La Catalaunie dans tous ses états

• 20/07/2007 - Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons

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Dieu le veut !

 

Dans la suite de son roman "L’inconnue du grand bazar", Bruno Malthet consacre plusieurs chapitres à un raid aventure se déroulant dans Chaalons où les compétiteurs doivent notamment répondre à des questions culturelles concoctées par La Catalaunie Illustrée. Pendant qu'Eugène Thanase et Benjamin Lhéritier recherchent qui, de l’intendant Hue de Miroménil, du docteur Balthazar Trosquot ou bien de la Marie-Rose, détruisit nuitamment la chaire à prêcher de saint Bernard, Memoria, l’héroïne du roman, conduit les autres compétiteurs sur les traces du saint homme. Suivons-les.

 

Memoria tendit et tourna ses mains vers le ciel dont le voile nuageux se déchira. Une étrange lumière en déborda. D’un subtil mélange de nacre, de pourpre, d’émeraude et de saphir, elle inonda son visage, irradia son corps, se diffusa lentement vers tous ceux qui l’entouraient et les rendit évanescents. Au loin, à l’ouest, au sud, à l’est et au nord, le ciel s’assombrit et se zébra d’éclairs. Leur intensité était si grande que l’on eût dit qu’une immense couronne d’épines d’or et d’argent ceignait le grand Jard et s’apprêtait à l’engloutir sous la morsure de ses ronces. L’horizon se brouilla et se mit à danser, tanguer et chahuter si fort que le chant des oiseaux se tut immédiatement. Un profond silence envahit l’assistance, toute tétanisée qu’elle était. Un coup de tonnerre ébranla soudainement l’atmosphère, puissant et impérieux comme la voix d’un magister martelant à l’assistance un ordre divin.

" Dieu le veut ! Dieu le veut ! ". Etait-ce bien cela que les compétiteurs comprirent lorsque le dernier roulement s’estompa au loin ? Que pouvait-il signifier d’autre ?

Rien, si ce n’est que le méandre de la rivière formant l’anse du Jard, ne résista à la force qui submergea alors l’espace et le temps. Un autre monde en surgit sans crier gare. Le vent se leva et tourbillonna en rugissant, soulevant et arrachant la cime des marronniers. Sous leur pied, le sol se mit à trembler avant de s’entrouvrir et de les attirer sans bruit ni cri dans ses entrailles encore toutes fumantes des brumes matinales. Les allées ceinturant les bassins du Jard s’estompèrent pour retrouver le niveau naturel du sol. Leur remblai végétal s’effondra, s’effrita et se laissa entraîner vers ses origines, rejoignant ainsi le lit du canal Louis XII qui s’en trouva comblé. Du jardin, il ne resta bientôt plus qu’une vaste étendue herbeuse parsemée de ci, de là, de saules décharnés par les rigueurs de l’hiver. La prairie s’étendait vers le sud bien au delà des limites actuelles du Jard et, vers l’est, jusqu’à la rivière de Nau. Au nord, elle venait buter sur les larges et profonds fossés des fortifications de la ville et, à l’est de la porte du Jard les perçant, sur un cimetière, dit du Jard ou de la Madeleine du Jard, s’étendant jusqu’au Nau.

Un vent glacial agita l’herbe gelée de la prairie. Mais, en cette fin de matinée de la chandeleur de l’an de grâce 1147, la foule immense qui l’envahit n’en avait cure. " Dieu le veut ! Dieu le veut ! " paraissait son seul leitmotiv. Chacun le répétait en hâtant le pas pour se diriger vers une haute chaire en pierres de taille. Elle se dressait au milieu de la prairie, à six cents pas environ de la porte du Jard, juste à main droite du chemin de terre sur lequel elle s’ouvrait en direction du sud. La chaire s’élevait d’une demi-douzaine de pieds au-dessus du monticule de terre sur lequel elle reposait. De part et d’autres, on devinait l’amorce des marches qui pénétraient son socle afin d’accéder à sa plate-forme. Sa façade était sobrement décorée d’une scène des évangiles représentant Jésus recevant le baptême de Jean et encadrée de deux colonnades fort rustiques. Par derrière la chaire, une vaste estrade surmontée d’un grand dais sang et or avait été dressée, sans doute pour recevoir dignement des hôtes de marque qui assisteraient quelque prédicateur venu haranguer une foule sans fin se pressant et s’agglutinant déjà tout autour.

Tout ce que la Champagne comptait de chevaliers, de gens d’armes et d’Eglise semblait s’être donné rendez-vous en ce lieu avec les habitants de la ville et des villages alentours. Les bannières et oriflammes claquaient au vent tandis que les chevaux piaffaient d’impatience. " Place ! Place ! ". Sur le chemin menant à la chaire, sous la conduite d’un sergent de ville, des piquiers écartèrent la foule sans aucun ménagement. Des fortifications formées de " chasteaux et bastides de bois ", le son des trompettes s’éleva. Le pont-levis qui fermait la nuit la porte du Jard se mit à trembler sous le pas rythmé et le poids des soldats et des chevaux.

Devant eux avançait un moine cistercien, aisément reconnaissable à sa tunique lui tombant des épaules jusqu’aux chevilles, recouverte d’un ample manteau à capuchon à larges et longues manches, coule rustique en laine écrue non teinte comme la tunique, et d’un scapulaire noir tombant légèrement au-dessus des genoux, le tout serré à la taille par une ceinture de corde. Le moine blanc ouvrait la marche en s’appuyant de la main droite sur un immense bâton de pèlerin terminé par une croix. Sur son passage, la foule retenait son souffle et priait pour qu’il ne tombât point, tant il était maigre et faible. Il y avait si peu de vie sur ses joues creuses et pâles que les derniers poils roux de sa barbe blanche semblaient puiser toute l’énergie qui ne s’échappait pas de la braise de ses yeux noirs perçant du creux de son capuchon

    — Qui est-ce ? murmura Urbain à l’adresse de Memoria.

— Bernard

— Bernard  ?

— Bernard de Clairvaux

— Lui ? Ce vieillard si frêle que le moindre souffle de vent briserait en deux ? Bernard de Clairvaux, cette haute conscience morale du XIIème siècle ? Non, ce n’est pas possible.

— Si, te dis-je. Ne te fies pas à son apparence malingre car, encore plus chez lui que chez d’autres, l’habit ne fait pas le moine ! Ses prédications sont terribles, crois-moi, et rares sont ceux qui y résistent. Les mères en éloignent leurs fils et les femmes leur mari de crainte qu’ils ne le suivent tous au monastère ou ne prennent la croix…

Pour les Chaalonnais de ce milieu du XIIème siècle, Bernard de Clairvaux était depuis déjà longtemps une figure emblématique de leur cité. Il en franchit les remparts pour la première fois afin d’être ordonné prêtre le 15 août 1115 par le célèbre philosophe et théologien Guillaume de Champeaux, évêque de Chaalons en Champaigne. Cette visite ne resta pas inaperçue car, comme le soulignera bien plus tard Jean-Paul de Séville dans " Ils sont passés à Chaalons ", son grand livre d’or de Chaalons-en-Champaigne, le fondateur de l’abbaye de Clairvaux restera trois mois auprès de l’évêque philosophe. Ce dernier entreprit de le soigner tant l’ascète de Clairvaux était faible. Celui-ci reviendra plusieurs fois à Chaalons, et notamment le 2 février 1129 où il participa à un concile réuni par le cardinal-légat Mathieu d’Albano. L’année suivante, à la mort d’Herbert, cinquante et unième évêque de Chaalons et successeur de Guillaume de Champeaux, la renommée de Bernard lui vaudra d’être élu sur le siège épiscopal par le chapitre cathédral. Il refusa la charge et proposa Geoffroy Ier, dit Col de Cerf, successivement abbé de Saint-Thierry de Reims et Saint-Médard de Soissons, ce qui fut aussitôt accepté

Chaque fois que Bernard vint à Chaalons, une force mystérieuse guida ses pas vers le Jard. " Parce que Dieu le veut ", se répétait-il en son for intérieur comme pour se justifier. Là, gravissant les marches de la chaire à prêcher qui s’y trouvait – ne disait-on pas qu’elle avait été érigée pour lui ? – et à laquelle son nom a été depuis définitivement attaché, il entreprenait à chaque fois des sermons d’une si grande éloquence qu’ils comblaient de joie l’âme des Chaalonnais et des nombreux pèlerins attirés par la rumeur selon laquelle Bernard accomplissait des miracles.

Bref, en cet an de grâce 1147, la réputation de Bernard n’était plus à faire auprès des Chaalonnais. Ni, au demeurant, de tout l’Occident chrétien. Car comment ignorer que, depuis plus d’un quart de siècle, sa personnalité et sa spiritualité influencèrent considérablement les princes, auprès de qui il joua un rôle politique éminent par ses conseils ? Ne les prodigua-t-il pas de même aux évêques et aux papes ? Du reste, l’actuel, Eugène III, un ancien moine de l’abbaye de Clairvaux et l’un de ses anciens disciples, ne lui avait-il pas confié en 1145 la mission de prêcher la deuxième croisade ? Bernard n’avait-il pas rencontré un vif succès le 31 mars 1146, jour de Pâques, devant une foule immense réunie à Vézelay en présence du roi Louis VII de France ? Et ne disait-on pas aussi dans tout Chaalons qu’il revenait de Spire où, le 27 décembre dernier, Bernard tenta de convaincre l’empereur du Saint Empire romain germanique, Conrad III de Hohenstaufen, que la croisade était un moyen d’obtenir la grâce et l’absolution des péchés ?

Un argument auquel Louis VII avait été fort sensible un an plus tôt, lui que le pape Innocent II excommunia en 1142 après qu’il se fut opposé à la nomination de l’archevêque de Bourges. Rendu furieux par la sanction papale, Louis VII poursuivit le prélat jusqu’en Champagne où ce dernier avait trouvé refuge et ravagea le pays. Lorsqu’il entra dans Vitry-en-Perthois, le roi mit le feu aux quatre coins de la ville et contraignit ses habitants, terrifiés, à se réfugier dans l’église où, se disait-il, un millier d’entre eux périrent. Devant l’horreur de son crime, le monarque fut prit d’un immense repentir et, grâce à la médiation de Bernard de Clairvaux, se réconcilia avec la papauté en reconnaissant en 1144 l’archevêque de Bourges et en annonçant le 25 décembre 1145 son intention de prendre la croix.

De tout cela, la foule amassée au Jard sur le passage du saint homme n’ignorait rien. Comment, au demeurant, eût-il pu en être autrement ? Le matin même, les cloches des églises de Chaalons ne sonnèrent-elles pas à toutes volées pour annoncer l’arrivée du roi de France Louis VII le jeune venu accueillir les ambassadeurs de l’empereur Conrad III et le duc Welf de Bavières accompagnés de Bernard ? Trois jours durant, Chaalons se transforma en capitale du royaume et abrita les pourparlers des préparatifs de la croisade que scellera quinze jours plus tard le concile d’Etampes des 16 au 18 février 1147.

Une troupe nombreuse suivait Bernard de Clairvaux et déclenchait sur son passage les vivats de la foule s’époumonant à crier " Vive le roi ! ". L’oriflamme rouge de Saint Denis, protecteur du royaume, claquait au vent. Derrière l’étendard royal, la fine fleur de la chevalerie française escortait Louis VII. Celui-ci avait revêtu le manteau royal bleu azur doublé d’hermine et brodé de ces " Flor de Loys " d’or, ou Fleurs du Roi Louis, symboles de loyauté et de fidélité. Symbole de la royauté, également, que ces fleurs de lys mariales qu’il venait d’adopter sur les conseils de Suger et Bernard de Clairvaux. Ce faisant, il plaçait ainsi le royaume sous la protection de la Vierge dont le culte ne cessait de croître partout en France, et notamment à Chaalons où l’on commençait la construction du transept de Notre-Dame-en-Vaux par-devant son cloître roman démoli en 1759.

Bernard gravit une à une les marches de la chaire, se dressa devant la foule, les bras écartés, et réclama le silence. Derrière lui, sous le dais, le roi prit place et s’assit, entouré des ambassades de Conrad III et de Barthélémy de Senlis, le nouvel évêque de la Ville. Les brumes hivernales se dissipèrent et un pâle soleil traversa le drap du dais, découpa la silhouette de l’abbé de Clairvaux et l’auréola d’une secrète lumière qui lui donna une majesté si éclatante que plus d’un participant se signa. De ce corps si frêle monta alors une voix profonde et puissante où Bernard mit tout le feu dévorant son âme au service de la croisade.

" …Pour les chevaliers du Christ, c’est en toute sécurité qu’ils combattent pour leur Seigneur, sans avoir à craindre de pécher en tuant leurs adversaires, ni de périr, s’ils se font tuer eux-mêmes. Que la mort soit subie, qu’elle soit donnée, c’est toujours une mort pour le Christ : elle n’a rien de criminel, elle est très glorieuse. Dans un cas, c’est pour servir le Christ ; dans l’autre, elle permet de gagner le Christ lui-même : celui-ci permet en effet que, pour le venger, on tue un ennemi, et il se donne lui-même plus volontiers encore au chevalier pour le consoler. Ainsi, disais-je, le chevalier du Christ donne-t-il la mort sans rien redouter ; mais il meurt avec plus de sécurité encore : c’est lui qui bénéficie de sa propre mort, le Christ de la mort qu’il donne.

— Son discours est terrifiant !
Urbain se tourna vers Memoria. On croirait entendre un Ayatollah ! — Il n’y a, de fait, guère de différences entre les deux, si ce n’est huit siècles d’écart, lui répondit-elle. Mais les hommes ont besoin de certitudes et celles des fous de Dieu sont tellement séduisantes...

" Car ce n’est pas sans raison qu’il porte l’épée : il est l’exécuteur de la volonté divine, que ce soit pour châtier les malfaiteurs ou pour glorifier les bons. Quand il met à mort un malfaiteur, il n’est pas un homicide, mais, si j’ose dire, un malicide. Il venge le Christ de ceux qui font le mal ; il défend les chrétiens. S’il est tué lui-même, il ne périt pas : il parvient à son but. La mort qu’il inflige est au profit du Christ ; celle qu’il reçoit, au sien propre. De la mort du païen, le chrétien peut tirer gloire, puisqu’il agit pour la gloire du Christ ; dans la mort du chrétien, la générosité du Roi se donne libre cours : il fait venir le chevalier à lui pour le récompenser. Dans le premier cas, le juste se réjouira en voyant le châtiment ; dans le second, il dira : "Puisque le juste retire du fruit de sa justice, il y a sans doute un Dieu qui juge les hommes sur la terre."

" Pourtant, il ne convient pas de tuer les païens si l’on peut trouver un autre moyen de les empêcher de harceler ou d’opprimer les fidèles. Mais, pour le moment, il vaut mieux que les païens soient tués, plutôt que de laisser la menace que représentent les pécheurs suspendue au-dessus de la tête des justes, de peur de voir les justes se laisser entraîner à commettre l’iniquité

" Qu’ils soient rejetés loin de la cité du Seigneur, ceux qui commettent l’iniquité, ceux qui s’efforcent d’enlever les inestimables richesses que Jérusalem réserve au peuple chrétien, ceux qui veulent souiller les Lieux saints et s’approprier le sanctuaire de Dieu. Que les deux glaives des fidèles soient levés sur la tête des ennemis, pour détruire quiconque s’élève contre la foi de Dieu, c’est-à-dire celle des chrétiens, pour que les nations ne disent pas : "où est leur Dieu ?"1.

Lorsque sa voix se tut, un immense murmure parcourut l’assistance avant d’enfler et de gonfler dans un même cri sortant de toutes les poitrines : " Dieu le veut ! Dieu le veut ! Des croix, des croix, qu’on nous donne des croix !

— Je n’y comprends plus rien !
murmura Urbain à l’adresse de Memoria. D’après Barbat, Saint Bernard prêcha la croisade en juin 1147. Or, la scène que tu viens de nous faire revivre se passe bien en hiver, non ?

— Tout à fait ! A la chandeleur, même…

— Comment peux-tu être aussi affirmative

— Parce que c’est le jour où le dieu me fit naître, celui de la fête de l’Imbolc, du retour de la lumière2… Si Barbat avait daigné m’écouter un peu plus lorsqu’il prit la plume, son " Histoire de Chaalons " ne serait pas sujette à caution

— J’ai effectivement souvent entendu Pierre Rajanval être critique sur l’historicité de certains passages de Barbat…

Oui, mais ici, tu peux être un peu indulgent, Urbain ! Dans l’affaire, Barbat a juste fait une petite confusion de dates. Saint Bernard prêcha bien la croisade ici lors de la rencontre qui se déroula du 2 au 4 février 1147 à Chaalons entre Louis VII et les ambassadeurs de l’Empereur Conrad et du duc Welf de Bavière. Lors de cette rencontre, destinée à préparer la deuxième croisade, le départ fut fixé aux environs de la Pentecôte, avec Metz comme lieu de concentration des deux armées. Le 12 mai 1147, Louis VII est fin prêt et il quitte Saint-Denis, l’oriflamme à la main. En chemin, il passe par Chaalons où Bernard de Clairvaux harangue une dernière fois l’armée royale, d’où la confusion de Barbat. Lorsque le roi arrive à Metz aux environs de la Pentecôte, qui cette année-là tombe le 30 mai, il apprend que l’empereur est déjà en route pour Jérusalem ! Le 14 juin, Louis VII quitte donc Metz à son tour pour la terre Sainte.

Notes

1. Lettre de Saint Bernard extraite de " De laude novae militiae " cité par Jean Richard, dans L’Esprit de croisade, Paris, 1969.

2. Voir le chapitre Les brumes de Catalonos dans " L’inconnue du grand bazar ", Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2006.

Paru  dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€

en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne

Pour plus d’info : http://www.catalaunien.f

Tel-répondeur/fax : 03 26 68 68 00

Courriel : catalaunien@club-internet.fr


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• 16/07/2007 - Juliette Récamier, exilée à Châlons

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Juliette, l’exilée

Juliette Récamier n’est pas une enfant du pays. Pourtant, contrairement à Mme de Staël,

une rue châlonnaise porte son nom car un lien l’unit à la Catalaunie.

 

Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est Juliette Récamier, telle que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle.

Née à Lyon, le 4 décembre 1777, Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard est une enfant choyée et instruite : elle étudie Montaigne, Racine, Voltaire, elle lit Shakespeare dans le texte, apprend l’italien et la musique. Vers l’âge de 12 ans, Juliette monte à Paris et épouse à 15 ans le banquier Jacques Récamier, que l’on dit amant de sa mère. Union de pure convenance et d’amitié, ce mariage restera un mariage blanc. Juliette tient salon et reçoit ses amis, pour la plupart opposants au régime impérial, rue Basse du Rempart puis au couvent de l’Abbaye au Bois. L’influence de ce salon est reconnu dans le domaine des lettres et de la politique. François-René de Chateaubriand la rejoint chaque jour quand il est à Paris. Elle deviendra l’égérie de l’écrivain et sa plus tendre et plus fidèle amie. Leur relation amoureuse durera 30 ans.

 

Une femme entourée et adorée

Juliette Récamier est connue pour son charme, sa beauté, son intelligence et sa culture Elle est très courtisée mais repousse avec douceur et sans blesser les hommages trop pressants. Seul Benjamin Constant, éconduit et malade de jalousie, fait un portrait d’elle peu flatteur. Même Sainte-Beuve, connu pour sa méchante langue, parle d’elle en termes bienveillants : il dit qu’elle est un " doux génie ". Sous le Directoire, avec Hortense de Beauharnais, elle est l’une des reines à la mode qui reçoit dans les salons fastueux de son hôtel de la rue du Mont Blanc. On la dit aussi bonne et délicate. Les femmes recherchent son amitié. Germaine de Staël l’adore.

Elle compte parmi ses principaux adorateurs Lucien Bonaparte, le prince Auguste de Prusse, les scientifiques André-Marie Ampère et son fils Jean-Jacques, historien, les peintres Louis David et Eugène Delacroix, les écrivains Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alexis de Tocqueville, Alfred de Musset, Henri Beyle, dit Stendhal et bien d’autres encore. Jusqu’à Honoré de Balzac, si fou de bonheur de l’avoir rencontrée, alors qu’elle approche de la soixantaine, qu’en sortant de chez elle il voudra, d’exultation, embrasser tous les passants. Elle les repousse tous sauf un, François-René de Chateaubriand.

 

Le salon d’une intellectuelle à la mode antique

Sous le Directoire, elle est l’une des premières à se meubler en style " étrusque " et à s’habiller " à la grecque ", et diffuse le goût pour l’" Antique " qui va prévaloir sous l’Empire. Elle est une figure clé de l’opposition au régime de Napoléon. Son salon a un rôle important dans la vie politique et intellectuelle de l’époque. Secrètement, elle est initiée à tous les projets de conspiration contre l’Empereur, qui pour la plupart naissent dans son salon. Son salon de l’Abbaye aux Bois, tenu à sa maturité, est le plus remarqué mais elle reçoit presque toujours de façon somptueuse, dans ses résidences parisiennes. Ses bals sont féeriques avec toilettes égyptiennes, grecques, romaines et turques. À l’Abbaye, son salon est décoré de riches draperies de soie blanche.

Juliette à Châlons

L’amitié que Madame Récamier entretient avec Madame de Staël, à partir de 1807 ajoute à la colère de l’Empereur. Juliette suit pendant cinq ans Germaine de Staël qui, pourchassée par Napoléon, déplace sa cour en province, à Coppet, puis à Chaumont-sur-Loire. En 1811, cette amitié vaut à Madame Récamier d’être exilée à quarante lieues de Paris. Elle décide alors de s’installer à Châlons, ville suffisamment éloignée de Paris mais cependant proche de la capitale.

 

La suite dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€

En vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne

Lire " Ils sont passés par Châlons " de Jean-Paul Barbier, Editions du Petit Catalaunien Illustré

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• 10/07/2007 - Marie-Angélique : l'enfant sauvage

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Marie-Angélique, l’enfant-loup

 

L’histoire de l’enfant sauvage trouvée en 1731 à Sarry pour les uns, à Songy pour les autres, a fait couler beaucoup d’encre. Voltaire, Rousseau, Diderot, la Condamine et d’autres se sont intéressés à son cas. Le Petit Catalaunien Illustré a déjà donné la version de Burette de Verrières datant de 17881. Voici celle de Serge Aroles, parue en 2004, qui se base sur des documents d’archives.

Un jour, dans le Haut-Mississipi (Wisconsin), vers 1712, une indienne de la tribu des Renards voit le jour. Mais en juin 1712, sa nation est battue et massacrée par les Français qui n’épargnent ni les femmes, ni les enfants. L’orpheline est élevée par les siens. Elle connaît les famines des hivers blancs, les guerres entre tribus alliées aux Français ou aux Anglais. Battu une nouvelle fois par les Français en 1717 le chef des Renards, par une simple signature sur un parchemin donne sa terre à la " très Grande Montagne ", le roi de France, ainsi surnommé par les Indiens. Toutes ces batailles ont décimé les hommes et seuls restent les femmes et les enfants. Les fillettes en surnombre sont offertes à d’autres nations autochtones et aux officiers français. La petite indienne dont on parle, est emmenée par le beau-frère de Mme de Courtemanche au Labrador (Canada) en 1718.

Cette dame est la veuve du commandant de la côte du Labrador qui a péri l’année d’avant, peu après une attaque des " Esquimaux ". C’est son fils qui devient commandant. Il apprend la langue des " esquimaux " afin de pouvoir communiquer avec eux et les soumettre. Mme de Courtemanche a déjà deux petites " esquimaudes " qu’elle considère comme ses enfants. Elle change les habits de peau de la petite fille, lui enseigne le français et la nomme Marie-Angélique. Elle a 6 ans. Elle apprend la couture et la lecture. Un chapelain, le père Lair, catéchise les indiens en essayant de faire des analogies entres les déités indiennes et la trinité chrétienne. Mais les esquimaux attaquent le fort en septembre 1719. Marie-Angélique aura prévenu le commandant de l’insoumission des esquimaux dont elle a eu connaissance par une des esclaves-otages esquimaudes qui vit dans la même famille. Elle échappe à l’incendie du fort en 1720.

A 8 ans, le 11 septembre 1720, elle quitte la " terre des esquimaux " avec sa maîtresse et ses trois filles. Elles doivent revenir au printemps suivant. Elles embarquent sur " l’Aventurier ", chargé de morue et " armé en guerre ". Après des tempêtes et de grandes alarmes dues aux bateaux pirates, Marie-Angélique aborde l’Europe par le Portugal. Puis c’est l’Espagne et l’Italie. Enfin, Marseille, le 20 octobre 1720 où sévit la peste qui tuera la moitié de la ville. Le navire est immobilisé et aucun passager ne peut le quitter. Lorsque cela sera permis, l’Aventurier s’en ira sans Marie-Angélique car Mme de Courtemanche fortement endettée ne peut plus subvenir à ses besoins. Marie-Angélique travaille pour un homme nommé Durand ou Ollive : elle tisse la soie. Elle y rencontre une fille noire arrivée de " Palestine-Phénicie ", venue de l’empire Ottoman, qui parle une langue que Marie-Angélique ne comprend pas. Elle devient sa compagne d’infortune.

Toutes deux s’enfuient dans cette Provence encore inquiète de la peste. Marie-Angélique a 9 ans en décembre 1721. Elles fuient les incendies de la forêt provençale, elles se nourrissent de plantes et de fruits, de racines, d’insectes et de petits animaux, de charognes, de gibier ; pas de renard car Marie-Angélique racontera plus tard que sa viande a un goût répugnant. Elles ont dû, pour remplir leur estomac, également manger du bois pourri, de la terre, du miel, de la sève. L’hiver elles résistent au froid en s’enterrant. Elles chassent à l’aide d’un gourdin et d’un genre de lance trouvée on ne sait où et leurs griffes longues et dures leur servent à enlever la peau de leurs victimes. Ces griffes leur servent également à grimper aux arbres pour fuir les loups et les ours.

Marie-Angélique passe 10 ans dans la forêt. Elle se déplace avec sa compagne, veillant l’une sur l’autre en cas de blessure ou de maladie (elles ont pu avoir des affections dues aux eaux de baignade partagée avec les rongeurs (leptospirose), au fait de manger trop de lièvre (tularémie) en plus des parasites, de la malaria, la rage, le risque d’occlusion intestinale, des fracture de membres, le tétanos, etc.). Elles ont dû trouver des plantes qui apaisent les maux de ventre, des gommes, exudats d’arbres, qui adoucissent les plaies et les écorces qui arrêtent les hémorragies. Elles ont pu parcourir 20 000 km à raison d’une lieue et demie quotidienne. Elles fuient les lieux habités. Habillées de peaux de bêtes nouées par les pattes elles affrontent la neige et les tempêtes. Leur corps est couvert de boue qui les protège des insectes, des orties et du gel. Elles passent les premières années ensemble mais sans langue commune, elles communiquent entre elles par des cris, des signes vocaux. Le ciel et les étoiles sont leur plafond. Elles ont pu voir deux éclipses de soleil et quatre de lune pendant cette période. On peut penser qu’elles se trouvent en Lorraine lors du tremblement de terre qui a lieu le 3 août 1728.

Début septembre 1731, à Vitry le François, le sieur de Bar tire sur la compagne de Marie-Angélique et la blesse. Le gentilhomme prétendra l’avoir confondu avec du gibier d’eau. Elle a été trouvée morte du côté de Saint-Martin aux Champs. L’entourage de Marie-Angélique inventera l’histoire selon laquelle c’est elle qui l’a tuée au gourdin lors d’une dispute pour un rosaire trouvé et la lui fera croire. Cependant aucun acte d’inhumation n’a été trouvé, à cette date, sur les registres de plus de 150 villages de Champagne et de Lorraine.

On rapporte qu’un " un berger de château aperçoit une créature aux papilles délicates, une mangeuse de grenouilles qu’elle enrobe de feuilles de vigne, et les domestiques de ce même castel surprennent de nuit, près du cimetière de Songy une croqueuse de pommes prenant son repas sur les branches-mères. L’avant-veille déjà, un gros chien mourut d’avoir lancé ses crocs après une troisième fille, une promeneuse parée d’une massue, qui l’attendit avec calme, son arme levée latéralement, et lécho des os brisés de son crâne éteignit celui de son ultime aboi "2. Est-ce Marie-Angélique les trois fois ?

Songy 8 septembre 1731. Marie-Angélique, poursuivie, s’enfuit vers le cimetière où elle grimpe dans un arbre. Sous les yeux des villageois portant des flambeaux, elle saute dans un deuxième puis dans un autre plus élevé. Elle sera assiégée jusqu’au matin. Ils essaient alors de la faire descendre par des ruses à l’aide d’un seau d’eau fraîche : elle y boit à quatre pattes puis remonte vite. Puis une femme portant un bébé dans les bras l’affriande avec une anguille. Elle ne résiste pas et descend. Elle se laisse conduire au château où elle arrache une volaille crue à un cuisinier.

Chez le vicomte d’Epinoy : " L’attention que ce Seigneur a eu pour elle pendant près de deux mois, la souffrant la plus grande partie du jour en son château, la laissant pêcher dans les fossés, et chercher des racines dans ses jardins, a attiré beaucoup de monde chez lui "3. Elle refuse de dormir dans un lit et préfère la terre comme couche, ne mange que de la viande et des végétaux crus. Elle ne supporte pas d’être enfermée et craint le moindre contact avec un homme qu’aussitôt elle frappe ". Elle a dix-neuf ans. Elle loge chez le berger. Elle est surnommée la bête du berger. " Les curés du voisinage… lui ont fait comprendre… qu’il ne falloit point grimper sur les arbres, cela étant indécent à une fille… "3.

La suite dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€*

en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne  

1 Extrait des Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne, 1788

2 Marie-Angélique de Serge Aroles, terre Editions

3 lettre de Claude Faron, décembre 1731

Sources : Les enfants-loups (1344-1954) tome 2 : Marie-Angélique : survie et résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt de Serge Aroles, Terres éditions, 2004

*Pour plus d’info : http://www.catalaunien.f

Tel-répondeur/fax : 03 26 68 68 00

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• 9/07/2007 - Petit Catalaunien Illustré N°59

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Les Jards ont perdu le nord

Ce numéro d’été 2007 se lit comme un roman car Le Petit Catalaunien Illustré vous raconte de belles histoires, toutes vraies. Celle de Juliette Récamier, "Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est ainsi que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle. Chassée de la capitale par Napoléon, elle devra s’exiler à Châlons.

Une autre histoire, celle de Marie-Angélique, l’enfant-loup, trouvée près de Châlons en 1731 : Serge Aroles nous conte, après avoir fouillé de longues années dans les archives, la survie et la résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt.

Des espaces boisés, lieux de promenade, il y en à Châlons, on les appelle les Jards. Mais les Jards ont perdu le nord : le Jard que nous nommons aujourd’hui le grand Jard fut longtemps dénommé le petit Jard et le grand Jard se situait plus au sud, au-delà du canal Louis XII. Mais, dans une ville où la Marne est un canal et l’anse du Jard la Marne, faut-il vraiment s’en étonner ? Visite des Jards en compagnie de Louis Grignon et Louis Barbat

En 8 siècles les Jards ont vu défiler l’Histoire de la ville. Il en est une, racontée par Mémoria, l’âme de Chaalons-en-Champaigne, celle du prêche de Bernard de Clairvaux pour les Croisades en 1147. Nous vous livrons en avant-première un extrait du tome II du roman de Bruno Malthet : " l’Inconnue du grand barzar ".

Pour finir, un peu de réflexion. Sur l’engagement des Châlonnais dans le comité de jumelage avec la ville burkinabé Bobo-Dioulasso : pourquoi depuis 37 ans, malgré leurs différences, les adhérents, hommes et femmes de bonne volonté, sont-ils rassemblés dans cette relation ? Patrick Denis, le président du comité de jumelage, s’interroge. Une des actions du comité de jumelage est le parrainage d’enfants bobolais qui leur permet d’être scolarisés. Un bulletin de parrainage est joint à ce numéro.

Une des raisons de la participation des Châlonnais dans l’aventure de jumelage avec Bobo est " la volonté de lutter contre les idées nauséabondes du racisme et de l’intolérance qui ont perverti trop d’esprits dans notre pays ", comme le dit Patrick Denis. Sur le même axe, l’Union Européenne a lancé en 2007 " EQUAL ", un laboratoire d’idées au service de la stratégie européenne pour l’emploi et le processus d’inclusion sociale afin de combattre la discrimination et l’exclusion basée sur le sexe, l’origine raciale ou ethnique, la religion ou les croyances, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle : égalité des chances et bienfaits de la diversité.

Sur ces belles et bonnes paroles, je vous laisse à votre lecture en espérant que vous apprécierez la diversité de ces thèmes et que nous vous retrouverons à la rentrée

La rédaction

Voir sur ce blog les articles :

  • Juliette Récamier, exilée à Châlons
  • Marie-Angélique, l'enfant-loup
  • Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons  

N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€ *

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en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne


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• 11/06/2007 - un week-end de collage à Chaalons

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le 17 juin 2007

Faites le bon choix
(pour la fête des pères)

Samedi 9 juin 2007 au matin

 

Depuis un mois, la bataille électorale des législatives ne laissait plus un seul espace disponible pour les informations culturelles sur les panneaux libres expressions. Lorsque Chaalons s’éveilla ce samedi matin-là, ceux de la ville étaient recouverts d’affiches électorales du couple Benjamin Lhéritier – Baptiste Bouc-Bigot et, de-ci, de-là, de leurs deux challengers, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube.

Mais, ce samedi-là, fin de campagne du premier tour oblige, leurs seaux de colle devaient rester au placard afin de respecter la loi. Rien d’étonnant donc que le coffre de la voiture d’Urbain Travy débordât alors d’affiches jaunes et roses. Non point qu’il fît la campagne d’un candidat et entendît se mettre hors la loi ! Mais il entendait profiter du seul créneau disponible pour réaliser, à une semaine de la fête des pères, une campagne de promotion du roman 100% Châlonnais de Bruno Malthet, " L’inconnue du grand bazar ". Aussi ses affiches invitaient-elles les châlonnais à opérer le 17 juin le bon choix en offrant ce roman à leur père et annonçaient-elles une séance de dédicace de l’auteur à la librairie Guerlin le samedi suivant 16 juin 2007 de 15 à 18 heures.

Avec Fabienne Laforge, Séraphin et Martine Lamberty, Urbain Travy se dirigea donc vers les panneaux libres expressions. Tous encadrèrent soigneusement d’affiches les trombines des candidats à la députation en veillant à leur laisser un espace suffisant pour respirer. Benjamin Lhéritier, Baptiste Bouc-Bigot, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube restèrent tout sourire bien qu’ils n’en pensassent pas moins. Mais, soucieux de ne point mécontenter ces électeurs qui leur chatouillaient les moustaches, ils s’abstinrent de tout commentaire et éternuement. Contre mauvaise fortune, ils parurent donc aux anges de devoir cohabiter, l’espace d’un week-end, avec cette belle inconnue du grand bazar d’un côté, son auteur de l’autre côté, bien qu’ils ne les aimassent pas particulièrement depuis que l’un raconta dans l’autre leurs diverses turpitudes chaalonnaises.

Tout était donc bien dans le meilleur des mondes et aurait pu le rester lorsque soudain Les Amis de la Catalaunie tombèrent sur une équipe de colleurs s’activant devant le lycée Oehmichen. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, le panneau Libres expressions fut recouvert d’affiches du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot tandis que, à quelques pas de là, celles de René Gars de Béocube gisaient en lambeaux sur une pelouse voisine.

Bizarre de chez bizarre… commenta Urbain Travy. Manifestement, Lhéritier et Bouc-Bigot ont un sérieux problème à régler avec René Gars de Béocube ! Mieux vaut éviter les balles perdues. Partons vite d’ici. On les laisse s’entre-déchirer et pendant ce temps-là, on va manger…

Samedi 9 juin 2007

après-midi

Un peu plus tard, dans l’après-midi, Urbain Travy et Séraphin Lamberty reprirent leur tournée promotionnelle et constatèrent avec amertume que leurs affiches du matin avaient été à leur tour arrachées et remplacées par celles de René Gars de Béocube. Il en allait de même de celles du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot qui agonisaient au sol, leurs minois tout chiffonnés et rageusement lacérés. Seule l’une d’entre elles semblait avoir survécu à ce carnage et pendait à moitié dans le vide, laissant le couple la tête en bas au bord de l’asphyxie. Aussi, pris d’une soudaine compassion devant une fin si tragique, Urbain Travy acheva-t-il de l’arracher, en fit une grosse boulette et la jeta dans son coffre.

Tu fais quoi ? Tu veux l’emmener aux urgences ?

— Non, mais on ne pollue pas, nous ! Je la mettrai donc chez moi là où elle doit finir sa vie : à la poubelle.

— N’empêche ! Si Trosquot savait que tu trimbales Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot dans ta bagnole, il serait vert de rage.

Si Trosquot veut monter avec eux dans le coffre, il n’a qu’à venir les rejoindre. Et comme je ne suis pas sectaire, moi, je lui réserverai le même sort !…

Tout en dissertant de la sorte, Urbain Travy et Séraphin Lamberty entreprirent de réparer l’affront fait à " L’inconnue du grand bazar " par d’incultes colleurs d’affiches. Soudain, un violent crissement de pneus retentit et les stoppa net dans leur élan.

Quand vous arrachez, ramassez, M. Travy ! s’insurgea le passager avant qui se présenta comme étant le chef de cabinet du bourgmestre. Ne laissez pas notre vénéré bourgmestre et son fils spirituel dans le caniveau… Désolé, mais ce n’est pas nous ! se défendirent les Amis de la Catalaunie. Dites-le plutôt à vos équipes de colleurs et à celles de René Gars de Béocube ! Et puis, de quel droit collez-vous la veille des élections ? N’est-ce pas interdit ?

— Jusqu’à minuit, nous avons l’autorisation du bourgmestre…

— Ah bon ! Et les autres ?

— Nous avons l’ordre de les recoller…

— Et nous ?

— Vous ? Vous n’étiez pas prévu au programme, mais puisque vous faites la campagne de promotion d’un livre iconoclaste, on est obligé de vous recouvrir…

— Ah ? Pourquoi donc ?

— Parce qu’il faut absolument que les Chaalonnais sachent que Lhéritier est apparu et le voient partout aux côtés de Bouc-Bigot… A peine eut-il terminé sa phrase qu’un nouveau crissement de pneus retentit et qu’une grosse mercedes s’immobilisa au milieu de la chaussée. Deux caïds en sortirent, l’air manifestement en colère.

— Tiens, voilà vos copains ! lâcha Urbain Travy au chef de cabinet.

— Kiséki a arraché les affiches de René Gars de Béocube ? Z’avez pas le droit ! vociféra l’un des " copains " du couple Lhéritier – Bouc-Bigot.

— C’est pas nous, c’est eux ! souligna Urbain Travy en leur désignant l’équipe du chef de cabinet. Bon et bien, les présentations étant faites, ma foi, on vous laisse laver votre linge sale en famille. Tchao et pensez à laisser une petite place pour " L’inconnue du grand bazar ", ça serait sympa… Puis, se tournant vers Séraphin Lamberty, il ajouta : quant à nous, il faudra qu’on repasse demain !

 

 

 

Dimanche 10 juin 2007

Durant la nuit, le paysage changea. Au petit matin, la moitié des panneaux libres expressions ne laissa apparaître que les trombines du couple Lhéritier – Bouc-Bigot. L’autre moitié avait été recouverte d’affiches blanches et vierges. Manifestement, le bourgmestre avait envoyé, comme à l’habitude, son équipe de nettoyage spécialisée dans le tri sélectif. En y regardant de plus près, Urbain Travy et Séraphin Lamberty constatèrent en effet qu’elles masquaient principalement des affiches de René Gars de Béocube. Quant à celles collées la veille pour la promotion de " L’inconnue du grand bazar ", le premier roman 100% châlonnais, elles étaient recouvertes par un épais mille-feuille fort indigeste, signe que la bataille pour le monopole d’affichage avait été particulièrement rude durant la nuit entre les bandes rivales !

Bon et bien maintenant, à nous ! lança Urbain Travy. Collons pour la gloire de Memoria et tant pis pour celle de Lhéritier et de Bouc-Bigot…

Les deux amis y allèrent de bon cœur et avec ardeur. Ce fut un véritable feu d’artifice rose et jaune, comme celui de la veille pour l’arrivée du TGV-Est et, en moins de trois heures, le travail fut achevé. Proprement, comme il se doit, sans bavure ni arrachage, sur toute l’agglomération. Ce dynamisme culturel attira, bien évidemment, la curiosité de la police qui ne put que constater la légalité de cette opération de promotion un jour d’élection. Plus d’un passant s’arrêta également et, après s’être enquis de l’œuvre affichée, l’applaudit comme étant salvatrice et exprima son ras-le-bol de devoir supporter les tronches des Bouc-Bigot, Lhéritier, Trosquot et Gars de Béocube réunis. Une automobiliste encouragea même vivement les deux amis à " encoller le faux rouquin ".

Le rouquin ? Quel rouquin ?

— Ben, Bouc-Bigot ! Il a une moumoute sur la tête, ou quoi, le bourgmestre ?

— Non, non ! Paraît qu’il se fait teindre la touffe par Lhéritier…

— Moumoute ou teinture, recouvrez-le ! Y’en a marre de voir sa tronche et celle de son petit minet… Au fait, dites voir : c’est quoi, le bouquin dont parle votre affiche ?

— Un roman 100% Châlonnais : le sauvetage de caves médiévales menacées par la Marie-Rose et…

— … et Bouc-Bigot ? Ouais, ça me revient, j’en ai déjà entendu parlé dans La Force. Et c’est une histoire vraie, non ?

— Toute ressemblance avec des événements et des personnages existant serait une pure coïncidence…

— C’est bien ce que je disais ! Et sinon, c’est quand, votre dédicace de " L’inconnue du grand bazar ", M. Travy ?

— Samedi 16 juin de 15 à 18 heures, à la librairie Guerlin, place de la République.

J’y serai…Et pensez à l’annoncer dans La Force. Parce que, vous savez, passé dimanche, je crains fort que Bouc-Bigot et Trosquot & co recouvrent vos affiches…

— On s’y attend effectivement. A croire que ce roman les dérange ! Pourtant, pour la fête des pères, c’est une excellente idée de cadeau…

— A samedi, donc, pour ma dédicace...

 

 


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• 2/06/2007 - Rencontre avec Bruno Malthet

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Lorsqu'une inconnue l'apostrophe sur la place de l'Hôtel de Ville enneigée, Urbain est loin d'imaginer qu'elle va l'entraîner jusqu'à l'antique Catalonos où elle prétend être née. Pareille aventure était déjà arrivée, trente ans plus tôt, à Pierre Rajanval et Arsène Colvert. Tous deux sont formels : le retour de l'inconnue est le signe qu'un danger menace le patrimoine de la Catalaunie. Elle confie à Urbain une mission : sauver les caves médiévales menacées par un projet immobilier. Une mission qui va le conduire dans les souterrains de Chaalons-en-Champaigne et, au risque de sa vie, dans le puits des temps immémoriaux. Pour l'accomplir, il devra affronter la colère du bourgmestre de la ville dont il entrave les plans, les moulinets de Maître Gudulle, un ténor du barreau parisien spécialement dépêché pour le combattre, les foudres de la terrible Marie-Rose, l'échevine à la Modernité Urbanistique, et bien d'autres personnages que l'on dirait parfois sortis d'une infernale boîte de Pandore. Pour eux, les vieilles pierres ne présentent aucun intérêt, sans doute parce qu'ils ignorent qu'elles contiennent la mémoire du temps, celle que nous fait découvrir et explorer l'énigmatique inconnue. Celle-ci intrigue d'autant plus Fabrice Zagon, le Rouletabille du journal La Force, que son visage est mystérieusement troublé sur toutes les photos qu'il prend d'elle...

Rencontrez Bruno Malthet, auteur de L'inconnue du Grand Bazar , qui dédicacera son roman

le 17 juin 2007

de 15h à 18h

à la librairie Guerlin-Martin

à Châlons-en-Champagne

L’inconnue du grand bazar de Bruno Malthet, éditions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne tel/fax : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@club-internet.fr    

En vente en librairie et sur commande  24€ (port compris)

bon de commande : http://www.catalaunien.fr/02-catalaunie/a-lire/inconnue_du_grand_bazar/inconnue_bon_de_commande_2007.pdf

Pour plus d'info : http://www.catalaunien.fr,

Avec L’inconnue du grand bazar, Bruno Malthet signe son premier roman. Châlonnais, il fonde en 1991 l’association Nouvelle Catalaunie et son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré. Avec les articles qu’il écrit et publie dans ce périodique, il vulgarise les deux mille ans d’histoire de Châlons et de son patrimoine ainsi que les combats que l’association mène pour le protéger. Écrit avec beaucoup d’humour et de poésie, ce roman entraîne son lecteur en Catalaunie - une mystérieuse contrée inconnue des historiens et encyclopédistes - et dans sa mémoire, la Memoria catalaunica. Le passé et le présent s’y enchevêtrent dans une fiction qui nous conduit à découvrir les 2000 ans d’histoire de sa capitale, Chaalons-en-Champaigne, laquelle ressemble étrangement à Châlons-en-Champagne. Mais, avertit d’emblée l’auteur, toute ressemblance avec des personnages et des événements existant ou ayant existé ne serait qu’une pure coïncidence. Cela sera-t-il suffisant pour rassurer tous les passionnés et amoureux du patrimoine châlonnais ? Les événements qu’il relate sont tellement inimaginables qu’il ne saurait en être autrement

Pour le 15ème anniversaire de sa création, l’Association Nouvelle Catalaunie a décidé de publier un roman écrit par son président : L’inconnue du grand bazar. Ce roman se veut 100% châlonnais. C’est, à notre connaissance, le premier roman qui le soit, même si son histoire se passe à Chaalons-en-Champaigne. Non, ne cherchez pas : il n’y a pas de faute ! Il y a bien deux " a " à Chaalons et un " i " à Champaigne, nom que porte dans ce roman la capitale de la mystérieuse Catalaunie ignorée des dictionnaires. Le Petit Catalaunien Illustré publie en avant-première des extraits de cette œuvre tout à la fois roman policier, d’amour et militant où l’humour et la poésie se disputent la prééminence malgré la gravité du sujet.

L’idée de ce roman est partie de la publication des recueils de nouvelles à fond historique de Louis Grignon, Les chausses de Jehan de Soudron, et de Roger Canard, Histoires de Catalaunie, mettant en scène l’histoire locale. A cette histoire locale, Bruno Malthet avait grande envie d’y adjoindre celle du patrimoine et d’inviter ses lecteurs, qu’ils soient du cru ou non, à (re) découvrir Châlons autrement que dans un livre d’histoire, une monographie monumentale ou un guide touristique. Bref, en joignant l’utile à l’agréable.

Pour y parvenir, il avait entre les mains toutes les pièces d’un puzzle patiemment réunies au cours des quinze années d’existence du Petit Catalaunien Illustré qui en publia un grand nombre. Restait à trouver comment les assembler et à libérer le temps de le faire. Un matin d’août 2005, sous le ciel breton, l’auteur enfourcha son vélo en direction du supermarché du coin et en revint avec un mystérieux petit carnet rouge. Il se mit à y griffonner un tas d’idées, de noms, de dates et d’événements n’ayant souvent pour seul rapport entre eux que le crayon qui les libérait. L’inconnue venait de l’habiter et ne le quitta plus au point d’envahir ses rêves et ses pensées !

A l’origine, il devait s’agir d’une suite de nouvelles. Mais, très vite, celles-ci se trouvèrent quelques affinités et firent front commun. Aussi exigèrent-elles de leur maître qu’il respecte la règle des trois unités de la tragédie classique et qu’il plante le décor dans un même lieu, la Catalaunie, dans un temps donné, celui de l’histoire bimillénaire de Châlons, et autour d’une grande action, la défense du patrimoine. Autant dire qu’il se serait agi d’une mission impossible, surtout en ce qui concerne le temps, si L’inconnue du grand bazar n’avait pas rapidement pris les choses en main. Voire, comme elle en est fortement soupçonnée, carrément la plume.

Car, s’il y a quelque chose dont Bruno Malthet manquait pour écrire ce roman, c’était bien de temps ! N’allez pas croire pour autant qu’il aurait utilisé les services d’un nègre pour boucler ce premier tome (il a la prétention de récidiver) de sa Memoria catalaunica. Il en revendique la paternité et il n’y a pas lieu d’en douter.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à ce roman qui, bien qu’il se passe en Catalaunie, dont ces charmantes bêtes broutèrent longtemps les savarts, ne les mentionne même pas paissant autour du petit village de Pouilles-les-Punaises... Qui donc est cette inconnue, l’héroïne de ce roman, qui entraîne un président d’association dans la mémoire du temps et dans une singulière croisade pour sauver des caves médiévales ? Cet étrange personnage détient-il vraiment de mystérieux pouvoirs au point de nous faire revivre des pans entiers de l’histoire locale jusqu’alors demeurés secrets, voire de nous permettre de découvrir des trésors médiévaux, telle la salle des Cinq Chemins, inconnus des historiens et des services des Monuments historiques ? Où s’arrête l’histoire et où commence la fiction dans ce roman ?

L’œuvre est apocryphe et apodictique, prévient Bruno Malthet dans son avertissement. Et assurément elle l’est, pour peu que l’on veuille bien rechercher le sens de ces deux mots. Comment, au demeurant, en serait-il autrement lorsque l’effet miroir voulu par l’auteur joue à plein durant 350 pages ? Telles des glaces concaves, convexes ou sans teint, chacune d’elles reflètent, déforment ou amplifient les défauts et qualités des personnages de fiction qui les hantent.

Cependant, ceux qui leur chercheraient quelques ressemblances avec nos contemporains en seront pour leurs frais : il n’y en a pas. Aussi convient-il de s’en faire une raison et de s’attacher au seul objectif recherché et avoué : prendre conscience de la richesse patrimoniale de Châlons-en-Champagne, alias Chaalons-en-Champaigne, de l’importance qu’il y a de la sauvegarder, de l’embellir et de la promouvoir. C’est ce à quoi L’inconnue du grand bazar a l’ambition de parvenir.

Biographie

Bruno Malthet, né à Châlons le 8 janvier 1952, fonde en 1991 et préside depuis l'association Nouvelle Catalaunie. Son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré, se veut " Châlonnais et fier " de l'être en faisant œuvre de vulgarisation tout en restant une source d'érudition.

Il y publie de nombreux articles et il y donne un éclairage nouveau sur Châlons-en-Champagne, son passé, son histoire, son patrimoine et ses enfants qui, au fil des siècles ont modelé l'âme châlonnaise.

Son regard est résolument tourné vers une nouvelle Catalaunie respectueuse de son passé, comme en témoigne le combat qu'il mena, et gagna, en 2003 pour la sauvegarde et la mise en valeur des cryptes médiévales du CHV, des façades de la place Foch et des perspectives sur Notre-Dame-en-Vaux, menacées par le projet de restructuration de ce centre commercial.


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• 3/04/2007 - Selon que vous serez puissant ou misérable...

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Selon que vous serez puissant ou misérable

On savait déjà qu'il se passait des choses pas très catholiques à Châlons-en-Champagne mais en voici la confirmation. Voyage au pays de la réglementation à la tête du client

"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir", écrivait Jean de La Fontaine dans "Les Animaux malades de la peste". Telle est la conclusion qu’il convient de tirer de la politique patrimoniale à géométrie variable menée par la Ville de Châlons-en-Champagne, place Foch.

Selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de la place Foch, la réglementation applicable est à géométrie variable.

A droite, quand on regarde la place depuis l’Hôtel-de-Ville, M. Bourg-Broc sait interpréter de façon très conciliante la réglementation. Il s’agissait alors de permettre l’installation d’une brasserie dans un fonds dont les murs appartiennent à un conseiller municipal. Poser une vitrine là où il n’en existe pas ne constitue alors pas un aménagement suffisant, malgré l’importance des travaux intérieurs, pour exiger l’alignement des ouvertures du rez-de-chaussée sur celles des étages comme le prévoit pourtant la réglementation.

A gauche, par contre, par le truchement de son adjointe en charge de l’urbanisme, Mme Vasseur, il sait se montrer impitoyable. Changer une vitrine cassée constitue alors bien un aménagement suffisant, malgré l’absence totale de travaux intérieurs, pour exiger la restauration patrimoniale prévue par la réglementation. La malheureuse commerçante, ayant ouï dire qu’il en serait allé autrement de l’autre côté de la place, déposa un permis de construire en s’appuyant sur la jurisprudence Kanter et sur son bon droit. Son permis ayant été refusé, elle eut l’outrecuidance de demander des explications. Elle fut convoquée et vertement priée de se conformer à deux charmantes esquisses dont l’une d’entre elles illustre cet article.

A droite, lorsque l’Association Nouvelle Catalaunie demanda ce qui fut exigé quelques mois plus tard par la Ville à gauche, on cria au scandale et on s’abstint d’imposer - ni même, du reste, de suggérer - au gargotier la moindre esquisse. C’eût été "un mauvais procès", si on en croit le journal municipal de février 2007, car " l’installation de cet établissement a failli être remise en cause par la faute de quelques uns " .

A gauche, lorsque la Ville exigea ce que l’Association Nouvelle Catalaunie demandait à droite, la malheureuse commerçante eut immédiatement droit à un fort mauvais procès dont les "quelques uns" susvisés ne sont aucunement responsables. Mais ce même journal municipal n’en souffle mot, et pour cause : l’intéressée a dû mettre la clé sous la porte, son indemnité d’assurance ne couvrant ni la rénovation exigée de sa façade, ni les pertes de chiffre d’affaires qu’elle a subies durant les travaux de la place.

Pourquoi cette différence de traitement, cette politique à géométrie variable ? Le journal municipal nous apporte un début de réponse : à droite, il s’agissait d’une implantation " en adéquation et en complément de l’Espace Hôtel de Ville " justifiant bien quelques entorses à la réglementation. D’ailleurs les caves médiévales faillirent en faire les frais. Tandis qu’à gauche, Mme Vasseur explique avoir simplement demandé à l’intéressée " de [se] conformer avec le cahier de recommandations de la place Foch " pour lesquelles la Ville ne pouvait souffrir la moindre dérogation. Craignait-elle d’avoir les associations sur le dos ?

Question : pourquoi la Ville se garda-t-elle d’informer la Cour administrative d’appel de Nancy de cette subite conversion ? Craignait-elle qu’elle en tire les conséquences et annule le permis de Me kanter ?

Pour en savoir plus : http://www.catalaunien.fr,

voir aussi le périodique Le Petit Catalaunien Illustré N°58 et précédents


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• 18/02/2007 - L'explorateur des âmes

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Voyage à bicyclette dans une France qui va voter

" Repartir à vélo pour parcourir une France qui va voter reprend tout son sens. Dans l’intimité du territoire et de ses habitants, à vitesse humaine, en dehors des contingences journalistiques habituelles émerge un autre format de parole ".

Raphaël Krafft, journaliste à France Culture, est arrivé à Châlons le samedi 3 février au soir avec son vélo et sa petite remorque, malgré un fort vent d’est. Il est parti de Paris le 1er février pour une longue aventure de 7 semaines (4 000 km) en France sur son deux roues. Son objectif : prendre le pouls des Français. Comment vont-ils ? Comment ressentent-ils la campagne électorale de la présidentielle ?

Comme il l’avait fait au lendemain de l’élection présidentielle de 2002 pour essayer de comprendre ce qui s’était passé. " Deux mois et demi durant, nous avons parcouru une France à l’image de cet habitant de la Marne, fermée, craintive et avons effleuré ce que des géopolitologues allaient bientôt ré-expliquer : le rôle des couloirs d’invasion, des axes de communication, des anciennes frontières, de l’organisation du territoire dans la diffusion des idées populistes. C’était la France de l’est et notre regard était guidé par le choc provoqué le 21 avril 2002 ".

" Un quinquennat plus tard, le doute demeure et le rejet le 29 mai dernier du projet de constitution européenne, la crise des banlieues et du CPE sont venus renforcer cette idée largement répandue d’une France malade de la mondialisation, de sa représentation politique ou encore de ses médias. Cette image est-elle pour autant conforme à la réalité ? ".

En Catalaunie

En surfant sur internet, Raphaël Krafft est tombé sur le site du " Petit Catalaunien Illustré " et nous a envoyé un courriel pour demander le gîte et le couvert. Comme le pèlerin du Moyen Age, ce journaliste, qui pédale hors des sentiers battus, part souvent sans savoir où il va dormir le soir : dans une grange, un vendangeoir, un presbytère, sous un arbre ?. Il fait des rencontres intéressantes, le contact est plus facile à vélo car il étonne les gens. Les curieux s’approchent et discutent. " Sans pare-brise, à hauteur d’homme, j’ai plusieurs fois constaté que le reporter à vélo, parce qu’à vélo, suscite un autre rapport, une curiosité réciproque et laisse la place à un autre format de parole. Quel qu’il soit, un agriculteur, une infirmière ou un député ne parle pas de la même façon à un homme qu’à un micro. Le vélo est également un bon moyen de franchir le pas des portes. En situation de dépendance, d’aspect inoffensif, je demande de l’eau ou le gîte, partage un repas et mes histoires avant de tendre mon micro. Lentement, une relation s’établit avec le territoire et ses habitants que les auditeurs peuvent pour ainsi dire voir et toucher ".

Sa curiosité piquée au vif par nos conversations, il voulait voir la statue de Jeanne d’Arc " malade de la peste brune " (cf le Petit Catalaunien Illustré N°46) et la basilique de l’Epine (cf le Petit Catalaunien Illustré N°55). Il est reparti le dimanche matin pour Saint-Dizier via L’Epine, Courtisols… Non sans avoir interviewé notre président ! Sûr, le hasard a bien fait les choses en le faisant échouer chez nous : on a longuement discuté de la Catalaunie. En échange, il nous a donné des aperçus de ses fantastiques voyages à vélo (l’Amérique du sud) et autres reportages à bord d’un bateau de Greenpeace.

De février 2007 jusqu’aux élections législatives en juin 2007, retrouvez sur son blog http://www.bicyclette2007.com mais aussi sur les ondes de France Culture, les aventures d’un cycliste-reporter dans une France qui va voter.

extrait du Petit Catalaunien Illustré N°58

bon de commande :

http://www.catalaunien.fr/01-catalaunien_publications/2006-anciens_numero_et_livres.pdf

pour plus d'info : http://www.catalaunien.fr,

tel/fax : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@club-internet.fr

La nuit tombe sur l’usine St-Gobain à la sortie d’Epernay. Voilà le nouveau monde : des champs de betteraves à perte de vue. Je vais en " Nouvelle Catalaunie ". Nouvelle Catalaunie ? J’ai trouvé ça sur Google quelques jours avant de quitter Paris en faisant une recherche sur Châlons-en-Champagne. Il n’est jamais bon d’arriver de nuit et à vélo dans une " ville oubliée ", préfecture et capitale de région, sans université, mise à l’écart des tracés autoroutiers et ferrés. Aussi voulais-je assurer mes arrières et organiser mon couchage à l’avance en passant un coup de fil au président de l’association " Nouvelle Catalaunie " (Google encore). Bruno Malthet était ravi d’apprendre la visite d’un journaliste de la capitale. Je lui ai précisé mon moyen de locomotion sans oublier de lui demander s’il assurait le couchage en plus des informations qu’il voudrait bien me donner sur son pays imaginaire. Imaginaire ? Je m’arrête, ouvre ma sacoche de remorque, fouille à la recherche de " L’histoire des régions " d’Emmanuel Leroy-Ladurie. Le " contemporain du Moyen-âge " n’en fait pas mention dans son livre. Je scrute le jour finissant à la recherche de la frontière de ce nouveau monde. L’usine Mc Cain, au niveau de la sortie 17 de l’autoroute A26 ? Je m’arrête, interroge un pompiste pour vite constater que j’en sais davantage que lui sur la question. Les panneaux indiquent encore Châlons-sur-Marne qui est devenue Châlons-en-Champagne en 1997. Bruno Malthet me téléphone : " Quand arrivez-vous ? " Je lui explique le vent d’est et ma quête de la frontière.

Extrait du blog   http://www.bicyclette2007.com  


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• 1/02/2007 - Le patrimoine à la roulette russe

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Connaissez-vous le roman de Boris Akounine : " La Maîtresse de la Mort "* ? Sinon, lisez-le vite ! A la lecture de ce roman, je ne sais pas pourquoi la situation du patrimoine chaalonnais m’a fait soudain penser au cercle restreint des élus de la Mort (avec un grand M, à ne pas confondre avec la mort que chacun subit bêtement) de ce roman.

L’arrêt est tombé le 11 janvier 2007 (seulement, même si le bourgmestre en avait été informé bien avant. Normal ?). Arrêt fort sibyllin comme le fait remarquer Urbain dans le journal " La Catalaunie Illustrée " (cf le numéro de janvier 2007) donnant juridiquement tort à l’association des Amis de la Catalaunie et aux autres requérants concernant le permis de construire de la caverne de Me Tanker, place de l'Hôtel de l'Echevinat.

Les Amis de la Catalaunie défendent le patrimoine chaalonnais qui fait le charme de la ville. N’est-elle pas devenue " Ville d’art et d’histoire " ? Mais au rythme des massacres patrimoniaux perpétrés pourra-t-elle garder longtemps ce label ? Je m’imagine, réunies autour d’une immense table, les caves médiévales, la ruelle de Nau, l’abbaye de Toussaint, la Haute Mère-Dieu, la place de l'Hôtel de l'Echevinat, la chapelle Sainte-Pudentielle... Une roulette de casino annonce à chacune de leur réunion la gagnante du gros lot : le massacre. Contrairement aux membres du cercle des " Amants de la Mort ", qui ne vivent que pour l’instant où la roulette et les signes se manifesteront indiquant que la Mort les a choisis et qui sont heureux de suicider, ces monuments, vieux de plusieurs siècles, que nos ancêtres ont conservés, veulent rester debout.

La défaite du patrimoine

Car le grand perdant de cet arrêt est bien le patrimoine. Chaalons ne possédera donc jamais la place qu’avait dessinée Nicolas Durand, qui fut un temps inscrite dans les plans d’urbanisme. Bouc-Bigot, la Marie-Rose, Albert Cimenthier et les autres peuvent jubiler : ça leur sert à quoi ! Pourquoi faire (le) mal quand on peut faire (le) bien ? C’est quelque chose que je ne peux pas comprendre. On en arrive vite à la conclusion qu’ils sont dans l’incapacité chronique de défendre l’intérêt général au bénéfice de leurs intérêts particuliers. Ce n’est pas parce que vous n’aimez pas votre ville (contrairement au slogan des dernières élections municipales " J’aime Chaalons ") qu’il faut la massacrer !

Memoria

Pour plus d'infos : http://www.catalaunien.fr

*La Maîtresse de la mort de Boris Akounine, éditions Presses de la cité, octobre 2006

Une série de suicides endeuille Moscou au tout début du XXème siècle. Toutes les victimes semblent avoir fréquenté un cercle de poètes s’affirmant les " Amants de la Mort ". Eraste Fandorine enquête sur le mystère.

 


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• 1/02/2007 - les caves infiltrées

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Bonjour Memoria, je te remercie de bien vouloir me laisser raconter cette histoire sur ton blog. D'ailleurs je sais qu'elle ne t'étonnera pas étant donné que tu connais les manières de faire de l'échevin Baptiste Bouc-Bigot et de son échevinat.

Je voulais donc revisiter ces caves pour lesquelles tu avais mobilisé l'association afin qu'elles ne disparaissent pas dans les fondations de la nouvelle galerie du l'Hôtel de ville. Bien sûr le tribunal nous avait donné raison et la Ville et la société Sachem & Béton avaient dû signer un " relevé de conclusions " avec l'association et les autres requérants en contre partie de quoi ceux-ci retiraient leur référé. Dans ce relevé, l'échevin et la Sachem & Béton s'engageaient notamment à ventiler les caves, à en restaurer les voûtes d'ogive et à rendre compte régulièrement de l'avancée des travaux. Ce dernier point n'avait jamais été respecté et on nous avait toujours refusé la visite technique.

Je vous parle de caves médiévales, des XIIIème et XVème siècles, inscrites à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques ! D'ailleurs il s'agit du plus ancien patrimoine civil de Chaalons-en-Champaigne.

L'office de tourisme organisait en décembre dernier la visite de ces caves dans le parcours " Chaalons au Moyen Age ". A force de parler de cette future visite dans mon entourage, les uns et les autres ont voulu se joindre à moi. Corinne a fait une réservation globale pour le groupe et nous avons invité le quotidien local " La Force " à se joindre à nous. Nous voulions tous voir dans quel état se trouvaient désormais les caves. Tes caves, devrais-je dire. Parmi les uns et les autres, il y avait deux architectes et un historien spécialiste du Moyen Age.

Quelle histoire ! Cette visite a fait tout un pataquès non pas à cause de ce que nous avons découvert et révélé au grand jour mais à cause des moyens employés. Voilà que nous ne sommes plus de simples châlonnais, munis de tous nos droits de citoyens, mais des pestiférés, des relégués. Nous n'avons pas le droit, pourtant qui relève de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, de nous réunir et de circuler librement dans notre ville !

Que nous reproche-t-on ? D'avoir utilisé un prête-nom pour l'inscription ? Que nenni, il s'agit d'un membre du bureau de l'association qui avait la possibilité de passer à l'Office de tourisme rapidement afin de faire la réservation. D'avoir invité un journaliste ? Où est la liberté de la presse ? La liberté d'expression ? Et tout ça pourquoi ? Parce que nous avons révélé et pointé du doigt des choses que l'équipe municipale ne voulait pas montrer. Et pourtant elle communique à tous vents autour de l'accessibilité de ces caves au public et de l'exemplarité de leur restauration. Pense-t-elle que les visiteurs sont aveugles ? Ou bien se moque-t-elle d'eux en leur présentant une telle restauration ?

Voyage au fond des caves

 

Dès l'ouverture de la porte accédant aux caves, tous les porteurs de lunettes ont vu trouble, non pas qu'ils aient bu mais la buée envahissait leurs carreaux. On a appelé cela : le test des lunettes. Vous savez quand vous passez du froid sec au chaud et humide. Tout de suite nous avons compris que la ventilation annoncée n'avait pas été installée. La situation sanitaire des caves était déjà fort critique à l'époque des travaux mais là elle était pire car tous les soupiraux ont été murés. Nous y avons relevé 82% d'hygrométrie, d'importantes traces de moisissures, un suintement excessif des pierres, un clocage des moellons de craie et leur effritement. De plus nous avons constaté que la restauration des caves n'est qu'un " bricolage " scandaleux effectué, pourtant, par une ville qui se glorifie d'être désormais classée "  ville d'art et d'histoire ". Les travaux (le terme " rustines " serait plus approprié) effectués sur les voûtes et élévations n'ont manifestement pas été réalisés par une entreprise agréée " Monuments historiques " ni été suivis par des professionnels reconnus pour leur connaissance en la matière. L'Architecte des Bâtiments de France n'a même pas été consulté. C’est tout dire ! Il est également manifeste que les voûtes de la cave du XIIIème siècle ont souffert durant les travaux. L'association avait alerté la Sachem & Béton durant l'hiver 2003-2004 suite à des rumeurs au sujet des dégâts causés par d'importantes pluies suivies d'un gel brutal lorsque leurs voûtes ont été mises à nue. On l'assura alors qu'il n'en était rien mais on lui refusa toutefois le droit de pouvoir le constater pour de prétendus motifs de sécurité.

Et quid des trois caves secondaires ? Elles devaient être également restaurées et auraient pu permettre de créer un intéressant espace voûté d'exposition ouvert sur la place Foch et sur la cave du XVème siècle. Et qu’en est-il des résultats des fouilles qui devaient être réalisées dans l'espace existant entre les caves. Etait-il vraiment vide ? Ou bien s'ouvrait-il sur d'autres caves ?

Memoria, vois-tu, ils n'ont pas changé et on ne peut toujours pas leur faire confiance. Arsène Colvert avait bien raison. Le pauvre : il doit se retourner dans sa tombe, s’il voit cela ! Nous, nous avons tenu tou