnue du grand barzar ".

Pour finir, un peu de réflexion. Sur l’engagement des Châlonnais dans le comité de jumelage avec la ville burkinabé Bobo-Dioulasso : pourquoi depuis 37 ans, malgré leurs différences, les adhérents, hommes et femmes de bonne volonté, sont-ils rassemblés dans cette relation ? Patrick Denis, le président du comité de jumelage, s’interroge. Une des actions du comité de jumelage est le parrainage d’enfants bobolais qui leur permet d’être scolarisés. Un bulletin de parrainage est joint à ce numéro.

Une des raisons de la participation des Châlonnais dans l’aventure de jumelage avec Bobo est " la volonté de lutter contre les idées nauséabondes du racisme et de l’intolérance qui ont perverti trop d’esprits dans notre pays ", comme le dit Patrick Denis. Sur le même axe, l’Union Européenne a lancé en 2007 " EQUAL ", un laboratoire d’idées au service de la stratégie européenne pour l’emploi et le processus d’inclusion sociale afin de combattre la discrimination et l’exclusion basée sur le sexe, l’origine raciale ou ethnique, la religion ou les croyances, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle : égalité des chances et bienfaits de la diversité.

Sur ces belles et bonnes paroles, je vous laisse à votre lecture en espérant que vous apprécierez la diversité de ces thèmes et que nous vous retrouverons à la rentrée

La rédaction

Voir sur ce blog les articles :

  • Juliette Récamier, exilée à Châlons
  • Marie-Angélique, l'enfant-loup
  • Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons  

N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€ *

Pour plus d’info : www.catalaunien.net

Tel : 03 26 68 68 00

Courriel : mailto:catalaunien@club-internet.fr 

en vente à la librairie du Mau, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 1/06/2007 - Un Châlonnais célèbre : Pierre Dac

 

Pierre Dac : le roi de l'absurde naît à Shalom

 

Timide, pudique, ce petit bonhomme d'un maître 63, ne se sentait bien que dans l'absurde. Infatigablement, il a plongé des générations de Français dans la loufoquerie et les a noyées dans sa verve aussi bien dans les bons moments que dans les années difficiles.

 

 

"J'ai vu le jour dans la nuit du 15 Août de l'année de ma naissance à Châlons-sur-Marne (36 850 habitants approximativement, à 160 km de Paris exactement), non loin du camp militaire de Mourmelon-le-Grand. Près de là, fut battu Attila, en 451, dans les champs catalauniques, par Aétius, Mérovée et Théodorie réunis, poil au Président des Etats Unis". (Pierre Dac).

André lsaac, alsacien d'origine, est né à "Shalom sur Marne" (Châlons) le 15 Août 1893, à 11h, au 70 rue de la Marne. Trois ans plus tard, sa famille déménage à Paris. Le père, Salomon Isaac, ouvre une boucherie à la Villette. Mais chaque été, le petit André revient à Châlons chez ses grands-parents. D'un tempérament ludique, comme son père, dont l'humour l'enchante, il se fait rapidement remarquer à l'école par ses plaisanteries. Pour avoir supendu un hareng saur sur l'habit de son maître de mathématiques, il est renvoyé du lycée Colbert. Bien que bon élève en français il est si timide qu'il ne peut réciter ses leçons. Sans diplôme et sans avenir, il fait des petits boulots. Mais un soir, entrant dans un cabaret de la rue Pigalle où se produisent des chansonniers, il a la révélation du métier qu'il veut exercer : "combattre par l'humour et la dérision les grands drames de l'existence" (1).

La lère guerre mondiale le retrouve au front. Là, il fait de son mieux pour divertir ses compagnons avec des caricatures, des poèmes et des chansons comiques. Il compose "les cheveux de la victoire", dans laquelle il se moque d'un gradé ce qui lui vaut 60 jours de prison. Après sa démobilisation, il exerce tous les métiers : garçon de course, vendeur de savonnette à la sauvette, représentant, homme sandwich, chauffeur de taxi... Enfin en 1923 il trouve, par hasard, un pygmalion en la personne de Toziny qui le baptise "Pierre Dac" et le fait monter sur la scène de son cabaret "La vache enragée". C’est un triomphe ! Et pendant 10 ans Pierre Dac va passer sa vie sur les scènes de cabarets et de music-halls, Il pousse la chansonnette avec Raymond Souplez, Gabriello et Roméo Carlés. Il anime aussi une course au trésor sur les ondes du Poste Parisien : il demande qu'on lui apporte des objets aussi loufoques qu'imaginaires : une lentille cuite, une dragée blanche entourée de 10 km de ruban noir... Cette course délirante est un énorme succès.

Ce bavard répète à 1’envi que "parler pour ne rien dire ou ne rien dire pour parler, sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir". Cela ne l’empêchera pas de clamer des vérités à son entourage telle que "celui qui dans la vie est parti de zéro pour n'arriver à rien, n'a de merci à dire à personne". Cet ingénieux inventeur du Schmilblick, l’objet qui sert à tout et à rien, délire sur les ondes. Il va souler les auditeurs d’une ronde folle de mots qui se mordent la queue, enfilés à un rythme effréné, qui ne laissent pas le temps à l’esprit de respirer.

En 1938 Pierre Dac crée un journal : L'Os à moelle dont les petites annonces font fureur. Emanation de la SDL, la société des Loufoques, créée sur les ondes, ce journal est à la mode chez les jeunes. Des Clubs de loufoques se créent partout. Pierre Dac compose même un ministère loufoque dans lequel, modeste, il ne s'octroie qu'un petit porte-monnaie. Le journal et l'émission de radio font fureur. Soutien moral des troupes françaises, l'Os à moelle se saborde en 1940. Recherché par la Gestapo, il s'enfuit avec sa compagne, la comédienne Dinah, et trouve refuge à Toulouse. Il y monte un spectacle et part en tournée dans la zone libre. Mais son obsession est de rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre. Et plusieurs tentatives lui valent de goûter aux geôles françaises et espagnoles. Pierre Dac se retrouve enfin à Londres, en Octobre 1943. Il intègre l'équipe radiophonique de la fameuse émission de la BBC, des "Français parlent aux français". Mettant les rieurs du côté des Alliés, son retour sur les ondes fait sensation en France. Les français reconnaissent cette voix si caractéristique : monocorde, grave et imperturbable et son humour. Il lance sur les ondes son célèbre couplet : " Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ", sur l'air de la cucaracha. Il fustige l'occupant allemand et ses serviteurs et ridiculise la propagande des " nazillards " dont Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à l'Information du gouvernement de Vichy. Les anglais le surnomment " the king of lunatics ". Pierre Dac réunit ses souvenirs anglais dans un livre : "Un français libre à Londres en guerre". On y trouve une foule d'anecdotes concernant les français de Londres : Maurice Schumann, le colonel Rémy, Jean Nohain... et le Général de Gaulle.

Son retour à Paris est difficile. A plus de 50 ans, il doit recommencer à zéro. Après une rentrée triomphale à l'ABC, sa vie professionnelle connaît des hauts et des bas. Le N°1 de l'Os libre, son nouveau journal, paraît le 11 Octobre 1945, avec comme slogan : " pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour ". Mais l'esprit de l'Os n'est plus le même et n'attire plus les lecteurs. Il doit suspendre sa diffusion. Après un passage à vide, marqué par les horreurs de la guerre, il remet en question son humour " sans fiel, sans méchanceté, sans parti pris politique ". Il refait de la radio avec son compère Francis Blanche et c'est le succès des 1034 épisodes de " Signé Furax ". Il écrit les " Dialogues en forme de tringle ", " Pédicures des âmes " que son éditeur présente au Goncourt sans succès, " le gruyère qui tue ", " Le boudin sacré ", ses " Pensées "... Perfectionniste, il reprend régulièrement ses sketches, poèmes et pensées pour les peaufiner avec la rigueur et l'amour d'un orfèvre. Mais sous son masque loufoque, ce petit bonhomme est un clown triste. Dépressif, il fait plusieurs tentatives de suicide. Il est sauvé par sa femme, Dinah, qu'il a épousée en secondes noces, à son retour de Londres, et par l'attachement de ses amis. Il finit par guérir et reprend le fil de son délire verbal. L'Os à moelle ressort et achève sa carrière en 1965. Cet  " enfant romantique que la vie émerveille ", comme il aime à se définir, est d'une verve infatigable et multiplie ses activités. Sur pression Elyséenne il renonce à se présenter comme candidat de l'absurde à la Présidence de la République. Il se rend à l'invitation de diverses écoles dont Polytechnique où il donne une conférence sur le " Biglotron " qui ne servant à rien, peut donc servir à tout. Il crée un mouvement littéraire : le surrénalisme et soutient une thèse sur " le slip à pont-levis depuis Henri III jusqu'à vendredi prochain ". A 70 ans et plus il joue des pièces de théâtre et tient des rôles dans des films, écrit des scenari, fait du cabaret. Cependant, un certain 9 Février 1975, à 82 ans, la tête pleine de projets, la célèbre face lunaire, avec son éternelle cigarette collée au coin des lèvres, s'éteint.

Pierre Dac n'aura survécu que 8 mois à Francis Blanche, son complice dans l'absurde. Et lors de l'enterrement du petit homme, le " maître soixante-trois ", Fernand Rauzéna, " son compagnon de galène ", qui ne peut croire à sa disparition, dit: " ... il ne peut nous avoir fait ça ! Je suis sûr qu'il va surgir comme un diable de cette boite ! "

(1) Extrait du livre de Jacques Pessis : ''Pierre Dac, mon maître soixante-trois"

aux éditions François Bourin.

Le Schmilblick

"C'est dans la nuit de 21 Novembre au 18 Juillet de la même année que les frères Fauderche ont jeté les bases de cet extraordinaire appareil dont la conception révolutionnaire bouleverse de fond en comble toutes les lois communément admises tant dans le domaine de la physique thermonucléaire que dans celui de la gynécologie dans l'espace... Le Schmilblick des frères Fauderche est rigoureusement intégral, en ce sens qu'il peut à la fois servir de Schmilblick d'intérieur, grâce à la taille réduite de ses gorgomoches, et de Schmilblick de campagne grâce à sa mostoblase et à ses deux glotosifres qui lui permettent d'urnapouiller les istioplocks même par les plus basses températures..." Pierre Dac

Extrait du Petit Catalaunien Illustré N°3

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com

 Pour plus d'info : www.catalaunien.net


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 31/05/2007 - Histoires de Catalaunie

Histoires de Catalaunie

de Roger Canard

Avec ses Histoires de Catalaunie, Roger Canard nous fait revivre l’histoire bimillénaire de Châlons-en-Champagne. Il captive ses lecteurs d’un bout à l’autre. Il les invite à le suivre depuis ce petit matin de la fin du IIIème siècle où il fait revivre le circitor Furius Antoninus, dont la stèle funéraire est exposée au Musée municipal de Châlons, défendant l’antique Catalaunum des invasions barbares. Il les maintient en haleine jusqu’à cette fin de XXème siècle où il ouvre, pour en percer le mystère, une bien étrange fenêtre donnant sur la rue Léon Bourgeois. Entre temps, il leur livre dix-sept siècles de l’histoire des Châlonnais et de leurs monuments. De quoi avoir envie de lui dire, comme Jean-Pierre Ravaux, conservateur des musées de Châlons : "Roger Canard, racontez-nous Châlons ! ". Et de lire ce premier "Petit Canard Illustré"...

Histoire de Catalaunie de Roger Canard, Editions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue R. Binet 51000 Châlons-en-Champagne, Hors série : 10 € (port compris)

Bon de commande :

http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

Pour plus d’info : www.catalaunien.net

Contact : catalaunien@club-internet.fr

 

Ce qu'ils en pensent :

Le Petit Canard Illustré

Depuis sa naissance châlonnaise, Roger Canard n’a cessé de découvrir la Catalaunie dans ses moindres détails, au point d’en tomber littéralement amoureux et de vouloir faire partager cette passion dévorante à ses enfants, puis à ses petits-enfants et enfin à ses amis, à travers ses Histoires de Catalaunie, dont quelques unes ont déjà été publiées dans les colonnes du Petit Catalaunien Illustré ou dans le bulletin des Amis du Vieux Châlons.

Combien en a-t-il écrites ? J’en avais dénombré une bonne quarantaine, mais Roger Canard les estime à 120 ! Une seule certitude : elles sont toutes semblables à un puits où chacun peut venir jeter son seau afin d’y puiser à la source claire et limpide de l’histoire de Châlons-en-Champagne.

Nous en avons sélectionné quatorze dans ce premier recueil qui, au fil des ans, devrait être suivi par d’autres. Roger Canard a emboîté le pas à Louis Grignon, cet autre Châlonnais dont nous avions réuni et publié en 1995 les nouvelles à fond historique sous le titre de " Les chausses de Jehan de Soudron ".

Bruno Malthet

Président

de l'association Nouvelle Catalaunie

Raconte-moi Châlons !

C’est la demande adressée à un grand-père par sa petite-fille. Et le grand-père avait toujours une histoire à raconter. Mais une histoire qui se déroulait dans cette ville mythique qui a pour nom Châlons-en-Champagne. Souvent, on peut encore en trouver les traces dans le paysage urbain, ce qui permettait d’aller voir sur place le chardonneur, ou les volets qui ne s’ouvrent jamais...

N’est-ce pas là une façon intelligente et passionnante de découvrir sa cité ? D’ouvrir les yeux pour voir les mille détails singuliers dont nos ancêtres châlonnais l’ont parsemée au cours des siècles, et devant lesquels les hommes du XXème siècle passent sans leur prêter attention ? Ces détails qui font que Châlons-en-Champagne est une cité pleine de charme, et non un univers de verre et de béton sans âme ! Et qui mieux que Roger Canard connaît ces mille détails de la ville ? Et qui mieux que lui saurait les raconter ? Bien sûr, il ne s’agit pas d’une histoire complète, avec références, bibliographie, notes de bas de pages, qui font les histoires sérieuses ... et ennuyeuses.

Je soupçonne même Roger Canard (mais ne lui répétez pas !) d’avoir parfois un peu transformé certains détails, afin de les rendre un peu plus compréhensibles, et un peu plus passionnants pour son jeune auditoire. Mais n’était-ce pas inévitable ? Car il s’agissait d’intéresser à l’histoire. Alors on se prend à rêver de redevenir un petit enfant pour découvrir cette cité merveilleuse avec des yeux neufs, et de pouvoir dire nous aussi : Roger Canard, racontez- nous Châlons

Jean-Pierre Ravaux

conservateur des musées

de Châlons-en-Champagne


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 23/05/2007 - Des nouvelles au rendez-vous de l'histoire

Les chausses de Jehan de Soudron et autres nouvelles

de Louis Grignon

Il était une fois, à Chaalons en Champaigne, des personnages entrés dans l'Histoire par la petite porte de leur propre histoire.

Il s'appelle Jehan de Soulderon. La perte de ses chausses va bouleverser la vie de Me Finaud, Dame Véronique, Maistre Nicolas Robillard, drapier-chaussetier, Babolet, le ménestrier, ainsi que celle du frère Laurent, le bon frère quêteur des Jacobins. Et donne lieu à un fameux procès.

Il s'appelle du Ballay, abbé commendaire d'une riche abbaye. Il raconte, après un bon repas, l'étrange histoire de la belle Maguelonne dans son château de Trosnay.

Ils s'appellent Karquesay et de Penhoët, ils sont bretons et viennent défendre Châlons contre les armées de Charles le Quint. Coeurs purs, ils se trouveront mêlés à l'affaire d'une fort mystérieuse Dame de Palus, promise à la Tour Maudite, qui leur sera fatale.

Il s'appelle Jacquinot de Ponthion, brave paysan du Perthois. Le fantôme de Gothon, sa femme, hante sa mauvaise conscience.

Il s'appelle Estienne Jodet, barbier de son état, amoureux transis et ridicule de labelle Louise Malibon, prêt à faire n'importe quoi pour ses beaux yeux, quitte à partir en campagne contre les Ligueurs. Et quelle campagne !

Il s'appelle Me Gilles, procureur pingre mais malade. Il veut se faire soigner à l'oeil et fera d'un pharmacien un arbalétrier.

Elle s'appelle Berthe de Trosnay, elle est orpheline. Un lointain parent ivrogne et débauché convoite son domaine et l'attire dans un guet-apens à l'occasion de la venue dans sa bonne ville de Chaalons en Champaigne du duc de Nevers, gouverneur de Champagne.

Le décor de ces histoires est le Châlons du XVIe et du XVlle siècle ou son diocèse, décrit avec tant de détails qu'on s’y croirait. Le suspens tisse sa toile au fur et à mesure de l'apparition des personnages. Et l'humour est la cerise sur le gâteau.

L'auteur de ces nouvelles est Louis Grignon, historien châlonnais, bien connu des férus d'histoire locale. Les longues et minutieuses recherches dans les archives, qu'il a menées pour étudier la topographie et les monuments châlonnais, lui ont fourni un matériau historique de première qualité. Il a fait des trouvailles à partir desquelles son imagination s'en est donnée à coeur joie.

A (re)découvrir !

Extrait de : Le Petit Catalaunien Illustré - Automne 1995 - Numéro 13

Les chausses de Jehan de Soudron et autres nouvelles de Louis Grignon, Editions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons, 1995. 18€ (port compris)

16 rue Robert Binet 51000 Châlons-en-Champagne

bon de commande :

http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

Tel : 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@gmail.com 

Info : www.catalaunien.net

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 23/05/2007 - Le livre d'or de Châlons-en-Champagne

Ils sont passés par Châlons

Le grand livre d’or de Châlons-en-Champagne

Illustré par plus de 230 gravures, portraits et photos, ce livre retrace 372 passages de princes d’Eglises, empereurs, rois, généraux, écrivains, poètes... à Châlons-en-Champagne depuis sa fondation. Soit 320 grands personnages qui - et que - croisèrent et rencontrèrent les contemporains des 382 Châlonnais célèbres, illustres et mémorables dont Jean-Paul Barbier écrivit la biographie en 2000.

Ce grand livre d’or est l’occasion de revivre des pans entiers de l’histoire châlonnaise qui s’entrelace et s’enchevêtre avec l’histoire de France. Une histoire écrite aussi par ces hommes et femmes qui peuplent tous nos dictionnaires comme, entre autres, Aurélien, Jeanne d’Arc, Montaigne, Catherine de Médicis, Henry IV, Louis XIV, Voltaire, Marie-Antoinette, Napoléon, Victor Hugo, le maréchal Foch, Charles de Gaulle, Michel Rocard, Albert Jacquard ou Jacques Chirac.

Ils sont passés par Châlons : le grand livre d’or de Châlons-en-Champagne. Texte de Jean-Paul Barbier, recherche iconographique de Bruno Malthet, préface de François Veillerette, Châlons, 2003. 21€ (port compris).

Ed. du Petit Catalaunien Illustré, 16 rue Robert Binet 51000 Châlons-en-Champagne

 

Tel : 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@gmail.com

 www.catalaunien.net

Extraits

573 - Grégoire de Tours, évêque de Tours et chroniqueur, passe par Châlons, il va prier sur la tombe du premier évêque de Châlons, saint Menge (Memmie) qui vécut au IVème siècle. Le tombeau du saint châlonnais est, à l’époque, un lieu de pèlerinage important.

4 juillet 1429 - Jeanne d’Arc, accompagnée de sa troupe, et le roi de France Charles VII passent la nuit à Châlons avant le sacre du roi à Reims le dimanche 17. Le mercredi 13 les émissaires de la ville, avec à leur tête le comte-évêque Jean IV de Sarrebruck, avaient remis au roi les clefs de la ville à Lettrée. Charles VII leur accorda son pardon et confirma tous les privilèges à la cité épiscopale. Ils étaient accompagnés de leurs fameux capitaines Etienne de Vignolles dit La Hire, Gilles de Rais et Poton de Xaintrailles. Informés du passage sur la route vers le sacre, plusieurs habitants de Domrémy firent le déplacement jusqu’à Châlons pour saluer leur payse Jeanne dont Jean Morel, un de ses parrains.

9 septembre 1580 - Michel Eyquem de Montaigne passe la nuit de vendredi à samedi à Châlons lors de son long voyage à travers l’Europe de juin 1580 à novembre 1581. Il relatera son passage dans son Journal de voyage en Italie : " Châlons, sept lieus ; et y logeâmes à la Couronne, qui est un beau logis et y sert-on en vaisselle d’argent ; et la plupart des lits et couvertes sont en soie. Les communs bâtiments de toute cette contrée sont en craie, coupée à petites pierres carrées, de demi-pied ou environ, et d’autres de terre en gazon, de même forme. Le lendemain nous partîmes de Châlons après dîner, et vînmes coucher à Vitry. "...

7 mars 1680 - Le cardinal de Bouillon préside la cérémonie de ratification de mariage du Grand Dauphin Louis de France avec Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, princesse élective de Bavière, dans la chapelle basse du palais épiscopal. Le mariage avait été célébré en Bavière le 28 janvier 1680. La célébration à Châlons fut donnée par le Cardinal de Bouillon, Grand Aumônier de France, l’évêque de Châlons Félix III Vialart de Herse étant malade, en présence de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse... Le 9 mars, le roi et la cour se rendent au château de l’évêque à Sarry en traversant le Jard. Le " Mercure Galant " relate l’événement et écrit sur le Jard " Peu de lieux publics en France sont aussi agréables "...

20 avril 1745 - Voltaire est au château de l’évêque Claude-Antoine de Choiseul-Beaupré à Sarry, il est accompagné de la Marquise Émilie du Châtelet, son égérie, qui vient à Châlons au chevet de son fils le comte de Lomont, atteint de la petite vérole. Voltaire relatera son séjour dans une lettre datée du 20 avril à sa nièce Madame Marie Louise Denis : " L’intendant de Châlons qui craint cette maladie comme une jeune femme et qui n’est pas maître de cette faiblesse ne nous voit point, mais l’évêque est plus aguerri et plus hardi. Il nous a logés magnifiquement, nous fait bonne chère, nous promène. Nous avons des livres, nous vivons comme à Paris, travaillant toute la journée, soupant trop le soir et prenant du café ".

Il avait écrit le 16 avril à son ami François-Augustin Paradis de Moncrif :" ... Je pars pour Châlons. Le fils de Madame du Châtelet a la petite vérole. Je voudrais bien l’avoir, avec l’autre, et n’avoir que dix-sept ans... "

11 mai 1770 – la dauphine Marie-Antoinette d’Autriche venant de Vitry-le-François et se rendant à Paris pour épouser le futur Louis XVI, passe la nuit à Châlons à l’Hôtel de l’Intendance. Une porte de Châlons, nouvellement construite, ancienne porte Saint-Croix, lui est dédiée. Elle devient porte Dauphine et porte l’inscription suivante :

" Aeternum stet ut amor ! " : qu’elle dure autant que notre amour ! ".

L’intendant Gaspard, Louis Rouillé d’Orfeuil l’accueil au bruit de pétards. Six jeunes fiancées lui font un compliment en vers :

" Nous donnerons des sujets à la France

Et vous lui donnerez des rois ".

Ensuite elle assiste dans la salle des fêtes de l’intendance à une réception qui débute par deux pièces de théâtre " Partie de chasse d’Henri IV " et " Lucile ". Suit un feu d’artifice tiré avant le dîner au son de la musique militaire sous les fenêtres de Marie-Antoineette.

Elle a pu découvrir trente portiques en bois de vingt-cinq pieds de haut garnis de lampions. Derrière les portiques se trouvait un temple de soixante pieds de haut.

Sa suite est imposante avec ses dames d’atours, son maître de cérémonies, ses écuyers, son commis de la chambre aux deniers, ses portefaix, ses cinquante gardes du corps, ses treize Cent-Suisses, ses cinq gardes de la porte, ses six gardes de la Prévôté de l’hôtel, ses dix maréchaux de logis et fourriers, ses gentilshommes servants, ses officiers de bouche, du gobelet, de fruiterie. Elle apporte du mobilier dans huit voitures.

Les habitants ont dû illuminer leur maison de dix-huit heures au lendemain matin, sous peine de se voir infliger une amende de vingt livres. Tout cela a coûté seize mille quatre cent quatre-vingt-seize livres à l’intendance.

25 octobre 1809 - Napoléon Ier, de retour du château de Schönbrunn à Vienne après la signature du traité avec l’Autriche, le 14 octobre, s’arrête à Châlons dans l’après-midi. Il est reçu porte Sainte-Croix par le maire Joseph-Louis Delfraisse et les autorités. La Garde nationale et les élèves de l’Ecole impériale des Arts et Métiers lui rendent les honneurs accompagnés d’une foule considérable. La façade extérieure de la Porte est décorée de guirlandes de verdure et de couronnes de laurier et d’olivier qui retombent sur le buste de l’Empereur et sous lequel on peut  lire :

 " Le laurier des combats, l’olivier de la paix

Présagent, sur son front, le bonheur des français".

Le préfet Claude Bourgeois de Jessaint lui présente un plan du camp d'Attila et propose d'en faire l'acquisition au profit du domaine.

L'empereur traverse la ville pour constater l'avancement des travaux de l'arc de triomphe qui lui est dédié, sur le pont de la Marne. L'arc de triomphe sera détruit le 15 février 1814 par les Français lors de leur retraite.

A dix-neuf heures, il est à Epernay où il dîne.

Juillet 1856 - Alexandre Dumas passe à Châlons pour vérifier un fait relatif à la fuite du roi Louis XVI pour son prochain ouvrage " La route de Varennes ". Il est reçu par le poète châlonnais Félix Leroy qui lui présente son concitoyen le poète et chansonnier Eugène Hermant dit Mitaine, ouvrier mi-clochard. Alexandre Dumas le reçoit courtoisement et Mitaine lui lit son poème intitulé " La violette "...

16 septembre 1891 - Le président de la République Sadi Carnot arrive en gare de Châlons à seize heures trente. L’accueil est enthousiaste... Une douzaine d’arcs de triomphe sont construits aux couleurs de la République dont une " tour Eiffel " rue Lochet. Sur un autre on peut lire " Au président Carnot, les patriotes châlonnais justice, travail, liberté, égalité, économie, loyauté "... Le lendemain, il visite la brasserie La Comète, où il goûte à la bière, et la manufacture de chaussures Aristide Appert...

6 octobre 1918 - Le président de la République Raymond Poincaré, accompagné du sénateur de la Marne Léon Bourgeois, est à Châlons pour remettre dans le péristyle de l’Hôtel de Ville au maire Joseph Servas et à l’évêque Joseph-Marie Tissier la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Cette distinction leur est remise pour leur attitude exemplaire pendant les quatre ans du terrible conflit. Le directeur de l’école de Mourmelon a eu aussi cet honneur.

28 mai 1933 - Le président de la République Albert Lebrun inaugure, rue Juliette Récamier, le premier monument érigé à Châlons dédié à Léon Bourgeois, ancien président du Conseil, député puis sénateur de la Marne et Prix Nobel de la Paix en 1920...

29 août 1944 - Les troupes du général américain George Patton, la 6ème armée, libèrent Châlons du joug allemand. Le pont de Marne ayant été détruit, une partie des troupes entrent dans Châlons par la route de Sarry et empruntent la rue Carnot, pendant que les autres entrent dans Châlons par l’avenue de Sainte-Menehould puis la rue Léon Bourgeois, pour faire la jonction dans le centre ville.

15 septembre 1999 – Le Président de la république, Jacques Chirac, passe à Châlons. Il est reçu à l’Hôtel de ville par Bruno Bourg-Broc, député-maire de Châlons, après avoir découvert le chantier de l’Europort de Châlons-Vatry, au sud de Châlons. L’aéroport international dédié au fret doit s’ouvrir au trafic aérien le 1er janvier 2000. Le Président de la République passe la nuit à l’Hôtel de la préfecture. Il quitte Châlons le 16 au matin.

Biographies des auteurs

Jean-Paul Barbier

Né le 11 octobre 1948 à Reims, Jean-Paul Barbier est arrivé à Châlons à 11 ans. Il se passionne très tôt pour la défense du patrimoine de sa ville, lutte contre le massacre du vieux Châlons et la destruction du théâtre Barbat, se bat pour la sauvegarde du couvent de Vinetz ou de la rue de Marne. Il rêve toujours de voir Notre-Dame-en-Vaux avec ses quatre flèches.

Sa passion pour l'histoire de Châlons passe par la mise en lumière des Châlonnais méconnus. Citons, pêle-mêle, Louis-Joseph Charlier, Maurice Renard ou tout récemment Collin de Sussy. Et, bien sûr, Nicolas Appert, cet humaniste inventeur du procédé de la conserve alimentaire, à qui il consacre en 1994 la première biographie connue. Il le fait connaître partout dans le monde avec l'association internationale Nicolas Appert qu'il a fondée et à laquelle l'on doit la colonne Appert, oeuvre de Ipoustéguy, érigée devant l'Hôtel de Région à Châlons.

Son attachement aux Châlonnais illustres se traduit en 2000 par un ouvrage qui met à l'honneur 382 d'entre eux : " Des Châlonnais illustres, célèbres et mémorables ", publié aux éditions du Petit Catalaunien Illustré.

Dans " Ils sont passés à Châlons ", Jean-Paul Barbier vient compléter son travail d'historien des dates marquantes de l'histoire de Châlons qu'il avait entrepris en 1999 avec son ouvrage " Châlons au jour le jour ".

Bruno Malthet

Bruno Malthet, né à Châlons le 8 janvier 1952, fonde en 1991 et préside depuis l'association Nouvelle Catalaunie, éditrice d'un trimestriel, " Le Petit Catalaunien Illustré "", qui se veut Châlonnais et fier de l'être en faisant œuvre de vulgarisation tout en restant une source d'érudition.

Il y publie de nombreux articles et, avec des personnalités comme Jean-Paul Barbier, il y donne un éclairage nouveau sur Châlons-en-Champagne, son passé, son histoire, son patrimoine et ses enfants qui, au fil des siècles, ont modelé l'âme châlonnaise.

Son regard est résolument tourné vers une nouvelle Catalaunie respectueuse de son passé, comme en témoigne le combat qu'il mena, et gagna, en 2003 pour la sauvegarde et la mise en valeur des cryptes médiévales du CHV, des façades de la place Foch et des perspectives sur Notre-Dame-en-Vaux, menacées par le projet de restructuration de ce centre commercial.

Avec son iconographie du livre de Jean-Paul Barbier, Bruno Malthet laisse le militant associatif qu'il est éclairer l'histoire châlonnaise. Il lui permet de côtoyer constamment le patrimoine de Châlons-en-Champagne, sans perdre pour autant de vue les personnages et événements à illustrer.

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 22/05/2007 - Les chausses de Jehan de Soudron

Comment chausses devinrent hérétiques

 

 

A partir des livres de comptes de la confrérie des chaussetiers de Châlons-en-Champagne, Louis Grignon reconstitue les pérégrinations d'une paire de chausses et le procès qui s'en suivit.

"Je voudrais, dit Jehan de Soudron, faire sur le champ raccommoder mes chausses. - Tout à vos ordres, messire, fit Me Nicolas en s'inclinant, bien que nous soyons en ce moment fort pressés. Pourtant, si les avaries ne sont pas trop graves, ce sera l'affaire de quelques instants.

Et il tendit la main, pensant que le sieur de Soudron apportait, sous son mantel, les chausses qui exigeaient une réparation aussi urgente. Mais aussitôt sa réponse, Jehan de Soudron avait pris une autre attitude ; il avait lâché les agrafes qui liaient les chausses au pourpoint et se mettait en devoir de les retirer. II n'y avait pas de doutes à avoir ; c'était bien les chausses qu'il portait qu'il voulait faire raccommoder ; de sorte que, quelques secondes après, il se trouvait sans chausses au milieu de la boutique de Me Nicolas auquel il les présentait gravement.

- Par Sainte Anne ! Messire, vous ne pouvez rester ainsi sans chausses ! dit Me Nicolas, La décence (...).

- Il n'y a ni décence ni indécence pour un homme qui ne possède qu'une unique paire de chausses, laquelle est à raccommoder, répliqua Jehan. Et croisant sur sa poitrine sa robe à manche, il se promena fièrement dans la boutique de Me Nicolas, bien que l'on vît ses jambes nues. Me Robillart prit les chausses, les examina et reconnut qu'un morceau de parchemin avait été cousu dans la région du fond (...).

Occupé à d'autres soins, ce ne fut que le lendemain que le frère portier procéda à la répartition des robes rapportées par le compagnon, et qu'il trouva au milieu d'elles les chausses au fond desquelles le parchemin avait été recousu ; l'aspect de ce vêtement lui parut singulier, et il en référa au frère Jérôme Bardin, gardien du couvent. Le frère Jérôme entendit les explications du frère portier et reçut le vêtement qu'il examina attentivement. Le parchemin ne tarda pas à attirer son attention. L'écriture qui y était apposée était très nette, l'encre très noire ; il en commença la lecture. A la deuxième ligne, il fit un geste de surprise et d'indignation. Il mit ses besicles pour mieux voir, car il avait la vue basse, à cause de son grand âge. Il lut le tout, puis poussant un soupir, il dit au portier :

- Frère Sylvestre, sonnez sur le champ pour assembler nos frères ; nous allons avoir à délibérer sur un sujet important.

Cinq minutes après, les douze cordeliers étaient réunis chez le frère gardien.

- Mes frères, dit Jérôme Bardin en élevant les chausses pour les mieux faire voir, nous vivons en des temps bien difficiles, et l'on ne peut prévoir où s'arrêtera la malice des hommes. Le royaume est empoisonné d'écrits destinés à propager les funestes doctrines des hérétiques. Jusqu'alors, ces pamphlets, libelles et autres écrits détestables et pernicieux étaient répandus clandestinement parmi les fidèles ; ils restaient cachés, faisaient leur chemin par des voies détournées ; ils n'arrivaient que par ruse et par fraude, et autres moyens semblables. Mais aujourd'hui, mes chers frères, les propagateurs de cette abominable doctrine, fauteurs de désordres, semeurs de divisions et de discordes, ne connaissent plus de mesure, et, pour nous braver, ils font franchir à leurs écrits pervers, le seuil, jusqu'alors respecté, de nos saintes demeures. Et, voyez le moyen qu'ils emploient ! Cette paire de chausses, qui paraît de prime abord aussi inoffensive qu’usée, est revêtue d'un parchemin diabolique. Il y est dit qu'ils aboliront la confession, le jeûne et l'abstinence, les voeux monastiques ; qu'ils renverseront les autels, détruiront les images et autres choses horrifiques et damnables. Je vous ai donc réunis pour aviser sur ce ; nous ne pouvons décider sur un aussi grave sujet, mais je crois qu'en cette occurrence, nous devons prouver notre zèle et notre vigilance en envoyant ces chausses hérétiques à Paris, en la manière accoutumée, c'est à dire qu'après les avoir mises sous notre scel, elles seront portées à notre maison de Sézanne, qui les fera porter à notre maison de Coulommiers, qui les fera porter à notre maison de Lagny, qui les fera porter à Paris, où le Chapitre général prendra, sur cette matière importante, telles mesures qu'il jugera à propos pour la plus grande gloire de notre ordre, et, au besoin, on fera sorbonificalement délibérer. Cette proposition du frère gardien fut unanimement approuvée, et il fut décidé, séance tenante, que le frère Laurent, quêteur et pourvoyeur du couvent, homme robuste et capable de longues courses serait chargé du voyage ( ...).

extraits de la nouvelle "Les Chausses de Jehan de Soudron" in "Les Chausses de Jehan de Soudron et autres Nouvelles" de Louis Grignon, éditions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons, 1995, p 10, 34 et suivantes. 18€ (port compris)

Ed. du Petit Catalaunien Illustré, 16 rue Robert Binet 51000 Châlons-en-Champagne

bon de commande :

http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

Tel: 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@club-internet.fr

Info : www.catalaunien.net


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 9/05/2007 - Le Saint Nombril à Châlons-en-Champagne

Notre-Dame-en-Vaux et le Saint-Nombril

Après en avoir vérifié l'authenticité, l'évêque de Châlons Charles de Poitiers procède en l'an 1407 à la translation de la relique du Saint-Nombril, détenue depuis près d'un siècle par la collégiale Notre-Dame-en-Vaux, qui fait alors l’objet d’une grande dévotion populaire.

 

Charles de Poitiers, 74ème évêque de Châlons, reçoit en décembre 1407 une imposante délégation composée des marguilliers et de nombreux paroissiens de la collégiale Notre-Dame-en-Vaux de Chaalons. Exécuteurs testamentaires du dénommé Thibault des Abbés, ils entretiennent le prélat du bienheureux effet de la singulière et la particulière dévotion que le défunt portait jusqu'à ces récents jours à la relique du Saint-Nombril vénérée dans leur église. Conformément à ses dernières volontés, ils viennent en effet de faire exécuter par le meilleur orfèvre de la ville un reliquaire comportant une très belle image de la Vierge Marie tenant en son sein l'image de son fils. Réalisé en argent, l'ouvrage est gravé et décemment doré afin d'accueillir la " parcelle du très sacré Nombril de Notre Seigneur Jésus Christ, afin que dans cette nouvelle image elle fut plus décemment, avec plus de révérence gardée et conservée " que dans l’actuel vase d'argent sur lequel sont gravés ces mots : " de Umbilico Domini " et où elle repose depuis un temps si grand qu’il n'en reste aucune mémoire d’hommes. L’évêque-comte de Chaalons écoute avec la plus grande attention ses ouailles lui conter par le détail la connaissance qu'elles ont de l'authenticité de cette relique du Saint-Nombril de Jésus-Christ vénérée tous les ans le jour de la circoncision, par le clergé et le peuple de sa bonne ville de Chaalons et des lieux voisins.

S'aventurer de nos jours à défendre l'existence d'une telle relique, prêterait à sourire. Mais pas au Moyen Age, époque où le commerce des reliques et des indulgences assurent à leurs auteurs de substantielles ressources tout en répondant à la quête mystique et à la grande ferveur religieuse qui traverse alors toute la chrétienté. Tout naturellement, ce juteux commerce déboucha sur de nombreux abus et mystifications : beaucoup d'églises se sont targuées à un moment ou à un autre de posséder un morceau de la Sainte-Croix, au point que l'on a pu écrire qu'en les réunissant l’on pourrait en reconstituer plusieurs ! Par contre, il n'en va pas de même du Saint-Nombril dont seules trois villes au monde peuvent s’enorgueillir d'en avoir été dépositaires : Constantinople, Rome et Chaalons en Champaigne. Pour mieux appuyer leurs dires, marguillers et autres paroissiens ont pris soin d’être accompagnés de Jean Liebauld, prêtre de Chaalons, et de Maître Jean Bricard de d'Ampierre sur Marne, tous deux notaires apostoliques. En présence de plusieurs témoins dignes de foi, ils ont affirmé dernièrement par serment, qu’étant ces jours passés à Paris, en l’hôtellerie des Trois Colombes, ils ont fait la connaissance de Haymald Robert de Limoge, un noble soldat qui avait été domestique et serviteur du sieur Raymond de Turenne, neveu et légat du Pape. Après lui avoir fait confidence quils étaient natifs de la ville de Chaalons, le sieur Haymald révéla à ses compagnons que les services qu'il rendait à Raymond de Turenne l'avaient maintes fois conduit dans le Trésor où se gardent et conservent les saintes reliques avec les papiers de l'Eglise Romaine. Leur fréquente consultation lui avait ainsi permis de voir, manier et regarder certaines lettres apostoliques, sous une bulle de plomb où il vit écrit : " Que le très Saint-Nombril du très haut fils de Dieu notre sauveur avait été divisé en trois parts, desquelles l’une était demeurée dans le sacré trésor de l'Eglise Romaine, une autre à Constantinople, et la troisième en l'église de Notre-Dame les Vallées de Chaalons ".

Selon toute vraisemblance, cette division se serait effectuée vers 1310 sous le pontificat du pape Clément V, sans doute en vue de procurer à son Eglise des ressources suffisantes. Celle-ci était en effet dépositaire, entre autres reliques, du Saint-Nombril depuis la donation qu'en fit au souverain pontife Charlemagne venu se faire couronner empereur en l'an 800. Charlemagne, lui, la détenait de l'empereur d'Orient, lequel la lui remit, avec le Saint-Prépuce et la couronne d'épines du Christ, en remerciement d'être venu à son secours et d'avoir vaincu les infidèles qui menaçaient Constantinople et Jérusalem. Selon le livre des révélations de Sainte Brigitte, ces très précieuses reliques avaient été recueillies par la Vierge Marie elle-même, qui, avant de mourir, les aurait remises à Saint Jean l'Evangéliste, lequel les aurait confiées à ses successeurs.

Réputées disparues avec les premières persécutions sarrasines des chrétiens d'Orient, elles furent retrouvées grâce aux révélations que fit la Vierge Marie à Sainte Brigitte. Quant à l'arrivée à Chaalons en Champaigne d'une des trois parties issue de la division du Saint-Nombril, elle serait l'oeuvre de Pierre de Latilly, évêque de Chaalons, chancelier de France et de ce fait homme d'une suffisamment grande considération pour se voir attribuer une telle faveur d'un pape français. Le don de cette précieuse relique à la collégiale Notre-Dame-en-Vaux date probablement de 1302, année où ledit Pierre de Latilly dédia la nouvelle église à la Vierge. Leurs explications achevées sur les origines du Saint-Nombril, les marguilliers et autres paroissiens supplient humblement leur évêque de procéder à la translation du Très Sacré-Nombril depuis l'ancien reliquaire d'argent vers la très belle orfèvrerie exécutée pour satisfaire aux dernières volontés de Thibault des Abbés. Et précisent-ils pour permettre au peuple chrétien d'honorer la Sainte Relique avec encore plus de dévotion.

Toute assurance prise sur le bien-fondé de leurs dires, Charles de Poitiers leur accorde satisfaction, comme en atteste l'extrait suivant de la lettre qu'il rédigea à cet effet : " Nous Charles évêque, autant que la sagesse et prudence humaine le requiert de la vérité des choses prédites, condescendant favorablement et pieusement à la dévote requête ci-devant exposée le huitième jour du mois de décembre, auquel se célébra la fête de la conception de la bienheureuse Vierge Marie,... Nous avons pris avec grande humilité et dévotion en nos mains propres le susdit vase ancien, dans lequel comme a été dit ci-dessus, la dite parcelle dit très sacré Nombril de Notre Seigneur était renfermée,… en avons retiré la dite parcelle du précieux Nombril de notre Seigneur et l 'avons transportée audit nouvel reliquaire... Désirant donc qu'à l'avenir, et d'ici en avant, les fidèles chrétiens visitent ladite église pour adorer, et signalement vénérer un si salutaire et précieux sanctuaire … A tous ceux qui vraiment contrits, et confessés, tous les ans, au jour de féte de la Conception de Notre-Dame, en mémoire de ladite translation et la circoncision de NS, visiteront ladite église de Notre-Dame en Vallées, pour y adorer le souvent dit très sacré Nombril, et là feront quelques aumônes pour la fabrique de ladite église, octroyons et relâchons miséricordieusement en Notre Seigneur, 40 jours des pénitences qui leur auront été enjointes. Or afin que de toutes ces choses susdites les fidèles chrétiens aient une mémoire plus assurée, nous en avons fait faire les présentes lesquelles avons données auxdits marguilliers, proviseurs et paroissiens, scellées de notre grand sceau. Donné en l'an de NS 1407, ce 8ème jour de décembre ".

Après cette translation, la célébrité du Saint-Nombril ne cessa de grandir d'année en année. La précieuse relique, vénérée tous les ans en l'église Notre-Dame-en-Vaux au jour de la circoncision, devint célèbre dans tout le royaume de France. Elle devient sans contestation possible le bien le plus précieux de la collégiale qui veille jalousement sur elle. Lorsqu'en l'an 1512, le roi Louis XII est de passage à Châlons, les chanoines de la cathédrale entendent porter solennellement le Saint-Nombril depuis l'église Notre-Dame jusqu'à la cathédrale Saint-Etienne. Ils doivent préalablement présenter des garanties sur leurs biens aux Marguilliers de Notre-Dame, ainsi qu'en atteste la lettre qui suit adressée à cet effet :

Nous, chapitre de l'église de Chaalons, le doyen absent, promettons sous l'obligation de tous les biens temporels de notre dite église, que au cas que les Marguilliers de l'église collégiale Notre-Dame en Vaux de Chaalons, permettront dimanche prochain à la procession générale, qui se fera pour le Roi notre Sire, transporter par nous le précieux joyau et reliquaire du Saint-Nombril de Notre Seigneur, de ladite église collégiale Notre-Dame en notre église cathédrale de Monsieur Saint Etienne de Chaalons, le rapporterons et reconduirons honorablement et dignement ainsi qu'il appartient, en ladite église de Notre-Dame en Vaux. Fait en notre dit chapitre, sous notre sceau, aux causes ci mises. Le vendredi dernier jour de décembre, l'an 1512 ". Pas un instant, il ne serait venu à l'esprit de Charles de Poitiers de remettre en cause l'authenticité de la précieuse relique qui sera l'objet d'une telle vénération cinq cents ans durant. Pourtant, jour après jour, l'impiété, les croques-reliques, la jalousie et le rationalisme cartésien tissèrent dans l'ombre le destin du Saint-Nombril jusqu'à obtenir de Gaston de Noailles, évêque de Châlons de 1695 à 1720, qu'il en ordonne sa destruction. Mais il s'agit là d'une autre histoire.

Le Petit Catalaunien Illustré N°20

bon de commande :

http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

Pour plus d’info : http://www.catalaunien.net/

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com


Commentaires (4) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

• 8/05/2007 - Croque relique

Les croques reliques : une affaire qui fit du bruit

 

L'évêque de Châlons, Charles de Poitiers avait reconnu en 1407 l'authenticité du Saint-Nombril détenu depuis le XIVéme siècle par la collégiale Notre-Dame-en-vaix. Trois siècles plus tard, l'impiété, la jalousie et le rationalisme cartésien aidant, les croques-reliques peuvent en toute impunité détruire le divin ombilic. L'affaire fit cependant grand bruit et inspira à un rimailleur anonyme un poème burlesque publié par Edouard de Barthélemy en 1876 dans ses "variétés châlonnaises" conservées à la Bibliothèque municipale de Châlons-en-Champagne.

 

Il existait dans l'église Notre-Dame de Châlons de toute ancienneté une relique dite du Saint-Nombril qui était l'objet d'une dévotion considérable et attirait de nombreux pèlerins. Son existence est constatée dans un rituel de 1322. En 1407, l'évêque Charles de Poitiers en fit la translation, le 8 décembre. Au commencement du XVIIIème siècle, Mgr Gaston de Noailles résolut de mettre fin à une erreur qui lui paraissait regrettable pour la dignité de la religion. Un soir, accompagné de quelques notables et d'un chirurgien, il fit ouvrir l'armoire où était conservée la relique et il visita le reliquaire qui était de vermeil. On y trouva un morceau d'étoffe de soie rouge et quelques fragments poussiéreux dans lequel le médecin ne reconnut aucun caractère certain. Le prélat fit dresser procès-verbal, emporta le reliquaire et partit avec pour Paris. Cette expédition causa une excessive irritation à ChâIons. On dénonça le fait à la chambre des requêtes du Parlement, mais un arrêt très promptement rendu déclara l'incompétence de la cour. Mgr de Nouilles rendit alors le reliquaire vide aux marguilliers de la paroisse Notre-Dame et l'affaire en resta là. De nombreux factums furent imprimés pour et contre à Châlons. Ils sont aujourd'hui très rares. Nous ne ferons que les indiquer, mais nous croyons curieux de publier ce petit poème absolument inédit et dont nous ne connaissons pas d'autre exemplaire que la copie manuscrite ancienne que nous possédons. Ce poème est spirituellement tourné par un admirateur évidemment du Lutrin de Despréaux. Il intéresse au plus haut degré Châlons dont plusieurs notables sont mis en scène. Nous le reproduisons avec les notes qui sont jointes au texte, en ayant le regret de ne pouvoir fournir sur l'auteur aucune indication suffisamment précise pour être produite.

Edouard de Barthelémy,

12 mars 1876

Texte du poème dans le Petit Catalaunien Illustré N°32

bon de commande :

http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html 

Pour plus d’info : www.catalaunien.net

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@club-internet.fr


Commentaires (1) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

Qui suis-je ?

Présentation de la Catalaunie : histoire, patrimoine, environnement. Discussion autour de l'actualité catalaunienne.

«  Mai 2017  »
LunMarMerJeuVenSamDim
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031 

Derniers articles

Conte d'apothicaire
Une truie au gibet
Dictionnaire des Châlonnais célèbres, illustres et mémorables
Les fillettes du prévôt
Histoires chaalonnaises drolatiques ou dramatiques
Une autres histoire de la fille sauvage
Le savetier et la pucelle
Histoires chaalonnaise drolatiques ou dramatiques
un nouveau roman de Bruno Malthet : Les mémoires de Baptiste Bouc-Bigot
99 moutons et un champenois... à la foire de Châlons
Histoire de la foire de Châlons-en-Champagne
Le Capitole en Champagne : les dessous d'un scandale
Trois résistants des temps modernes
Saute paillasse !
Les crues de la Marne
L'oppidum de La Cheppe et les Champs catalauniques
La guerre oubliée
Jean-Pierre Ravaux : le meilleur des Catalauni
Bulles champenoises radioactives
La destruction du château de Coolus
La guerre des pigeons
Châlons, capitale du front
1908-2008 : la religion et l'Etat, un débat et un combat toujours d'actualité
L'extraordinaire Monsieur Oehmichen
recette flan catalaunien au potiron
Solidarité et Paix
Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons
Juliette Récamier, exilée à Châlons
Marie-Angélique : l'enfant sauvage
Les Jards ont perdu le nord

Menu

Accueil
Qui suis-je ?
Album photos
Archives
Mes amis
Ecrivez-moi
Flux RSS

Liens amis

Petit Catalaunien Illustré
Nouvelle Catalaunie
culture blog
Dominique Brisson

Rubriques

à propos de l inconnue du grand bazar
actualité
voyages en Catalaunie

Mes amis



Page 1 sur 2
Page précédente | Page suivante