La Catalaunie dans tous ses états

• 11/06/2007 - un week-end de collage à Chaalons

 

 

le 17 juin 2007

Faites le bon choix
(pour la fête des pères)

Samedi 9 juin 2007 au matin

 

Depuis un mois, la bataille électorale des législatives ne laissait plus un seul espace disponible pour les informations culturelles sur les panneaux libres expressions. Lorsque Chaalons s’éveilla ce samedi matin-là, ceux de la ville étaient recouverts d’affiches électorales du couple Benjamin Lhéritier – Baptiste Bouc-Bigot et, de-ci, de-là, de leurs deux challengers, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube.

Mais, ce samedi-là, fin de campagne du premier tour oblige, leurs seaux de colle devaient rester au placard afin de respecter la loi. Rien d’étonnant donc que le coffre de la voiture d’Urbain Travy débordât alors d’affiches jaunes et roses. Non point qu’il fît la campagne d’un candidat et entendît se mettre hors la loi ! Mais il entendait profiter du seul créneau disponible pour réaliser, à une semaine de la fête des pères, une campagne de promotion du roman 100% Châlonnais de Bruno Malthet, " L’inconnue du grand bazar ". Aussi ses affiches invitaient-elles les châlonnais à opérer le 17 juin le bon choix en offrant ce roman à leur père et annonçaient-elles une séance de dédicace de l’auteur à la librairie Guerlin le samedi suivant 16 juin 2007 de 15 à 18 heures.

Avec Fabienne Laforge, Séraphin et Martine Lamberty, Urbain Travy se dirigea donc vers les panneaux libres expressions. Tous encadrèrent soigneusement d’affiches les trombines des candidats à la députation en veillant à leur laisser un espace suffisant pour respirer. Benjamin Lhéritier, Baptiste Bouc-Bigot, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube restèrent tout sourire bien qu’ils n’en pensassent pas moins. Mais, soucieux de ne point mécontenter ces électeurs qui leur chatouillaient les moustaches, ils s’abstinrent de tout commentaire et éternuement. Contre mauvaise fortune, ils parurent donc aux anges de devoir cohabiter, l’espace d’un week-end, avec cette belle inconnue du grand bazar d’un côté, son auteur de l’autre côté, bien qu’ils ne les aimassent pas particulièrement depuis que l’un raconta dans l’autre leurs diverses turpitudes chaalonnaises.

Tout était donc bien dans le meilleur des mondes et aurait pu le rester lorsque soudain Les Amis de la Catalaunie tombèrent sur une équipe de colleurs s’activant devant le lycée Oehmichen. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, le panneau Libres expressions fut recouvert d’affiches du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot tandis que, à quelques pas de là, celles de René Gars de Béocube gisaient en lambeaux sur une pelouse voisine.

Bizarre de chez bizarre… commenta Urbain Travy. Manifestement, Lhéritier et Bouc-Bigot ont un sérieux problème à régler avec René Gars de Béocube ! Mieux vaut éviter les balles perdues. Partons vite d’ici. On les laisse s’entre-déchirer et pendant ce temps-là, on va manger…

Samedi 9 juin 2007

après-midi

Un peu plus tard, dans l’après-midi, Urbain Travy et Séraphin Lamberty reprirent leur tournée promotionnelle et constatèrent avec amertume que leurs affiches du matin avaient été à leur tour arrachées et remplacées par celles de René Gars de Béocube. Il en allait de même de celles du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot qui agonisaient au sol, leurs minois tout chiffonnés et rageusement lacérés. Seule l’une d’entre elles semblait avoir survécu à ce carnage et pendait à moitié dans le vide, laissant le couple la tête en bas au bord de l’asphyxie. Aussi, pris d’une soudaine compassion devant une fin si tragique, Urbain Travy acheva-t-il de l’arracher, en fit une grosse boulette et la jeta dans son coffre.

Tu fais quoi ? Tu veux l’emmener aux urgences ?

— Non, mais on ne pollue pas, nous ! Je la mettrai donc chez moi là où elle doit finir sa vie : à la poubelle.

— N’empêche ! Si Trosquot savait que tu trimbales Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot dans ta bagnole, il serait vert de rage.

Si Trosquot veut monter avec eux dans le coffre, il n’a qu’à venir les rejoindre. Et comme je ne suis pas sectaire, moi, je lui réserverai le même sort !…

Tout en dissertant de la sorte, Urbain Travy et Séraphin Lamberty entreprirent de réparer l’affront fait à " L’inconnue du grand bazar " par d’incultes colleurs d’affiches. Soudain, un violent crissement de pneus retentit et les stoppa net dans leur élan.

Quand vous arrachez, ramassez, M. Travy ! s’insurgea le passager avant qui se présenta comme étant le chef de cabinet du bourgmestre. Ne laissez pas notre vénéré bourgmestre et son fils spirituel dans le caniveau… Désolé, mais ce n’est pas nous ! se défendirent les Amis de la Catalaunie. Dites-le plutôt à vos équipes de colleurs et à celles de René Gars de Béocube ! Et puis, de quel droit collez-vous la veille des élections ? N’est-ce pas interdit ?

— Jusqu’à minuit, nous avons l’autorisation du bourgmestre…

— Ah bon ! Et les autres ?

— Nous avons l’ordre de les recoller…

— Et nous ?

— Vous ? Vous n’étiez pas prévu au programme, mais puisque vous faites la campagne de promotion d’un livre iconoclaste, on est obligé de vous recouvrir…

— Ah ? Pourquoi donc ?

— Parce qu’il faut absolument que les Chaalonnais sachent que Lhéritier est apparu et le voient partout aux côtés de Bouc-Bigot… A peine eut-il terminé sa phrase qu’un nouveau crissement de pneus retentit et qu’une grosse mercedes s’immobilisa au milieu de la chaussée. Deux caïds en sortirent, l’air manifestement en colère.

— Tiens, voilà vos copains ! lâcha Urbain Travy au chef de cabinet.

— Kiséki a arraché les affiches de René Gars de Béocube ? Z’avez pas le droit ! vociféra l’un des " copains " du couple Lhéritier – Bouc-Bigot.

— C’est pas nous, c’est eux ! souligna Urbain Travy en leur désignant l’équipe du chef de cabinet. Bon et bien, les présentations étant faites, ma foi, on vous laisse laver votre linge sale en famille. Tchao et pensez à laisser une petite place pour " L’inconnue du grand bazar ", ça serait sympa… Puis, se tournant vers Séraphin Lamberty, il ajouta : quant à nous, il faudra qu’on repasse demain !

 

 

 

Dimanche 10 juin 2007

Durant la nuit, le paysage changea. Au petit matin, la moitié des panneaux libres expressions ne laissa apparaître que les trombines du couple Lhéritier – Bouc-Bigot. L’autre moitié avait été recouverte d’affiches blanches et vierges. Manifestement, le bourgmestre avait envoyé, comme à l’habitude, son équipe de nettoyage spécialisée dans le tri sélectif. En y regardant de plus près, Urbain Travy et Séraphin Lamberty constatèrent en effet qu’elles masquaient principalement des affiches de René Gars de Béocube. Quant à celles collées la veille pour la promotion de " L’inconnue du grand bazar ", le premier roman 100% châlonnais, elles étaient recouvertes par un épais mille-feuille fort indigeste, signe que la bataille pour le monopole d’affichage avait été particulièrement rude durant la nuit entre les bandes rivales !

Bon et bien maintenant, à nous ! lança Urbain Travy. Collons pour la gloire de Memoria et tant pis pour celle de Lhéritier et de Bouc-Bigot…

Les deux amis y allèrent de bon cœur et avec ardeur. Ce fut un véritable feu d’artifice rose et jaune, comme celui de la veille pour l’arrivée du TGV-Est et, en moins de trois heures, le travail fut achevé. Proprement, comme il se doit, sans bavure ni arrachage, sur toute l’agglomération. Ce dynamisme culturel attira, bien évidemment, la curiosité de la police qui ne put que constater la légalité de cette opération de promotion un jour d’élection. Plus d’un passant s’arrêta également et, après s’être enquis de l’œuvre affichée, l’applaudit comme étant salvatrice et exprima son ras-le-bol de devoir supporter les tronches des Bouc-Bigot, Lhéritier, Trosquot et Gars de Béocube réunis. Une automobiliste encouragea même vivement les deux amis à " encoller le faux rouquin ".

Le rouquin ? Quel rouquin ?

— Ben, Bouc-Bigot ! Il a une moumoute sur la tête, ou quoi, le bourgmestre ?

— Non, non ! Paraît qu’il se fait teindre la touffe par Lhéritier…

— Moumoute ou teinture, recouvrez-le ! Y’en a marre de voir sa tronche et celle de son petit minet… Au fait, dites voir : c’est quoi, le bouquin dont parle votre affiche ?

— Un roman 100% Châlonnais : le sauvetage de caves médiévales menacées par la Marie-Rose et…

— … et Bouc-Bigot ? Ouais, ça me revient, j’en ai déjà entendu parlé dans La Force. Et c’est une histoire vraie, non ?

— Toute ressemblance avec des événements et des personnages existant serait une pure coïncidence…

— C’est bien ce que je disais ! Et sinon, c’est quand, votre dédicace de " L’inconnue du grand bazar ", M. Travy ?

— Samedi 16 juin de 15 à 18 heures, à la librairie Guerlin, place de la République.

J’y serai…Et pensez à l’annoncer dans La Force. Parce que, vous savez, passé dimanche, je crains fort que Bouc-Bigot et Trosquot & co recouvrent vos affiches…

— On s’y attend effectivement. A croire que ce roman les dérange ! Pourtant, pour la fête des pères, c’est une excellente idée de cadeau…

— A samedi, donc, pour ma dédicace...

 

www.catalaunien.net

catalaunien@gmail.com 

 


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• 2/06/2007 - Rencontre avec Bruno Malthet

Lorsqu'une inconnue l'apostrophe sur la place de l'Hôtel de Ville enneigée, Urbain est loin d'imaginer qu'elle va l'entraîner jusqu'à l'antique Catalonos où elle prétend être née. Pareille aventure était déjà arrivée, trente ans plus tôt, à Pierre Rajanval et Arsène Colvert. Tous deux sont formels : le retour de l'inconnue est le signe qu'un danger menace le patrimoine de la Catalaunie. Elle confie à Urbain une mission : sauver les caves médiévales menacées par un projet immobilier. Une mission qui va le conduire dans les souterrains de Chaalons-en-Champaigne et, au risque de sa vie, dans le puits des temps immémoriaux. Pour l'accomplir, il devra affronter la colère du bourgmestre de la ville dont il entrave les plans, les moulinets de Maître Gudulle, un ténor du barreau parisien spécialement dépêché pour le combattre, les foudres de la terrible Marie-Rose, l'échevine à la Modernité Urbanistique, et bien d'autres personnages que l'on dirait parfois sortis d'une infernale boîte de Pandore. Pour eux, les vieilles pierres ne présentent aucun intérêt, sans doute parce qu'ils ignorent qu'elles contiennent la mémoire du temps, celle que nous fait découvrir et explorer l'énigmatique inconnue. Celle-ci intrigue d'autant plus Fabrice Zagon, le Rouletabille du journal La Force, que son visage est mystérieusement troublé sur toutes les photos qu'il prend d'elle...

Rencontrez Bruno Malthet, auteur de L'inconnue du Grand Bazar , qui dédicacera son roman

le 17 juin 2007

de 15h à 18h

à la librairie Guerlin-Martin

à Châlons-en-Champagne

L’inconnue du grand bazar de Bruno Malthet, éditions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.comclub-internet.fr    

En vente en librairie et sur commande  24€ (port compris)

 Pour plus d'info : www.catalaunien.net

Avec L’inconnue du grand bazar, Bruno Malthet signe son premier roman. Châlonnais, il fonde en 1991 l’association Nouvelle Catalaunie et son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré. Avec les articles qu’il écrit et publie dans ce périodique, il vulgarise les deux mille ans d’histoire de Châlons et de son patrimoine ainsi que les combats que l’association mène pour le protéger. Écrit avec beaucoup d’humour et de poésie, ce roman entraîne son lecteur en Catalaunie - une mystérieuse contrée inconnue des historiens et encyclopédistes - et dans sa mémoire, la Memoria catalaunica. Le passé et le présent s’y enchevêtrent dans une fiction qui nous conduit à découvrir les 2000 ans d’histoire de sa capitale, Chaalons-en-Champaigne, laquelle ressemble étrangement à Châlons-en-Champagne. Mais, avertit d’emblée l’auteur, toute ressemblance avec des personnages et des événements existant ou ayant existé ne serait qu’une pure coïncidence. Cela sera-t-il suffisant pour rassurer tous les passionnés et amoureux du patrimoine châlonnais ? Les événements qu’il relate sont tellement inimaginables qu’il ne saurait en être autrement

Pour le 15ème anniversaire de sa création, l’Association Nouvelle Catalaunie a décidé de publier un roman écrit par son président : L’inconnue du grand bazar. Ce roman se veut 100% châlonnais. C’est, à notre connaissance, le premier roman qui le soit, même si son histoire se passe à Chaalons-en-Champaigne. Non, ne cherchez pas : il n’y a pas de faute ! Il y a bien deux " a " à Chaalons et un " i " à Champaigne, nom que porte dans ce roman la capitale de la mystérieuse Catalaunie ignorée des dictionnaires. Le Petit Catalaunien Illustré publie en avant-première des extraits de cette œuvre tout à la fois roman policier, d’amour et militant où l’humour et la poésie se disputent la prééminence malgré la gravité du sujet.

L’idée de ce roman est partie de la publication des recueils de nouvelles à fond historique de Louis Grignon, Les chausses de Jehan de Soudron, et de Roger Canard, Histoires de Catalaunie, mettant en scène l’histoire locale. A cette histoire locale, Bruno Malthet avait grande envie d’y adjoindre celle du patrimoine et d’inviter ses lecteurs, qu’ils soient du cru ou non, à (re) découvrir Châlons autrement que dans un livre d’histoire, une monographie monumentale ou un guide touristique. Bref, en joignant l’utile à l’agréable.

Pour y parvenir, il avait entre les mains toutes les pièces d’un puzzle patiemment réunies au cours des quinze années d’existence du Petit Catalaunien Illustré qui en publia un grand nombre. Restait à trouver comment les assembler et à libérer le temps de le faire. Un matin d’août 2005, sous le ciel breton, l’auteur enfourcha son vélo en direction du supermarché du coin et en revint avec un mystérieux petit carnet rouge. Il se mit à y griffonner un tas d’idées, de noms, de dates et d’événements n’ayant souvent pour seul rapport entre eux que le crayon qui les libérait. L’inconnue venait de l’habiter et ne le quitta plus au point d’envahir ses rêves et ses pensées !

A l’origine, il devait s’agir d’une suite de nouvelles. Mais, très vite, celles-ci se trouvèrent quelques affinités et firent front commun. Aussi exigèrent-elles de leur maître qu’il respecte la règle des trois unités de la tragédie classique et qu’il plante le décor dans un même lieu, la Catalaunie, dans un temps donné, celui de l’histoire bimillénaire de Châlons, et autour d’une grande action, la défense du patrimoine. Autant dire qu’il se serait agi d’une mission impossible, surtout en ce qui concerne le temps, si L’inconnue du grand bazar n’avait pas rapidement pris les choses en main. Voire, comme elle en est fortement soupçonnée, carrément la plume.

Car, s’il y a quelque chose dont Bruno Malthet manquait pour écrire ce roman, c’était bien de temps ! N’allez pas croire pour autant qu’il aurait utilisé les services d’un nègre pour boucler ce premier tome (il a la prétention de récidiver) de sa Memoria catalaunica. Il en revendique la paternité et il n’y a pas lieu d’en douter.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à ce roman qui, bien qu’il se passe en Catalaunie, dont ces charmantes bêtes broutèrent longtemps les savarts, ne les mentionne même pas paissant autour du petit village de Pouilles-les-Punaises... Qui donc est cette inconnue, l’héroïne de ce roman, qui entraîne un président d’association dans la mémoire du temps et dans une singulière croisade pour sauver des caves médiévales ? Cet étrange personnage détient-il vraiment de mystérieux pouvoirs au point de nous faire revivre des pans entiers de l’histoire locale jusqu’alors demeurés secrets, voire de nous permettre de découvrir des trésors médiévaux, telle la salle des Cinq Chemins, inconnus des historiens et des services des Monuments historiques ? Où s’arrête l’histoire et où commence la fiction dans ce roman ?

L’œuvre est apocryphe et apodictique, prévient Bruno Malthet dans son avertissement. Et assurément elle l’est, pour peu que l’on veuille bien rechercher le sens de ces deux mots. Comment, au demeurant, en serait-il autrement lorsque l’effet miroir voulu par l’auteur joue à plein durant 350 pages ? Telles des glaces concaves, convexes ou sans teint, chacune d’elles reflètent, déforment ou amplifient les défauts et qualités des personnages de fiction qui les hantent.

Cependant, ceux qui leur chercheraient quelques ressemblances avec nos contemporains en seront pour leurs frais : il n’y en a pas. Aussi convient-il de s’en faire une raison et de s’attacher au seul objectif recherché et avoué : prendre conscience de la richesse patrimoniale de Châlons-en-Champagne, alias Chaalons-en-Champaigne, de l’importance qu’il y a de la sauvegarder, de l’embellir et de la promouvoir. C’est ce à quoi L’inconnue du grand bazar a l’ambition de parvenir.

Biographie

Bruno Malthet, né à Châlons le 8 janvier 1952, fonde en 1991 et préside depuis l'association Nouvelle Catalaunie. Son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré, se veut " Châlonnais et fier " de l'être en faisant œuvre de vulgarisation tout en restant une source d'érudition.

Il y publie de nombreux articles et il y donne un éclairage nouveau sur Châlons-en-Champagne, son passé, son histoire, son patrimoine et ses enfants qui, au fil des siècles ont modelé l'âme châlonnaise.

Son regard est résolument tourné vers une nouvelle Catalaunie respectueuse de son passé, comme en témoigne le combat qu'il mena, et gagna, en 2003 pour la sauvegarde et la mise en valeur des cryptes médiévales du CHV, des façades de la place Foch et des perspectives sur Notre-Dame-en-Vaux, menacées par le projet de restructuration de ce centre commercial.


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• 1/06/2007 - Un Châlonnais célèbre : Pierre Dac

 

Pierre Dac : le roi de l'absurde naît à Shalom

 

Timide, pudique, ce petit bonhomme d'un maître 63, ne se sentait bien que dans l'absurde. Infatigablement, il a plongé des générations de Français dans la loufoquerie et les a noyées dans sa verve aussi bien dans les bons moments que dans les années difficiles.

 

 

"J'ai vu le jour dans la nuit du 15 Août de l'année de ma naissance à Châlons-sur-Marne (36 850 habitants approximativement, à 160 km de Paris exactement), non loin du camp militaire de Mourmelon-le-Grand. Près de là, fut battu Attila, en 451, dans les champs catalauniques, par Aétius, Mérovée et Théodorie réunis, poil au Président des Etats Unis". (Pierre Dac).

André lsaac, alsacien d'origine, est né à "Shalom sur Marne" (Châlons) le 15 Août 1893, à 11h, au 70 rue de la Marne. Trois ans plus tard, sa famille déménage à Paris. Le père, Salomon Isaac, ouvre une boucherie à la Villette. Mais chaque été, le petit André revient à Châlons chez ses grands-parents. D'un tempérament ludique, comme son père, dont l'humour l'enchante, il se fait rapidement remarquer à l'école par ses plaisanteries. Pour avoir supendu un hareng saur sur l'habit de son maître de mathématiques, il est renvoyé du lycée Colbert. Bien que bon élève en français il est si timide qu'il ne peut réciter ses leçons. Sans diplôme et sans avenir, il fait des petits boulots. Mais un soir, entrant dans un cabaret de la rue Pigalle où se produisent des chansonniers, il a la révélation du métier qu'il veut exercer : "combattre par l'humour et la dérision les grands drames de l'existence" (1).

La lère guerre mondiale le retrouve au front. Là, il fait de son mieux pour divertir ses compagnons avec des caricatures, des poèmes et des chansons comiques. Il compose "les cheveux de la victoire", dans laquelle il se moque d'un gradé ce qui lui vaut 60 jours de prison. Après sa démobilisation, il exerce tous les métiers : garçon de course, vendeur de savonnette à la sauvette, représentant, homme sandwich, chauffeur de taxi... Enfin en 1923 il trouve, par hasard, un pygmalion en la personne de Toziny qui le baptise "Pierre Dac" et le fait monter sur la scène de son cabaret "La vache enragée". C’est un triomphe ! Et pendant 10 ans Pierre Dac va passer sa vie sur les scènes de cabarets et de music-halls, Il pousse la chansonnette avec Raymond Souplez, Gabriello et Roméo Carlés. Il anime aussi une course au trésor sur les ondes du Poste Parisien : il demande qu'on lui apporte des objets aussi loufoques qu'imaginaires : une lentille cuite, une dragée blanche entourée de 10 km de ruban noir... Cette course délirante est un énorme succès.

Ce bavard répète à 1’envi que "parler pour ne rien dire ou ne rien dire pour parler, sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir". Cela ne l’empêchera pas de clamer des vérités à son entourage telle que "celui qui dans la vie est parti de zéro pour n'arriver à rien, n'a de merci à dire à personne". Cet ingénieux inventeur du Schmilblick, l’objet qui sert à tout et à rien, délire sur les ondes. Il va souler les auditeurs d’une ronde folle de mots qui se mordent la queue, enfilés à un rythme effréné, qui ne laissent pas le temps à l’esprit de respirer.

En 1938 Pierre Dac crée un journal : L'Os à moelle dont les petites annonces font fureur. Emanation de la SDL, la société des Loufoques, créée sur les ondes, ce journal est à la mode chez les jeunes. Des Clubs de loufoques se créent partout. Pierre Dac compose même un ministère loufoque dans lequel, modeste, il ne s'octroie qu'un petit porte-monnaie. Le journal et l'émission de radio font fureur. Soutien moral des troupes françaises, l'Os à moelle se saborde en 1940. Recherché par la Gestapo, il s'enfuit avec sa compagne, la comédienne Dinah, et trouve refuge à Toulouse. Il y monte un spectacle et part en tournée dans la zone libre. Mais son obsession est de rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre. Et plusieurs tentatives lui valent de goûter aux geôles françaises et espagnoles. Pierre Dac se retrouve enfin à Londres, en Octobre 1943. Il intègre l'équipe radiophonique de la fameuse émission de la BBC, des "Français parlent aux français". Mettant les rieurs du côté des Alliés, son retour sur les ondes fait sensation en France. Les français reconnaissent cette voix si caractéristique : monocorde, grave et imperturbable et son humour. Il lance sur les ondes son célèbre couplet : " Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ", sur l'air de la cucaracha. Il fustige l'occupant allemand et ses serviteurs et ridiculise la propagande des " nazillards " dont Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à l'Information du gouvernement de Vichy. Les anglais le surnomment " the king of lunatics ". Pierre Dac réunit ses souvenirs anglais dans un livre : "Un français libre à Londres en guerre". On y trouve une foule d'anecdotes concernant les français de Londres : Maurice Schumann, le colonel Rémy, Jean Nohain... et le Général de Gaulle.

Son retour à Paris est difficile. A plus de 50 ans, il doit recommencer à zéro. Après une rentrée triomphale à l'ABC, sa vie professionnelle connaît des hauts et des bas. Le N°1 de l'Os libre, son nouveau journal, paraît le 11 Octobre 1945, avec comme slogan : " pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour ". Mais l'esprit de l'Os n'est plus le même et n'attire plus les lecteurs. Il doit suspendre sa diffusion. Après un passage à vide, marqué par les horreurs de la guerre, il remet en question son humour " sans fiel, sans méchanceté, sans parti pris politique ". Il refait de la radio avec son compère Francis Blanche et c'est le succès des 1034 épisodes de " Signé Furax ". Il écrit les " Dialogues en forme de tringle ", " Pédicures des âmes " que son éditeur présente au Goncourt sans succès, " le gruyère qui tue ", " Le boudin sacré ", ses " Pensées "... Perfectionniste, il reprend régulièrement ses sketches, poèmes et pensées pour les peaufiner avec la rigueur et l'amour d'un orfèvre. Mais sous son masque loufoque, ce petit bonhomme est un clown triste. Dépressif, il fait plusieurs tentatives de suicide. Il est sauvé par sa femme, Dinah, qu'il a épousée en secondes noces, à son retour de Londres, et par l'attachement de ses amis. Il finit par guérir et reprend le fil de son délire verbal. L'Os à moelle ressort et achève sa carrière en 1965. Cet  " enfant romantique que la vie émerveille ", comme il aime à se définir, est d'une verve infatigable et multiplie ses activités. Sur pression Elyséenne il renonce à se présenter comme candidat de l'absurde à la Présidence de la République. Il se rend à l'invitation de diverses écoles dont Polytechnique où il donne une conférence sur le " Biglotron " qui ne servant à rien, peut donc servir à tout. Il crée un mouvement littéraire : le surrénalisme et soutient une thèse sur " le slip à pont-levis depuis Henri III jusqu'à vendredi prochain ". A 70 ans et plus il joue des pièces de théâtre et tient des rôles dans des films, écrit des scenari, fait du cabaret. Cependant, un certain 9 Février 1975, à 82 ans, la tête pleine de projets, la célèbre face lunaire, avec son éternelle cigarette collée au coin des lèvres, s'éteint.

Pierre Dac n'aura survécu que 8 mois à Francis Blanche, son complice dans l'absurde. Et lors de l'enterrement du petit homme, le " maître soixante-trois ", Fernand Rauzéna, " son compagnon de galène ", qui ne peut croire à sa disparition, dit: " ... il ne peut nous avoir fait ça ! Je suis sûr qu'il va surgir comme un diable de cette boite ! "

(1) Extrait du livre de Jacques Pessis : ''Pierre Dac, mon maître soixante-trois"

aux éditions François Bourin.

Le Schmilblick

"C'est dans la nuit de 21 Novembre au 18 Juillet de la même année que les frères Fauderche ont jeté les bases de cet extraordinaire appareil dont la conception révolutionnaire bouleverse de fond en comble toutes les lois communément admises tant dans le domaine de la physique thermonucléaire que dans celui de la gynécologie dans l'espace... Le Schmilblick des frères Fauderche est rigoureusement intégral, en ce sens qu'il peut à la fois servir de Schmilblick d'intérieur, grâce à la taille réduite de ses gorgomoches, et de Schmilblick de campagne grâce à sa mostoblase et à ses deux glotosifres qui lui permettent d'urnapouiller les istioplocks même par les plus basses températures..." Pierre Dac

Extrait du Petit Catalaunien Illustré N°3

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com

 Pour plus d'info : www.catalaunien.net


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• 31/05/2007 - Histoires de Catalaunie

Histoires de Catalaunie

de Roger Canard

Avec ses Histoires de Catalaunie, Roger Canard nous fait revivre l’histoire bimillénaire de Châlons-en-Champagne. Il captive ses lecteurs d’un bout à l’autre. Il les invite à le suivre depuis ce petit matin de la fin du IIIème siècle où il fait revivre le circitor Furius Antoninus, dont la stèle funéraire est exposée au Musée municipal de Châlons, défendant l’antique Catalaunum des invasions barbares. Il les maintient en haleine jusqu’à cette fin de XXème siècle où il ouvre, pour en percer le mystère, une bien étrange fenêtre donnant sur la rue Léon Bourgeois. Entre temps, il leur livre dix-sept siècles de l’histoire des Châlonnais et de leurs monuments. De quoi avoir envie de lui dire, comme Jean-Pierre Ravaux, conservateur des musées de Châlons : "Roger Canard, racontez-nous Châlons ! ". Et de lire ce premier "Petit Canard Illustré"...

Histoire de Catalaunie de Roger Canard, Editions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue R. Binet 51000 Châlons-en-Champagne, Hors série : 10 € (port compris)

Bon de commande :

http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

Pour plus d’info : www.catalaunien.net

Contact : catalaunien@club-internet.fr

 

Ce qu'ils en pensent :

Le Petit Canard Illustré

Depuis sa naissance châlonnaise, Roger Canard n’a cessé de découvrir la Catalaunie dans ses moindres détails, au point d’en tomber littéralement amoureux et de vouloir faire partager cette passion dévorante à ses enfants, puis à ses petits-enfants et enfin à ses amis, à travers ses Histoires de Catalaunie, dont quelques unes ont déjà été publiées dans les colonnes du Petit Catalaunien Illustré ou dans le bulletin des Amis du Vieux Châlons.

Combien en a-t-il écrites ? J’en avais dénombré une bonne quarantaine, mais Roger Canard les estime à 120 ! Une seule certitude : elles sont toutes semblables à un puits où chacun peut venir jeter son seau afin d’y puiser à la source claire et limpide de l’histoire de Châlons-en-Champagne.

Nous en avons sélectionné quatorze dans ce premier recueil qui, au fil des ans, devrait être suivi par d’autres. Roger Canard a emboîté le pas à Louis Grignon, cet autre Châlonnais dont nous avions réuni et publié en 1995 les nouvelles à fond historique sous le titre de " Les chausses de Jehan de Soudron ".

Bruno Malthet

Président

de l'association Nouvelle Catalaunie

Raconte-moi Châlons !

C’est la demande adressée à un grand-père par sa petite-fille. Et le grand-père avait toujours une histoire à raconter. Mais une histoire qui se déroulait dans cette ville mythique qui a pour nom Châlons-en-Champagne. Souvent, on peut encore en trouver les traces dans le paysage urbain, ce qui permettait d’aller voir sur place le chardonneur, ou les volets qui ne s’ouvrent jamais...

N’est-ce pas là une façon intelligente et passionnante de découvrir sa cité ? D’ouvrir les yeux pour voir les mille détails singuliers dont nos ancêtres châlonnais l’ont parsemée au cours des siècles, et devant lesquels les hommes du XXème siècle passent sans leur prêter attention ? Ces détails qui font que Châlons-en-Champagne est une cité pleine de charme, et non un univers de verre et de béton sans âme ! Et qui mieux que Roger Canard connaît ces mille détails de la ville ? Et qui mieux que lui saurait les raconter ? Bien sûr, il ne s’agit pas d’une histoire complète, avec références, bibliographie, notes de bas de pages, qui font les histoires sérieuses ... et ennuyeuses.

Je soupçonne même Roger Canard (mais ne lui répétez pas !) d’avoir parfois un peu transformé certains détails, afin de les rendre un peu plus compréhensibles, et un peu plus passionnants pour son jeune auditoire. Mais n’était-ce pas inévitable ? Car il s’agissait d’intéresser à l’histoire. Alors on se prend à rêver de redevenir un petit enfant pour découvrir cette cité merveilleuse avec des yeux neufs, et de pouvoir dire nous aussi : Roger Canard, racontez- nous Châlons

Jean-Pierre Ravaux

conservateur des musées

de Châlons-en-Champagne


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• 23/05/2007 - Des nouvelles au rendez-vous de l'histoire

Les chausses de Jehan de Soudron et autres nouvelles

de Louis Grignon

Il était une fois, à Chaalons en Champaigne, des personnages entrés dans l'Histoire par la petite porte de leur propre histoire.

Il s'appelle Jehan de Soulderon. La perte de ses chausses va bouleverser la vie de Me Finaud, Dame Véronique, Maistre Nicolas Robillard, drapier-chaussetier, Babolet, le ménestrier, ainsi que celle du frère Laurent, le bon frère quêteur des Jacobins. Et donne lieu à un fameux procès.

Il s'appelle du Ballay, abbé commendaire d'une riche abbaye. Il raconte, après un bon repas, l'étrange histoire de la belle Maguelonne dans son château de Trosnay.

Ils s'appellent Karquesay et de Penhoët, ils sont bretons et viennent défendre Châlons contre les armées de Charles le Quint. Coeurs purs, ils se trouveront mêlés à l'affaire d'une fort mystérieuse Dame de Palus, promise à la Tour Maudite, qui leur sera fatale.

Il s'appelle Jacquinot de Ponthion, brave paysan du Perthois. Le fantôme de Gothon, sa femme, hante sa mauvaise conscience.

Il s'appelle Estienne Jodet, barbier de son état, amoureux transis et ridicule de labelle Louise Malibon, prêt à faire n'importe quoi pour ses beaux yeux, quitte à partir en campagne contre les Ligueurs. Et quelle campagne !

Il s'appelle Me Gilles, procureur pingre mais malade. Il veut se faire soigner à l'oeil et fera d'un pharmacien un arbalétrier.

Elle s'appelle Berthe de Trosnay, elle est orpheline. Un lointain parent ivrogne et débauché convoite son domaine et l'attire dans un guet-apens à l'occasion de la venue dans sa bonne ville de Chaalons en Champaigne du duc de Nevers, gouverneur de Champagne.

Le décor de ces histoires est le Châlons du XVIe et du XVlle siècle ou son diocèse, décrit avec tant de détails qu'on s’y croirait. Le suspens tisse sa toile au fur et à mesure de l'apparition des personnages. Et l'humour est la cerise sur le gâteau.

L'auteur de ces nouvelles est Louis Grignon, historien châlonnais, bien connu des férus d'histoire locale. Les longues et minutieuses recherches dans les archives, qu'il a menées pour étudier la topographie et les monuments châlonnais, lui ont fourni un matériau historique de première qualité. Il a fait des trouvailles à partir desquelles son imagination s'en est donnée à coeur joie.

A (re)découvrir !

Extrait de : Le Petit Catalaunien Illustré - Automne 1995 - Numéro 13

Les chausses de Jehan de Soudron et autres nouvelles de Louis Grignon, Editions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons, 1995. 18€ (port compris)

16 rue Robert Binet 51000 Châlons-en-Champagne

bon de commande :

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Tel : 03 26 68 68 00

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• 23/05/2007 - Le livre d'or de Châlons-en-Champagne

Ils sont passés par Châlons

Le grand livre d’or de Châlons-en-Champagne

Illustré par plus de 230 gravures, portraits et photos, ce livre retrace 372 passages de princes d’Eglises, empereurs, rois, généraux, écrivains, poètes... à Châlons-en-Champagne depuis sa fondation. Soit 320 grands personnages qui - et que - croisèrent et rencontrèrent les contemporains des 382 Châlonnais célèbres, illustres et mémorables dont Jean-Paul Barbier écrivit la biographie en 2000.

Ce grand livre d’or est l’occasion de revivre des pans entiers de l’histoire châlonnaise qui s’entrelace et s’enchevêtre avec l’histoire de France. Une histoire écrite aussi par ces hommes et femmes qui peuplent tous nos dictionnaires comme, entre autres, Aurélien, Jeanne d’Arc, Montaigne, Catherine de Médicis, Henry IV, Louis XIV, Voltaire, Marie-Antoinette, Napoléon, Victor Hugo, le maréchal Foch, Charles de Gaulle, Michel Rocard, Albert Jacquard ou Jacques Chirac.

Ils sont passés par Châlons : le grand livre d’or de Châlons-en-Champagne. Texte de Jean-Paul Barbier, recherche iconographique de Bruno Malthet, préface de François Veillerette, Châlons, 2003. 21€ (port compris).

Ed. du Petit Catalaunien Illustré, 16 rue Robert Binet 51000 Châlons-en-Champagne

 

Tel : 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@gmail.com

 www.catalaunien.net

Extraits

573 - Grégoire de Tours, évêque de Tours et chroniqueur, passe par Châlons, il va prier sur la tombe du premier évêque de Châlons, saint Menge (Memmie) qui vécut au IVème siècle. Le tombeau du saint châlonnais est, à l’époque, un lieu de pèlerinage important.

4 juillet 1429 - Jeanne d’Arc, accompagnée de sa troupe, et le roi de France Charles VII passent la nuit à Châlons avant le sacre du roi à Reims le dimanche 17. Le mercredi 13 les émissaires de la ville, avec à leur tête le comte-évêque Jean IV de Sarrebruck, avaient remis au roi les clefs de la ville à Lettrée. Charles VII leur accorda son pardon et confirma tous les privilèges à la cité épiscopale. Ils étaient accompagnés de leurs fameux capitaines Etienne de Vignolles dit La Hire, Gilles de Rais et Poton de Xaintrailles. Informés du passage sur la route vers le sacre, plusieurs habitants de Domrémy firent le déplacement jusqu’à Châlons pour saluer leur payse Jeanne dont Jean Morel, un de ses parrains.

9 septembre 1580 - Michel Eyquem de Montaigne passe la nuit de vendredi à samedi à Châlons lors de son long voyage à travers l’Europe de juin 1580 à novembre 1581. Il relatera son passage dans son Journal de voyage en Italie : " Châlons, sept lieus ; et y logeâmes à la Couronne, qui est un beau logis et y sert-on en vaisselle d’argent ; et la plupart des lits et couvertes sont en soie. Les communs bâtiments de toute cette contrée sont en craie, coupée à petites pierres carrées, de demi-pied ou environ, et d’autres de terre en gazon, de même forme. Le lendemain nous partîmes de Châlons après dîner, et vînmes coucher à Vitry. "...

7 mars 1680 - Le cardinal de Bouillon préside la cérémonie de ratification de mariage du Grand Dauphin Louis de France avec Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, princesse élective de Bavière, dans la chapelle basse du palais épiscopal. Le mariage avait été célébré en Bavière le 28 janvier 1680. La célébration à Châlons fut donnée par le Cardinal de Bouillon, Grand Aumônier de France, l’évêque de Châlons Félix III Vialart de Herse étant malade, en présence de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse... Le 9 mars, le roi et la cour se rendent au château de l’évêque à Sarry en traversant le Jard. Le " Mercure Galant " relate l’événement et écrit sur le Jard " Peu de lieux publics en France sont aussi agréables "...

20 avril 1745 - Voltaire est au château de l’évêque Claude-Antoine de Choiseul-Beaupré à Sarry, il est accompagné de la Marquise Émilie du Châtelet, son égérie, qui vient à Châlons au chevet de son fils le comte de Lomont, atteint de la petite vérole. Voltaire relatera son séjour dans une lettre datée du 20 avril à sa nièce Madame Marie Louise Denis : " L’intendant de Châlons qui craint cette maladie comme une jeune femme et qui n’est pas maître de cette faiblesse ne nous voit point, mais l’évêque est plus aguerri et plus hardi. Il nous a logés magnifiquement, nous fait bonne chère, nous promène. Nous avons des livres, nous vivons comme à Paris, travaillant toute la journée, soupant trop le soir et prenant du café ".

Il avait écrit le 16 avril à son ami François-Augustin Paradis de Moncrif :" ... Je pars pour Châlons. Le fils de Madame du Châtelet a la petite vérole. Je voudrais bien l’avoir, avec l’autre, et n’avoir que dix-sept ans... "

11 mai 1770 – la dauphine Marie-Antoinette d’Autriche venant de Vitry-le-François et se rendant à Paris pour épouser le futur Louis XVI, passe la nuit à Châlons à l’Hôtel de l’Intendance. Une porte de Châlons, nouvellement construite, ancienne porte Saint-Croix, lui est dédiée. Elle devient porte Dauphine et porte l’inscription suivante :

" Aeternum stet ut amor ! " : qu’elle dure autant que notre amour ! ".

L’intendant Gaspard, Louis Rouillé d’Orfeuil l’accueil au bruit de pétards. Six jeunes fiancées lui font un compliment en vers :

" Nous donnerons des sujets à la France

Et vous lui donnerez des rois ".

Ensuite elle assiste dans la salle des fêtes de l’intendance à une réception qui débute par deux pièces de théâtre " Partie de chasse d’Henri IV " et " Lucile ". Suit un feu d’artifice tiré avant le dîner au son de la musique militaire sous les fenêtres de Marie-Antoineette.

Elle a pu découvrir trente portiques en bois de vingt-cinq pieds de haut garnis de lampions. Derrière les portiques se trouvait un temple de soixante pieds de haut.

Sa suite est imposante avec ses dames d’atours, son maître de cérémonies, ses écuyers, son commis de la chambre aux deniers, ses portefaix, ses cinquante gardes du corps, ses treize Cent-Suisses, ses cinq gardes de la porte, ses six gardes de la Prévôté de l’hôtel, ses dix maréchaux de logis et fourriers, ses gentilshommes servants, ses officiers de bouche, du gobelet, de fruiterie. Elle apporte du mobilier dans huit voitures.

Les habitants ont dû illuminer leur maison de dix-huit heures au lendemain matin, sous peine de se voir infliger une amende de vingt livres. Tout cela a coûté seize mille quatre cent quatre-vingt-seize livres à l’intendance.

25 octobre 1809 - Napoléon Ier, de retour du château de Schönbrunn à Vienne après la signature du traité avec l’Autriche, le 14 octobre, s’arrête à Châlons dans l’après-midi. Il est reçu porte Sainte-Croix par le maire Joseph-Louis Delfraisse et les autorités. La Garde nationale et les élèves de l’Ecole impériale des Arts et Métiers lui rendent les honneurs accompagnés d’une foule considérable. La façade extérieure de la Porte est décorée de guirlandes de verdure et de couronnes de laurier et d’olivier qui retombent sur le buste de l’Empereur et sous lequel on peut  lire :

 " Le laurier des combats, l’olivier de la paix

Présagent, sur son front, le bonheur des français".

Le préfet Claude Bourgeois de Jessaint lui présente un plan du camp d'Attila et propose d'en faire l'acquisition au profit du domaine.

L'empereur traverse la ville pour constater l'avancement des travaux de l'arc de triomphe qui lui est dédié, sur le pont de la Marne. L'arc de triomphe sera détruit le 15 février 1814 par les Français lors de leur retraite.

A dix-neuf heures, il est à Epernay où il dîne.

Juillet 1856 - Alexandre Dumas passe à Châlons pour vérifier un fait relatif à la fuite du roi Louis XVI pour son prochain ouvrage " La route de Varennes ". Il est reçu par le poète châlonnais Félix Leroy qui lui présente son concitoyen le poète et chansonnier Eugène Hermant dit Mitaine, ouvrier mi-clochard. Alexandre Dumas le reçoit courtoisement et Mitaine lui lit son poème intitulé " La violette "...

16 septembre 1891 - Le président de la République Sadi Carnot arrive en gare de Châlons à seize heures trente. L’accueil est enthousiaste... Une douzaine d’arcs de triomphe sont construits aux couleurs de la République dont une " tour Eiffel " rue Lochet. Sur un autre on peut lire " Au président Carnot, les patriotes châlonnais justice, travail, liberté, égalité, économie, loyauté "... Le lendemain, il visite la brasserie La Comète, où il goûte à la bière, et la manufacture de chaussures Aristide Appert...

6 octobre 1918 - Le président de la République Raymond Poincaré, accompagné du sénateur de la Marne Léon Bourgeois, est à Châlons pour remettre dans le péristyle de l’Hôtel de Ville au maire Joseph Servas et à l’évêque Joseph-Marie Tissier la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Cette distinction leur est remise pour leur attitude exemplaire pendant les quatre ans du terrible conflit. Le directeur de l’école de Mourmelon a eu aussi cet honneur.

28 mai 1933 - Le président de la République Albert Lebrun inaugure, rue Juliette Récamier, le premier monument érigé à Châlons dédié à Léon Bourgeois, ancien président du Conseil, député puis sénateur de la Marne et Prix Nobel de la Paix en 1920...

29 août 1944 - Les troupes du général américain George Patton, la 6ème armée, libèrent Châlons du joug allemand. Le pont de Marne ayant été détruit, une partie des troupes entrent dans Châlons par la route de Sarry et empruntent la rue Carnot, pendant que les autres entrent dans Châlons par l’avenue de Sainte-Menehould puis la rue Léon Bourgeois, pour faire la jonction dans le centre ville.

15 septembre 1999 – Le Président de la république, Jacques Chirac, passe à Châlons. Il est reçu à l’Hôtel de ville par Bruno Bourg-Broc, député-maire de Châlons, après avoir découvert le chantier de l’Europort de Châlons-Vatry, au sud de Châlons. L’aéroport international dédié au fret doit s’ouvrir au trafic aérien le 1er janvier 2000. Le Président de la République passe la nuit à l’Hôtel de la préfecture. Il quitte Châlons le 16 au matin.

Biographies des auteurs

Jean-Paul Barbier

Né le 11 octobre 1948 à Reims, Jean-Paul Barbier est arrivé à Châlons à 11 ans. Il se passionne très tôt pour la défense du patrimoine de sa ville, lutte contre le massacre du vieux Châlons et la destruction du théâtre Barbat, se bat pour la sauvegarde du couvent de Vinetz ou de la rue de Marne. Il rêve toujours de voir Notre-Dame-en-Vaux avec ses quatre flèches.

Sa passion pour l'histoire de Châlons passe par la mise en lumière des Châlonnais méconnus. Citons, pêle-mêle, Louis-Joseph Charlier, Maurice Renard ou tout récemment Collin de Sussy. Et, bien sûr, Nicolas Appert, cet humaniste inventeur du procédé de la conserve alimentaire, à qui il consacre en 1994 la première biographie connue. Il le fait connaître partout dans le monde avec l'association internationale Nicolas Appert qu'il a fondée et à laquelle l'on doit la colonne Appert, oeuvre de Ipoustéguy, érigée devant l'Hôtel de Région à Châlons.

Son attachement aux Châlonnais illustres se traduit en 2000 par un ouvrage qui met à l'honneur 382 d'entre eux : " Des Châlonnais illustres, célèbres et mémorables ", publié aux éditions du Petit Catalaunien Illustré.

Dans " Ils sont passés à Châlons ", Jean-Paul Barbier vient compléter son travail d'historien des dates marquantes de l'histoire de Châlons qu'il avait entrepris en 1999 avec son ouvrage " Châlons au jour le jour ".

Bruno Malthet

Bruno Malthet, né à Châlons le 8 janvier 1952, fonde en 1991 et préside depuis l'association Nouvelle Catalaunie, éditrice d'un trimestriel, " Le Petit Catalaunien Illustré "", qui se veut Châlonnais et fier de l'être en faisant œuvre de vulgarisation tout en restant une source d'érudition.

Il y publie de nombreux articles et, avec des personnalités comme Jean-Paul Barbier, il y donne un éclairage nouveau sur Châlons-en-Champagne, son passé, son histoire, son patrimoine et ses enfants qui, au fil des siècles, ont modelé l'âme châlonnaise.

Son regard est résolument tourné vers une nouvelle Catalaunie respectueuse de son passé, comme en témoigne le combat qu'il mena, et gagna, en 2003 pour la sauvegarde et la mise en valeur des cryptes médiévales du CHV, des façades de la place Foch et des perspectives sur Notre-Dame-en-Vaux, menacées par le projet de restructuration de ce centre commercial.

Avec son iconographie du livre de Jean-Paul Barbier, Bruno Malthet laisse le militant associatif qu'il est éclairer l'histoire châlonnaise. Il lui permet de côtoyer constamment le patrimoine de Châlons-en-Champagne, sans perdre pour autant de vue les personnages et événements à illustrer.

 


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• 22/05/2007 - Les chausses de Jehan de Soudron

Comment chausses devinrent hérétiques

 

 

A partir des livres de comptes de la confrérie des chaussetiers de Châlons-en-Champagne, Louis Grignon reconstitue les pérégrinations d'une paire de chausses et le procès qui s'en suivit.

"Je voudrais, dit Jehan de Soudron, faire sur le champ raccommoder mes chausses. - Tout à vos ordres, messire, fit Me Nicolas en s'inclinant, bien que nous soyons en ce moment fort pressés. Pourtant, si les avaries ne sont pas trop graves, ce sera l'affaire de quelques instants.

Et il tendit la main, pensant que le sieur de Soudron apportait, sous son mantel, les chausses qui exigeaient une réparation aussi urgente. Mais aussitôt sa réponse, Jehan de Soudron avait pris une autre attitude ; il avait lâché les agrafes qui liaient les chausses au pourpoint et se mettait en devoir de les retirer. II n'y avait pas de doutes à avoir ; c'était bien les chausses qu'il portait qu'il voulait faire raccommoder ; de sorte que, quelques secondes après, il se trouvait sans chausses au milieu de la boutique de Me Nicolas auquel il les présentait gravement.

- Par Sainte Anne ! Messire, vous ne pouvez rester ainsi sans chausses ! dit Me Nicolas, La décence (...).

- Il n'y a ni décence ni indécence pour un homme qui ne possède qu'une unique paire de chausses, laquelle est à raccommoder, répliqua Jehan. Et croisant sur sa poitrine sa robe à manche, il se promena fièrement dans la boutique de Me Nicolas, bien que l'on vît ses jambes nues. Me Robillart prit les chausses, les examina et reconnut qu'un morceau de parchemin avait été cousu dans la région du fond (...).

Occupé à d'autres soins, ce ne fut que le lendemain que le frère portier procéda à la répartition des robes rapportées par le compagnon, et qu'il trouva au milieu d'elles les chausses au fond desquelles le parchemin avait été recousu ; l'aspect de ce vêtement lui parut singulier, et il en référa au frère Jérôme Bardin, gardien du couvent. Le frère Jérôme entendit les explications du frère portier et reçut le vêtement qu'il examina attentivement. Le parchemin ne tarda pas à attirer son attention. L'écriture qui y était apposée était très nette, l'encre très noire ; il en commença la lecture. A la deuxième ligne, il fit un geste de surprise et d'indignation. Il mit ses besicles pour mieux voir, car il avait la vue basse, à cause de son grand âge. Il lut le tout, puis poussant un soupir, il dit au portier :

- Frère Sylvestre, sonnez sur le champ pour assembler nos frères ; nous allons avoir à délibérer sur un sujet important.

Cinq minutes après, les douze cordeliers étaient réunis chez le frère gardien.

- Mes frères, dit Jérôme Bardin en élevant les chausses pour les mieux faire voir, nous vivons en des temps bien difficiles, et l'on ne peut prévoir où s'arrêtera la malice des hommes. Le royaume est empoisonné d'écrits destinés à propager les funestes doctrines des hérétiques. Jusqu'alors, ces pamphlets, libelles et autres écrits détestables et pernicieux étaient répandus clandestinement parmi les fidèles ; ils restaient cachés, faisaient leur chemin par des voies détournées ; ils n'arrivaient que par ruse et par fraude, et autres moyens semblables. Mais aujourd'hui, mes chers frères, les propagateurs de cette abominable doctrine, fauteurs de désordres, semeurs de divisions et de discordes, ne connaissent plus de mesure, et, pour nous braver, ils font franchir à leurs écrits pervers, le seuil, jusqu'alors respecté, de nos saintes demeures. Et, voyez le moyen qu'ils emploient ! Cette paire de chausses, qui paraît de prime abord aussi inoffensive qu’usée, est revêtue d'un parchemin diabolique. Il y est dit qu'ils aboliront la confession, le jeûne et l'abstinence, les voeux monastiques ; qu'ils renverseront les autels, détruiront les images et autres choses horrifiques et damnables. Je vous ai donc réunis pour aviser sur ce ; nous ne pouvons décider sur un aussi grave sujet, mais je crois qu'en cette occurrence, nous devons prouver notre zèle et notre vigilance en envoyant ces chausses hérétiques à Paris, en la manière accoutumée, c'est à dire qu'après les avoir mises sous notre scel, elles seront portées à notre maison de Sézanne, qui les fera porter à notre maison de Coulommiers, qui les fera porter à notre maison de Lagny, qui les fera porter à Paris, où le Chapitre général prendra, sur cette matière importante, telles mesures qu'il jugera à propos pour la plus grande gloire de notre ordre, et, au besoin, on fera sorbonificalement délibérer. Cette proposition du frère gardien fut unanimement approuvée, et il fut décidé, séance tenante, que le frère Laurent, quêteur et pourvoyeur du couvent, homme robuste et capable de longues courses serait chargé du voyage ( ...).

extraits de la nouvelle "Les Chausses de Jehan de Soudron" in "Les Chausses de Jehan de Soudron et autres Nouvelles" de Louis Grignon, éditions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons, 1995, p 10, 34 et suivantes. 18€ (port compris)

Ed. du Petit Catalaunien Illustré, 16 rue Robert Binet 51000 Châlons-en-Champagne

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• 9/05/2007 - Le Saint Nombril à Châlons-en-Champagne

Notre-Dame-en-Vaux et le Saint-Nombril

Après en avoir vérifié l'authenticité, l'évêque de Châlons Charles de Poitiers procède en l'an 1407 à la translation de la relique du Saint-Nombril, détenue depuis près d'un siècle par la collégiale Notre-Dame-en-Vaux, qui fait alors l’objet d’une grande dévotion populaire.

 

Charles de Poitiers, 74ème évêque de Châlons, reçoit en décembre 1407 une imposante délégation composée des marguilliers et de nombreux paroissiens de la collégiale Notre-Dame-en-Vaux de Chaalons. Exécuteurs testamentaires du dénommé Thibault des Abbés, ils entretiennent le prélat du bienheureux effet de la singulière et la particulière dévotion que le défunt portait jusqu'à ces récents jours à la relique du Saint-Nombril vénérée dans leur église. Conformément à ses dernières volontés, ils viennent en effet de faire exécuter par le meilleur orfèvre de la ville un reliquaire comportant une très belle image de la Vierge Marie tenant en son sein l'image de son fils. Réalisé en argent, l'ouvrage est gravé et décemment doré afin d'accueillir la " parcelle du très sacré Nombril de Notre Seigneur Jésus Christ, afin que dans cette nouvelle image elle fut plus décemment, avec plus de révérence gardée et conservée " que dans l’actuel vase d'argent sur lequel sont gravés ces mots : " de Umbilico Domini " et où elle repose depuis un temps si grand qu’il n'en reste aucune mémoire d’hommes. L’évêque-comte de Chaalons écoute avec la plus grande attention ses ouailles lui conter par le détail la connaissance qu'elles ont de l'authenticité de cette relique du Saint-Nombril de Jésus-Christ vénérée tous les ans le jour de la circoncision, par le clergé et le peuple de sa bonne ville de Chaalons et des lieux voisins.

S'aventurer de nos jours à défendre l'existence d'une telle relique, prêterait à sourire. Mais pas au Moyen Age, époque où le commerce des reliques et des indulgences assurent à leurs auteurs de substantielles ressources tout en répondant à la quête mystique et à la grande ferveur religieuse qui traverse alors toute la chrétienté. Tout naturellement, ce juteux commerce déboucha sur de nombreux abus et mystifications : beaucoup d'églises se sont targuées à un moment ou à un autre de posséder un morceau de la Sainte-Croix, au point que l'on a pu écrire qu'en les réunissant l’on pourrait en reconstituer plusieurs ! Par contre, il n'en va pas de même du Saint-Nombril dont seules trois villes au monde peuvent s’enorgueillir d'en avoir été dépositaires : Constantinople, Rome et Chaalons en Champaigne. Pour mieux appuyer leurs dires, marguillers et autres paroissiens ont pris soin d’être accompagnés de Jean Liebauld, prêtre de Chaalons, et de Maître Jean Bricard de d'Ampierre sur Marne, tous deux notaires apostoliques. En présence de plusieurs témoins dignes de foi, ils ont affirmé dernièrement par serment, qu’étant ces jours passés à Paris, en l’hôtellerie des Trois Colombes, ils ont fait la connaissance de Haymald Robert de Limoge, un noble soldat qui avait été domestique et serviteur du sieur Raymond de Turenne, neveu et légat du Pape. Après lui avoir fait confidence quils étaient natifs de la ville de Chaalons, le sieur Haymald révéla à ses compagnons que les services qu'il rendait à Raymond de Turenne l'avaient maintes fois conduit dans le Trésor où se gardent et conservent les saintes reliques avec les papiers de l'Eglise Romaine. Leur fréquente consultation lui avait ainsi permis de voir, manier et regarder certaines lettres apostoliques, sous une bulle de plomb où il vit écrit : " Que le très Saint-Nombril du très haut fils de Dieu notre sauveur avait été divisé en trois parts, desquelles l’une était demeurée dans le sacré trésor de l'Eglise Romaine, une autre à Constantinople, et la troisième en l'église de Notre-Dame les Vallées de Chaalons ".

Selon toute vraisemblance, cette division se serait effectuée vers 1310 sous le pontificat du pape Clément V, sans doute en vue de procurer à son Eglise des ressources suffisantes. Celle-ci était en effet dépositaire, entre autres reliques, du Saint-Nombril depuis la donation qu'en fit au souverain pontife Charlemagne venu se faire couronner empereur en l'an 800. Charlemagne, lui, la détenait de l'empereur d'Orient, lequel la lui remit, avec le Saint-Prépuce et la couronne d'épines du Christ, en remerciement d'être venu à son secours et d'avoir vaincu les infidèles qui menaçaient Constantinople et Jérusalem. Selon le livre des révélations de Sainte Brigitte, ces très précieuses reliques avaient été recueillies par la Vierge Marie elle-même, qui, avant de mourir, les aurait remises à Saint Jean l'Evangéliste, lequel les aurait confiées à ses successeurs.

Réputées disparues avec les premières persécutions sarrasines des chrétiens d'Orient, elles furent retrouvées grâce aux révélations que fit la Vierge Marie à Sainte Brigitte. Quant à l'arrivée à Chaalons en Champaigne d'une des trois parties issue de la division du Saint-Nombril, elle serait l'oeuvre de Pierre de Latilly, évêque de Chaalons, chancelier de France et de ce fait homme d'une suffisamment grande considération pour se voir attribuer une telle faveur d'un pape français. Le don de cette précieuse relique à la collégiale Notre-Dame-en-Vaux date probablement de 1302, année où ledit Pierre de Latilly dédia la nouvelle église à la Vierge. Leurs explications achevées sur les origines du Saint-Nombril, les marguilliers et autres paroissiens supplient humblement leur évêque de procéder à la translation du Très Sacré-Nombril depuis l'ancien reliquaire d'argent vers la très belle orfèvrerie exécutée pour satisfaire aux dernières volontés de Thibault des Abbés. Et précisent-ils pour permettre au peuple chrétien d'honorer la Sainte Relique avec encore plus de dévotion.

Toute assurance prise sur le bien-fondé de leurs dires, Charles de Poitiers leur accorde satisfaction, comme en atteste l'extrait suivant de la lettre qu'il rédigea à cet effet : " Nous Charles évêque, autant que la sagesse et prudence humaine le requiert de la vérité des choses prédites, condescendant favorablement et pieusement à la dévote requête ci-devant exposée le huitième jour du mois de décembre, auquel se célébra la fête de la conception de la bienheureuse Vierge Marie,... Nous avons pris avec grande humilité et dévotion en nos mains propres le susdit vase ancien, dans lequel comme a été dit ci-dessus, la dite parcelle dit très sacré Nombril de Notre Seigneur était renfermée,… en avons retiré la dite parcelle du précieux Nombril de notre Seigneur et l 'avons transportée audit nouvel reliquaire... Désirant donc qu'à l'avenir, et d'ici en avant, les fidèles chrétiens visitent ladite église pour adorer, et signalement vénérer un si salutaire et précieux sanctuaire … A tous ceux qui vraiment contrits, et confessés, tous les ans, au jour de féte de la Conception de Notre-Dame, en mémoire de ladite translation et la circoncision de NS, visiteront ladite église de Notre-Dame en Vallées, pour y adorer le souvent dit très sacré Nombril, et là feront quelques aumônes pour la fabrique de ladite église, octroyons et relâchons miséricordieusement en Notre Seigneur, 40 jours des pénitences qui leur auront été enjointes. Or afin que de toutes ces choses susdites les fidèles chrétiens aient une mémoire plus assurée, nous en avons fait faire les présentes lesquelles avons données auxdits marguilliers, proviseurs et paroissiens, scellées de notre grand sceau. Donné en l'an de NS 1407, ce 8ème jour de décembre ".

Après cette translation, la célébrité du Saint-Nombril ne cessa de grandir d'année en année. La précieuse relique, vénérée tous les ans en l'église Notre-Dame-en-Vaux au jour de la circoncision, devint célèbre dans tout le royaume de France. Elle devient sans contestation possible le bien le plus précieux de la collégiale qui veille jalousement sur elle. Lorsqu'en l'an 1512, le roi Louis XII est de passage à Châlons, les chanoines de la cathédrale entendent porter solennellement le Saint-Nombril depuis l'église Notre-Dame jusqu'à la cathédrale Saint-Etienne. Ils doivent préalablement présenter des garanties sur leurs biens aux Marguilliers de Notre-Dame, ainsi qu'en atteste la lettre qui suit adressée à cet effet :

Nous, chapitre de l'église de Chaalons, le doyen absent, promettons sous l'obligation de tous les biens temporels de notre dite église, que au cas que les Marguilliers de l'église collégiale Notre-Dame en Vaux de Chaalons, permettront dimanche prochain à la procession générale, qui se fera pour le Roi notre Sire, transporter par nous le précieux joyau et reliquaire du Saint-Nombril de Notre Seigneur, de ladite église collégiale Notre-Dame en notre église cathédrale de Monsieur Saint Etienne de Chaalons, le rapporterons et reconduirons honorablement et dignement ainsi qu'il appartient, en ladite église de Notre-Dame en Vaux. Fait en notre dit chapitre, sous notre sceau, aux causes ci mises. Le vendredi dernier jour de décembre, l'an 1512 ". Pas un instant, il ne serait venu à l'esprit de Charles de Poitiers de remettre en cause l'authenticité de la précieuse relique qui sera l'objet d'une telle vénération cinq cents ans durant. Pourtant, jour après jour, l'impiété, les croques-reliques, la jalousie et le rationalisme cartésien tissèrent dans l'ombre le destin du Saint-Nombril jusqu'à obtenir de Gaston de Noailles, évêque de Châlons de 1695 à 1720, qu'il en ordonne sa destruction. Mais il s'agit là d'une autre histoire.

Le Petit Catalaunien Illustré N°20

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• 8/05/2007 - Croque relique

Les croques reliques : une affaire qui fit du bruit

 

L'évêque de Châlons, Charles de Poitiers avait reconnu en 1407 l'authenticité du Saint-Nombril détenu depuis le XIVéme siècle par la collégiale Notre-Dame-en-vaix. Trois siècles plus tard, l'impiété, la jalousie et le rationalisme cartésien aidant, les croques-reliques peuvent en toute impunité détruire le divin ombilic. L'affaire fit cependant grand bruit et inspira à un rimailleur anonyme un poème burlesque publié par Edouard de Barthélemy en 1876 dans ses "variétés châlonnaises" conservées à la Bibliothèque municipale de Châlons-en-Champagne.

 

Il existait dans l'église Notre-Dame de Châlons de toute ancienneté une relique dite du Saint-Nombril qui était l'objet d'une dévotion considérable et attirait de nombreux pèlerins. Son existence est constatée dans un rituel de 1322. En 1407, l'évêque Charles de Poitiers en fit la translation, le 8 décembre. Au commencement du XVIIIème siècle, Mgr Gaston de Noailles résolut de mettre fin à une erreur qui lui paraissait regrettable pour la dignité de la religion. Un soir, accompagné de quelques notables et d'un chirurgien, il fit ouvrir l'armoire où était conservée la relique et il visita le reliquaire qui était de vermeil. On y trouva un morceau d'étoffe de soie rouge et quelques fragments poussiéreux dans lequel le médecin ne reconnut aucun caractère certain. Le prélat fit dresser procès-verbal, emporta le reliquaire et partit avec pour Paris. Cette expédition causa une excessive irritation à ChâIons. On dénonça le fait à la chambre des requêtes du Parlement, mais un arrêt très promptement rendu déclara l'incompétence de la cour. Mgr de Nouilles rendit alors le reliquaire vide aux marguilliers de la paroisse Notre-Dame et l'affaire en resta là. De nombreux factums furent imprimés pour et contre à Châlons. Ils sont aujourd'hui très rares. Nous ne ferons que les indiquer, mais nous croyons curieux de publier ce petit poème absolument inédit et dont nous ne connaissons pas d'autre exemplaire que la copie manuscrite ancienne que nous possédons. Ce poème est spirituellement tourné par un admirateur évidemment du Lutrin de Despréaux. Il intéresse au plus haut degré Châlons dont plusieurs notables sont mis en scène. Nous le reproduisons avec les notes qui sont jointes au texte, en ayant le regret de ne pouvoir fournir sur l'auteur aucune indication suffisamment précise pour être produite.

Edouard de Barthelémy,

12 mars 1876

Texte du poème dans le Petit Catalaunien Illustré N°32

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• 3/04/2007 - Selon que vous serez puissant ou misérable...

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Selon que vous serez puissant ou misérable

On savait déjà qu'il se passait des choses pas très catholiques à Châlons-en-Champagne mais en voici la confirmation. Voyage au pays de la réglementation à la tête du client

"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir", écrivait Jean de La Fontaine dans "Les Animaux malades de la peste". Telle est la conclusion qu’il convient de tirer de la politique patrimoniale à géométrie variable menée par la Ville de Châlons-en-Champagne, place Foch.

Selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de la place Foch, la réglementation applicable est à géométrie variable.

A droite, quand on regarde la place depuis l’Hôtel-de-Ville, M. Bourg-Broc sait interpréter de façon très conciliante la réglementation. Il s’agissait alors de permettre l’installation d’une brasserie dans un fonds dont les murs appartiennent à un conseiller municipal. Poser une vitrine là où il n’en existe pas ne constitue alors pas un aménagement suffisant, malgré l’importance des travaux intérieurs, pour exiger l’alignement des ouvertures du rez-de-chaussée sur celles des étages comme le prévoit pourtant la réglementation.

A gauche, par contre, par le truchement de son adjointe en charge de l’urbanisme, Mme Vasseur, il sait se montrer impitoyable. Changer une vitrine cassée constitue alors bien un aménagement suffisant, malgré l’absence totale de travaux intérieurs, pour exiger la restauration patrimoniale prévue par la réglementation. La malheureuse commerçante, ayant ouï dire qu’il en serait allé autrement de l’autre côté de la place, déposa un permis de construire en s’appuyant sur la jurisprudence Kanter et sur son bon droit. Son permis ayant été refusé, elle eut l’outrecuidance de demander des explications. Elle fut convoquée et vertement priée de se conformer à deux charmantes esquisses dont l’une d’entre elles illustre cet article.

A droite, lorsque l’Association Nouvelle Catalaunie demanda ce qui fut exigé quelques mois plus tard par la Ville à gauche, on cria au scandale et on s’abstint d’imposer - ni même, du reste, de suggérer - au gargotier la moindre esquisse. C’eût été "un mauvais procès", si on en croit le journal municipal de février 2007, car " l’installation de cet établissement a failli être remise en cause par la faute de quelques uns " .

A gauche, lorsque la Ville exigea ce que l’Association Nouvelle Catalaunie demandait à droite, la malheureuse commerçante eut immédiatement droit à un fort mauvais procès dont les "quelques uns" susvisés ne sont aucunement responsables. Mais ce même journal municipal n’en souffle mot, et pour cause : l’intéressée a dû mettre la clé sous la porte, son indemnité d’assurance ne couvrant ni la rénovation exigée de sa façade, ni les pertes de chiffre d’affaires qu’elle a subies durant les travaux de la place.

Pourquoi cette différence de traitement, cette politique à géométrie variable ? Le journal municipal nous apporte un début de réponse : à droite, il s’agissait d’une implantation " en adéquation et en complément de l’Espace Hôtel de Ville " justifiant bien quelques entorses à la réglementation. D’ailleurs les caves médiévales faillirent en faire les frais. Tandis qu’à gauche, Mme Vasseur explique avoir simplement demandé à l’intéressée " de [se] conformer avec le cahier de recommandations de la place Foch " pour lesquelles la Ville ne pouvait souffrir la moindre dérogation. Craignait-elle d’avoir les associations sur le dos ?

Question : pourquoi la Ville se garda-t-elle d’informer la Cour administrative d’appel de Nancy de cette subite conversion ? Craignait-elle qu’elle en tire les conséquences et annule le permis de Me kanter ?

Pour en savoir plus : www.catalaunien.net

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voir aussi le périodique Le Petit Catalaunien Illustré N°58 et précédents


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• 18/02/2007 - L'explorateur des âmes

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Voyage à bicyclette dans une France qui va voter

" Repartir à vélo pour parcourir une France qui va voter reprend tout son sens. Dans l’intimité du territoire et de ses habitants, à vitesse humaine, en dehors des contingences journalistiques habituelles émerge un autre format de parole ".

Raphaël Krafft, journaliste à France Culture, est arrivé à Châlons le samedi 3 février au soir avec son vélo et sa petite remorque, malgré un fort vent d’est. Il est parti de Paris le 1er février pour une longue aventure de 7 semaines (4 000 km) en France sur son deux roues. Son objectif : prendre le pouls des Français. Comment vont-ils ? Comment ressentent-ils la campagne électorale de la présidentielle ?

Comme il l’avait fait au lendemain de l’élection présidentielle de 2002 pour essayer de comprendre ce qui s’était passé. " Deux mois et demi durant, nous avons parcouru une France à l’image de cet habitant de la Marne, fermée, craintive et avons effleuré ce que des géopolitologues allaient bientôt ré-expliquer : le rôle des couloirs d’invasion, des axes de communication, des anciennes frontières, de l’organisation du territoire dans la diffusion des idées populistes. C’était la France de l’est et notre regard était guidé par le choc provoqué le 21 avril 2002 ".

" Un quinquennat plus tard, le doute demeure et le rejet le 29 mai dernier du projet de constitution européenne, la crise des banlieues et du CPE sont venus renforcer cette idée largement répandue d’une France malade de la mondialisation, de sa représentation politique ou encore de ses médias. Cette image est-elle pour autant conforme à la réalité ? ".

En Catalaunie

En surfant sur internet, Raphaël Krafft est tombé sur le site du " Petit Catalaunien Illustré " et nous a envoyé un courriel pour demander le gîte et le couvert. Comme le pèlerin du Moyen Age, ce journaliste, qui pédale hors des sentiers battus, part souvent sans savoir où il va dormir le soir : dans une grange, un vendangeoir, un presbytère, sous un arbre ?. Il fait des rencontres intéressantes, le contact est plus facile à vélo car il étonne les gens. Les curieux s’approchent et discutent. " Sans pare-brise, à hauteur d’homme, j’ai plusieurs fois constaté que le reporter à vélo, parce qu’à vélo, suscite un autre rapport, une curiosité réciproque et laisse la place à un autre format de parole. Quel qu’il soit, un agriculteur, une infirmière ou un député ne parle pas de la même façon à un homme qu’à un micro. Le vélo est également un bon moyen de franchir le pas des portes. En situation de dépendance, d’aspect inoffensif, je demande de l’eau ou le gîte, partage un repas et mes histoires avant de tendre mon micro. Lentement, une relation s’établit avec le territoire et ses habitants que les auditeurs peuvent pour ainsi dire voir et toucher ".

Sa curiosité piquée au vif par nos conversations, il voulait voir la statue de Jeanne d’Arc " malade de la peste brune " (cf le Petit Catalaunien Illustré N°46) et la basilique de l’Epine (cf le Petit Catalaunien Illustré N°55). Il est reparti le dimanche matin pour Saint-Dizier via L’Epine, Courtisols… Non sans avoir interviewé notre président ! Sûr, le hasard a bien fait les choses en le faisant échouer chez nous : on a longuement discuté de la Catalaunie. En échange, il nous a donné des aperçus de ses fantastiques voyages à vélo (l’Amérique du sud) et autres reportages à bord d’un bateau de Greenpeace.

De février 2007 jusqu’aux élections législatives en juin 2007, retrouvez sur son blog http://www.bicyclette2007.com mais aussi sur les ondes de France Culture, les aventures d’un cycliste-reporter dans une France qui va voter.

extrait du Petit Catalaunien Illustré N°58 

pour plus d'info : www.catalaunien.net 

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com 

La nuit tombe sur l’usine St-Gobain à la sortie d’Epernay. Voilà le nouveau monde : des champs de betteraves à perte de vue. Je vais en " Nouvelle Catalaunie ". Nouvelle Catalaunie ? J’ai trouvé ça sur Google quelques jours avant de quitter Paris en faisant une recherche sur Châlons-en-Champagne. Il n’est jamais bon d’arriver de nuit et à vélo dans une " ville oubliée ", préfecture et capitale de région, sans université, mise à l’écart des tracés autoroutiers et ferrés. Aussi voulais-je assurer mes arrières et organiser mon couchage à l’avance en passant un coup de fil au président de l’association " Nouvelle Catalaunie " (Google encore). Bruno Malthet était ravi d’apprendre la visite d’un journaliste de la capitale. Je lui ai précisé mon moyen de locomotion sans oublier de lui demander s’il assurait le couchage en plus des informations qu’il voudrait bien me donner sur son pays imaginaire. Imaginaire ? Je m’arrête, ouvre ma sacoche de remorque, fouille à la recherche de " L’histoire des régions " d’Emmanuel Leroy-Ladurie. Le " contemporain du Moyen-âge " n’en fait pas mention dans son livre. Je scrute le jour finissant à la recherche de la frontière de ce nouveau monde. L’usine Mc Cain, au niveau de la sortie 17 de l’autoroute A26 ? Je m’arrête, interroge un pompiste pour vite constater que j’en sais davantage que lui sur la question. Les panneaux indiquent encore Châlons-sur-Marne qui est devenue Châlons-en-Champagne en 1997. Bruno Malthet me téléphone : " Quand arrivez-vous ? " Je lui explique le vent d’est et ma quête de la frontière.

Extrait du blog   http://www.bicyclette2007.com  


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• 1/02/2007 - Le patrimoine à la roulette russe

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Connaissez-vous le roman de Boris Akounine : " La Maîtresse de la Mort "* ? Sinon, lisez-le vite ! A la lecture de ce roman, je ne sais pas pourquoi la situation du patrimoine chaalonnais m’a fait soudain penser au cercle restreint des élus de la Mort (avec un grand M, à ne pas confondre avec la mort que chacun subit bêtement) de ce roman.

L’arrêt est tombé le 11 janvier 2007 (seulement, même si le bourgmestre en avait été informé bien avant. Normal ?). Arrêt fort sibyllin comme le fait remarquer Urbain dans le journal " La Catalaunie Illustrée " (cf le numéro de janvier 2007) donnant juridiquement tort à l’association des Amis de la Catalaunie et aux autres requérants concernant le permis de construire de la caverne de Me Tanker, place de l'Hôtel de l'Echevinat.

Les Amis de la Catalaunie défendent le patrimoine chaalonnais qui fait le charme de la ville. N’est-elle pas devenue " Ville d’art et d’histoire " ? Mais au rythme des massacres patrimoniaux perpétrés pourra-t-elle garder longtemps ce label ? Je m’imagine, réunies autour d’une immense table, les caves médiévales, la ruelle de Nau, l’abbaye de Toussaint, la Haute Mère-Dieu, la place de l'Hôtel de l'Echevinat, la chapelle Sainte-Pudentielle... Une roulette de casino annonce à chacune de leur réunion la gagnante du gros lot : le massacre. Contrairement aux membres du cercle des " Amants de la Mort ", qui ne vivent que pour l’instant où la roulette et les signes se manifesteront indiquant que la Mort les a choisis et qui sont heureux de suicider, ces monuments, vieux de plusieurs siècles, que nos ancêtres ont conservés, veulent rester debout.

La défaite du patrimoine

Car le grand perdant de cet arrêt est bien le patrimoine. Chaalons ne possédera donc jamais la place qu’avait dessinée Nicolas Durand, qui fut un temps inscrite dans les plans d’urbanisme. Bouc-Bigot, la Marie-Rose, Albert Cimenthier et les autres peuvent jubiler : ça leur sert à quoi ! Pourquoi faire (le) mal quand on peut faire (le) bien ? C’est quelque chose que je ne peux pas comprendre. On en arrive vite à la conclusion qu’ils sont dans l’incapacité chronique de défendre l’intérêt général au bénéfice de leurs intérêts particuliers. Ce n’est pas parce que vous n’aimez pas votre ville (contrairement au slogan des dernières élections municipales " J’aime Chaalons ") qu’il faut la massacrer !

Memoria

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*La Maîtresse de la mort de Boris Akounine, éditions Presses de la cité, octobre 2006

Une série de suicides endeuille Moscou au tout début du XXème siècle. Toutes les victimes semblent avoir fréquenté un cercle de poètes s’affirmant les " Amants de la Mort ". Eraste Fandorine enquête sur le mystère.

 


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• 1/02/2007 - les caves infiltrées

Bonjour Memoria, je te remercie de bien vouloir me laisser raconter cette histoire sur ton blog. D'ailleurs je sais qu'elle ne t'étonnera pas étant donné que tu connais les manières de faire de l'échevin Baptiste Bouc-Bigot et de son échevinat.

Je voulais donc revisiter ces caves pour lesquelles tu avais mobilisé l'association afin qu'elles ne disparaissent pas dans les fondations de la nouvelle galerie du l'Hôtel de ville. Bien sûr le tribunal nous avait donné raison et la Ville et la société Sachem & Béton avaient dû signer un " relevé de conclusions " avec l'association et les autres requérants en contre partie de quoi ceux-ci retiraient leur référé. Dans ce relevé, l'échevin et la Sachem & Béton s'engageaient notamment à ventiler les caves, à en restaurer les voûtes d'ogive et à rendre compte régulièrement de l'avancée des travaux. Ce dernier point n'avait jamais été respecté et on nous avait toujours refusé la visite technique.

Je vous parle de caves médiévales, des XIIIème et XVème siècles, inscrites à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques ! D'ailleurs il s'agit du plus ancien patrimoine civil de Chaalons-en-Champaigne.

L'office de tourisme organisait en décembre dernier la visite de ces caves dans le parcours " Chaalons au Moyen Age ". A force de parler de cette future visite dans mon entourage, les uns et les autres ont voulu se joindre à moi. Corinne a fait une réservation globale pour le groupe et nous avons invité le quotidien local " La Force " à se joindre à nous. Nous voulions tous voir dans quel état se trouvaient désormais les caves. Tes caves, devrais-je dire. Parmi les uns et les autres, il y avait deux architectes et un historien spécialiste du Moyen Age.

Quelle histoire ! Cette visite a fait tout un pataquès non pas à cause de ce que nous avons découvert et révélé au grand jour mais à cause des moyens employés. Voilà que nous ne sommes plus de simples châlonnais, munis de tous nos droits de citoyens, mais des pestiférés, des relégués. Nous n'avons pas le droit, pourtant qui relève de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, de nous réunir et de circuler librement dans notre ville !

Que nous reproche-t-on ? D'avoir utilisé un prête-nom pour l'inscription ? Que nenni, il s'agit d'un membre du bureau de l'association qui avait la possibilité de passer à l'Office de tourisme rapidement afin de faire la réservation. D'avoir invité un journaliste ? Où est la liberté de la presse ? La liberté d'expression ? Et tout ça pourquoi ? Parce que nous avons révélé et pointé du doigt des choses que l'équipe municipale ne voulait pas montrer. Et pourtant elle communique à tous vents autour de l'accessibilité de ces caves au public et de l'exemplarité de leur restauration. Pense-t-elle que les visiteurs sont aveugles ? Ou bien se moque-t-elle d'eux en leur présentant une telle restauration ?

Voyage au fond des caves

 

Dès l'ouverture de la porte accédant aux caves, tous les porteurs de lunettes ont vu trouble, non pas qu'ils aient bu mais la buée envahissait leurs carreaux. On a appelé cela : le test des lunettes. Vous savez quand vous passez du froid sec au chaud et humide. Tout de suite nous avons compris que la ventilation annoncée n'avait pas été installée. La situation sanitaire des caves était déjà fort critique à l'époque des travaux mais là elle était pire car tous les soupiraux ont été murés. Nous y avons relevé 82% d'hygrométrie, d'importantes traces de moisissures, un suintement excessif des pierres, un clocage des moellons de craie et leur effritement. De plus nous avons constaté que la restauration des caves n'est qu'un " bricolage " scandaleux effectué, pourtant, par une ville qui se glorifie d'être désormais classée "  ville d'art et d'histoire ". Les travaux (le terme " rustines " serait plus approprié) effectués sur les voûtes et élévations n'ont manifestement pas été réalisés par une entreprise agréée " Monuments historiques " ni été suivis par des professionnels reconnus pour leur connaissance en la matière. L'Architecte des Bâtiments de France n'a même pas été consulté. C’est tout dire ! Il est également manifeste que les voûtes de la cave du XIIIème siècle ont souffert durant les travaux. L'association avait alerté la Sachem & Béton durant l'hiver 2003-2004 suite à des rumeurs au sujet des dégâts causés par d'importantes pluies suivies d'un gel brutal lorsque leurs voûtes ont été mises à nue. On l'assura alors qu'il n'en était rien mais on lui refusa toutefois le droit de pouvoir le constater pour de prétendus motifs de sécurité.

Et quid des trois caves secondaires ? Elles devaient être également restaurées et auraient pu permettre de créer un intéressant espace voûté d'exposition ouvert sur la place Foch et sur la cave du XVème siècle. Et qu’en est-il des résultats des fouilles qui devaient être réalisées dans l'espace existant entre les caves. Etait-il vraiment vide ? Ou bien s'ouvrait-il sur d'autres caves ?

Memoria, vois-tu, ils n'ont pas changé et on ne peut toujours pas leur faire confiance. Arsène Colvert avait bien raison. Le pauvre : il doit se retourner dans sa tombe, s’il voit cela ! Nous, nous avons tenu tous nos engagements. Tandis qu’eux, non. Ne nous laissons pas leurrer par leur beau langage lors de la prochaine échéance électorale les concernant, ce sont des menteurs !

Fabienne

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• 18/01/2007 - L'inconnue du grand bazar

Lorsqu'une inconnue l'apostrophe sur la place de l'Hôtel de Ville enneigée, Urbain est loin d'imaginer qu'elle va l'entraîner jusqu'à l'antique Catalonos où elle prétend être née. Pareille aventure était déjà arrivée, trente ans plus tôt, à Pierre Rajanval et Arsène Colvert. Tous deux sont formels : le retour de l'inconnue est le signe qu'un danger menace le patrimoine de la Catalaunie. Elle confie à Urbain une mission : sauver les caves médiévales menacées par un projet immobilier. Une mission qui va le conduire dans les souterrains de Chaalons-en-Champaigne et, au risque de sa vie, dans le puits des temps immémoriaux. Pour l'accomplir, il devra affronter la colère du bourgmestre de la ville dont il entrave les plans, les moulinets de Maître Gudulle, un ténor du barreau parisien spécialement dépêché pour le combattre, les foudres de la terrible Marie-Rose, l'échevine à la Modernité Urbanistique, et bien d'autres personnages que l'on dirait parfois sortis d'une infernale boîte de Pandore. Pour eux, les vieilles pierres ne présentent aucun intérêt, sans doute parce qu'ils ignorent qu'elles contiennent la mémoire du temps, celle que nous fait découvrir et explorer l'énigmatique inconnue. Celle-ci intrigue d'autant plus Fabrice Zagon, le Rouletabille du journal La Force, que son visage est mystérieusement troublé sur toutes les photos qu'il prend d'elle...

L’inconnue du grand bazar, roman de Bruno Malthet, éditions du Petit Catalaunien Illustré (16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne), novembre 2006. Prix : 24€ port compris

 

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• 18/01/2007 - suite N°1 de l'Inconnue du grand bazar

Proposez une suite au roman de Bruno Malthet  : L'inconnue du Grand Baazar" paru aux Editions du Petit Catalaunien Illustré 

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Nooonnn ! Ce cri déchirant lui remonta du plus profond de ses entrailles et réveilla Fabienne en glaçant ses sangs. Etait-ce vraiment elle qui venait de le lâcher ? N’avait-elle pas senti vibrer en elle ce timbre si particulier de la voix de Memoria ? Memoria ? Pourquoi Memoria ? Fabienne s’assit sur le lit, épongea son front glacial, attendit que son cœur cessât de battre la chamade, écouta le silence de la nuit et chercha à percer le mystère de cet appel tandis que ses derniers échos se perdaient dans sa tête. Mais la maisonnée était calme et tranquille, pas même troublée par les ronflements d’Urbain. Urbain ? Mue par un étrange pressentiment, elle dirigea sa main vers lui. Sa place était vide et froide… Affolée, Fabienne se leva et l’appela dans toute la maison. Pas de réponse. Elle alla dans l’entrée vérifier s’il avait pris ses clés et était sorti. Ses clés étaient toujours posées sur guéridon et ses chaussures sur le paillasson. Le cri entendu dans son sommeil – qu’elle avait elle-même poussé ? – résonnait encore dans sa tête. Elle prit une lampe de poche et descendit à la cave. Tout était en ordre. En remontant elle pensa appeler Memoria avec laquelle il s’était peut-être lancé dans une nouvelle aventure. Mais elle ne savait pas comment entrer en contact avec elle. Memoria, sa sœur jumelle, son double ?. Pas par téléphone, ni par internet. Elle ne savait même pas où elle passait son temps lorsqu’elle n’était pas avec eux. Faiblement elle prononça son nom. Rien ne se produisit. " Memoria viens, je t’en prie, je t’en supplie, viens à mon secours, Urbain a disparu ". Tremblante d’angoisse et d’appréhension, elle éleva un peu la voix et osa donner libre cours à un soupçon qui la hantait depuis le début de cette histoire : " Memoria, si Urbain est avec toi, dis-le moi ! "

 


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• 17/01/2007 - L'inconnue du grand bazar : mais qui est Memoria ?

Mais qui est donc Memoria ?

Pour moi l’inconnue du grand bazar, appelée Memoria, est l’ange gardien de la ville, la conscience de ses habitants.

Tout fout le camp. Il faut faire vite car time is money. Privilégier ses intérêts quant à faire. No future, détruisons. La réflexion, l’altruisme, l’harmonie sont des notions dépassées quoiqu’on en dise.

Nous avons besoin de Memorias partout et dans tous les domaines : environnemental (tiens, c’est à la mode en ce moment !), social, patrimonial…

Je fais appel à tous les anges gardiens du monde : aidez-nous !

Mais comme dit le proverbe : aide-toi, le ciel t’aidera, je continue à militer.

SOS.

Lire à tout prix : "L'inconnue du Grand Bazar" de Bruno Malthet, aux Editions du Petit Catalaunien Illustré

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• 15/01/2007 - La messe des fous à la cathédrale de Chaalons en Champaigne

 

La messe des fous

Mais… que fais-tu là ?

Tu vois bien ! Je raconte une histoire à tes enfants !

Ouais et même que ce soir, ça va être une histoire de fous qui vont à la messe et que c’est une histoire vraie qui a au moins cinq mille ans ! Bon, tu commences, Tante Mem’ ?

La dernière phrase de son fils acheva de lui couper le souffle. Urbain balbutia un inaudible " Tante Mem’ ? " de stupéfaction auquel elle répondit en lui adressant un clin d’œil malicieux.[…]

Tandis qu’Urbain et Fabienne prenaient place sur un pouf, Tante Mem’, assise au milieu du lit, un enfant de chaque côté d’elle, sortit d’un plis de sa robe un tout petit livre pas plus grand qu’une carte bancaire et guère plus épais, dont la couverture représentait une enluminure formée de la lettre C finement dorée et se superposant à une vue très ancienne de Chaalons. Lorsqu’elle l’ouvrit, des soubresauts de plus en plus importants agitèrent le livre au fur et à mesure qu’il grandissait et envahissait tout le volume de la chambre. Une colombe s’en échappa et s’envola vers le ciel avant d’aller se percher sur un des arcs-boutants d’une église proche dont le petit groupe se rapprochait.

— C’est là qu’on va devoir aller à la messe, Tante Mem’ ? Tout en regardant l’édifice, Régis commença à donner quelques signes d’inquiétude à l’idée de devoir " se taper " un office religieux. C’est drôle, je ne l’avais jamais vu, dans Chaalons, cette église-là !

C’est la cathédrale, pourtant, lui répondit-elle, devant laquelle nous allons nous rendre…

Papa ! Papa ! Regarde ce qu’ils ont encore fait le bourgmestre et sa copine Marie-Rose, s’exclama Raphaël tout interloqué. Tu vas encore te fâcher tout rouge et partir au combat contre eux quand tu vas voir qu’ils ont tout cassé le grand portail de la cathédrale !

Un franc éclat de rire accompagna cette réflexion que Tante Mem’ entreprit aussitôt de corriger. Pour une fois, Baptiste Bouc-Bigot et la Marie-Rose n’y étaient strictement pour rien, expliqua-t-elle, et personne n’avait démoli le portail baroque de la Cathédrale vu qu’il ne sera construit qu’au siècle suivant de 1628 à 1634 avec les deux dernières travées de la nef. Pour l’heure, un portail sans grand ouvrage ni relief la fermait et donnait l’impression de présenter un caractère secondaire. Une impression que venait renforcer l’importance du portail nord fermant le transept du côté de la grande rue de la ville, l’ancienne voie Agrippa, l’actuelle rue d’Em’s. " C’est par ce portail qu’au Moyen Âge l’on accueillait le roi de France lorsqu’il passait par Chaalons ", expliqua Tante Mem’. En s’approchant du portail formant saillie, Urbain regretta fort de n’avoir pas pris son appareil photo qui lui eût permis de montrer à ses amis sa splendeur. Il n’en reste hélas plus grand chose de nos jours. Martelé en 1794, son tympan représentait des scènes de la vie de Saint-Etienne sous un Christ de gloire, ses voussures des scènes de l’enfance du Christ et le gâble le jugement dernier. […] Un sifflement admiratif s’échappa de la bouche d’Urbain, qui regretta encore plus de n’avoir pas son appareil photo. " Mazette ! Elle est vraiment chouette, la belle ! ". Elle l’était effectivement, avec ses quatre-vingt mètres, cette flèche dont on achevait la construction. Toute couverte de plomb, elle était richement décorée de figures dorées, de statues et de couronnes. Un siècle et demi après son érection, la foudre s’abattit malheureusement sur elle, provoquant un immense incendie, et elle ne fut jamais reconstruite. […]

" Place ! Place, manants ! ". Devant le grand portail, on s’activait fort. La veille, on y avait dressé des tréteaux comme pour y célébrer une pièce de théâtre ou un de ces grands mystères dont le Moyen Âge fut fort friand. […] Entouré de ses officiers, les chanoines les plus qualifiés, l’évêque des fous grimpa sur l’estrade et tous s’assirent à table où ils mangèrent et burent le festin de roi qu’on leur avait préparé jusqu’à ce que, repus et pansus, quelques rots particulièrement sonores et odorants indiquèrent leur parfaite satiété.

Alors l’évêque se leva, suivi de sa maison, jeta un os à un chien qui passait par là et quelques reliefs du repas à la foule amassée. Puis, devant les fidèles rassemblés, tous se mirent à chanter les vêpres avec une précipitation inhabituelle. Sitôt qu’elles furent finies, deux chantres et le maître de musique entonnèrent un motet en battant la mesure. " Cantemus ad honorem, gloriam & laudem Sancti Stephani… "

Extrait de "L'inconnue du grand bazar" de Bruno Malthet, éditions du Petit Catalunien Illustré.

 

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• 14/01/2007 - l'entrée du Duc de Nevers à Chaalons en Champaigne le 24 août 1625

Le Duc de Nevers, gouverneur de la province de Champaigne, arrive le 24 août 1625 à Chaalons en Champaigne. Il vient présider les Etats provinciaux réunis sur l’ordre du roi. 

La fête

Lorsque nos voyageurs, auxquels s'étaient joints en route beaucoup de gens de noblesse, arrivèrent à Châlons, la ville avait déjà pris un air de fête, une animation inaccoutumée. Les préparatifs duraient depuis une quinzaine de jours. On avait fait mettre en état le château Saint-Antoine pour recevoir et loger les hommes d'armes ; prévenu les hôtelleries pour qu'elles eussent à préparer des logements et réunir en vivres les plus grandes ressources possibles. Puis on avait fait publier, selon la coutume usitée en pareille circonstance, l'ordre de nettoyer les rues, de " oster tous pourceaux, oies, canards, entant en la clôture de la ville de Chaalons, et pareillement oster tous fiens qui sont ès rues et aux coins d'icelles ". Cette prescription avait été exécutée, car la ville était d'une propreté aussi remarquable qu'exceptionnelle.

La Grande-Rue (rue de Marne jusqu'au pont de Nau), la rue du Change (idem, du pont de Nau à l'hôtel de ville) étaient pavoisées aux couleurs de Nevers et de Champagne ; il en était de même des rues de Brebis (rue d'Orfeui1), du pont Putte-Savate (Croix des teinturiers), et de la rue Saint-Nicaise 1 où le gouverneur devait descendre, puisqu'il avait accepté l'hospitalité que lui offrait le seigneur René Pothier, comte de Gesvre et de Tresme, homme de bonne noblesse, alors vidame et gouverneur de la ville pour le roi.

Le duc de Nevers, gouverneur de la province de Champagne, arriva le soir même avec bonne escorte de seigneurs, écuyers et hommes d'armes ; il fut chaudement acclamé sur son passage, et l'on sut que le lendemain devait être célébré, à dix heures, en l'église cathédrale, la messe du Saint-Esprit, à laquelle devaient assister tous les députés des villes de Champagne, tous les corps constitués, confréries et corporations.

Le sieur de Faulmont avait envoyé en avant le valet Candide en lui donnant ses instructions particulières dans le but de trouver un logis qui fut propre à ses desseins.

L'honnête Candide vint annoncer à son maître, lors de son entrée en ville, qu'il avait trouvé, rue de Vinetz, un logement spacieux et commode qui conviendrait mieux qu'un logis pris dans une hôtellerie, toujours très encombrée en pareille circonstance. On se rendit donc à l'endroit indiqué, où l'on trouva en effet, à l'extrémité de la rue de Vinetz, et en retour sur la rue aux vaches (rue Saint-Eloi), un logis convenable, meublé et garni du nécessaire, avec écurie, jardin et double entrée sur les deux rues. On s'installa donc et l'on se prépara à assister à la grande cérémonie du lendemain.

C'était le jour de la Saint-Louis ; dès le lever du soleil, qui fut splendide, toute la ville fut en mouvement. Depuis la rue Saint-Nicaise, où était situé l'hôtel du Vidamé, jusqu'à la cathédrale, les maisons étaient garnies d'étendards, d'oriflammes et de pavillons de toutes couleurs. Le sol était jonché de fleurs et de verdure, et les habitants, accourus de tous les quartiers de la ville, prenaient place pour voir passer le cortège.

Pour admirer à l'aise cet important défilé, la dame de Trosnay, sa fidèle Marguerite et le sieur de Faulmont avaient trouvé place à une fenêtre de l'Echevinage, qui était rue du Change, en face de la rue des Lombards, et lorsque Berthe entra dans la grande salle, appuyant sa main sur le bras du sieur de Faulmont, on entendit un murmure d'étonnement et d'admiration, hommage rendu à son noble maintien et à sa remarquable beauté.

Cette Grande Rue et la rue du Change, son prolongement, qui menaient de la porte de Marne à l'hôtel de ville, et qui, de tout temps fut la voie la plus commerçante, était déjà très animée. Dès neuf heures, les femmes étaient dans leurs plus beaux atours. Les unes étaient en robes de futaine rayée ou de serge historiée, d'autres plus riches étaient en jupes de taffetas de diverses couleurs, de damas à grands ramages et même de brocatelle, cette étoffe précieuse. Les coiffes, d'une blancheur de neige et de formes variées, encadraient plus d'un charmant visage.

Les commères, affairées, allaient voisiner de maison en maison ; chacune donnait son mot sur l'ordre du cortège, qu'au surplus personne ne connaissait guère.

Les jeunes filles qui n'étaient pas autorisées à sortir, à cause de la grande foule et grande presse qu'il devait y avoir inévitablement, jetaient des regards curieux aux fenêtres qui toutes étaient relevées aussi haut que possible afin de ne rien perdre de ce spectacle aussi rare que magnifique.

Les hommes, en pourpoint de droguet, de pinchinat ou de drap fin, quelquefois de velours ou de buffle, en bas chinés, en guêtres de basane, en souliers grossiers ou fins, en hautes bottes à la Ligueur, selon leur état et condition, allaient et venaient, devisaient de la fête du jour, et finalement entraient au cabaret de la Pomme-de-Pin, qui était au coin de la rue des Boucheries 2, ou à celui des Quatre-fils-Aymon, qui était plus haut, ou bien à celui de l'Ane-qui-brait, qui était en face, où l'on trouvait certain petit vin blanc venu des côtes de Cramant, qui avait la réputation d'étancher la soif et de mettre les gens en joyeuse humeur. Les gamins, les polissons sans peur, sinon sans reproches, sentant qu'ils ne verraient rien s'ils se mêlaient à la foule où ils seraient pressés et bousculés, et au milieu de laquelle ils ne pouvaient impunément jouer quelque méchant tour, s'essayaient à escalader les hauteurs pour s'y installer. Les uns prenaient place sur les auvents et autres saillies, lorsque le niveau horizontal le permettait ; d'autres montaient sur les appuis des lucarnes des étages supérieurs ; d'autres, plus hardis, montèrent jusqu'aux combles de la maison et, passant par les lucarnes dont chaque toiture était pourvue sur les flancs, se trouvèrent dans le chenal qui existait entre les pignons. Aussitôt qu'il y en eut un, il y en eut dix : l'exemple fut suivi par les maisons voisines. On échangeait des quolibets et des grimaces avec les maisons d'en face ; on gambadait entre les deux toitures ; d'aucuns, se faisant la courte échelle, cherchaient même à escalader le faîtage pour s'y cantonner.

Gaspard Coqueteau, le fils du drapier, bien connu dans le quartier pour sa turbulence, se mit à cheval sur la gargouille qui représentait un chien ouvrant la gueule ; il s'installa solidement en arrière de l'animal, tenant dans ses mains la queue du chien, qui lui était un utile soutien dans cet exercice d'équitation aérienne.

Comme il tenait à signaler sa présence sur ce point dangereux, il chercha et trouva tout de suite le moyen d'attirer l'attention. " Les voilà ! les voilà ! " s'écria le jeune Gaspard.

Ce cri, qui émotionna la foule, donna lieu à un mouvement en avant, en arrière ; on se pressa aux portes, aux fenêtres, et finalement il fut constaté que rien n'arrivait encore.

Lorsque cette fausse alerte fut calmée, Gaspard, très content du succès de sa première tentative, voulut naturellement la renouveler. Il s'écria de nouveau, en imitant le langage des baladins de la foire des Sannes :

- Voyez, Messieurs et Mesdames, voyez, bons bourgeois de la ville de Châlons, voici d'abord monseigneur le duc de Nevers, gouverneur royal de la province de Champagne, venu tout exprès pour entendre les doléances et griefs du pauvre peuple et réformer les abus. Viennent ensuite les jurandes, maîtrises et corporations. Voyez en tête messieurs les tabellions et notaires qui nous ont vendu cette maison deux mille livres de plus qu'elle ne vaut. Voyez ensuite les gardes et maîtres de l'honorable corporation des drapiers et tisserands dont nous faisons partie. Voyez encore...

Ici le jeune Gaspard fut interrompu par un débordement d'invectives sortant de la bouche de sa propre mère.

- Coquin, brigand, honte de la terre, disait la bonne commère en montrant le poing à son fils, veux-tu bien descendre tout de suite ; si tu tombais tu serais tué et nous serions bien débarrassés, mais en tombant tu peux blesser une honnête personne... Descendras-tu, monstre d'enfant ?

Le docile Gaspard ne bougea pas et fit à sa mère une grimace qui annonçait qu'il ne professait pas pour elle un respect exagéré. La foule s'amassait, on riait, on battait des mains.

Gaspard fier de son succès, se crut encouragé dans sa bravade et il continua sur le même ton.

- Vous allez voir messieurs les archers de la ville de Châlons, puis la compagnie des arquebusiers, dont fait partie mon grand frère Eloy, qui vient tous les soirs dans la maison d'en face voir sa bonne amie ; vous verrez aussi...

- Te tairas-tu ? Langue de vipère, descendras-tu ? criait la commère Coqueteau ; Ah ! quand ton père va rentrer, il te prendra mesure d'habit avec une bonne trique, satané brigand.

La foule riait toujours. Les gamins placés dans le chenal en arrière de Gaspard et sur les toitures voisines applaudissaient à outrance, on trépignait, lorsqu'une circonstance inattendue vint subitement troubler cette joie si grande et changer la nature de ce spectacle imprévu.

De la gargouille où Gaspard était placé, descendit subitement sur la foule, un filet léger, mais continu, d'un liquide jaunâtre. Le temps était d'une limpidité parfaite, ce n'était certainement pas de l'eau pluviale qui tombait, et les groupes qui furent arrosés ne se trompèrent pas sur la nature du liquide qui leur était envoyé ; alors les rires cessèrent et il s'éleva de la rue une rumeur menaçante ; mais les gamins avaient sans doute juré de braver la foule, car l'on vit immédiatement descendre de toutes les gargouilles voisines, de droite et de gauche, d'à côté, d'en face, une véritable pluie de ce liquide impur.

L'injure était patente, aussi les hommes irascibles se détachèrent-ils de divers groupes pour se diriger vers les maisons dont le sommet était si mal occupé, avec l'intention évidente d'aller infliger une correction exemplaire à ces bandes de gamins qui venaient d'outrager le public si visiblement.

Gaspard, qui commandait la manœuvre, s'aperçut du mouvement et devina de quoi il allait en retourner, et il cria à tous :" sauvez-vous ! on monte ". Lâchant la queue du chien qui lui avait prêté si utile secours pendant ses démonstrations, il quitta lestement son poste d'observation, et ce fut un sauve-qui-peut général ; tous disparurent comme une volée d'oiseaux effarouchés. On effondra les lucarnes, on se réfugia dans les greniers, on grimpa comme des chats sur les bois les plus élevés de la charpente pour y trouver une cachette ; d'autres fuyant de grenier en grenier purent s'échapper par des maisons éloignées ; si bien que, quand les bourgeois furieux arrivèrent essoufflés sur les toitures, toute la bande avait disparu.

Cette belle colère, déjà apaisée par une montée rapide, tomba tout-à-coup lorsque la foule annonça le cortège et cette fois la nouvelle était vraie.

On aperçut en effet les archers de la ville, revêtus de leur costume vert à croix blanche, précédant la tête du cortège à une grande distance pour écarter la foule et former un passage libre d'une largeur suffisante.

Quant à l'ordre du cortège, nous l'emprunterons dans tout son entier au manuscrit de M. Vassé, dont nous avons parlé dans notre premier chapitre ; la description ne saurait en être faite d'une façon plus détaillée ni plus fidèle.

" D'abord venoient quatre héraults portant les escussons de France, de Nevers, de Champaigne et de la ville. Puis quatre hommes d'armes aux couleurs de Nevers, mousquet au poing.

" Après eux venoient quatre trompettes ou buccins qui sonnoient oultre chaque vingt pas parcourus.

" Puis venoit monseigneur le duc de Nevers, beau cavalier, bien monté et fort galamment accoustré, saluant avec grâce, noblesse et civilité ceux qui acclamoient son passage. Il était ganté de blanc et sur sa main fine et élégante retomboit une dentelle de haut prix issant de son pourpoint de velours.

" Estoient à son côté monsieur le comte de Gesvre et de Tresme, vidame et gouverneur de la ville pour le roy, et aussi le seigneur de Pinteville de Cernon, mareschal héréditaire de la comté pairie de Chaalons.

" Après eux venoient le sire de Conflans et les chastelains de Baye et de Fagnières.

" Ensuite étoient les députés de toutes les villes de Champaigne, au nombre desquels il y avoit bonne noblesse, gent de robe et de finance au maintien grave et de bonne mine.

" Après eux venoient messieurs les dignitaires du bailliage présidial, les Eschevins, les Prévôts de la maréchaussée, les Trésoriers et tous les gentilhommes de la suite de monsieur de Nevers ;

" Tous ces seigneurs et dignitaires étoient suivis et escortez par la compagnie d’Arquebusiers, ayant en tête son capitaine le chevalier Pierre de Bar, homme de bravoure et bon renom. Au centre était placé leur drapeau vert et blanc, avec cette devise : " ne m'oubliez mie ".

" Après venoient les corporations des divers métiers, escortez par la milice de la ville. C'était d'abord celle des selliers, peintres, verriers, aumussiers, fourbisseurs, chapeliers, bourreliers et brodeurs, marchant en bon ordre et fiers de leur premier rang.

" Puis après, celle des orfebvres, serruriers, armuriers, mareschaux taillandiers et mareschaux grossiers, aiguilleurs, cloustiers, quincailliers et potiers d'étain, tous gens aux mains rudes et de bonne défense au besoing.

" Celle des parmentiers et cousturiers, fripiers, pelletiers, boursiers et gantiers, menus gens ne faisant gros gain ni grosse dépense.

" Celle des corroyeurs et tanneurs, peaussiers et cordonniers, brelandiers et carreleurs, compagnon de Saint-Crépin, qui s'intitulent réparateurs de la chaussure humaine et ont juré de ne travailler jamais le lundi.

" Puis celle des tonneliers et marchands de vins, bonne bande qui sait frauder les droits et licences mieux que pas un, et qui s'entend bien aussi à tromper sur qualité et quantité de ce qu'ils vendent, et par ainsy font grand profict.

" Venoient ensuite messieurs les tabellions et notaires, procureurs et avocats ; les premiers, amis de la bonne chère ayant joyeulse figure ; les seconds, maigres et deffaits par avarice, ruse et astuce cachées ; les troisièmes dodelinant la tête et gesticulant comme estant en la chambre des audiences civiles et criminelles et ruminant de mauvais propos auxquels oncques ne fut compris un mot.

" Puis encore celle des apothicaires, tous gens portant lunettes, espiciers et aromateurs, très gentille bande avec enseigne de fin taffetas écartelé de jaune et la croix blanche et tenant joyeulse faconde.

" Celle des maçons, charpentiers, menuisiers et recouvreurs, gens solides, au bras fort et au cœur dévoué pour le bien public.

" Celle des libraires et imprimeurs, qui ne sont guères, avec leurs bannières d'azur et deux fleurs de lys d'or et un livre ouvert au milieu.

" Puis celle des vinaigriers et moustardiers avec leur bannière de taffetas jaune, sus laquelle est peinte un pot censément à moutarde, mais si mal peint que l'on croirait ce pot devoir servir à tout autre usage que ne veulx désigner, et soulz lequel pot est cette devise : " Plenus semper. Toujours plein ".

" Puis enfin celle des tisserands, cardeurs, peigneurs, fileurs, teinturiers et marchands drapiers, la bande par excellence et la dernière. "

Lorsque la tête du cortège fut arrivée aux porte de la cathédrale, le duc gouverneur mit pied à terre, en quoi il fut imité par toute sa suite. Le chapitre, qui s'était porté au-devant de lui sous le porche, le complimenta et l'invita à entrer. Le cortège entra donc dans l'église ; le duc fut conduit à la place d'honneur, chacun prit place selon son rang d'après l'ordre des préséances alors en usage. Les arquebusiers, les hommes d'armes, les archers, la milice et les corporations se placèrent dans la grande nef, et le peuple trouva à se placer à peu près dans les bas-côtés. L'église était comble ; c'était un coup d’œil digne des grandes époques ; une cérémonie imposante.

La messe fut entendue avec recueillement, puis le cortège se remit en marche dans le même ordre, aux acclamations de la foule. Au retour, le gouverneur s'arrêta à l'hôtel de ville, où entrèrent également les députés, qui furent présentés individuellement, et dont la liste fut dressée sur-le-champ, pour servir aux séances qui devaient avoir lieu à partir du lendemain.

Les corps constitués, les confréries furent congédiées, et celles-ci reconduisirent leurs bannières et étendards aux domiciles de leurs gardes. Le soir venu, il y eut des réjouissances publiques, détonations d'artillerie et illuminations. Il y eut également réception à l'hôtel du vidamé, où furent invités le sieur de Faulmont et la dame de Trosnay, qui fut fort entourée. Elle y prit grand plaisir, car le spectacle du monde élégant était tout nouveau pour elle.

C'était donc fête pour tout le monde, excepté pour le jeune Gaspard Coqueteau, car lorsque son père, qui appartenait à la corporation des drapiers, fut rentré, il reçut, comme sa mère le lui avait promis, une correction exemplaire, et fut enfermé dans sa chambre jusqu'au lendemain. Nous devons ajouter qu'au moment du passage du cortège, un gentilhomme de distinction stationna quelques instants à l'angle de la rue des Lombards, en face de la fenêtre de l'Echevinage où était la dame de Trosnay ; elle le reconnut et lui fit un signe imperceptible de remerciement. C'était le fidèle écuyer Hugues de Braille, qui venait lui annoncer par sa présence, qu'il était toujours prêt à la protéger et à la défendre au besoin.

Chapitre IV extrait de " La Dame de Trosnay ", du recueil de nouvelles " Les chausses de Jehan de Soudron" de Louis Grignon, Editions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com 

 

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Notes de l’éditeur :

1 actuellement rue Pasteur

2. actuellement rue Herbillon

 


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• 13/01/2007 - Chaalons en Champaigne en 1625

Châlons en 1625

Comme aspect extérieur, Châlons, en 1625, ne ressemblait guère à la ville actuelle. De tous les monuments de l'époque, il reste à peu près que les églises principales, et comme souvenir de la ville fortifiée, il ne restait plus qu'une partie des fossés qui entouraient la ville, deux bastions en ruines et un pont à tourelle ; tout le reste a disparu.

L'enceinte de murailles flanquées de tours, les portes-forteresses, les buttes, ou cavaliers, situées en arrière des murailles et se rattachant entre elles par des courtines pour former comme une seconde enceinte, les ouvrages avancés de fortification extérieurs, le château Saint-Antoine1 , le château du Marché2 , le château Mauvillain3 , tout cela est démoli. Les églises secondaires de Saint-Sulpice4, de la Trinité 5, de Saint Germain6, de Saint-Nicolas7, de Saint-Antoine8, de Saint-Nicaise9, de Sainte-Catherine10, de Saint-Eloi11, de Sainte Marguerite12', sont démolies13.

Les abbayes des Cordeliers14, de Toussaint15 , de Saint-Pierre16 , des Ursulines17 , des Augustins18 , des Jacobins 19, des Dames régentes20 sont démolies.

Les monuments d'ordre civil, l'Echevinage21, l'hôtel de l'Ecu22, l'hôtel du Vidamé23 et l'ancien hôtel de ville24, ce monument sans doute trop exigu pour les usages auxquels il était destiné, mais d'une admirable architecture, et qui a si peu vécu, tout cela est démoli ou transformé d'une façon méconnaissable ; il n'en reste plus traces et si nos cinq églises n'ont pas subi le sort commun, on les a du moins mutilées autant qu'on a pu, et d'une façon irréparable. Nous sommes dans le siècle de démolition. Avec les révolutions, le goût du jour et l'alignement, ces trois ennemis des belles choses, il ne restera bientôt plus rien du passé. Si nos géomètres modernes le pouvaient, ils démoliraient notre globe qui est rond (une forme qui leur déplaît) et ils le reconstruiraient en carré, de façon à planter au milieu leur équerre victorieuse, et abaisser sur les côtés un nombre infini de perpendiculaires. Ils perpendiculariseraient le monde, car, à leurs yeux, rien n'est aussi admirable que la ligne droite, l'angle rectangle est pour eux l'emblème de la perfection, le véritable type du beau. Cependant, l'ancien périmètre de la ville étant resté le même, et la plupart des rues ayant conservé leur direction première, on peut encore, dans le Châlons nouveau, reconnaître la ville de 1625, surtout si l'on y est aidé par l'excellent ouvrage de M. Barbat, dont le texte et les plans sont d'une clarté qui ne permet aucune confusion.

Si nous supposons que tous ces monuments détruits sont encore debout à la place qu'ils occupaient, nous aurions une idée, sans doute, incomplète, d'un ensemble aujourd'hui disparu, mais enfin un aperçu à peu près exact de la ville en 1625, aspect dont il serait difficile de retracer le mouvement et l'élégance.

Pour entrer dans le faubourg Saint-Sulpice (aujourd'hui faubourg de la Marne) 25, il fallait passer le pont Rupé26 , posé sur un bras de la Marne qui a été déplacé depuis, et qui coule aujourd'hui sous le grand pont qui n'existait pas alors. On franchissait ensuite l'estacade des moulins de l'Evêque27 et l'on arrivait à la porte de Marne, qui se composait d'un corps-de-logis crénelé avec passage voûté, flanqué de deux tourelles, le tout se rattachant aux murs d'enceinte ; puis on entrait dans la ville. C'est alors que l'on apercevait les maisons en bois, si pittoresques, à pignon sur rue, dont chaque étage surplombait l'étage inférieur ; aux gracieuses fenêtres ogivales, aux couvents élégants, aux saillies capricieuses, aux toitures aiguës. De la base des toitures anguleuses et élevées s'élançaient audacieusement au-dessus de la rue des gargouilles hardies, en plomb, en bois ou en pierre, auxquelles un artiste local avait donné une forme originale et fantaisiste ; tantôt c'était une chimère effrayante, tantôt un griffon fantastique, un poisson phénoménal, quelques fois un pourceau qui versait, par une gueule largement ouverte, son eau pluviale sur le passant. Ailleurs, l'artiste, inspiré par la verve gauloise de l'époque, avait imaginé de retourner son animal bout pour bout, pour lui faire déverser l'eau par un autre orifice. En temps de pluie, l'eau tombait avec fracas du haut des toitures sur le pavé ; par les pluies abondantes, de chaque gargouille descendait l'équivalent d'un fleuve, une véritable cataracte.

Chaque maison était une création originale qui n'avait rien de commun avec sa voisine, ni les hauteurs d'étages, ni celles des combles. Aucune similitude, aucune symétrie dans les ouvertures, rien de semblable non plus dans les détails extérieurs. Tantôt les bois apparents qui représentaient à l’œil de gigantesques diagonales restaient nus, tandis qu'ailleurs ils étaient peints en brun ou en noir, et quelquefois revêtus de sculptures artistiquement fouillées, notamment les poteaux d'angles, les seuils et entretoises principales.

A l'extérieur de quelques maisons, le vide triangulaire du pignon était déguisé par un immense lambrequin formant un dessin quelconque, recouvert d'ardoises. En face, on avait jugé à propos de recouvrir toute la façade extérieure de lamelles de bois clouées, qui lui faisaient comme une carapace. Enfin, une autre maison, sous l'influence d'un tassement imprévu ou du travail naturel des bois employés, avançait sur la rue un énorme ventre, ressemblant ainsi à une immense matrone assise, ne pouvant plus promener son embonpoint. Tout cela était gai, joyeux, pimpant. Rien de correct, d'arrêté, de symétrique : c'était le caprice, la fantaisie, l'art libre dans toute son expansion. Ces surplombs de divers étages, ces auvents, ces toitures accessoires qui surmontaient chaque fenêtre, ces gargouilles ne formaient pas les seuls empiétements tolérés, les maisons elles-mêmes s'étaient, lors de leur construction ou de leur réparation, avancées ou reculées, selon les besoins des propriétaires ; à un pied près, on ne regardait pas à l'alignement, qui n'avait rien de rigoureux. Il n'y avait à cet égard qu'une obligation fort élastique qui pouvait être éludée en payant une minime redevance. De cette liberté naissaient naturellement des saillies, des enfoncements, des courbes capricieuses dans la direction générale des rues, ce qui procurait à l'étranger visiteur, au curieux, à l'artiste, un coup-d’œil incessamment varié.

Chapitre 3 extrait de " La Dame de Trosnay ", du recueil de nouvelles " Les chausses de Jehan de Soudron " de Louis Grignon (1830-1891), Editions du Petit Catalaunien Illustré, 18€ (port compris) 

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel/fax : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com 

Pour plus d'info : www.catalaunien.net

Notes de l’éditeur :

1. construit sur le pont des Mariniers

2. également dénommé château des Archers, il enjambe toujours le Nau au Petit Jard

3. il en subsiste l'arche qui enjambe le Mau boulevard Vaubécourt

4. située entre les 2 ponts, à l'emplacement actuel du collège Duruy et de la tour Europe détruite en 1840

5. située au pied de la Tour Nord de la Cathédrale, à l'angle des rues Vialard et de la Trinité, vendue et démolie en 1793

6. située à l'emplacement de la place Foch, détruite en 1772

7. détruite en 1774 pour construire un séminaire qui deviendra l'Ecole des Arts et Métiers

8. située à l'extrémité de l'actuelle rue du Lycée, démolie sous la Révolution

9. située à l'extrémité de la rue Pasteur, démolie sous la Révolution

10. située à l'angle de la rue Carnot et du boulevard Vaubécourt, à l'emplacement de la ruelle Sainte Catherine, chapelle détruite au XIXe.

11. située rue Carnot, face à la rue de Jessaint, vendue et démolie sous la Révolution.

12. située à l'angle de la rue Sainte-Marguerite et de la rue Carnot, vendue et démolie sous la Révolution.

13. dans sa Topographie Historique de la Ville de Châlons sur Marne, Grignon précise que " les paroissiens peu nombreux déclaraient ne pouvoir supporter la dépense de la mise en état de leur église qui tombait en ruines " (p 23). Plusieurs églises avaient été créées sans nécessité, comme Sainte-Catherine qui ne comptait que 15 ménages en 1788.

14. rue des Cordeliers. En subsiste la porte principale, au n° 13, et les orgues, déménagées et réinstallées dans l'église de Juvigny

15. face au cimetière de l'Ouest, l'abbaye de Toussaint-Dehors fut démolie à l'approche de Charles-Quint (cf la nouvelle de Louis Grignon " La Tour Maudite "). Reconstruite dans l'enceinte de la ville, il n'en subsiste qu'une aile qui abrite l'IUFM, l'ancienne Ecole Normale de Filles, place des Arts

16. à l'emplacement de l'actuelle cité administrative Tirlet, démolie au XVIIIe. Elle eut comme abbés illustres Richelieu et Mazarin

17. couvent situé à l'emplacement de la place des Ursulines, détruit pendant la Révolution

18. couvent vendu et en partie détruit pendant la Révolution. Il en reste une fenêtre en arc brisé dans le pignon Nord d'une maison sise au 30 de la rue de Chastillon, et deux maisons Cours d'Ormesson

19. à l'emplacement de l'École Nationale des Arts et Métiers. Démoli pendant la Révolution, il abrita le Parlement de Paris à différentes reprises pendant les guerres de Religion

20. créé au XVIIe, supprimé en 1789, il sert de caserne en 1793 et est réuni à l'École des Arts et Métiers en 1806

21. situé rue de Marne, face à la rue des Lombards

22. 68 rue Léon Bourgeois

23. partiellement conservé et utilisé pour le Musée Garinet

24. de style renaissance, démoli en 1772 pour construire l'actuel Hôtel de Ville

25. actuellement entre les deux ponts

26. à l'extrémité de la rue Jules Lobet

27. les moulins de l'évêque se trouvaient sur l'ancien cours de la Marne, près de l'hémicycle actuel, à droite en sortant de la ville


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