La Catalaunie dans tous ses états

• 9/05/2007 - Le Saint Nombril à Châlons-en-Champagne

Notre-Dame-en-Vaux et le Saint-Nombril

Après en avoir vérifié l'authenticité, l'évêque de Châlons Charles de Poitiers procède en l'an 1407 à la translation de la relique du Saint-Nombril, détenue depuis près d'un siècle par la collégiale Notre-Dame-en-Vaux, qui fait alors l’objet d’une grande dévotion populaire.

 

Charles de Poitiers, 74ème évêque de Châlons, reçoit en décembre 1407 une imposante délégation composée des marguilliers et de nombreux paroissiens de la collégiale Notre-Dame-en-Vaux de Chaalons. Exécuteurs testamentaires du dénommé Thibault des Abbés, ils entretiennent le prélat du bienheureux effet de la singulière et la particulière dévotion que le défunt portait jusqu'à ces récents jours à la relique du Saint-Nombril vénérée dans leur église. Conformément à ses dernières volontés, ils viennent en effet de faire exécuter par le meilleur orfèvre de la ville un reliquaire comportant une très belle image de la Vierge Marie tenant en son sein l'image de son fils. Réalisé en argent, l'ouvrage est gravé et décemment doré afin d'accueillir la " parcelle du très sacré Nombril de Notre Seigneur Jésus Christ, afin que dans cette nouvelle image elle fut plus décemment, avec plus de révérence gardée et conservée " que dans l’actuel vase d'argent sur lequel sont gravés ces mots : " de Umbilico Domini " et où elle repose depuis un temps si grand qu’il n'en reste aucune mémoire d’hommes. L’évêque-comte de Chaalons écoute avec la plus grande attention ses ouailles lui conter par le détail la connaissance qu'elles ont de l'authenticité de cette relique du Saint-Nombril de Jésus-Christ vénérée tous les ans le jour de la circoncision, par le clergé et le peuple de sa bonne ville de Chaalons et des lieux voisins.

S'aventurer de nos jours à défendre l'existence d'une telle relique, prêterait à sourire. Mais pas au Moyen Age, époque où le commerce des reliques et des indulgences assurent à leurs auteurs de substantielles ressources tout en répondant à la quête mystique et à la grande ferveur religieuse qui traverse alors toute la chrétienté. Tout naturellement, ce juteux commerce déboucha sur de nombreux abus et mystifications : beaucoup d'églises se sont targuées à un moment ou à un autre de posséder un morceau de la Sainte-Croix, au point que l'on a pu écrire qu'en les réunissant l’on pourrait en reconstituer plusieurs ! Par contre, il n'en va pas de même du Saint-Nombril dont seules trois villes au monde peuvent s’enorgueillir d'en avoir été dépositaires : Constantinople, Rome et Chaalons en Champaigne. Pour mieux appuyer leurs dires, marguillers et autres paroissiens ont pris soin d’être accompagnés de Jean Liebauld, prêtre de Chaalons, et de Maître Jean Bricard de d'Ampierre sur Marne, tous deux notaires apostoliques. En présence de plusieurs témoins dignes de foi, ils ont affirmé dernièrement par serment, qu’étant ces jours passés à Paris, en l’hôtellerie des Trois Colombes, ils ont fait la connaissance de Haymald Robert de Limoge, un noble soldat qui avait été domestique et serviteur du sieur Raymond de Turenne, neveu et légat du Pape. Après lui avoir fait confidence quils étaient natifs de la ville de Chaalons, le sieur Haymald révéla à ses compagnons que les services qu'il rendait à Raymond de Turenne l'avaient maintes fois conduit dans le Trésor où se gardent et conservent les saintes reliques avec les papiers de l'Eglise Romaine. Leur fréquente consultation lui avait ainsi permis de voir, manier et regarder certaines lettres apostoliques, sous une bulle de plomb où il vit écrit : " Que le très Saint-Nombril du très haut fils de Dieu notre sauveur avait été divisé en trois parts, desquelles l’une était demeurée dans le sacré trésor de l'Eglise Romaine, une autre à Constantinople, et la troisième en l'église de Notre-Dame les Vallées de Chaalons ".

Selon toute vraisemblance, cette division se serait effectuée vers 1310 sous le pontificat du pape Clément V, sans doute en vue de procurer à son Eglise des ressources suffisantes. Celle-ci était en effet dépositaire, entre autres reliques, du Saint-Nombril depuis la donation qu'en fit au souverain pontife Charlemagne venu se faire couronner empereur en l'an 800. Charlemagne, lui, la détenait de l'empereur d'Orient, lequel la lui remit, avec le Saint-Prépuce et la couronne d'épines du Christ, en remerciement d'être venu à son secours et d'avoir vaincu les infidèles qui menaçaient Constantinople et Jérusalem. Selon le livre des révélations de Sainte Brigitte, ces très précieuses reliques avaient été recueillies par la Vierge Marie elle-même, qui, avant de mourir, les aurait remises à Saint Jean l'Evangéliste, lequel les aurait confiées à ses successeurs.

Réputées disparues avec les premières persécutions sarrasines des chrétiens d'Orient, elles furent retrouvées grâce aux révélations que fit la Vierge Marie à Sainte Brigitte. Quant à l'arrivée à Chaalons en Champaigne d'une des trois parties issue de la division du Saint-Nombril, elle serait l'oeuvre de Pierre de Latilly, évêque de Chaalons, chancelier de France et de ce fait homme d'une suffisamment grande considération pour se voir attribuer une telle faveur d'un pape français. Le don de cette précieuse relique à la collégiale Notre-Dame-en-Vaux date probablement de 1302, année où ledit Pierre de Latilly dédia la nouvelle église à la Vierge. Leurs explications achevées sur les origines du Saint-Nombril, les marguilliers et autres paroissiens supplient humblement leur évêque de procéder à la translation du Très Sacré-Nombril depuis l'ancien reliquaire d'argent vers la très belle orfèvrerie exécutée pour satisfaire aux dernières volontés de Thibault des Abbés. Et précisent-ils pour permettre au peuple chrétien d'honorer la Sainte Relique avec encore plus de dévotion.

Toute assurance prise sur le bien-fondé de leurs dires, Charles de Poitiers leur accorde satisfaction, comme en atteste l'extrait suivant de la lettre qu'il rédigea à cet effet : " Nous Charles évêque, autant que la sagesse et prudence humaine le requiert de la vérité des choses prédites, condescendant favorablement et pieusement à la dévote requête ci-devant exposée le huitième jour du mois de décembre, auquel se célébra la fête de la conception de la bienheureuse Vierge Marie,... Nous avons pris avec grande humilité et dévotion en nos mains propres le susdit vase ancien, dans lequel comme a été dit ci-dessus, la dite parcelle dit très sacré Nombril de Notre Seigneur était renfermée,… en avons retiré la dite parcelle du précieux Nombril de notre Seigneur et l 'avons transportée audit nouvel reliquaire... Désirant donc qu'à l'avenir, et d'ici en avant, les fidèles chrétiens visitent ladite église pour adorer, et signalement vénérer un si salutaire et précieux sanctuaire … A tous ceux qui vraiment contrits, et confessés, tous les ans, au jour de féte de la Conception de Notre-Dame, en mémoire de ladite translation et la circoncision de NS, visiteront ladite église de Notre-Dame en Vallées, pour y adorer le souvent dit très sacré Nombril, et là feront quelques aumônes pour la fabrique de ladite église, octroyons et relâchons miséricordieusement en Notre Seigneur, 40 jours des pénitences qui leur auront été enjointes. Or afin que de toutes ces choses susdites les fidèles chrétiens aient une mémoire plus assurée, nous en avons fait faire les présentes lesquelles avons données auxdits marguilliers, proviseurs et paroissiens, scellées de notre grand sceau. Donné en l'an de NS 1407, ce 8ème jour de décembre ".

Après cette translation, la célébrité du Saint-Nombril ne cessa de grandir d'année en année. La précieuse relique, vénérée tous les ans en l'église Notre-Dame-en-Vaux au jour de la circoncision, devint célèbre dans tout le royaume de France. Elle devient sans contestation possible le bien le plus précieux de la collégiale qui veille jalousement sur elle. Lorsqu'en l'an 1512, le roi Louis XII est de passage à Châlons, les chanoines de la cathédrale entendent porter solennellement le Saint-Nombril depuis l'église Notre-Dame jusqu'à la cathédrale Saint-Etienne. Ils doivent préalablement présenter des garanties sur leurs biens aux Marguilliers de Notre-Dame, ainsi qu'en atteste la lettre qui suit adressée à cet effet :

Nous, chapitre de l'église de Chaalons, le doyen absent, promettons sous l'obligation de tous les biens temporels de notre dite église, que au cas que les Marguilliers de l'église collégiale Notre-Dame en Vaux de Chaalons, permettront dimanche prochain à la procession générale, qui se fera pour le Roi notre Sire, transporter par nous le précieux joyau et reliquaire du Saint-Nombril de Notre Seigneur, de ladite église collégiale Notre-Dame en notre église cathédrale de Monsieur Saint Etienne de Chaalons, le rapporterons et reconduirons honorablement et dignement ainsi qu'il appartient, en ladite église de Notre-Dame en Vaux. Fait en notre dit chapitre, sous notre sceau, aux causes ci mises. Le vendredi dernier jour de décembre, l'an 1512 ". Pas un instant, il ne serait venu à l'esprit de Charles de Poitiers de remettre en cause l'authenticité de la précieuse relique qui sera l'objet d'une telle vénération cinq cents ans durant. Pourtant, jour après jour, l'impiété, les croques-reliques, la jalousie et le rationalisme cartésien tissèrent dans l'ombre le destin du Saint-Nombril jusqu'à obtenir de Gaston de Noailles, évêque de Châlons de 1695 à 1720, qu'il en ordonne sa destruction. Mais il s'agit là d'une autre histoire.

Le Petit Catalaunien Illustré N°20

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• 13/09/2008 - quelle histoire !

Publié par Anonymous
je n'en reviens pas : comment peut-on croire en des choses pareilles ?
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• 1/05/2011 - Mr

Publié par Andre apez ici votre prénom nom ou pseudo
Il y a certainement eu un prepuce de Jesus. Cela n'a rien d'un miracle. Et il ne serait pas non plus miraculeux qu'il ait ete conserve.
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• 12/02/2012 - Commentaire sans titre

Publié par Florence ANDRE
Est ce que la prochaine fois que je viens à Châlons, je pourrai me rendre à Notre Dame et voir le reliquaire ?
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• 18/02/2012 - réponse à Florence André

Publié par Memoria
Le reliquaire est actuellement au musée du Moyen Age dans l'hôtel de Cluny à Paris.
Bien sûr le saint-nombril n'y est plus comme cela est expliqué dans l'article.
Voir le reliquaire sur internet : http://www.musee-moyenage.fr/pages/page_id18092_u1l2.htm
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