La Catalaunie dans tous ses états

• 12/09/2007 - Solidarité et Paix

 

 

Léon Bourgeois, doctrinaire de la Solidarité et Apôtre de la Paix

 

Parisien, châlonnais d'adoption, Léon Bourgeois reste une des grandes figures politiques de la croisée des XIXème et Même siècles. A l'heure de franchir le carrefour des millénaires, les idées de ce génial avocat, prix Nobel de la Paix, sont toujours d'actualité. En cette fin de siècle, elles ne sont, hélas, toujours pas complètement entrées dans nos mentalités et suscitent encore des controverses. Son rêve est pourtant simple : la solidarité et la paix dans le monde.

 

Léon Bourgeois, fils d’horloger, naît à Paris le 29 Mars 1851 dans une famille de condition modeste. Brillant dans ses études de Droit, il les interrompt un instant pour s'engager lors de la guerre de 1870. Un de ses biographes et contemporains, Maurice Hamburger, nous le montre curieux, enthousiaste mais réfléchi, conciliateur, charmant, d'une grande éloquence et énergie intellectuelle. Ses passe-temps favoris sont la lecture d'Auguste Comte et Stuart Mill, l'étude du sanscrit et la sculpture. Il épouse une marnaise, Mademoiselle Sellier, fille d'un important propriétaire agricole et viticole qui lui donne deux enfants.

 

 

Le politique

Sorti Docteur en Droit de la faculté de Paris, ce brillant avocat quitte vite le prétoire pour la tribune politique. Secrétaire Général du département de la Marne en 1877, il est nommé sous-préfet de Reims à 29 ans puis préfet du Tarn en 1882. Rappelé à Paris pour occuper le poste de Secrétaire Général de la Seine, il est promu préfet de Haute-Garonne en 1885, puis retourne à Paris au ministère de l'Intérieur avant d'occuper le poste de Préfet de Police en 1887. En 1888, il revient dans la Marne à l'appel de ses nombreux amis champenois. Là, il est élu député de la Marne contre le Général Boulanger. Lorsque le scrutin d'arrondissement est rétabli en 1889 pour éviter de voir se renouveler les élections plébiscitaires qui avaient servi Boulanger, Léon Bourgeois devient député de Châlons, puis sénateur de la Marne pendant 37 ans, sans interruption, jusqu'à sa mort. L'ascension politique de ce radical-socialiste est irrésistible et rapide. Elle le verra siéger dans de nombreux conseils du gouvernement à partir de 1888. Douze fois ministre (garde des sceaux, intérieur, affaires étrangères, instruction civique, travail...), il préside le Conseil des Ministres de Novembre 1895 à Avril 1896, la Chambre des Députés de 1902 à 1904 et, ce qui fait de lui le 2ème personnage de l'État, le Sénat de 1920 à 1923. S'il n'est pas devenu Président de la République comme le souhaitent de nombreux français à l'époque, c'est qu'atteint d'une affection aux yeux, il craint la cécité. Son œuvre politique repose sur deux concepts. L'un, la Solidarité, est basé sur l'individu et la société, l'autre, la Paix, est lié aux Nations. Mais dans son esprit, les deux interfèrent car, écrira-t-il, "c'est la solidarité que les hommes doivent d’abord reconnaître et instaurer pour pouvoir dans la justice, jouir enfin de la liberté. "

 

Le Principe de Solidarité

Contre l'esprit de servitude et d'égoïsme, Léon Bourgeois pense qu'il faut former l'individu, l'éveiller à la vie sociale, à la démocratie, lui faire prendre conscience de ses droits et devoirs envers lui-même et les autres. Pour atteindre ce but, il prône la création d'institutions mutuelles (la Sécurité Sociale n'existe pas encore), supportées par tous et ouvertes à tous : maladies, accidents, chômage, vieillesse, enseignement. Il s'occupe aussi de l'éducation des enfants anormaux, de la réduction du temps de travail (loi des 10 heures), du chômage, des problèmes d'insalubrité des logements et d'hygiène. Il crée en 1910 le premier dispensaire antituberculeux à l'hôpital Laënnec de Paris. La tuberculose fait des ravages à cette époque : sa fille et sa femme en mourront. Léon Bourgeois pense qu'en matière de santé il vaut mieux prévoir, éviter que combattre le mal. Et il préfère la prévoyance sociale à l'assistance.

Léon Bourgeois encourage aussi les coopérateurs car il voit dans ce type d'économie, qui répartit équitablement les profits et les charges, la réconciliation du capital et du travail. C'est pour lui l'idéal de la démocratie française. Il est aussi l'artisan de la loi qui institue l'Office National des Pupilles de la Nation après de la 1ère guerre mondiale. En 1902 il publie un " Essai d'une Philosophie de la Solidarité". Cet ouvrage en fait un des théoriciens du radicalisme.

 

L'organisation de la paix

 

Léon Bourgeois est chef de la délégation française à la première Conférence Internationale de la Paix de La Haye en 1899 qui a pour but de maintenir la paix générale et de réduire les armements excessifs. Elu président de la commission d'arbitrage, il propose, conformément à son idéal, de régler les rapports entre nations par la justice qui serait rendue par un tribunal au sein d'une institution internationale. Mais la délégation allemande s’y oppose. Il en restera une cour permanente d'arbitrage, un jalon planté sur la route de la paix, malheureusement plus utilisée par les particuliers que par les gouvernements. Malgré la conjoncture, Léon Bourgeois ne désespère pas et récidive lors de la 2ème conférence de La Haye en 1907. Il publie en 1910 "Pour un projet de la Société des Nations". Il vient d'inventer et de nommer l'institution qu'il verra naître et aussi bafouée. En 1917, il est nommé président de la commission qui établit un projet français de la Société des Nations et prend part, avec le Président américain Wilson, aux travaux pour l'édification du pacte de la SDN. Elu en 1919 membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, il préside en 1920 la première réunion à Genève du Conseil de la SDN : les représentants des 47 nations lui expriment alors admiration et reconnaissance. Et il reçoit, le 11 Décembre 1920, en pleine assemblée de Genève et sous une ovation interminable, le prix Nobel de la Paix.

la Paix par la Solidarité des Peuples

 

Léon Bourgeois siège à la SDN et essaie de faire admettre ses idées sur la Solidarité des Nations, la Paix par le Droit et la sécurité collective par la constitution d'une armée internationale. A la lutte pour la vie, il propose une alternative : l'union pour la vie. Cet idéaliste humaniste s'éteint le 29 Septembre 1925 à l'âge de 74 ans. Selon son vœu, ses cendres sont inhumées en terre champenoise en plein vignoble au "château d'Oger", propriété de ses beaux parents. Son fils, le Dr Bourgeois les transfère en 1933 au cimetière de l'Ouest à Châlons dans le caveau familial. La même année, la SDN, la République, le Département et les municipalités de la Marne lui rendent hommage en élevant un monument à sa mémoire rue Juliette Récamier à Châlons. Réalisé par son ami Maillon, deux femmes y symbolisent l'œuvre de sa vie : la solidarité et la SDN qu'une inscription résume : " la Paix par la Solidarité des Peuples ".

Ne le cherchez pas : sacrilège criminel contre la Paix, cet ensemble de bronze a été fondu en canon pendant la deuxième guerre mondiale et son socle de pierre est tombé en pleine guerre froide lors d’un réaménagement du parking.

Aujourd’hui, Châlons conserve comme seuls souvenirs de ce Grand Homme une rue, un buste érigé devant les archives départementales, son importante bibliothèque personnelle emmagasinée dans les greniers de la Bibliothèque municipale et trois sculptures de Rodin offertes au musée municipal par son fils, le Dr Georges Bourgeois. Elles représentent la Beauté (bronze), La tête de Saint Jean- Baptiste sur un plat (marbre) et l’Eveil de l’Humanité (bronze).

 

Article paru dans le Petit Catalaunien Illustré N° hiver 1992-1993.

éditions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com Pour plus d'info : http://www.catalaunien.net/

 

Vient de paraître :

Léon Bourgeois : du solidarisme à la société des Nations.

Avant de se dissoudre, l’association pour la Recherche sur la Paix et la Guerre, l’ARPEGE, a consacré une journée d’études à un homme de paix, à une des figures les plus méconnues du XXème siècle, Léon Bourgeois, un des rares Français prix Nobel de la Paix. Cette journée d’études fit appel à des spécialistes dont les contributions sont publiés dans ces actes et portent sur Léon Bourgeois et le solidarisme, sa relation à l’élu local, le militant de la Paix, les origines en France de la SDN, la SDN, la Séparation des Eglises et de l’Etat, le Prix Nobel de la Paix, le sculpteur et ami des arts et, pour conclure, une biographie sommaire.

2007, Editions Dominique Guéniot, 156 pages, 20 €

 

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• 29/09/2007 - Un lycée Léon Bourgeois

Publié par Dominique
Dire que j'ai fréquenté pendant trois ans le lycée Léon Bourgeois d'Epernay, sans avoir jamais eu l'idée de m'interroger sur le bonhomme qui lui avait donné son nom ! Merci pour cette somme d'informations. D.
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