La Catalaunie dans tous ses états

• 11/11/2019 - Les mémoires insolites de Messire Ysidor

Les mémoires insolites de Messire Ysidor

de Sabine Schepens et Bruno Malthet

 

En l’an de grâce 1957, Messire Ysidor, grand coq de l’église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, confie le soin à son confrère Philibert de recueillir  ses mémoires car ses jours sont comptés. On échafaude en effet sa flèche sud pour la restaurer et, par conséquence, le remplacer. Or, depuis 700 ans qu’il est juché à 70 mètres de hauteur, rien n’a échappé à Messire Ysidor qui est la mémoire de la ville et de sa contrée. « La Grande Histoire, je peux te la raconter aussi bien, voire mieux, que dans les livres », confie-t-il à son compère de la flèche nord.

 Mais la petite histoire… moi seul la connaît véritablement. Je vais te relater des faits d’autant plus intéressants qu’ils ne sont pas connus. Assurément, ils ont le piquant de la nouveauté ! Je me dois de te confier tous mes secrets afin qu’un jour tu puisses à ton tour les transmettre. » Ces histoires insolites, recueillies par Sabine Schepens, se passent à Chaalons, à Coolus, au Mont-Aimé, aux Grandes-Loges, à Juvigny ou encore à Bouzy, Champaubert, Pogny, Renneville ou Voipreux. On y croise Jeanne d’Arc, le frère de Christophe Colomb, Juliette Récamier, Alexandre Dumas fils, un hérétique, un ministre du roi, la fille sauvage, le guettier de Notre-Dame, mais aussi des loups et loups-garous, des monstres, un ogre, une truie criminelle, etc. Entre deux histoires,

Philibert interrompt Messire Ysidor et l’interroge sur l'église Notre-Dame-en-Vaux, les tremblements de terre qui secouèrent la ville, les crues de la Marne, les pierres de tonnerre, la fontaine de la place de la République, etc. Ces dialogues, tout aussi insolites, ont été recueillis avec la participation de Bruno Malthet. 

auteurs : Sabine Schepens et Bruno Malthet

Editions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons-en-Champagne, 2019. 392 pages. 

20 euros

achat à :

- l'Espace Catalaunien 7 bis rue Thiers 51000 Châlons en Champagne

- la librairie du Mau place de la République 51000 Châlons en Champagne

- l'Espace culturel E. Leclerc 51510 Fagnières

https://catalaunien.eproshopping.fr  : règlement en ligne

Pour en savoir plus sur les publications du Petit Catalaunien Illustré et pour commander :(règlement par chèque)

www.catalaunien.net

Contact : catalaunien@gmail.com 

 


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• 14/05/2017 - Conte d'apothicaire

Conte d’apothicaire

 

      La veuve Theuveny avait vite séché ses larmes et rangé ses mouchoirs en dentelle. Son apothicaire de mari lui avait laissé une épicerie et deux serviteurs. Sa maladie, qui l’avait emporté rapidement, ne lui avait pas donné le temps de régler ses affaires en faisant passer l’examen d’apothicaire à son second. Selon les règles de la confrérie des apothicaires-épiciers de Chaalons, la veuve pouvait tenir boutique avec un « serviteur suffisant » examiné par les maîtres jurés. Si elle avait eu un enfant en âge d’exercer celui-ci n’aurait eu qu’à montrer qu’il était capable d’élaborer une composition à usage interne. N’en ayant pas, elle devait à tout prix faire venir les maîtres jurés pour vérifier les connaissances d’un de ses serviteurs si elle voulait poursuivre le commerce de son défunt mari.  

      La veuve Theuveny avait jeté son dévolu sur le plus jeune, Odilon, un beau garçon de 18 ans. Grand, mince, une belle chevelure blonde bouclée, des yeux clairs et des lèvres charnues qui, lorsqu’elles s’ouvraient sur un sourire, la mettait aux anges. Comme c’était un garçon de joyeuse humeur, la veuve était toujours aux 400 coups : des bouffées de chaleur lui montaient au visage, ses mains se mettaient à trembler et elle en perdait l’usage de la parole. Avant le décès de son mari, elle avait bien remarqué sa fraicheur, sa peau de lait et sa gaité mais, comme elle restait assez souvent dans son intérieur à l’étage et ne descendait que quelques heures par jour, son béguin n’avait pas pris l’ampleur qu’il avait depuis qu’elle était toute la journée dans l’échoppe (elle avait une autorisation provisoire d’exercer pendant trois mois). Elle l’entourait de mille prévenances, elle lui épargnait le nettoyage du sol et des bocaux, pilons, creusets, fioles et autres récipients. Elle avait le projet de lui faire passer l’examen puis de l’épouser. Le jeune homme, dans l’insouciance de la jeunesse, n’avait pas remarqué l’état dans lequel il mettait sa patronne. Et il appréciait le traitement de faveur sans y voir malice. D’autant plus que lorsqu’il lui demandait à partir plutôt, elle ne savait pas dire non face à son sourire d’ange, d’ailleurs elle en restait bouche bée et il en profitait pour sortir, laissant les tâches ingrates à son collègue, Bertin, qui regrettait amèrement son ancien maître.

      Odilon quittait la rue de Vaux plein d’insouciance et s’en allait vers la place du marché au blé animée par des marchands de draps et des paysans qui s’attardaient car les ventes n’étaient pas achevées et les ballots et les bêtes pas encore enlevés. Il la traversait et entrait à l’hostellerie à l’enseigne du Pot d’Etain où travaillait sa promise. Il avait quitté une ambiance calme où fleuraient bon les essences et se retrouvait, soudain, dès l’entrée, dans le brouhaha d’hommes qui mangeaient, buvaient, rotaient, parlaient à haute voix et riaient à gorge déployée dans des fumets de viandes grillées et la chaleur de la cheminée où rôtissait toujours un porcelet ou un agneau. Les paysans dépensaient quelques sols avant de s’en retourner. Ils avaient vendu du blé ou de la laine et buvaient une chopine pour fêter cela. Si les affaires n’étaient pas bonnes, ils buvaient pour oublier tous les efforts qu’il faudrait à nouveau mettre en œuvre dès le lendemain pour survivre. Ils taquinaient la jolie servante qui tourbillonnait entre les longues tablées, ils lui lançaient un compliment qui faisait rosir ses joues, ils essayaient de lui défaire le nœud de son tablier alors qu’elle s’esquivait. Et le jeune apprenti épicier les regardait en souriant, heureux dans cette ambiance bruyante. Il attendait jusqu’à la nuit que la jeune fille ait terminé tout en discutant ou jouant aux cartes. Lorsqu’enfin elle retirait son tablier, ils sortaient sur la place et couraient jusqu’à la rue de l’Olifant et là, à l’abri des regards, ils s’embrassaient. Ils se juraient fidélité. Parfois des amis les retrouvaient et ils allaient dans une taverne jouer au jeu de biribi ou autre. La vie était ainsi, dure mais belle et légère aussi lorsqu’on s’aime.

      Le matin, Odilon retrouvait l’épicerie, située au chevet de l’église Notre-Dame. Ce n’était pas une vulgaire échoppe faite de torchis et soutenue par des pans de bois mais une maison construite de briques et de carreaux de craie harmonieusement appareillés, surmontée d’un logement que le père de feu sieur Theuveny avait fait construire au début du XVIIème siècle. L’intérieur de la boutique respirait la tranquillité d’un commerce bourgeois : les meubles en bois sombre et les nombreux pots  sur les étagères, les poisons, drogues et venins enfermés sous clé derrière un grillage ; le mélange de senteurs qui variait selon les mixtures que Bertin composait ; la réserve des gens appliqués dans leur tâche. Odilon apprenait à préparer les simples, les onguents, les confis et les chandelles sous les ordres de Bertin. Celui-ci ne pouvait se glorifier du nom de maître apothicaire bien qu’il sache faire un désuçer rosarum de Mesué, un électuaire diacarthame d’Arnould, un électuaire lénitif de Bauderon ou bien un onguent résumptif, un emplâtre gratia Dei, un emplâtre pro fracturis et dislocatione ossium et bien d’autres compositions encore. Il connaissait également suffisamment de latin pour comprendre les ordonnances et les livres de pharmacie. Il distillait son enseignement à son apprenti d’un air renfrogné et du bout des lèvres. La nouvelle répartition des tâches le faisait soupçonner sa patronne d’avoir des vues sur le jeunot et il s’imaginait mal en devenir son serviteur lorsque celui-ci aurait épousé la veuve Theuveny. Que gagnait-il à lui enseigner ce qu’il savait ? Devenir maître apothicaire, voilà ce qu’il voulait. Epouser la douairière était envisageable pour consolider sa situation, bénéficier d’un bon revenu et jouir de la respectabilité des commerçants. D’ailleurs elle n’était point trop vilaine : elle avait un visage rond, ses yeux, deux billes foncées inexpressives, ses traits n’avaient rien de particulier, son nez était long et pointu, ses lèvres minces et sans couleur. Elle était plutôt gironde et avait dans les 35 ans.

      Bertin essaya de pousser son avantage lors de la Saint-Luc, la fête des apothicaires. Il y a une grande messe, sans procession, à 9h30, au couvent des Cordeliers, suivie d’un repas. Cette année-là, c’était au tour du maître apothicaire Theuveny de fournir 6 cierges et un pain béni pour la messe. Le serviteur mit alors tout son savoir pour réaliser de beaux cierges de cire jaune de 4 onces. La veuve ouvrit son logis aux confrères de son défunt mari et fournit, comme il se doit, le festin : pain, vin et viandes. Malheureusement pour lui, n’étant pas maître apothicaire, Bertin ne put y assister. Mais à 3h, il rejoignit la confrérie à l’église pour les vêpres et se rendit le lendemain, à 8h, à l’obit dit pour les maîtres décédés. Il se sentait déjà un peu des leurs, enfin il espérait…

      Les jours passaient, Bertin rongeait son frein car la veuve ne prenait pas de décision. En effet celui qui faisait palpiter le cœur de Dame Theuveny et vibrer son âme n’avait pas les 5 années d’expérience requises par la confrérie pour passer l’examen et devenir maître apothicaire. Elle devrait donc épouser Bertin. Ce n’était pas qu’il était plus laid que feu son mari mais il lui déplaisait : il avait une longue figure, un toupet de cheveux roux, de larges mains et de grands pieds. Il souriait rarement et encore moins souvent maintenant qu’elle le cantonnait à des tâches subalternes. Il n’y en avait que pour le blondinet et cette situation agaçait Bertin. Mais il ne pouvait pas quitter l’épicerie car la solidarité au sein de la confrérie n’était pas un vain mot et aucun autre épicier ne l’aurait embauché. Alors la veuve imagina d’acquérir une lettre de maîtrise qui évite de passer les épreuves. Mais à Chaalons, personne n’osait en acheter par peur de la corporation qui voyait ce commerce de titres d’un mauvais œil. Elle ne brava pas la confrérie.

      Enfin une occasion se présenta à Bertin de montrer ses talents, de sauver la réputation de la veuve et de l’obliger à prendre une décision. Les maîtres apothicaires étaient surveillés de près. En effet, les maîtres jurés de la corporation visitaient, accompagnés d’un sergent du bailliage, les boutiques des maîtres apothicaires et épiciers pour vérifier qu’aucune drogue tant simple que composée, ne soit mise en vente au préjudice de l’intérêt public sous peine d’amendes. Ils contrôlaient également le statut du marchand car il faut être maître pour vendre et débiter des marchandises, drogues et épices, poudres et autres qui entrent dans le corps humain.

      Un beau matin se présenta à l’épicerie une bourgeoise. Le médecin avait fait une prescription de simples. La veuve Theuveny demanda à Odilon, le visage enflammé par l’exaltation et avec mille minauderies, de préparer la mixture alors que Bertin commençait à sortir les bocaux. Celui-ci voyant cela, remisa les bocaux. Le sourire aux lèvres, ravi de la confiance que lui témoignait la veuve, et sans forfanterie, Odilon choisit sur les étagères de beaux pots de faïence sur lesquels étaient écrits les noms en latin des simples et les ouvrit. Il pesa, écrasa, dosa et mit le tout dans un morceau de papier, qu’il ferma, ficela et cacheta avec de la cire rouge au sceau de l’apothicaire. La bourgeoise surveillait tous ses gestes, inquiète par sa jeunesse. Elle aurait préféré que ce soit Bertin qui s’occupe de sa médecine. Celui-ci remplissait des bocaux sans s’occuper de ce qui se passait. Odilon donna le petit paquet à la dame et lui dit la posologie. Son large sourire la charma. Le lendemain, un serviteur de la bourgeoise en question vint précipitamment à l’épicerie dire que sa maîtresse avait des maux de ventre atroces, qu’elle était beaucoup plus mal qu’hier et qu’elle allait porter plainte auprès de la confrérie. La veuve bien ennuyée, se tourna vers Bertin qui ne disait mot et continuait de trier des graines de pavots. Elle pensa à la bourgeoise empoisonnée mais aussi et surtout à son commerce...

 

Source : Une plaque de cuivre gravée par Varin a été trouvée au fond d’un canal à Châlons pour 4 étiquettes destinées à un apothicaire nommé Theuveny.

  La suite dans l'ouvrage :   

    Les mémoires insolites de Messire Ysidor

 

En l’an de grâce 1957, Messire Ysidor, grand coq de l’église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, confie le soin à son confrère Philibert de recueillir  ses mémoires car ses jours sont comptés. On échafaude en effet sa flèche sud pour la restaurer et, par conséquence, le remplacer. Or, depuis 700 ans qu’il est juché à 70 mètres de hauteur, rien n’a échappé à Messire Ysidor qui est la mémoire de la ville et de sa contrée.

« La Grande Histoire, je peux te la raconter aussi bien, voire mieux, que dans les livres », confie-t-il à son compère de la flèche nord. « Mais la petite histoire… moi seul la connaît véritablement. Je vais te relater des faits d’autant plus intéressants qu’ils ne sont pas connus. Assurément, ils ont le piquant de la nouveauté ! Je me dois de te confier tous mes secrets afin qu’un jour tu puisses à ton tour les transmettre. »

Ces histoires insolites, recueillies par Sabine Schepens, se passent à Chaalons, à Coolus, au Mont-Aimé, aux Grandes-Loges, à Juvigny ou encore à Bouzy, Champaubert, Pogny, Renneville ou Voipreux. On y croise Jeanne d’Arc, le frère de Christophe Colomb, Juliette Récamier, Alexandre Dumas fils, un hérétique, un ministre du roi, la fille sauvage, le guettier de Notre-Dame, mais aussi des loups et loups-garous, des monstres, un ogre, une truie criminelle, etc. Entre deux histoires, Philibert interrompt Messire Ysidor et l’interroge sur l'église Notre-Dame-en-Vaux, les tremblements de terre qui secouèrent la ville, les crues de la Marne, les pierres de tonnerre, la fontaine de la place de la République, etc. Ces dialogues, tout aussi insolites, ont été recueillis avec la participation de Bruno Malthet. 

auteurs : Sabine Schepens et Bruno Malthet

Editions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons-en-Champagne, 2019.

20 euros

achat à :

- l'Espace Catalaunien 7 bis rue Thiers 51000 Châlons en Champagne

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- l'Espace culturel E. Leclerc 51510 Fagnières

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[1] Par un édit de 1467, apothicaires et épiciers châlonnais forment une seule corporation. Souvent ils exercent les deux commerces, et même celui de la cire. Mais certains sont épiciers simples. Des merciers vendent aussi de l’épicerie. En 1777, les deux professions d’épicier et apothicaire se séparent.

[2] Histoire de la corporation des apothicaires-épiciers de Châlons de Louis Grignon dans la Revue de Champagne et de Brie tome 15, 1883

 


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• 14/05/2017 - Une truie au gibet

Une truie au gibet

  

         Un cavalier vient de la place du marché au blé et se dirige vers le pont de Putte-Savatte. Il s’agit sûrement d’un noble car il est bien habillé. Sous son manteau bordé de gris, on aperçoit un col brodé sortant d’un pourpoint en velours noir avec des crevées, des chausses et bas de chausses foncés, une épée glissée dans les pendants de sa ceinture. Il porte gants et chaussures patte-d’ours en cuir et à taillades et, comme couvre-chef, une toque plate en velours avec plumet. Il s’avance dans la rue. Du haut de son cheval il ne fait pas attention aux piétons qui essaient de ne pas glisser dans la fange. Il talonne sa monture pour avancer au plus vite dans ces rues boueuses, peu larges et biscornues, encombrées par l’avancée des auvents des échoppes, dont les enseignes signalent le métier des artisans, et l’encorbellement des maisons. Il ne voit plus ces maisons de torchis à pans de bois, étroites, à une ou deux fenêtres, serrées les unes contre les autres, les poules, les pourceaux, les chiens qui pataugent dans le ruisseau d’eaux sales à la recherche de nourriture. Il essaie de se frayer un chemin au milieu des gens, des étals des artisans qui débordent sur la rue, des marchands ambulants qui proposent aux passants poêlons de tripes, pâtés de viandes, écrevisses, tortues, saucisses, gaufres ou petits gâteaux.

       Soudain, on entend un hurlement. Le cheval hennit, se cabre. Le cavalier, après avoir remis sa monture sur ses quatre jambes, s’arrête et essaie de voir d’où vient le cri. Il voit les gens se diriger tous dans la même direction et les suit. Il manie son épée pour écarter les badauds qui s’écrient « faites place, c’est le vidame ». Il s’approche. Une femme hurlant tient à la main un bébé déchiqueté. Le cavalier descend de son cheval. Un homme crie en pointant le doigt : « c’est elle ! ». Le vidame se retourne pour voir qui l’homme désigne. Une truie ! La bête regarde la scène sans broncher, pas même apeurée, habituée à vivre au milieu du bruit de la ville et des hommes en mouvement. On la saisit aussitôt par la queue et par la tête pour être sûr qu’elle ne s’enfuira pas. Elle se met à couiner. Le vidame dit aux trois hommes qui la retiennent d’amener la truie meurtrière à la prison et remonte à cheval. Il se rend aussitôt au siège de la justice criminelle. Les officiers de justice prévenus, arrivent sur les lieux pour prendre les informations requises et la déposition des témoins de la scène, la mère n’étant pas en état de répondre aux questions.

    « La Grande Béraude l’était en train de vendre des casse-musiaux[1] quand c’est-y arrivé, dit un homme grand et maigre, tenant nerveusement son chapeau à la main.

- Elle avait posé le p’tiot par terre, près de l’étal du cordonnier, enchérit une marchande bien en chair, la robe alourdit par des fruits emballés dans un pli du vêtement.

- Sans doute la truie l’a été attirée par l’odeur des gâtiaux, le panier l’était mis à côté de l’infant. La bête l’aura pas fait la différence, ajouta une petite vieille la bouche édentée.

- Pour sûr, répliqua l’homme qui remit son chapeau et fit mine de partir.

- C’est fini ? demandèrent les deux autres aux officiers de justice.

- Non. Qui est le propriétaire de ce pourceau ?

- Le Valot de la rue de l’Olican.

- Il nous faut aussi vos noms.

- Moi, c’est Pascalin Le Gros.

- Jacquemillette, fille de Martin, le tanneur ;

- Masceline, veuve du Gerber, de la bassinerie.

       Les officiers s’en retournent au siège et là, notent les témoignages.

      Les habitants, vite au fait de l’événement, discutent un moment de l’affaire : « C’est pas la première fois ni la dernière mais qu’est-ce que j’y pouvons ? » Puis ils finissent par retourner à leurs tâches quotidiennes, à emprunter ces rues malodorantes, pleines d’immondices, à laisser vagabonder leurs volailles et porcs, à laisser jouer leurs enfants dans ce cloaque.

    Le procureur convoque les témoins pour les écouter et vu leurs dépositions affirmatives concernant le fait imputé à l’accusée, constate par lui-même la vérité. Le fait étant bien établi, il qualifie la nature du délit : homicide. Il requiert alors la mise en accusation de l’inculpée. Un officier de la justice se rend à la prison dans l’hôpital du Saint-Esprit [2]. Un gardien muni d’un gros trousseau de clés lui ouvre la lourde porte qui mène aux cachots. L’officier demande à voir la truie. Tenue par trois hommes, la bête, affamée, arrive en couinant. On lui donne quelques épluchures pour la calmer. Tout en grognant d’aise, elle se jette dessus et les avale sans croquer. Alors elle aperçoit l’officier et se met à le regarder de ses petits yeux curieux. Sans se départir de sa dignité, il déroule son parchemin et, solennellement, lui lit sa mise en accusation. Ne comprenant pas la gravité de la situation, elle ne réagit pas. Elle a une autre préoccupation : elle attend un supplément de rognures à manger. Mais on lui fait quitter la pièce et elle se remet à crier.

      Le jour du procès, il y a du monde dans la salle d’audience de la juridiction royale. La Grande Béraude est là, au premier rang avec sa marmaille : sept morveux, crasseux, en haillons. Gil le goitreux, Margue la jeune et Margue la vieille, Hernaut le roux sont venus en voisins ; le curé de la paroisse Sainte-Catherine a trouvé à s’assoir près de quelques bourgeois bien mis. Les témoins du meurtre veulent entendre la sentence : Pascalin le gros est venu avec son fils ; la gironde Jacquemillette, habillée de sa plus belle robe, fait une entrée remarquée... 


Source : notamment Histoire de la ville de Châlons sur Marne et ses monuments de  Louis Barbat.

La suite dans

   

Les mémoires insolites de Messire Ysidor


En l’an de grâce 1957, Messire Ysidor, grand coq de l’église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, confie le soin à son confrère Philibert de recueillir  ses mémoires car ses jours sont comptés. On échafaude en effet sa flèche sud pour la restaurer et, par conséquence, le remplacer. Or, depuis 700 ans qu’il est juché à 70 mètres de hauteur, rien n’a échappé à Messire Ysidor qui est la mémoire de la ville et de sa contrée.

« La Grande Histoire, je peux te la raconter aussi bien, voire mieux, que dans les livres », confie-t-il à son compère de la flèche nord. « Mais la petite histoire… moi seul la connaît véritablement. Je vais te relater des faits d’autant plus intéressants qu’ils ne sont pas connus. Assurément, ils ont le piquant de la nouveauté ! Je me dois de te confier tous mes secrets afin qu’un jour tu puisses à ton tour les transmettre. »

Ces histoires insolites, recueillies par Sabine Schepens, se passent à Chaalons, à Coolus, au Mont-Aimé, aux Grandes-Loges, à Juvigny ou encore à Bouzy, Champaubert, Pogny, Renneville ou Voipreux. On y croise Jeanne d’Arc, le frère de Christophe Colomb, Juliette Récamier, Alexandre Dumas fils, un hérétique, un ministre du roi, la fille sauvage, le guettier de Notre-Dame, mais aussi des loups et loups-garous, des monstres, un ogre, une truie criminelle, etc. Entre deux histoires, Philibert interrompt Messire Ysidor et l’interroge sur l'église Notre-Dame-en-Vaux, les tremblements de terre qui secouèrent la ville, les crues de la Marne, les pierres de tonnerre, la fontaine de la place de la République, etc. Ces dialogues, tout aussi insolites, ont été recueillis avec la participation de Bruno Malthet. 


auteurs : Sabine Schepens et Bruno Malthet

Editions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons-en-Champagne, 2019. 20 euros


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- l'Espace Catalaunien 7 bis rue Thiers 51000 Châlons en Champagne

- la librairie du Mau place de la République 51000 Châlons en Champagne

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[1] Casse-musiaux n.m. Pâtisserie faite d’une pomme entière enveloppée de pâte brisée, que l’on cuit au four.

[2] Actuel hôtel de ville.

     

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• 28/01/2014 - Les fillettes du prévôt

Les fillettes du prévôt

 

« Oye, oye, bonnes gens ! En l’an de grâce 1436, en ce jour de Saint-Jean-Baptiste, Monseigneur le comte évêque pair de France, Jean de Sarrebruck, ordonne : « pour réparation du grand dérèglement et désordonnement qui pour lors étoit en ostelleries, tavernes, bains et estuves dudit Chaalons sur le fait du péché de corpus et de luxure, et du jeu de dés, feroit défenses par cry général que de là en avant nul tavernier, ostelier, bainneux ou estuveux ne logerait ou hébergerait aucune fillette ou joueur de dés et que ces dites fillettes portassent leurs demeurances hors des rues publiques et communes dudit Chaalons et allassent demeurer en certaines rues détournées dénommées esdites ordonnances et aussi du lieu de bordeau dudit Chaalons et tout sur certaines et grosses peines contenues et déclarées par icelles ordonnances… ».

Perrot Gillot, sur le pas de son logis, situé non loin de la Loge du bailli, voyait le crieur public placé à l’angle de la petite place de l’hospital du Saint-Esprit et de la Grande Rue. Après avoir crié, entouré de quatre gens d’armes, l’officier fendit la foule accourue pour l’entendre et qui commentait la nouvelle sans vouloir quitter les lieux. Il se dirigea vers l’abbatiale Notre Dame afin de crier l’ordonnance à un autre carrefour. Perrot Gillot rentra chez lui et s’installa à sa table. Il avait lui-même pris connaissance de cette ordonnance la veille et depuis n’en dormait plus. La tête posée sur la main, il réfléchissait à ses affaires. Chargé de la police de la ville et de l’exécution des ordonnances de l’évêque, en tant que prévôt, il était en porte-à-faux. Il avait des petits arrangements avec la corporation des filles publiques, autrement dit des fillettes, et pas seulement avec elles. Il en avait également avec certains boulangers dont il ne contrôlait jamais le pain ni ne le taxait et il fermait les yeux s’ils ne respectaient pas la loi. En contrepartie, ils lui versaient quelque somme d’argent. Bien sûr cela arrangeait ses finances mais ne lui rapportait pas autant que les fillettes. Alors que faire maintenant que l’évêque ordonnait leur bannissement hors de la ville ? Il ne pourrait même plus leur soutirer de l’argent lors de la foire, au moment de l’élection de la reine des fillettes ! Aucune ne voulait de ce titre infamant et elles étaient obligées de le payer pour s’en garantir. Vraiment, cette ordonnance, dont le devoir lui commandait de l’exécuter, allait lui faire perdre bien des deniers. Il gagnait 37 sols et 6 deniers tournois à chaque condamnation et autres sommes pour sa fonction et il voulait amasser plus. Il était pourtant déjà riche et puissant en biens meubles et héritages : il possédait mille livres tournois et plus. Décidément il ne pouvait pas abandonner ces rentrées lucratives.

Le même soir, le prévôt fit la tournée des hostelleries. Il commença par l’hostellerie de L’asne-rayé. Contrairement aux autres fois, où ses apparitions dans ces lieux ne perturbaient pas l’ambiance, à peine entré, le silence se fit et les joueurs de dés prirent la poudre d’escampette car tout le monde avait entendu parler de l’ordonnance. Les hommes attablés lâchèrent les filles juchées sur leurs genoux et ne bougèrent plus. Elles, inquiètes, vinrent le voir et lui demandèrent à voix basse ce qu’il comptait faire. Il les chassa de la main et ne leur dit mot. Elles allèrent alors se cacher dans l’ombre de la salle et attendirent. Dès qu’il tourna les talons, la joyeuse compagnie remplit les gobelets et les filles, bien que peu rassurées sur leur sort, s’en retournèrent vers les hommes et les choses reprirent leur cours : conversations bruyantes, chants, jeux et pelotage dans la douce chaleur de la grande cheminée et dans des odeurs de fricots et viandes rôties qui mettaient la galerie de bonne humeur.

 

 

Le lendemain, au petit matin, avant que le crieur n’annonçât dans les rues que les bains étaient chauds : « Seigneurs, venez vous baigner et étuver sans plus attendre... Les bains sont chauds, c’est sans mentir »», Perrot Gillot visita les étuves et les bains publics. Ces hauts lieux d’exercice de ces dames de petite vertu étaient installés près du Mau et du Nau, rue de la Bassinerie, rue du Pont de Putte-Savatte et autres. […]


La suite dans

       

Les mémoires insolites de Messire Ysidor


 


En l’an de grâce 1957, Messire Ysidor, grand coq de l’église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, confie le soin à son confrère Philibert de recueillir  ses mémoires car ses jours sont comptés. On échafaude en effet sa flèche sud pour la restaurer et, par conséquence, le remplacer. Or, depuis 700 ans qu’il est juché à 70 mètres de hauteur, rien n’a échappé à Messire Ysidor qui est la mémoire de la ville et de sa contrée. « La Grande Histoire, je peux te la raconter aussi bien, voire mieux, que dans les livres », confie-t-il à son compère de la flèche nord. « Mais la petite histoire… moi seul la connaît véritablement. Je vais te relater des faits d’autant plus intéressants qu’ils ne sont pas connus. Assurément, ils ont le piquant de la nouveauté ! Je me dois de te confier tous mes secrets afin qu’un jour tu puisses à ton tour les transmettre. »


Ces histoires insolites, recueillies par Sabine Schepens, se passent à Chaalons, à Coolus, au Mont-Aimé, aux Grandes-Loges, à Juvigny ou encore à Bouzy, Champaubert, Pogny, Renneville ou Voipreux. On y croise Jeanne d’Arc, le frère de Christophe Colomb, Juliette Récamier, Alexandre Dumas fils, un hérétique, un ministre du roi, la fille sauvage, le guettier de Notre-Dame, mais aussi des loups et loups-garous, des monstres, un ogre, une truie criminelle, etc. Entre deux histoires, Philibert interrompt Messire Ysidor et l’interroge sur l'église Notre-Dame-en-Vaux, les tremblements de terre qui secouèrent la ville, les crues de la Marne, les pierres de tonnerre, la fontaine de la place de la République, etc. Ces dialogues, tout aussi insolites, ont été recueillis avec la participation de Bruno Malthet. 


auteurs : Sabine Schepens et Bruno Malthet

Editions du Petit Catalaunien Illustré, Châlons-en-Champagne, 2019. 20 euros

achat à :

- l'Espace Catalaunien 7 bis rue Thiers 51000 Châlons en Champagne

 

- la librairie du Mau place de la République 51000 Châlons en Champagne

- l'Espace culturel E. Leclerc 51510 Fagnières

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www.catalaunien.net

 

Contact : catalaunien@gmail.com 

 

 


 


 

  

 
 
 
 
 
 
 
 

 


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• 26/01/2014 - Le savetier et la pucelle

Le savetier et la pucelle

 

Le jeune savetier est à peine entré dans l’échoppe que Maître Jacquemet le gourmande : « Qu’as-tu donc fait malheureux ! » Tout en mettant son tablier, Colin l’interroge du regard.

« Tu fréquentes la fille de ce gredin d’Eloy Peuthomme ? »

L’apprenti, étonné que son maître soit au courant, avoue son crime rien qu’en rougissant. On ne peut pas considérer qu’il fréquente Manon car ses parents ne sont pas au courant de leur inclination mais on peut dire qu’il est amoureux. Lui-même ne s’est pas posé la question. Il est heureux et tout ce qu’il regarde est empreint d’une belle et chaude lumière en cette fin d’hiver pourtant brumeuse.

 

Son maître le regarde d’un air courroucé mais Colin est perdu dans ses pensées. Maître Jacquemet l’attrape par l’épaule et le secoue. Mais au fait, qu’a-t-il dit ? Il a l’air d’attendre une réponse. Alors Colin lui répond ce qui lui passe par la tête et qui lui permettra de se sortir de ce pétrin : « Bien sûr maître. »

Sans perdre de temps, il s’installe sur son escabelle et saisit la botte qu’il avait commencée à recoudre hier. Maître Jacquemet, ébahi par la réponse, a du mal à se persuader qu’il a bien entendu. Voyant son ouvrier à l’œuvre, il retourne à son travail.

 

La matinée se passe en silence, chacun travaillant dans son coin, plongé dans ses réflexions. Parfois Maître Jacquemet lève la tête, regarde son commis et croit percevoir un sourire sur ses lèvres. Voit-il vrai ? Il pense beaucoup de bien de ce jeune savetier et veut le marier à Nicolette, son unique enfant. Il l’a déçu. Il soupire. Ces jeunes inconscients, doit-on faire leur bonheur malgré eux ? Et d’ailleurs qui parle de bonheur ? On se marie parce qu’il faut maintenir ses intérêts et non pas parce qu’on s’aime. Qui parle d’amour ? S’est-il marié par amour, lui ? Le père de Berthe était savetier, lui était apprenti… Colin fera un très bon gendre car il est un apprenti prometteur. Il reprendra l’échoppe ; ainsi sa succession et sa retraite seront assurées. Il est vrai que sa fille n’est pas bien belle, trop maigre, l’œil torve, de grosses lèvres qui l’empêchent de sourire, dirait-on. Un peu le portrait de sa mère… Berthe, il ne l’avait pas choisie, sinon il en aurait pris une plus belle. Il se souvient alors de Marie. Son visage s’éclaire et, les yeux perdus dans ce rêve ancien, ses mains s’arrêtent de travailler. Il revoit sa gracieuse silhouette, son regard bleu comme un ciel d’été, sa blondeur à peine cachée sous son voile… Soudain l’ombre du gigantesque Maître Mahieu, armé d’un tranchet, vient effacer ce tableau : « Va-nu-pieds, vaurien, laisse ma fille tranquille ». Et lui se sauvant par les ruelles comme s’il avait le diable à ses trousses. Puis, il ne vit plus Marie, seulement à la messe du dimanche, aux côtés de sa mère. Peu religieux, il n’y allait rien que pour l’apercevoir, entre deux piliers, à l’église Sainte-Catherine. Puis il dut se faire une raison, après bien des tourments, lorsqu’il sut que le grand Mahieu donnait sa fille à l’Eloy Peuthomme. Les cordonniers avec les cordonniers, les savetiers avec les savetiers, rien n’a changé. Colin, orphelin de mère à sa naissance et fils de feu Maître Jehansson, savetier de son état, qui mourut trop tôt pour passer la main à Colin, doit rester dans sa corporation pour honorer la mémoire de son père. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle il l’avait pris en apprentissage dès son plus jeune âge. L’esprit de confrérie est important. Il n’allait quand même pas le laisser partir chez les cordonniers, même si les gens pensaient que c’était un état plus honorable que la savaterie. Il est vrai que, s’ils ont le monopole du raccommodage, les savetiers ne peuvent confectionner de chaussures qu’en vieux cuir. De plus, les cordonniers exercent sur eux un droit de surveillance très étroit : ils visitent leurs ouvrages et y apposent des marques. Il soupire à nouveau : s’il avait pu épouser Marie…

 

 

Il se remet au travail mais ses pensées continuent à courir. Manon est le portrait de Marie. Je comprends Colin mais… Des pas, qui descendent l’escalier très raide menant des pièces d’habitation au rez-de-chaussée réservé à l’atelier, se font entendre. La tête de Nicolette apparait pour appeler son père et l’apprenti. Les deux hommes montent et s’assoient autour de la table. Berthe sert aussitôt le bouillon de poule. Nicolette pose une assiette de fromage et un gros pain devant eux. Maître Jacquemet réclame du vin que sa fille s’empresse d’apporter.

 

 

 

Rapidement, le savetier et son apprenti quittent le fumet de la cuisine pour retrouver celui du cuir. Même vieux, ce cuir, ce cordouan, sent bon. Il a cette odeur chaleureuse qui, lorsque Colin ferme les yeux, le ramène dans l’atelier de son père. Il le revoit ranger ses outils chaque soir, le tas des cuirs à réutiliser au fond de l’atelier et, sur l’étagère, les guêtres, les demi-bottes, les bottes, les bottines avec leur pointe relevée qui attendent des soins. L’échoppe de Maître Jacquemet est assez semblable à celle de son père, mais celle-ci donnait sur la rue de Neufbourg, là où habite Manon, alors que celle de Maître Jacquemet a pignon sur la rue de Brebis. S’il les a tant arpentées qu’il les connait par cœur, ces rues étroites et biscornues avec leurs maisons de torchis à pans de bois et leur encorbellement au-dessus des échoppes, c’est pour essayer de voir Manon : Manon qui va à la messe, son missel à la main ; Manon qui rend visite à sa marraine, une tourte ou un gâteau dans un panier ; Manon qui va chez l’apothicaire pour acheter des chandelles, des herbes ou un onguent, toujours accompagnée de sa mère…

 [...]

 

Des trompettes se font entendre. Ils sursautent. Se retrouvant au milieu de cette marée humaine, ils se prennent la main et avancent avec les autres sur la route. On ne voit rien et Manon veut voir ! Alors Colin avise un arbre et lui propose de monter dedans. Il l’aide à grimper sur une branche. Sur leur perchoir, ils ont une vue splendide sur le cortège qui s’avance. Il arrive par Coolus et Compertrix. Malgré le nuage de poussière soulevée par l’armée et sa suite, les armures des chevaliers brillent au soleil. « Ils sont tous là », dit un bourgeois installés à l’ombre de leur arbre, « je ne les connais pas mais je sais leur nom : Dunois, La Trémouille, La Hire, Poton de Xaintrailles, l’amiral Louis de Culant, le sire de Graville, grand maître des arbalétriers, le seigneur de Boussac et Gilles de Rais, maréchal de France, Thibaut d’Armagnac, sire de Termes, bailli de Chartres, Robert Lemasson, seigneur de Trèves, Robert de Rouvres, évêque de Seez et Jean de Saint Michel, évêque d’Orléans. MM Coignet et de Budes, conseillers du roi. »

 

 

Des hérauts, munis de trompettes, sonnent à intervalles réguliers. Les pages les suivent, tenant l’étendard royal d’azur semé de fleurs de lys d’or. Puis vient Charles, le Dauphin, à la tête de ses barons. Jehanne arrive avec son étendard de soie blanche, Dieu trônant en sa majesté, entouré de deux anges avec l’inscription « Jhesus Maria ».

La Pucelle est armée de toutes pièces, sauf la tête, et tient une petite hache à la main. Tout de blanc vêtue, elle est montée sur un grand coursier noir, fière mais son port est sans orgueil, joyeuse mais sans rien perdre de sa réserve. Son écuyer d’Aulon, son page Louis de Contes, son aumônier Pasquerel, l’entourent. Ensuite les cavaliers passent, suivis par les nombreux hommes à pied. On dit qu’ils sont en tout une douzaine de milliers, certains en armes, d’autres tenant des fourches, de braves gens qui, venant de toutes les provinces, ont accompagné le Dauphin et la libératrice depuis Orléans.

 

 

Les Chaalonnais se joignent à cette troupe qui est affamée et décrépie. Mais les étendards et les pennons aux couleurs des chevaliers sont portés hauts. Manon et Colin descendent de leur arbre et courent jusqu’en haut de la côte afin de suivre le cortège.

 



 la suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com 

 



 

 

 


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