La Catalaunie dans tous ses états

• 27/10/2009 - La guerre oubliée

En 1870, le souvenir de l’occupation de Châlons sur Marne en 1814 et 1815 par les Prussiens, à qui Napoléon vient de déclarer la guerre, est encore très vif. Elle est toujours synonyme d’exactions et d’effrois, malgré la bravade et le patriotisme dont font preuve les Châlonnais dans l’euphorie du mois de juillet. Près d’un siècle et demi après, cette guerre est oubliée et a été très peu étudiée au niveau local. Le Petit Catalaunien Illustré raconte l’Histoire "?à chaud?" de cette guerre à Châlons en s’appuyant essentiellement sur la presse locale de l’époque.

Comment Châlons se prépara à la guerre de 1870

?"?On entend chanter partout?: Bismark, si tu continues

De tous les Prussiens n’en restera guère

Bismark, si tu continues,

De tous les Prussiens n’en restera plus.

Cela se hurle dans les rues et dans les cafés?" de Châlons.

L’été 1870 commence bien pour Napoléon III. Si les élections législatives des 23 et 24 mai 1869 avaient été une semi-défaite, le plébiscite du 8 mai 1870 est un triomphe. 82% des Français ont répondu "?oui?" à la question posée?: "?le peuple approuve les réformes libérales opérées dans la constitution depuis 1860 par l’Empereur avec le concours des grands corps de l’Etat et ratifie le sénatus-consulte du 20 avril 1870?" qui fit du Sénat la seconde chambre législative en lui retirant son pouvoir constituant. L’opposition à l’Empereur, désemparée par l’habileté de la question, est essentiellement urbaine. Paris, frondeuse par nature, vote majoritairement contre le plébiscite. Dans la Marne, Reims ne l’approuve qu’à 57%, loin derrière Châlons, qui lui accorde 67% de ses suffrages, et le département (87%). Si l’abstention, préconisée par une partie de l’opposition, est importante – 28% à Reims et 25% à Châlons, contre 12% dans le département – le Journal de la Marne la minimise de près de moitié, en ce qui concerne Châlons, en retirant des abstentionnistes les morts, les militaires comptés à part et les électeurs ayant quitté la ville, ce qui lui permet de conclure que "?la question soumise aux électeurs étaient posée entre l’Empire et la Révolution. […] Le département de la Marne peut être fier à bon droit du chiffre imposant par lequel les électeurs ont manifesté leur attachement pour le gouvernement impérial et leurs haines des révolutions. La presque unanimité de 1852 s’est retrouvée en 1870?".

L’Empire, plus fort que jamais, allait cependant rapidement retrouver une agitation extrême début juillet avec la révélation de la candidature Hollenzollern au trône d’Espagne soutenue par la Prusse. Malgré la reculade allemande, l’intransigeance française poussée par l’impératrice Eugénie et les "?Mamelouks?" du régime, désireux d’en découdre avec la Prusse, allait conduire à la déclaration de guerre. "?Il faut en finir?", peut-on lire le 15 juillet dans le Journal de la Marne pour qui le gouvernement doit apporter "?une paix définitive ou une déclaration de guerre?" et qui note que "?La chambre est belliqueuse… L’Empereur est de retour aux Tuileries?; symptôme belliqueux?".

?On chanta la Marseillaise rue de Marne

Manifestement, si on veut bien en croire "?un couplet champenois?" que le Journal de la Marne publie, la puissance militaire de la Prusse n’effraie aucunement les habitants de la région?:

Nous sommes les enfants de ceux

Qui prirent Berlin et Vienne.

Le Prussien menace?: qu’il vienne

Dans le pays du vin mousseux?!

Nous lui gardons un accueil chaleureux. (bis)

Le paysan de la Champagne

Ne fait pas fi d’une honorable paix?;

Mais, différent du vin de sa campagne,

Il ne se laisse pas frapper?! (bis)

Tous les journaux s’emplissent de chants guerriers et le camp de Châlons n’est pas en reste. Un de ses officiers, avant de partir pour les bords du Rhin, en compose un, intitulé "?Sus aux Prussiens?!?" qui est allègrement chanté dans les cafés-concerts de Mourmelon et commence ainsi?:

Qu’ai-je entendu??… Dans notre belle Alsace

C’est le Prussien qui se vante d’entrer?!

Braves Français, sur lui courons en masse?;

Qu’il meure avant d’y pouvoir pénétrer?!

Partout, malgré les mises en garde de l’opposition et de Thiers, les prémices de la guerre suscitent l’enthousiasme. Après Paris, des manifestations belliqueuses ont lieu à Reims où "?à la nouvelle de la déclaration officielle de la guerre, plusieurs bandes de trois […] à quinze cents citoyens ont parcouru la ville, drapeau en tête, chantant la Marseillaise et criant?: "?A bas la Prusse, à bas Bismarck, vive la France, vive l’Empereur"?". Châlons suit le 18 juillet où trois cents manifestants, des collégiens, employés et ouvriers, remontent la rue de Marne derrière le drapeau tricolore en chantant la Marseillaise. Six jours plus tard, cet hymne, jusqu’alors interdit car considéré comme révolutionnaire, devient patriotique et est à nouveau entonné par la musique de l’Ecole des Arts et Métiers au moment où les élèves rentraient en ville de leur promenade. Elle est aussitôt suivie par la population qui, emboîtant le pas aux élèves, les suivit dans les principales rues de la ville en chantant le "?glorieux refrain?" et en causant une vive impression.

?"?à Berlin?!

à Berlin?!?"

La mobilisation, décrétée par Napoléon III, ne passe pas inaperçue dans la Marne. Au camp de Châlons, toutes les troupes sont consignées et, dès le 18 juillet, les derniers régiments le quittent après avoir défilé, musique en tête, aux cris de "?à Berlin?! à Berlin?!?". Le camp n’est cependant pas déserté?: les régiments laissent la place à la garde mobile tandis qu’une partie des baraquements est transformée en ambulances générales de l’armée. La garnison de Châlons, composée des escadrons de guerre du 10e cuirassiers et de quelques compagnies du 1er de ligne, reçoit également l’ordre de départ. La gare de marchandises de Châlons est mise à disposition de l’administration de la guerre et ne reçoit plus d’autres marchandises que les céréales et les denrées alimentaires. Les trains de troupes se succèdent d’heure en heure à la gare de Châlons et une foule considérable vient acclamer les soldats qui entonnent des chansons belliqueuses. "?Cet adieu des Châlonnais à nos troupes, c’est peut-être la voix de la patrie se faisant entendre une dernière fois à elles avant de passer la frontière?". La gare est pavoisée et ornée de rameaux. Les troupes de passage, ces "?voyageurs pour Berlin?", lancent des "?Vive Châlons?! Vivent les Châlonnais?" lorsqu’ils reçoivent les rafraîchissements et les pains qui leur sont offerts. L’initiative en revient au Préfet et à quelques négociants châlonnais, parmi lesquels se distingue Emile Dagonet. Il recevra, avec les personnes se dévouant pour ces distributions à toute heure du jour et de la nuit, les plus vives félicitations du maréchal Canrobert lors de son passage à Châlons dans la nuit du 24 au 25 juillet. La garde impériale ferma le ban en passant, deux jours durant, par la gare de Châlons sous les applaudissements de la foule.

?En attendant la garde mobile

Châlons, désormais démunie de garnison, attend l’arrivée de deux bataillons de gardes mobiles des arrondissements de Châlons et Epernay dont l’instruction militaire est confiée au général Susbielle. Combien seront-ils??

Suite de l’article dans le numéro 68 du Petit Catalaunien Illustré

Pour le commander, pour s’abonner?: www.catalaunien.net

Contact?: catalaunien@gmail.com

Ajouter un commentaire :: Envoyer cet article

• 3/11/2009 - Guerre à la guerre

Publié par urbain
c'est vrai, c'est comme si on avait honte de cette guerre. Il est vrai que depuis on en a d'autres...
Lien permanent

• 30/12/2009 - Faux !

Publié par didobotin
Jamais l'Impératrice Eugénie n'a oeuvré pour la guerre contre la Prusse. Tout au plus n'a t-Elle rien dit pour qu'elle n'ait pas lieu. Le peuple est le seul responsable ; c'est lui qui a poussé l'Empereur dans un conflit qu'Il ne désirait pas.
Lien permanent

Qui suis-je ?

Présentation de la Catalaunie : histoire, patrimoine, environnement. Discussion autour de l'actualité catalaunienne.

«  Juillet 2017  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31 

Derniers articles

Conte d'apothicaire
Une truie au gibet
Dictionnaire des Châlonnais célèbres, illustres et mémorables
Les fillettes du prévôt
Histoires chaalonnaises drolatiques ou dramatiques
Une autres histoire de la fille sauvage
Le savetier et la pucelle
Histoires chaalonnaise drolatiques ou dramatiques
un nouveau roman de Bruno Malthet : Les mémoires de Baptiste Bouc-Bigot
99 moutons et un champenois... à la foire de Châlons
Histoire de la foire de Châlons-en-Champagne
Le Capitole en Champagne : les dessous d'un scandale
Trois résistants des temps modernes
Saute paillasse !
Les crues de la Marne
L'oppidum de La Cheppe et les Champs catalauniques
La guerre oubliée
Jean-Pierre Ravaux : le meilleur des Catalauni
Bulles champenoises radioactives
La destruction du château de Coolus
La guerre des pigeons
Châlons, capitale du front
1908-2008 : la religion et l'Etat, un débat et un combat toujours d'actualité
L'extraordinaire Monsieur Oehmichen
recette flan catalaunien au potiron
Solidarité et Paix
Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons
Juliette Récamier, exilée à Châlons
Marie-Angélique : l'enfant sauvage
Les Jards ont perdu le nord

Menu

Accueil
Qui suis-je ?
Album photos
Archives
Mes amis
Ecrivez-moi
Flux RSS

Liens amis

Petit Catalaunien Illustré
Nouvelle Catalaunie
culture blog
Dominique Brisson

Rubriques

à propos de l inconnue du grand bazar
actualité
voyages en Catalaunie

Mes amis



Article 17 sur 49
Page précédente | Page suivante