La Catalaunie dans tous ses états

• 14/07/2015 - Dictionnaire des Châlonnais célèbres, illustres et mémorables

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C'est parti !

La souscription au "Dictionnaire des Châlonnais célèbres, illustres et mémorables" est lancée. Le Petit Catalaunien Illustré N°91 été 2015 s'en fait l'écho ainsi que le site www.catalaunien.net. Vous y trouverez égalemenet  le bon de suscription.

Pour participer à la souscription et bénéficier des avantages,il suffit de retourner le bon avec un chèque

aux Editions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Robert Binet

51000 Châlons en Champagne 

catalaunien@gmail.com


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• 28/01/2014 - Les fillettes du prévôt

Les fillettes du prévôt

 

« Oye, oye, bonnes gens ! En l’an de grâce 1436, en ce jour de Saint-Jean-Baptiste, Monseigneur le comte évêque pair de France, Jean de Sarrebruck, ordonne : « pour réparation du grand dérèglement et désordonnement qui pour lors étoit en ostelleries, tavernes, bains et estuves dudit Chaalons sur le fait du péché de corpus et de luxure, et du jeu de dés, feroit défenses par cry général que de là en avant nul tavernier, ostelier, bainneux ou estuveux ne logerait ou hébergerait aucune fillette ou joueur de dés et que ces dites fillettes portassent leurs demeurances hors des rues publiques et communes dudit Chaalons et allassent demeurer en certaines rues détournées dénommées esdites ordonnances et aussi du lieu de bordeau dudit Chaalons et tout sur certaines et grosses peines contenues et déclarées par icelles ordonnances… ».

Perrot Gillot, sur le pas de son logis, situé non loin de la Loge du bailli, voyait le crieur public placé à l’angle de la petite place de l’hospital du Saint-Esprit et de la Grande Rue. Après avoir crié, entouré de quatre gens d’armes, l’officier fendit la foule accourue pour l’entendre et qui commentait la nouvelle sans vouloir quitter les lieux. Il se dirigea vers l’abbatiale Notre Dame afin de crier l’ordonnance à un autre carrefour. Perrot Gillot rentra chez lui et s’installa à sa table. Il avait lui-même pris connaissance de cette ordonnance la veille et depuis n’en dormait plus. La tête posée sur la main, il réfléchissait à ses affaires. Chargé de la police de la ville et de l’exécution des ordonnances de l’évêque, en tant que prévôt, il était en porte-à-faux. Il avait des petits arrangements avec la corporation des filles publiques, autrement dit des fillettes, et pas seulement avec elles. Il en avait également avec certains boulangers dont il ne contrôlait jamais le pain ni ne le taxait et il fermait les yeux s’ils ne respectaient pas la loi. En contrepartie, ils lui versaient quelque somme d’argent. Bien sûr cela arrangeait ses finances mais ne lui rapportait pas autant que les fillettes. Alors que faire maintenant que l’évêque ordonnait leur bannissement hors de la ville ? Il ne pourrait même plus leur soutirer de l’argent lors de la foire, au moment de l’élection de la reine des fillettes ! Aucune ne voulait de ce titre infamant et elles étaient obligées de le payer pour s’en garantir. Vraiment, cette ordonnance, dont le devoir lui commandait de l’exécuter, allait lui faire perdre bien des deniers. Il gagnait 37 sols et 6 deniers tournois à chaque condamnation et autres sommes pour sa fonction et il voulait amasser plus. Il était pourtant déjà riche et puissant en biens meubles et héritages : il possédait mille livres tournois et plus. Décidément il ne pouvait pas abandonner ces rentrées lucratives.

Le même soir, le prévôt fit la tournée des hostelleries. Il commença par l’hostellerie de L’asne-rayé. Contrairement aux autres fois, où ses apparitions dans ces lieux ne perturbaient pas l’ambiance, à peine entré, le silence se fit et les joueurs de dés prirent la poudre d’escampette car tout le monde avait entendu parler de l’ordonnance. Les hommes attablés lâchèrent les filles juchées sur leurs genoux et ne bougèrent plus. Elles, inquiètes, vinrent le voir et lui demandèrent à voix basse ce qu’il comptait faire. Il les chassa de la main et ne leur dit mot. Elles allèrent alors se cacher dans l’ombre de la salle et attendirent. Dès qu’il tourna les talons, la joyeuse compagnie remplit les gobelets et les filles, bien que peu rassurées sur leur sort, s’en retournèrent vers les hommes et les choses reprirent leur cours : conversations bruyantes, chants, jeux et pelotage dans la douce chaleur de la grande cheminée et dans des odeurs de fricots et viandes rôties qui mettaient la galerie de bonne humeur.

 

 

Le lendemain, au petit matin, avant que le crieur n’annonçât dans les rues que les bains étaient chauds : « Seigneurs, venez vous baigner et étuver sans plus attendre... Les bains sont chauds, c’est sans mentir »», Perrot Gillot visita les étuves et les bains publics. Ces hauts lieux d’exercice de ces dames de petite vertu étaient installés près du Mau et du Nau, rue de la Bassinerie, rue du Pont de Putte-Savatte et autres. […]


La suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com 

 
 
 
 
 
 
 
 

 


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• 28/01/2014 - Histoires chaalonnaises drolatiques ou dramatiques

Histoires chaalonnaises

drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Tome 1

 

Editions du Petit Catalaunien Illustré

Décembre 2014

12 euros + frais de port

86 pages ou version pour malvoyants : 112 pages

catalaunien@gmail.com      wwww.catalaunien.net

 

Des articles de presse et des documents d'archives sont à l'origine de ces histoires qui se déroulent dans le Châlons-en-Champagne du Moyen Age, du XVI ou du XVII ème siècle. L'histoire de la ville tisse la toile de fond de ces récits et l'imagination de l'auteure en comble les lacunes. Qu'ils/elles soient orpheline, berger, apprenti savetier, prévôt, vidame, apothicaire, manouvrier ou assassin, les personnages de ces nouvelles vivent leur vie rencontrant souvent l'Histoire, la Grande Histoire de France.

 

au sommaire :

Une autre histoire de la fille sauvage

Le savetier et la pucelle

Le chien et le mouton

Les fillettes du prévôt

Alfred, le mouton libre

Conte d'apothicaire

Qui a peur du grand méchant loup

L'affaire du pain noué empoisonné

Une truie au gibet

Ysabeau de Chaalons

 


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• 26/01/2014 - Une autres histoire de la fille sauvage

Une autre histoire de la fille sauvage

 

Mon bien cher frère,

Nous voici enfin installés dans cette bonne ville de Hollande où tout est calme et policé. Mon époux, Monsieur l’Ambassadeur, est rarement présent et comme vous pouvez l’imaginer, je m’ennuie. Je songe souvent à votre Champaigne et aimerais avoir de vos nouvelles. Que se passe-t-il là-bas ? Des choses extraordinaires paraît-il ! Je viens de lire dans Le Mercure de France qu’on a trouvé sur le haut d’un arbre fort élevé, dans un cimetière, près de Vitry, une fille sauvage d’environ dix-huit ans. On dit qu’elle ne se nourrit que de feuilles d’ormes, de grenouilles et de chair crue qu’elle dévore avec avidité. Je suis pleine de curiosité pour cette histoire. Pouvez-vous m’en dire plus ? D’où vient-elle ? Que faisait-elle dans la forêt ? Etait-elle seule ? Bref, apportez-moi tous les détails qui alimenteront mon imagination et m’aideront à passer le temps.

Votre attentionnée,

Adélaïde

La Haye

Le 2 novembre 1731

*****

Chaalons, le 10 novembre 1731

Intendance de Champaigne

 

Ma bien chère sœur,

Pour assouvir votre curiosité je vais vous raconter ce que j’ai ouï dire au sujet de cette fille sauvage. Croyez-moi, il y  a plusieurs versions de cette histoire et j’ai eu du mal à rassembler des renseignements cohérents. Pour votre plaisir, j’ai récupéré tous les éléments intéressants. Je me suis pris au jeu de cette reconstitution et j’ai écrit ce récit pour vous réjouir et combler votre ennui.

Dans la soirée du 8 septembre 1731, un berger, qui rassemblait son troupeau de moutons près de Songy, aperçut un drôle d’animal perché dans un arbre. Intrigué par cette bête dont il distinguait mal les formes, il s’approcha. Là, à travers les feuilles, il vit deux yeux dans un visage brun, entouré d’un poil hirsute, qui ressemblait à celui d’un humain. Ces yeux le fixèrent un moment puis disparurent. Il eut le temps de voir deux bras et deux jambes monter de branche en branche. Le berger avait entendu dire que l’avant-veille, une drôle bête avait été vue près du cimetière et qu’on avait tiré dessus. Elle mangeait des pommes perchée dans un arbre. Les domestiques du château avaient aussi raconté qu’un gros chien avait eu le crâne fracassé par ce même être muni d’un gros morceau de bois.

la suite dans :

Histoires Chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

12 euros + port

86 pages ou version malvoyants : 112 pages

www.catalaunien.net

mailto:catalaunien@orange.fr

 

 


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• 26/01/2014 - Le savetier et la pucelle

Le savetier et la pucelle

 

Le jeune savetier est à peine entré dans l’échoppe que Maître Jacquemet le gourmande : « Qu’as-tu donc fait malheureux ! » Tout en mettant son tablier, Colin l’interroge du regard.

« Tu fréquentes la fille de ce gredin d’Eloy Peuthomme ? »

L’apprenti, étonné que son maître soit au courant, avoue son crime rien qu’en rougissant. On ne peut pas considérer qu’il fréquente Manon car ses parents ne sont pas au courant de leur inclination mais on peut dire qu’il est amoureux. Lui-même ne s’est pas posé la question. Il est heureux et tout ce qu’il regarde est empreint d’une belle et chaude lumière en cette fin d’hiver pourtant brumeuse.

 

Son maître le regarde d’un air courroucé mais Colin est perdu dans ses pensées. Maître Jacquemet l’attrape par l’épaule et le secoue. Mais au fait, qu’a-t-il dit ? Il a l’air d’attendre une réponse. Alors Colin lui répond ce qui lui passe par la tête et qui lui permettra de se sortir de ce pétrin : « Bien sûr maître. »

Sans perdre de temps, il s’installe sur son escabelle et saisit la botte qu’il avait commencée à recoudre hier. Maître Jacquemet, ébahi par la réponse, a du mal à se persuader qu’il a bien entendu. Voyant son ouvrier à l’œuvre, il retourne à son travail.

 

La matinée se passe en silence, chacun travaillant dans son coin, plongé dans ses réflexions. Parfois Maître Jacquemet lève la tête, regarde son commis et croit percevoir un sourire sur ses lèvres. Voit-il vrai ? Il pense beaucoup de bien de ce jeune savetier et veut le marier à Nicolette, son unique enfant. Il l’a déçu. Il soupire. Ces jeunes inconscients, doit-on faire leur bonheur malgré eux ? Et d’ailleurs qui parle de bonheur ? On se marie parce qu’il faut maintenir ses intérêts et non pas parce qu’on s’aime. Qui parle d’amour ? S’est-il marié par amour, lui ? Le père de Berthe était savetier, lui était apprenti… Colin fera un très bon gendre car il est un apprenti prometteur. Il reprendra l’échoppe ; ainsi sa succession et sa retraite seront assurées. Il est vrai que sa fille n’est pas bien belle, trop maigre, l’œil torve, de grosses lèvres qui l’empêchent de sourire, dirait-on. Un peu le portrait de sa mère… Berthe, il ne l’avait pas choisie, sinon il en aurait pris une plus belle. Il se souvient alors de Marie. Son visage s’éclaire et, les yeux perdus dans ce rêve ancien, ses mains s’arrêtent de travailler. Il revoit sa gracieuse silhouette, son regard bleu comme un ciel d’été, sa blondeur à peine cachée sous son voile… Soudain l’ombre du gigantesque Maître Mahieu, armé d’un tranchet, vient effacer ce tableau : « Va-nu-pieds, vaurien, laisse ma fille tranquille ». Et lui se sauvant par les ruelles comme s’il avait le diable à ses trousses. Puis, il ne vit plus Marie, seulement à la messe du dimanche, aux côtés de sa mère. Peu religieux, il n’y allait rien que pour l’apercevoir, entre deux piliers, à l’église Sainte-Catherine. Puis il dut se faire une raison, après bien des tourments, lorsqu’il sut que le grand Mahieu donnait sa fille à l’Eloy Peuthomme. Les cordonniers avec les cordonniers, les savetiers avec les savetiers, rien n’a changé. Colin, orphelin de mère à sa naissance et fils de feu Maître Jehansson, savetier de son état, qui mourut trop tôt pour passer la main à Colin, doit rester dans sa corporation pour honorer la mémoire de son père. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle il l’avait pris en apprentissage dès son plus jeune âge. L’esprit de confrérie est important. Il n’allait quand même pas le laisser partir chez les cordonniers, même si les gens pensaient que c’était un état plus honorable que la savaterie. Il est vrai que, s’ils ont le monopole du raccommodage, les savetiers ne peuvent confectionner de chaussures qu’en vieux cuir. De plus, les cordonniers exercent sur eux un droit de surveillance très étroit : ils visitent leurs ouvrages et y apposent des marques. Il soupire à nouveau : s’il avait pu épouser Marie…

 

 

Il se remet au travail mais ses pensées continuent à courir. Manon est le portrait de Marie. Je comprends Colin mais… Des pas, qui descendent l’escalier très raide menant des pièces d’habitation au rez-de-chaussée réservé à l’atelier, se font entendre. La tête de Nicolette apparait pour appeler son père et l’apprenti. Les deux hommes montent et s’assoient autour de la table. Berthe sert aussitôt le bouillon de poule. Nicolette pose une assiette de fromage et un gros pain devant eux. Maître Jacquemet réclame du vin que sa fille s’empresse d’apporter.

 

 

 

Rapidement, le savetier et son apprenti quittent le fumet de la cuisine pour retrouver celui du cuir. Même vieux, ce cuir, ce cordouan, sent bon. Il a cette odeur chaleureuse qui, lorsque Colin ferme les yeux, le ramène dans l’atelier de son père. Il le revoit ranger ses outils chaque soir, le tas des cuirs à réutiliser au fond de l’atelier et, sur l’étagère, les guêtres, les demi-bottes, les bottes, les bottines avec leur pointe relevée qui attendent des soins. L’échoppe de Maître Jacquemet est assez semblable à celle de son père, mais celle-ci donnait sur la rue de Neufbourg, là où habite Manon, alors que celle de Maître Jacquemet a pignon sur la rue de Brebis. S’il les a tant arpentées qu’il les connait par cœur, ces rues étroites et biscornues avec leurs maisons de torchis à pans de bois et leur encorbellement au-dessus des échoppes, c’est pour essayer de voir Manon : Manon qui va à la messe, son missel à la main ; Manon qui rend visite à sa marraine, une tourte ou un gâteau dans un panier ; Manon qui va chez l’apothicaire pour acheter des chandelles, des herbes ou un onguent, toujours accompagnée de sa mère…

 [...]

 

Des trompettes se font entendre. Ils sursautent. Se retrouvant au milieu de cette marée humaine, ils se prennent la main et avancent avec les autres sur la route. On ne voit rien et Manon veut voir ! Alors Colin avise un arbre et lui propose de monter dedans. Il l’aide à grimper sur une branche. Sur leur perchoir, ils ont une vue splendide sur le cortège qui s’avance. Il arrive par Coolus et Compertrix. Malgré le nuage de poussière soulevée par l’armée et sa suite, les armures des chevaliers brillent au soleil. « Ils sont tous là », dit un bourgeois installés à l’ombre de leur arbre, « je ne les connais pas mais je sais leur nom : Dunois, La Trémouille, La Hire, Poton de Xaintrailles, l’amiral Louis de Culant, le sire de Graville, grand maître des arbalétriers, le seigneur de Boussac et Gilles de Rais, maréchal de France, Thibaut d’Armagnac, sire de Termes, bailli de Chartres, Robert Lemasson, seigneur de Trèves, Robert de Rouvres, évêque de Seez et Jean de Saint Michel, évêque d’Orléans. MM Coignet et de Budes, conseillers du roi. »

 

 

Des hérauts, munis de trompettes, sonnent à intervalles réguliers. Les pages les suivent, tenant l’étendard royal d’azur semé de fleurs de lys d’or. Puis vient Charles, le Dauphin, à la tête de ses barons. Jehanne arrive avec son étendard de soie blanche, Dieu trônant en sa majesté, entouré de deux anges avec l’inscription « Jhesus Maria ».

La Pucelle est armée de toutes pièces, sauf la tête, et tient une petite hache à la main. Tout de blanc vêtue, elle est montée sur un grand coursier noir, fière mais son port est sans orgueil, joyeuse mais sans rien perdre de sa réserve. Son écuyer d’Aulon, son page Louis de Contes, son aumônier Pasquerel, l’entourent. Ensuite les cavaliers passent, suivis par les nombreux hommes à pied. On dit qu’ils sont en tout une douzaine de milliers, certains en armes, d’autres tenant des fourches, de braves gens qui, venant de toutes les provinces, ont accompagné le Dauphin et la libératrice depuis Orléans.

 

 

Les Chaalonnais se joignent à cette troupe qui est affamée et décrépie. Mais les étendards et les pennons aux couleurs des chevaliers sont portés hauts. Manon et Colin descendent de leur arbre et courent jusqu’en haut de la côte afin de suivre le cortège.

 



 la suite dans

Histoires chaalonnaises drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2013

20 euros + port

86 pages ou version malvoyant : 112 pages

catalaunien@gmail.com 

 



 

 

 


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• 25/01/2014 - Histoires chaalonnaise drolatiques ou dramatiques

Histoires chaalonnaises

drôlatiques ou dramatiques

de Sabine Schepens

Tome 1

 

Editions du Petit Catalaunien Illustré

Décembre 2014

12 euros + frais de port

86 pages ou version pour malvoyants : 112 pages

catalaunien@gmail.com  wwww.catalaunien.net

 

Des articles de presse et des documents d'archives sont à l'origine de ces histoires qui se déroulent dans le Châlons-en-Champagne du Moyen Age, du XVI ou du XVII ème siècle. L'histoire de la ville tisse la toile de fond de ces récits et l'imagination de l'auteure en comble les lacunes. Qu'ils/elles soient orpheline, berger, apprenti savetier, prévôt, vidame, apothicaire, manouvrier ou assassin, les personnages de ces nouvelles vivent leur vie qui rencontre souvent l'Histoire, voire se fracasse sur l'Histoire, la Grande Histoire de France.

 

au sommaire :

Une autre histoire de la fille sauvage

Le savetier et la pucelle

Le chien et le mouton

Les fillettes du prévôt

Alfred, le mouton libre

Conte d'apothicaire

Qui a peur du grand dméchant loup

L'affaire du pain noué empoisonné

Une truie au gibet

Ysabeau de Chaalons


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• 31/08/2013 - un nouveau roman de Bruno Malthet : Les mémoires de Baptiste Bouc-Bigot

 

 Les Mémoires de Baptiste Bouc-Bigot

 

Depuis la sortie en 2006 de « L’inconnue du grand bazar », mes amis me relancent régulièrement pour que j’en écrive la suite.

Pour répondre à cette impatience, j’ai décidé de renouer avec un genre littéraire aujourd’hui passé de mode, le feuilleton, et de publier cette suite sur un blog dédié : http://memoires-de-bouc-bigot.hautetfort.com.

 La parution des épisodes de ce roman devrait suivre un rythme hebdomadaire jusqu’au printemps 2014, voire au-delà. Elle sera entrecoupée de notices qui composeront les « Biographies chaalonnaises ». Ces notices permettront à tous ceux qui navigueront dans le monde imaginaire de mes romans de mieux cerner ses principaux personnages.

 Pour ne manquer aucun épisode, inscrivez vous sur mon blog. Vous recevrez ainsi une lettre d’information électronique après chaque mise à jour.

 Bruno Malthet

 

A bientôt, donc, sur

  http://memoires-de-bouc-bigot.hautetfort.com

 PS : Bien évidemment – mais ai-je vraiment besoin de le rappeler ? – toute ressemblance avec des personnages et événements existant ou ayant existé serait une pure coïncidence.

 


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• 29/08/2012 - 99 moutons et un champenois... à la foire de Châlons

 

 

 

pour plus d'info : www.catalaunien.net


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• 26/12/2011 - Histoire de la foire de Châlons-en-Champagne


La Foire des origines

 

En 1861, nos aînés étaient fort curieux de découvrir au Jard un concours régional agricole et une exposition industrielle. Comment se déroulèrent ces manifestations ? Qui sait qu’elles constituèrent la plus grande exposition agricole et industrielle jamais tenue à Châlons? Qu’elles réunirent plus d’exposants que la Foire de Châlons d’aujourd’hui ? Qu’elles constituent la matrice qui donna naissance à la première foire-exposition dont la foire de Châlons actuelle est l’héritière ?

 

Pour en savoir plus :  le Petit Catalaunien Illustré Hors série  "Foire de Châlons" (septembre 2011)

http://www.catalaunien.net/

catalaunien@gmail.com 

 

 
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• 26/12/2011 - Le Capitole en Champagne : les dessous d'un scandale

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Le Capitole en Champagne :

 les dessous d'un scandale

au sommaire du numéro 73 Printemps 2011 du Petit Catalaunien Illustré :

De la délinquance environnementale

En attendant le jugement sur le fond

Que dit le code de l’environnement

Le référé de l’association

L’eau et le gaz

Petite leçon d’histoire

Riverains : poussez-vous !

Spectateurs en vadrouille !

La folie des grandeurs

Un tramways nommé désir

Les bouilleurs de crues

Un parc inondable par remontée de nappe ?

La réponse de l’association

 

Pour en savoir plus :  le Petit Catalaunien Illustré Hors série  "Foire de Châlons" (septembre 2011)

http://www.catalaunien.net/

catalaunien@gmail.com 


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• 26/12/2011 - Trois résistants des temps modernes

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Contre pouvoir en Champagne-Ardenne

Trois résistants des temps modernes

"En Champagne-Ardenne, portraits croisés de 3 résistants des temps modernes. Ils auraient pu être des citoyens ordinaires, mais leur vie les a conduit sur d’autres terrains". Parmi eux, Bruno Malthet, président de l'association Nouvelle Catalaunie."

Un reportage de Cédric Picaud accessible sur le site de France 3 Champagne-Ardenne

www.catalaunien.net

catalaunien@gmail.com 


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• 13/06/2011 - Saute paillasse !

Un mot peut en cacher un autre…

Saute paillasse !

Ou comment un coquin et une coquine bernèrent un pauvre mari

 dans une couverture pour le trousser

 

 Non, il ne s’agissait pas du salon que la belle et intelligente Juliette Récamier aurait pu tenir à Châlons, exilée alors en province par Napoléon 1er « pour mauvais esprit dans les sociétés »*. Si cela avait été le cas, on aurait pu y rencontrer René de Chateaubriand, Mme de Staël, Prosper Mérimée, Benjamin Constant, Eugène Delacroix, Alfred de Musset, Stendhal, Victor Hugo, Sainte-Beuve…  Il ne s’agissait que d’un salon que fréquentaient les bourgeois châlonnais, car c’était là où il fallait paraître pour « exister ». Il y avait dans ce salon des demoiselles sagement assises, entourées de leurs mères, des messieurs bien usagés, même si certains avaient un langage de velours qui heurtait les oreilles, fumant un gendarme en tranchant du bel esprit. Ces dames les regardaient à la dérobée derrière leur éventail et échangeaient quelques lardons à l’encontre de l’un ou de l’autre. Entre elles, même les plus sempiternelles, les sanglaient, bêchaient et leur destinaient des paquets. Et finalement elles disaient, tout en pensant le contraire, qu’aucun ne leur chaussait. Elles les accoutraient : celui-ci était une perruque à l’esprit tardif, celui-là un vieux peinard, cet autre avec son crachat, était un patineur. Soit ils fripaient soit ils étaient cancres, taquins,  voire même crasseux. Les uns étaient trop truculents ou bien amphibies, les autres baroques ou encore trompettes.  Un de ces hommes était dans son tripot, c’était un chandelier dont toutes avaient connaissance, sauf les demoiselles bien sûr, et dont certaine, celle qui portait un carcan, se servait. Tout le monde le savait, sauf son benêt de mari auquel elle avait raconté des canards. Lui, sans grande visière, avait tout cru et le surveillait de près. Par contre, il tenait en grande estime un garçon spécieux, brave mais pas très soutif, qui courtisait son épouse. Il est vrai que celui-ci excellait dans l’art de niveler. D’ailleurs le mari invitait tous les mardis l’amant croyant qu’il était son meilleur ami et pensait pis que pendre de celui qu’il soupçonnait. Son « ami » acceptait la semonce de l’habituel ambigu. Ce jour-là, la dame en question fricassait toute la matinée avec les fournisseurs pour acheter des oripeaux, s’ajustait, se tapait les cheveux puis piaffait bien imprudemment pendant le dîner. Crevé, le pauvre homme ne pouvait pratiquement plus se déplacer. C’était peu de dire qu’il n’était pas près d’être lascif !  

Un soir, il demanda à son invité d’avaler les bouteilles à la cave car il n’avait pas confiance en ses domestiques. Il lui donna la clé. Elle descendit avec le coteau pour lui prêter main forte. Celui-ci était tout pétillant de la retrouver et la patina dès qu’ils furent dans la cave. Aucune lanterne ne permettait au mari, qui d’ailleurs ne se doutait de rien, de les surveiller. Ils n’avaient aucune vedette mais ne craignaient rien d’un tel violon. Demain comme un carabin, il la retrouverait dans leur vide-bouteille mais à cet instant-là, ils ne voulaient pas saler leurs baisers et en profitaient. Ils n’auraient pas besoin d’un pénitencier et ne risquaient pas d’être branchés ! Ils finirent par remonter et le mari, qui ne connaissait pas son atout, habillé d’un pet-en-l’air, s’alluma alors dans son fauteuil et distribua les fougères. Puis saisissant un grand couteau...

La suite dans le Petit Catalaunien Illustré N°54 printemps 2006 

pour toute information consulter le site www.catalaunien.net

mailto:catalaunien@gmail.com

Mots extraits de l'ouvrage "Saute paillasse ! les sens cachés des mots de la langue française" d’Alain Duchesne et Thierry Leguay, ed. Larousse

 


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• 13/06/2011 - Les crues de la Marne

Les crues de la Marne des origines à nos jours.

Histoire des inondations mémorables

 

Qui l’eût crue ? La plus connue des crues de la Marne est celle de 1910. Elle ne se contenta pas de faire couler beaucoup d’encre dans la presse locale, ni d’eau sous son pont. Le 22 janvier 1910, elle alla rejoindre son ancien lit et coula sous le pont du canal, monta pour cela jusqu’à 5,42 m, inonda tous les quartiers environnant et, profitant d’une brèche au niveau de Saint-Martin, alla ravager Recy et surtout Juvigny avant d’aller envahir Paris et causer un désastre national. ... 

Ce numéro hors série du Petit Catalaunien Illustré nous conte par le détail les grandes inondations que connut Châlons au XIXe et XXe siècles. Il nous fait également découvrir les mesures prises depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours pour prévenir les inondations à Châlons. Il s’intéresse enfin au spectre de la grande inondation de 1910, qui, malgré le lac du Der, hante encore Châlons, comme Paris. Il explique pourquoi la publication du plan de prévention du risque inondation, initialement prévue fin 2009, fait s’arracher plus d’un cheveu à nos élus.

 

Le Petit Illustré Hors série (janvier 2010)

site www.catalaunien.net

catalaunien@gmail.com 


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• 3/11/2009 - L'oppidum de La Cheppe et les Champs catalauniques

La chute de la lune ?

Roger Canard nous raconta la controverse passionnée qui divisa les historiens et érudits locaux concernant le site de la fameuse bataille des Champs Catalauniques. A l’occasion, il nous confia le texte d’une nouvelle qui, nous dit-il, "intéresserait peut-être vos lecteurs". Elle attribue la création de l’oppidum de La Cheppe à la chute de la lune ou, plus sûrement, d’une météorite, qui aurait donné lieu à un culte celtique.

 

Le mystère [des origines de l’oppidum de La Cheppe] restait donc entier jusqu’à ce qu’un modeste chercheur châlonnais émette une hypothèse curieuse et audacieuse jamais avancée et à laquelle personne n’avait songé, hypothèse séduisante et corroborée par des constatations irréfutables. J’ai eu la chance d’être honoré de la confiance de ce châlonnais féru d’histoire, aujourd’hui disparu.

Après avoir exercé les fonction de médecin en Algérie, il était venu s’installer à Châlons en qualité de praticien homéopathe. Beaucoup de Châlonnais doivent encore se souvenir du Docteur Alexis Gensoul, petit homme affable et réservé qui formait avec sa femme, une personne opulente et à la forte personnalité, ce genre de couple cher au dessinateur Dubout. […]

"Connaissez-vous le "Camp d’Attila ?", me demanda-t-i1 un jour. Bien sûr que je connaissais?! Et je lui contai alors combien, étant écolier, j’avais été impressionné par les terrifiants récits des invasions barbares relatant notamment les cruautés commises par Attila, "?le fléau de Dieu?". Je lui révélai que dès mon arrivée en Champagne, je m’étais empressé d’aller visiter ces lieux chargés d’histoire, lieux envoûtants où la légende prétend que par certaines nuits de tempête les âmes des guerriers morts reviennent pour continuer à s’y entre-déchirer (voir le récit "?La bataille des Champs Catalauniques?").

Le visage de mon interlocuteur s’illumina d’un large sourire. "?Vous n’êtes pas le seul, déclara-t-il, à ressentir l’étrange atmosphère qui règne en cette plaine mélancolique et mystérieuse. Je m’y rends souvent, toujours avec le même intérêt?; je connais les moindres détails de ce sol tourmenté et, croyez-moi, à chacune de mes visites j’apprends des choses nouvelles?".

J’étais profondément intéressé et posai aussitôt à ce spécialiste la question qui fit couler tant d’encre et donna lieu à tant de controverses. "?Où donc d’après vous, s’est déroulée la fameuse bataille???".

"Oh, la question du lieu est secondaire, répondit-il?; il est à penser que les Huns, poursuivis par Aetius et Mérovée, eurent à livrer depuis Orléans de nombreux combats d’arrière garde et qu’Attila a utilisé 1’immense oppidum de La Cheppe pour s’y retrancher. Ce qui est le plus important, c’est de savoir comment ce cirque de 1 km 700 de circonférence a été créé?".

J’avouai mon ignorance. "?Personne n’a songé à donner l’explication à laquelle l’étude minutieuse des lieux m’a amené, poursuivit mon interlocuteur. C’est surprenant de la part de spécialiste, tellement cela est évident?! Voulez vous que je vous expose rapidement les conclusions de mes études???". Vous devez vous douter combien j’avais hâte de savoir et c’est avec empressement que j’invitai mon interlocuteur à me livrer ses révélations. Il ne demandait que cela et ne se fit pas prier.

"Vous n’avez pas été sans remarquer, commença-t-il, comme les environs du camp sont riches en buttes préhistoriques qui attirent forcément l’attention dans ces étendues absolument plates. Voyez donc, ajouta-t-il en dépliant une feuille de cahier au centre de laquelle était figuré le camp avec, sur son pourtour, les buttes de Vésigneul-sur-Coole, Poix, Auve, Bussy-le-Château, Hans, Nantivet, Saint-Jean-sur-Tourbe, Saint-Hilaire-le- Grand, Chavot... Vous ne remarquez rien, me demanda-t-il???".

J’eus beau observer avec attention, force me fut d’admettre que je ne notais rien de particulier. "?Et maintenant???", demanda-t-il après avoir tracé les droites reliant les buttes entre elles

"Je crois discerner des figures géométriques, dis-je, mais tellement imbriquées les unes dans les autres qu’il me faudrait beaucoup de temps pour les déterminer avec précision?".

Le brave docteur sembla tout réjoui par ma réponse. "?Vous êtes sur la bonne voie, me dit-il avec chaleur, et je vais vous aider. Voyez-vous, ces buttes n’ont pas été érigées n’importe comment. Personne ne s’est encore soucié d’étudier leur répartition topographique. Moi, je l’ai fait et cela m’a conduit à des constations surprenantes. Regardez?: vous pouvez constater que chaque butte est érigée en fonction d’un alignement d’au moins trois buttes. Ce n’est pas une coïncidence, c’est une règle. Et il y a une deuxième règle qui peut s’énoncer ainsi?: toute butte se trouve à égale distance de deux autres buttes, si bien que dans le quadrilatère Saint-Hilaire le Grand, le Chatelet, Poix, Hans, on peut construire neuf triangles isocèles dont aucun ne comporte une butte incluse dans son aire. Cela ne peut pas être le résultat du hasard et nous sommes bien obligés d’en déduire que cette zone avait revêtu une telle importance pour nos ancêtres qu’ils avaient voulu en la "marquant" de tout ces repères porter témoignage d’un avènement qui avait frappé d’effroi et de stupeur leur imagination. Or les traces de cet événement existent c’est cet immense cratère qui n’a pu être formé que par la chute d’une météorite. Et en partant de cette hypothèse, tout devient clair et évident?".

"C’est une explication séduisante, mais tous les historiens s’accordent pour faire de ces buttes des monuments funéraires?", objectai-je.

"Je sais, mais c’est absolument faux, affirma-t-il avec force. Les fouilles n’ont jamais rien révélé d’un culte funéraire, il s’agit bien de vestiges ayant une signification religieuse et témoignant d’un culte orienté vers les puissances célestes. Ce sont des hauts lieux comme on en rencontre partout à la surface du globe et ces buttes ont le même rôle magique que les menhirs d’Auvergne ou de Bretagne?".

"Mais, questionnai-je, s’il s’agit d’une météorite, on aurait dû en retrouver des fragments???".

"Ce n’est pas évident, expliqua-t-il, dans la plupart des cratères d’origine météorique, la masse principale du corps céleste n’a jamais été retrouvée. Les bolides explosent souvent au moment de toucher le sol, provoquant un cirque rond ou ovalaire au fond plat et avec un rebord plus ou moins relevé. Aux alentours se forment des petits cratères nombreux et de formes variées. J’ai étudié sur plans et photos les principaux cratères d’origine météorique disséminés dans le monde, celui de Cook-Butte en Arizona, de Bushveld au Nord de Johannesbourg, de Sudburq au Canada, de Wolferek en Australie et de nombreux autres?: je puis affirmer sans aucune crainte de me tromper que le cirque de La Cheppe a bien été formé par la chute d’une météorite.

La suite dans le Petit Catalaunien Illustré N°67

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• 27/10/2009 - La guerre oubliée

En 1870, le souvenir de l’occupation de Châlons sur Marne en 1814 et 1815 par les Prussiens, à qui Napoléon vient de déclarer la guerre, est encore très vif. Elle est toujours synonyme d’exactions et d’effrois, malgré la bravade et le patriotisme dont font preuve les Châlonnais dans l’euphorie du mois de juillet. Près d’un siècle et demi après, cette guerre est oubliée et a été très peu étudiée au niveau local. Le Petit Catalaunien Illustré raconte l’Histoire "?à chaud?" de cette guerre à Châlons en s’appuyant essentiellement sur la presse locale de l’époque.

Comment Châlons se prépara à la guerre de 1870

?"?On entend chanter partout?: Bismark, si tu continues

De tous les Prussiens n’en restera guère

Bismark, si tu continues,

De tous les Prussiens n’en restera plus.

Cela se hurle dans les rues et dans les cafés?" de Châlons.

L’été 1870 commence bien pour Napoléon III. Si les élections législatives des 23 et 24 mai 1869 avaient été une semi-défaite, le plébiscite du 8 mai 1870 est un triomphe. 82% des Français ont répondu "?oui?" à la question posée?: "?le peuple approuve les réformes libérales opérées dans la constitution depuis 1860 par l’Empereur avec le concours des grands corps de l’Etat et ratifie le sénatus-consulte du 20 avril 1870?" qui fit du Sénat la seconde chambre législative en lui retirant son pouvoir constituant. L’opposition à l’Empereur, désemparée par l’habileté de la question, est essentiellement urbaine. Paris, frondeuse par nature, vote majoritairement contre le plébiscite. Dans la Marne, Reims ne l’approuve qu’à 57%, loin derrière Châlons, qui lui accorde 67% de ses suffrages, et le département (87%). Si l’abstention, préconisée par une partie de l’opposition, est importante – 28% à Reims et 25% à Châlons, contre 12% dans le département – le Journal de la Marne la minimise de près de moitié, en ce qui concerne Châlons, en retirant des abstentionnistes les morts, les militaires comptés à part et les électeurs ayant quitté la ville, ce qui lui permet de conclure que "?la question soumise aux électeurs étaient posée entre l’Empire et la Révolution. […] Le département de la Marne peut être fier à bon droit du chiffre imposant par lequel les électeurs ont manifesté leur attachement pour le gouvernement impérial et leurs haines des révolutions. La presque unanimité de 1852 s’est retrouvée en 1870?".

L’Empire, plus fort que jamais, allait cependant rapidement retrouver une agitation extrême début juillet avec la révélation de la candidature Hollenzollern au trône d’Espagne soutenue par la Prusse. Malgré la reculade allemande, l’intransigeance française poussée par l’impératrice Eugénie et les "?Mamelouks?" du régime, désireux d’en découdre avec la Prusse, allait conduire à la déclaration de guerre. "?Il faut en finir?", peut-on lire le 15 juillet dans le Journal de la Marne pour qui le gouvernement doit apporter "?une paix définitive ou une déclaration de guerre?" et qui note que "?La chambre est belliqueuse… L’Empereur est de retour aux Tuileries?; symptôme belliqueux?".

?On chanta la Marseillaise rue de Marne

Manifestement, si on veut bien en croire "?un couplet champenois?" que le Journal de la Marne publie, la puissance militaire de la Prusse n’effraie aucunement les habitants de la région?:

Nous sommes les enfants de ceux

Qui prirent Berlin et Vienne.

Le Prussien menace?: qu’il vienne

Dans le pays du vin mousseux?!

Nous lui gardons un accueil chaleureux. (bis)

Le paysan de la Champagne

Ne fait pas fi d’une honorable paix?;

Mais, différent du vin de sa campagne,

Il ne se laisse pas frapper?! (bis)

Tous les journaux s’emplissent de chants guerriers et le camp de Châlons n’est pas en reste. Un de ses officiers, avant de partir pour les bords du Rhin, en compose un, intitulé "?Sus aux Prussiens?!?" qui est allègrement chanté dans les cafés-concerts de Mourmelon et commence ainsi?:

Qu’ai-je entendu??… Dans notre belle Alsace

C’est le Prussien qui se vante d’entrer?!

Braves Français, sur lui courons en masse?;

Qu’il meure avant d’y pouvoir pénétrer?!

Partout, malgré les mises en garde de l’opposition et de Thiers, les prémices de la guerre suscitent l’enthousiasme. Après Paris, des manifestations belliqueuses ont lieu à Reims où "?à la nouvelle de la déclaration officielle de la guerre, plusieurs bandes de trois […] à quinze cents citoyens ont parcouru la ville, drapeau en tête, chantant la Marseillaise et criant?: "?A bas la Prusse, à bas Bismarck, vive la France, vive l’Empereur"?". Châlons suit le 18 juillet où trois cents manifestants, des collégiens, employés et ouvriers, remontent la rue de Marne derrière le drapeau tricolore en chantant la Marseillaise. Six jours plus tard, cet hymne, jusqu’alors interdit car considéré comme révolutionnaire, devient patriotique et est à nouveau entonné par la musique de l’Ecole des Arts et Métiers au moment où les élèves rentraient en ville de leur promenade. Elle est aussitôt suivie par la population qui, emboîtant le pas aux élèves, les suivit dans les principales rues de la ville en chantant le "?glorieux refrain?" et en causant une vive impression.

?"?à Berlin?!

à Berlin?!?"

La mobilisation, décrétée par Napoléon III, ne passe pas inaperçue dans la Marne. Au camp de Châlons, toutes les troupes sont consignées et, dès le 18 juillet, les derniers régiments le quittent après avoir défilé, musique en tête, aux cris de "?à Berlin?! à Berlin?!?". Le camp n’est cependant pas déserté?: les régiments laissent la place à la garde mobile tandis qu’une partie des baraquements est transformée en ambulances générales de l’armée. La garnison de Châlons, composée des escadrons de guerre du 10e cuirassiers et de quelques compagnies du 1er de ligne, reçoit également l’ordre de départ. La gare de marchandises de Châlons est mise à disposition de l’administration de la guerre et ne reçoit plus d’autres marchandises que les céréales et les denrées alimentaires. Les trains de troupes se succèdent d’heure en heure à la gare de Châlons et une foule considérable vient acclamer les soldats qui entonnent des chansons belliqueuses. "?Cet adieu des Châlonnais à nos troupes, c’est peut-être la voix de la patrie se faisant entendre une dernière fois à elles avant de passer la frontière?". La gare est pavoisée et ornée de rameaux. Les troupes de passage, ces "?voyageurs pour Berlin?", lancent des "?Vive Châlons?! Vivent les Châlonnais?" lorsqu’ils reçoivent les rafraîchissements et les pains qui leur sont offerts. L’initiative en revient au Préfet et à quelques négociants châlonnais, parmi lesquels se distingue Emile Dagonet. Il recevra, avec les personnes se dévouant pour ces distributions à toute heure du jour et de la nuit, les plus vives félicitations du maréchal Canrobert lors de son passage à Châlons dans la nuit du 24 au 25 juillet. La garde impériale ferma le ban en passant, deux jours durant, par la gare de Châlons sous les applaudissements de la foule.

?En attendant la garde mobile

Châlons, désormais démunie de garnison, attend l’arrivée de deux bataillons de gardes mobiles des arrondissements de Châlons et Epernay dont l’instruction militaire est confiée au général Susbielle. Combien seront-ils??

Suite de l’article dans le numéro 68 du Petit Catalaunien Illustré

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• 16/05/2009 - Jean-Pierre Ravaux : le meilleur des Catalauni

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Jean-Pierre Ravaux : le meilleur des Catalauni

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Par Bruno Malthet

Le 11 avril 2008 disparaissait Jean-Pierre Ravaux à l’âge de 66 ans après une vie consacrée aux musées, à l’histoire et au patrimoine de Châlons-en-Champagne. Le 16 mai, la Ville de Châlons rendra hommage à ce grand érudit en inaugurant un passage portant son nom.

Son amabilité et ses connaissances le rendirent vite indispensable dans de nombreuses sociétés savantes, comme les sociétés académiques de Châlons, Reims et Epernay, mais aussi dans les associations de défense et de mise en valeur du patrimoine, telles que les Amis du Vieux Châlons, la Nouvelle Catalaunie, les Amis des Musées de Châlons, l’Office de Tourisme ou encore les Amis de nos églises. Erudit, Jean-Pierre Ravaux le fut pleinement. Il n’est, pour s’en convaincre, qu’à parcourir l’imposante bibliographie composée de 140 articles et ouvrages qu’il publia sur l’histoire et le patrimoine.

De 1970 à 2002, Jean-Pierre Ravaux exerça sa mission de conservateur des musées de Châlons comme un sacerdoce en poursuivant un seul objectif : leur donner la place qui doit leur revenir dans la vie d’une capitale régionale. Il avait pour y parvenir un atout, la richesse des collections, et un handicap, le profond désintérêt des élus. Si le résultat n’a pas été toujours à la hauteur de ses espérances et des promesses qui lui furent faites, Jean-Pierre Ravaux n’en demeure pas moins l’architecte de la renaissance des musées de Châlons. En prenant sa retraite en mai 2002, il quitta les musées de la ville avec le sentiment de l’inachevé, mais aussi avec la fierté – bien que sa modestie naturelle n’en permît pas l’expression – d’avoir contribué à les enrichir, à les restaurer et à les valoriser.


Jean-Pierre Ravaux fut un érudit émérite qui s’affirma rapidement comme le meilleur spécialiste de la période médiévale châlonnaise. Ainsi lui doit-on de mieux connaître l’histoire des évêques de Châlons, ou encore, sous leur impulsion, celle de la prospérité économique de leur ville, dont ils étaient également comte, qui commença au XIème siècle et atteindra son apogée au XIIIème avec ses draperies, réputées jusqu’en Asie mineure pour être “ devant toutes autres draperies… et de très grande bonté ”. Ses recherches eurent, parfois, des rebondissements inattendus. Ainsi en alla-t-il de celui qui résulta de sa découverte d’une lettre du 25 janvier 1373 du roi Charles V octroyant 2000 francs or aux “ bourgeois et habitants de Chaalons en Champaigne ” et qui est le plus ancien document connu utilisant le nom de Châlons-en-Champagne. Il fait de Jean-Pierre Ravaux l’incontournable, et cependant fort discret, artisan du retour au toponyme historique de la ville dont il étaya le dossier.

L’édifice religieux qu’il a le plus étudié est la cathédrale Saint-Etienne de Châlons. De 1974 à 2003, il lui consacra 8 volumineux articles publiés dans les Mémoires de la SACSAM auxquels il convient d’ajouter un excellent ouvrage publié en 2001 aux éditions du Patrimoine : La cathédrale Saint-Etienne de Châlons-en-Champagne.

Chez Jean-Pierre Ravaux, histoire du patrimoine rime avec défense du patrimoine. Il la mena d’abord et dès l’origine avec les Amis du Vieux Châlons, contre la démolition du centre ancien de Châlons, puis, à partir de 2003, avec Nouvelle Catalaunie en s’engageant notamment pour sauver la destruction annoncée des caves médiévales du Centre commercial de l’Hôtel de Ville.

Le 16 mai 2009, sa ville natale lui rend hommage. Le passage d’accès à la bibliothèque reliant, depuis son ancien domicile, la rue Léon Bourgeois à la rue des Martyrs de la Résistance porte désormais son nom. Sa modestie aurait récusé cet honneur. Mais son œuvre au service de sa patrie méritait bien cette humble reconnaissance. En attendant celle, à venir, de la Société des Amis des Musées de Châlons-en-Champagne, dont il était fondateur et administrateur, avec la publication d’un hommage sous forme d’un recueil bibliographique.

Pour en savoir plus, cliquez ici

 


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• 2/05/2009 - Bulles champenoises radioactives

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Le but de ce clip : contrer la campagne de la Marnothérapie pour une seule raison, faire pression sur le conseil général de la Marne qui, précise du bout des lèvres qu'il ne veut pas de poubelle FAVL (déchets radioactils à faible activité longue vie) dans ce département et qui laisse les membres de cette assemblée s'inscrire en tant que maire pour la recevoir.

voir le clip : http://blesme-mon-amour.over-blog.fr/article-30766502.html

pour en savoir plus :

- voir le site du CEDRA (collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs)  www.burestop.org

- lire l'article du Petit Catalaunien Illustré N°63 : "Alerte radio-cative sur la Champagne-Ardenne"

site : www.catalaunien.net  courriel : catalaunien@orange.fr


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• 2/05/2009 - La destruction du château de Coolus

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Destruction du château de Coolus

La Communauté d'agglomération de Châlons-en-Champagne, propriétaire du château, a démoli le château de Coolus en catimini durant la dernière semaine d'avril 2009 (vacances scolaires). L'association Nouvelle Catalaunie a demandé des explications aux responsables de ce crime commis contre le patrimoine. Dans deux lettres du 1er mai 2009 au maire de Coolus
et au président de la Communauté d'agglomération "Cités en Champagne", l'association :
  • leur fait part de sa consternation, de sa colère et de son inquiétude
  • leur demande des justifications quant à la procédure utilisée et leurs intentions.

L'association s'inquiète d'autant plus pour l'avenir du patrimoine châlonnais que, devant les restes du château, un panneau de chantier (à gauche ci-dessus) annonce la couleur : " Démolissons ensemble, construisons l’avenir ". Un slogan cynique et abject en guise d'épitaphe significatif du peu de cas fait à la sauvegarde de ce patrimoine dont les pierres de craie, écrasées par la pelleteuse, ne pourront même pas être réemployées pour restaurer d'autres bâtiments.

 Pour en savoir plus : www.catalaunien.net


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• 11/03/2009 - La guerre des pigeons

 

La guerre des pigeons est déclarée... en vente sur www.catalaunien.net

Une drôle de guerre, qui aurait pu se dérouler partout en France, éclate dans le ciel de Chaalons-en-Champaigne en ce début de XXIe siècle. Elle est précédée d'une déclaration en bonne et due forme et d'un prêche comme au temps des croisades.

Cette guerre oppose l'innombrable nation colombine à un échevin colombophobe, le général Eugène Thanase. Avec son ami Balthazar Trosquot, il est partisan de la lutte finale. Face à eux, quelques irréductibles s'obstinent à voir dans les pigeons de pacifiques volatiles.

Entre les deux camps, une foule de personnages s'agite dans l'ombre. La terrible Marie-Rose, bien sûr, le bourgmestre Bouc-Bigot obsédé par la teinte de sa mèche rebelle, mais aussi une étrange marionnette, la Sarkote.

Ou bien encore une mystérieuse dame à la colombe venue du fond des temps. Cette dernière apparaît au général Thanase pour l'inciter à sauver la paix avant qu'il ne soit trop tard. Parviendra-t-elle à convaincre celui en qui ses amis voient un nouveau Nostradamus ?

Une guerre... à mourir de rire

La guerre des pigeons :

genèse d'un cauchemar

 roman de Bruno Malthet

2008

Edition du Petit Catalaunien Illustré

pour en savoir plus : http://www.catalaunien.net/  

pour commander : http://www.catalaunien.net/05-la_boutique/05-la_boutique_du_pci.html

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commentaires de la presse :

"Comme dans toute guerre, il y a un risque évident à s’intéresser de trop près à ce conflit, celui de mourir. De rire, seulement".

Le Petit Catalaunien Illustré n° 64, automne 2008.

" Cette guerre assez loufoque est truffée de personnages hauts en couleur

. [...] Entre histoire locale et comédie satirique, pas le temps de s’ennuyer ".

L’Union du 28/10/2008.

" Au beau milieu de mots d’ordre délirants, de combats loufoques, de causes absurdes, des personnages truculents servent de fil conducteur à ce récit tragi-comique ".

L’Hebdo du Vendredi du 7 au 13/11/2008.

 


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• 6/02/2009 - Châlons, capitale du front

1914-1918

Châlons, capitale du front

Châlons, capitale du front. Châlons, jusqu'à la Victoire de 1918, était la capitale du front. Mais, le front disparu et l'ennemi désarmé, quel avenir militaire pourrait bien avoir la ville ? Aujourd'hui, le front s'est déplacé. Certains le verront dans l'affaire de la fermeture du Musée Schiller & Goethe, d'autre dans les résultats du dernier recensement, dans la formation des hommes et des femmes venus des quatre coins du monde, ou bien encore dans le développement durable, voire dans le Grenelle local de l'environnement...

 Le Petit Catalaunien Illustré
n° 65 - hiver 2008-2009

Pour accéder à la page de présentation de ce numéro 65 : http://www.catalaunien.net/

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• 16/09/2008 - 1908-2008 : la religion et l'Etat, un débat et un combat toujours d'actualité

 

Châlons en 1908 : le débat fait rage

  • La Libre-Pensée et la religion (conférence-concert)
  • Le crucifix dans les écoles
  • Mgr Sevin sermonne ses ouailles

Extraits des journaux locaux sélectionnés par le Petit Catalaunien Illustré N°62

Dossier complet dans ce même numéro.

Le Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne

tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.com 

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La conférence - concert de la Libre-Pensée

Tandis que le Journal de la Marne noircit ses colonnes du feuilleton de la nomination et du sacre de Mgr Sevin, nouvel évêque de Châlons, L'Union Républicaine couvre très largement la conférence - concert donnée au cirque municipal par M.Emile Aubertin. Libre-penseur, avocat à la Cour d'appel de Paris et chevalier de la Légion d'honneur, ce dernier tint son auditoire en haleine sur le thème de "Les Eglises sous la République".

Comme nous le disions hier, la Conférence-Concert, contradictoire, offerte au public châlonnais, mercredi soir, au Cirque, par la Ligue de la Libre-Pensée de Châlons, a eu un véritable succès. Elle a été le triomphe de la Libre-Pensée sur l'esprit clérical et dominateur. Environ quinze cents personnes assistaient à cette fête à laquelle la gracieuse présence de très nombreuses dames ou jeunes filles communiquait ce caractère familial et populaire qui fait le charme de toutes nos réunions républicaines et démocratiques. [...]
Le citoyen Aubertin

Dans un langage clair, précis, lumineux, l'orateur nous retrace l'œuvre de l'Eglise depuis son origine jusqu'à nos jours. Après s'être reporté à l'époque des Druides, en glissant sur leurs mœurs et coutumes ; après avoir rappelé le mot célèbre de Gambetta sur le cléricalisme ; après avoir comparé la noblesse primitive à celle des temps modernes, le citoyen Aubertin stigmatise l'avarice des Orléans qui, gens d'Eglise, aussi hypocrites que pingres, eurent l'impudence de réclamer, à l'époque des grands malheurs de la Patrie, en 1871, 25 ou 30 millions qui leur avaient été, jadis, légitimement enlevés, tandis que la France, sous la botte du vainqueur, était contrainte à verser les cinq milliards que lui réclamait l'étranger.

L'orateur fit ensuite le procès de Rome. C'est le prêtre dont la soutane, percée, en loque, qui est allée rejoindre le manteau du dictateur, n'est plus bonne qu'à renfermer dans les musées d'antiquité, synthétisant en sa personne toutes les ignorances, groupant autour de lui toutes les forces sociales qui font obstacles aux progrès de la pensée libre. C'est la croyance dogmatique, incompatible avec la vie intellectuelle, qui prétend nous dépouiller de tout ce qui fait notre dignité, pour nous jeter, vague troupeau, aux pieds de ses prêtres, dans ses églises, nues, froides, désertes, temple de la mort. Ce fut l'homme d'arme, le militaire professionnel de jadis dressé et élevé dans le giron de l'église, serviteur non pas de la patrie, mais du cléricalisme fanatique.
Après avoir fait une comparaison entre les généraux bien pomponnés, sortis des jésuitères, qui se faisaient battre par les ennemis de la France et les armées de la République toujours victorieuses, M. Aubertin indique la base commune aux trois religions juive, catholique et protestante. A la vérité ces trois religions ne sont pas étrangères l'une à l'autre ; ce sont des rameaux d'inégale puissance issus d'un même tronc ; toutes trois ont la même origine, toutes trois ont pour charte morale le même prétendu livre sacré : l'Ancien Testament.
Assurément, la question de séparation des Eglises et de l'Etat ne se serait peut-être pas posée sans l'égoïsme du prêtre s'alliant à toutes les puissances d'argent et le fanatisme des cléricaux faisant servir leur religion au triomphe de leur politique. Il a fallu toute l'énergie du parti républicain et de la Libre Pensée pour remettre l'armée dans son droit chemin et faire de ses chefs non plus des officiers de l'armée du Pape, mais uniquement des chefs instructeurs d'une armée démocratique et républicaine.
Au sujet de la politique du Vatican, le conférencier semble entendre le cardinal Morry del Val disant au pape : " si la France, votre fille aimée vous abandonne, il vous restera l'Allemagne ". Eh bien, qu'il aille vers Guillaume, nous ne lui en voudrons pas, car il suit son intérêt. A nous de suivre le nôtre. Si Napoléon, battu à Sedan, fut sa victime, Guillaume ou l'Allemagne protestante en sera une autre. Evidemment, parmi les cléricaux, il y a des hommes sincères, mais derrière ces derniers, il y a aussi des profiteurs. Si nous avons eu des Bidegain, Rome a eu ses Montagnini. Toutes les sectes sont égales devant le combat que leur livre la Libre-Pensée, qui est la tolérance suprême, et qui respecte néanmoins toutes les cultes dans leurs temples et toutes les politiques n'entravant pas la Liberté de tous et de chacun. Les temps nouveaux sont arrivés : la Libre-Pensée triomphera de ses ennemis et elle a pour elle deux armes : la tolérance et le respect et réprouve toutes les persécutions. Elle protégera chacun dans ses intérêts et comptera dans ses racines toutes les idées de captation. La femme, qui a été la victime des cultes, réduite sinon à l'esclavage interne, mais à l'esclavage moral, sera sauvé par la Libre pensée qui améliorera son sort par de justes lois.
La Libre-Pensée est la Patrie sociale de toute l'Humanité. La Cité laïque où les enfants seront élevés dans le respect constant de cette seule trinité accessible à l'âme humaine et digne d'elle : le Vrai, le Beau et le Bien ! Laissons les dieux dans leurs églises et vivons pour la France ! (Applaudissements prolongés).
L'orateur termine par un magnifique éloge de la France et du patriotisme républicain.
Le prêtre contradicteur
L'invite faite par le citoyen-président Déquaire aux contradicteurs désireux de monter à la tribune obtient une réponse. Un prêtre se lève et monte gaillardement à la tribune. La foule, qui n'a cessé de prêter une oreille attentive aux paroles du conférencier laïque, et dont les sentiments sont si bien d'accord avec M. Emile Aubertin, donne un bel exemple de tolérance démocratique en écoutant tous les essais de réfutation du contradicteur religieux.Ce dernier relève une à une les phrases qui ont le plus désagréablement retentit à ses oreilles.
Après avoir eu la loyauté de reconnaître le talent oratoire de son adversaire et la tolérance des libres penseurs châlonnais, il relève le gant :
-Si, dit-il, vous voulez voir une soutane de prêtre trouée, allez à Notre-Dame : vous verrez celle de Mgr Affre frappé en 1870 par les balles de Communards au moment où il tentait de s'opposer à la lutte fratricide.
Plus loin : - Messieurs, Mesdames, si je ne dis pas, citoyens, citoyennes, je ne suis pas moins républicain. Je suis fils d'un ouvrier charpentier, qui m'a élevé, alors qu'il ne gagnait que 2 francs par jour. L'abbé Huot nous affirme qu'il vit au jour le jour, ne s'occupant pas du lendemain et il déclare que pour fonder une religion, il faut se faire crucifier, il faut aller au martyre !
Où la salle protesta vigoureusement, c'est lorsqu'elle entendit M. l'abbé Huot déclarer que ce n'était pas l'Eglise qui avait fait brûler Jeanne d'Arc, mais bien un prêtre schismatique, le fameux Cauchon, qui n'était pas des leurs.
Le bouillant abbé contradicteur quitte la tribune au milieu des lazzis de toutes natures.
Répliques du conférencier
Avec une verve intarissable, le citoyen Aubertin réfute les allégations du prêtre et termine ainsi :
- Pour établir une différence entre la monarchie et la République, bien qu'il y ait eu de tous temps et sous tous les régimes, des braves et des malhonnêtes gens, la République ne cache pas ses voleurs, elle les dénonce, et c'est son honneur de les flétrir et de les punir. (Applaudissements répétés). L'Eglise prit la France pour une fille aînée qu'on ne dote pas mais dont on s'enrichit. Il y a Dieu et Dieu. Il y a celui qu'on défigure et qu'on exploite. L'Eglise a fait du Christ si bon et si doux un Dieu sinistre, un Dieu d'oppression et d'argent. Le conférencier Aubertin, qui a été chaleureusement félicité par le président Déquaire, pour sa belle et utile conférence, emportera le meilleur souvenir de la population châlonnaise.
Le programme artistique
L'abondance des matières nous oblige à restreindre notre appréciation élogieuse pour chacun des artistes qui ont prêté leur concours à cette fête. [...]
Union Républicaine du 11 avril 1908

 

 

 

Les crucifix dans les écoles

 

Faut-il mettre des crucifix dans les écoles ? Non, répond le journal l’Union Républicaine à un libéral pour qui la loi divine passe avant les lois de la République.

 

 

Châlons, le 22 janvier 1908

Vieille chanson !

J'ai reçu une lettre d'un monsieur qui a signé " un libéral " et qui m'apostrophe rudement. Comme je n'ai pas la même opinion que lui sur la question de savoir s'il faut mettre des crucifix dans les écoles, il est tout prêt de me tenir pour une canaille. Ce monsieur-là est vraiment " un libéral ".

Si je l'ai, comme il le prétend, " blessé dans ses convictions ", cela prouve qu'il a des convictions bien susceptibles. Les miennes sont davantage à l'épreuve de la contradiction. Cela doit faire bien du mal d'être " blessé dans ses convictions " ! Il faut vous cuirasser, monsieur, vous protéger contre de pareils accidents. Pour cela, je prends la liberté de vous recommander la pratique d'une vertu qui s'appelle la tolérance. Certes, elle n'est pas théologale et ne vous conduira pas au paradis. Mais, en attendant, elle vous permettra de vivre paisiblement sur la terre. C'est bien quelque chose, cela !

Je détache de ladite lettre une phrase où mon correspondant expose son grief : " A vous entendre, Monsieur le Rédacteur, les catholiques auraient tort de vouloir que l'image du Christ fût placée sur les murs de classes. Je sais bien qu’une loi impie et scélérate a proscrit les crucifix des écoles. Mais avant la loi, nous devons obéir au cri de notre conscience de catholique et ne jamais faillir devant ce qui est le premier de nos devoirs. Notre Maître, c'est notre Dieu !... ".

L'intérêt de cette missive, on le voit, c'est que notre libéral remet en discussion la question de la neutralité scolaire dont on a beaucoup parlé ces temps-ci. Que votre Dieu soit votre maître, je n'ai rien à redire à cela. Si votre service lui agrée, c'est affaire entre vous. Vous ne sauriez d'ailleurs conclure de cette affirmation que votre Dieu tienne beaucoup à rester accrocher aux murs de toutes les classes où il risque de servir de cible aux boulettes des écoliers irrévérencieux. " Obéir à votre conscience de catholique ", cela constitue votre loi particulière, monsieur le libéral, mais non pas la loi de tous. Celle-ci est faite pour les catholiques et aussi pour ceux qui ne le sont pas. Le malheur, c'est que la loi catholique s'est trouvée souvent en contradiction avec la loi française. Or, c'est cette dernière qui doit être appliquée en France. Si le gouvernement la laissait mettre en échec par les catholiques, il n'y aurait pas de raison pour qu'il la fasse respecter par les juifs, les protestants, les libres-penseurs.

Je respecte vos croyances, monsieur le libéral ; mais je ne parviens pas à comprendre ce qu'elles ont à faire ici. […]

Ignorez-vous que l'école laïque est créée précisément pour que la religion n'y pénètre pas? De quel droit interviendriez-vous, au nom du catholicisme ?...Ah ! Comme nous l'entendrions protester, cet excellent libéral, si dans sa commune quelque juif ou quelque protestant - obéissant au cri de leur conscience - réclamaient l'installation à l'école d'emblèmes particuliers à leurs religions ! [...]

C'est toujours la même chanson. Quand un clérical se déclare atteint dans sa foi, c'est qu'il ne peut pas l'imposer aux autres !

Les temps ont marché, monsieur le libéral. L'heure est venue où juifs, protestants et libres-penseurs ont droit aux mêmes égards que les catholiques pratiquants. C'est ce que vous nommez. " persécution " ; c'est ce que nous appelons " liberté ".

Il faut bien que les cléricaux se résignent à ne pas vouloir prolonger l'Église en dehors de ses temples. Il faut bien qu'ils acceptent à n'être les maîtres que chez eux, à respecter partout ailleurs les convictions de leurs voisins. Cela sera dur. Mais peu à peu, nous y venons. Je sais bien que je parle ici le langage de la tolérance et de la raison à des gens dont leur religion fait des croyants aveugles et des intolérants. Mais peu importe ! Ils auront beau s'agiter maintenant, cette évolution ira à son terme qui est l'émancipation totale et définitive des esprits. La domination romaine a fait son temps. Les cléricaux ont eu beau vouer la France entière au Sacré-Cœur, la France les a désavoués.

Émile Lapone

Union Républicaine du 22 janvier 1908

 

 

 

Mgr Sevin sermonne ses ouailles

 

Arrivé en pleine campagne électorale, Mgr Sevin, nouvel évêque de Châlons, adresse à ses ouailles une lettre pastorale lue dans les églises où il vilipe les francs-maçons, l'Etat, les mœurs, l'athéisme et les idées révolutionnaires qui, peu à peu, gangrènent une foule sans foi ni loi. Si le journal l'Union républicaine n'en parle pas, le très clérical Journal de la Marne y trouve pain béni pour sa campagne électorale et s'empresse d'en rendre compte.

 

 

 

Lettre pastorale de Mgr l'Evêque de Châlons

La Semaine Religieuse du 25 avril publie la lettre pastorale de Mgr l'Evêque de Châlons à l'occasion de son entrée dans le diocèse.

Nous en extrayons les passages les plus importants.

Après avoir manœuvré longtemps dans l'ombre, la Franc-maçonnerie ne cherche plus à dissimuler ses projets sacrilèges ; elle dit à qui veut l'entendre le but qu'elle poursuit et publie avec audace son plan de campagne. Dans la guerre qu'elle mène contre Dieu, elle a enrôlé : l'Ecole, la Presse, l'Etat. C'est pour déchristianiser l'enfance et lui inoculer l'athéisme qu'elle s'est emparée de l'éducation et travaille à s'en assurer le monopole. [...] Et ce que le Maître et le livre ont commencé dans l'Ecole neutre, la Presse irréligieuse et les conférences publiques conspire à l'achever. [...]

L'Etat est venu prêter tout l'appui de son autorité aux sectaires qui ont déclaré à nos croyances cette guerre implacable. Il est officiellement athée et il a organisé toute la vie publique comme si Dieu n'existait pas. [...]

Les idées influent tôt ou tard sur les mœurs, et toute crise religieuse engendre fatalement une crise morale. [...] Les mœurs vont baissant partout. Jamais les crimes n'ont été plus nombreux, plus féroces, plus monstrueux et il y a une corrélation étroite entre l'accroissement de la criminalité et l'affaissement de l'idée de Dieu dans les masses. [...] La société repose sur la famille. L'athéisme qui affranchit l'homme de toute loi supérieure a dépeuplé nos foyers par une stérilité qui est un crime et un péril national ; il en a dispersé et déshonoré les pierres par le divorce, et il est impatient d'en consommer la ruine par l'union libre. La société repose sur la propriété. Or, depuis que l'athéisme est une doctrine d'Etat, la propriété est mise en question, sous la poussée des convoitises. [...] Les classes populaires, qui sont le nombre et la force, n'attendent qu'un mot d'ordre pour se ruer à l'assaut de la vieille cité. [...]

A mesure que l'athéisme montait, nos mœurs publiques et privées ont baissé. Jetons un voile sur les hontes publiques dont la France a souffert dans ces dernières années, et ne considérons que les mœurs privées. [ ...] Ne suffit-il pas de parcourir nos journaux, de consulter les jugements de nos magistrats, de feuilleter les statistiques de nos criminalistes ? Les mœurs baissent partout. Jamais les crimes n'ont été plus nombreux, plus féroces, plus monstrueux et il y a corrélation étroite entre l'accroissement de la criminalité et l'affaissement de l'idée de Dieu dans les masses. Plus les croyances diminuent, plus l'homme devient lubrique et féroce. [...] La société repose sur le principe d'autorité. Si l'homme n'a pas de Dieu, l'homme ne peut point avoir de maître, et toute autorité, même celle des libres démocraties, est une usurpation des droits imprescriptibles de notre nature. C'est l'anarchie et la destruction de tout ordre social.

Cette doctrine, quelque impie qu'elle puisse être, a déjà des adeptes. Anarchie ! crient-ils à l'occident ; nihilisme ! répondent leurs frères à l'orient de l'Europe. Et ils espèrent les uns et les autres se donner bientôt la main sur les débris sanglants des vieilles sociétés, ils font la guerre à l'idée de patrie. [...] Ces excès ne sont encore voulus que d'un petit nombre : c'est vrai et nous nous en félicitons. Mais ils découlent naturellement de l'athéisme et rien ne l'empêchera de produire ces fruits détestables et de les faire peu à peu agréer à la foule sans foi ni loi. [...]

Journal de la Marne 27 avril 1908

Extraits du dossier publié dans Le Petit Catalaunien Illustré Numéro 62

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• 15/09/2008 - L'extraordinaire Monsieur Oehmichen

L'extraordinaire Monsieur Oehmichen

Etienne Oehmichen est plus que le père de l'hélicoptère. C'est un inventeur de génie qui, pour expérimenter sa drôle de machine volante, imagine et met au point des instruments qui ont fait progresser la science.

"Nous ne tombons pas dans le ridicule parce que nous disons que nous ne savons pas. Quand, à une certaine heure, nous ne savons pas, il faut avoir le courage de dire : nous ne savons pas". Ce bon sens est celui d'Etienne Oehmichen, ingénieur, ouvrier, homme de science, pédagogue, écrivain et musicien à ses heures. Ce technicien humaniste, cet intellectuel manuel expérimente scientifiquement en faisant confiance aux intuitions des hommes.
Etienne Oehmichen, esprit universel, aborde les problèmes techniques de façon tout à fait originale. Il s'est donné pour tâche principale de libérer le moyen de locomotion aérienne de la vitesse qui en limite les possibilités d'emploi. Il s'attaque donc à la résolution du vol vertical dont le point le plus important est l'immobilisation stable en vol. Pour cela il utilise l'observation de la nature, véritable école de mécanique. Passionné de biologie animale, il étudie la locomotion des oiseaux, des insectes et des poissons. L'insecte est un véritable hélicoptère, parfaitement capable de se sustenter au point fixe. L'animal est un mécanisme dont il s'inspire pour construire ses engins volants. C'est le vol animal appliqué à la machine.
Pour rendre possible l'observation des phénomènes liés au vol des insectes et des oiseaux et à la nage des poissons, cet inventeur de génie mettra au point d'innombrables appareils de mesure et de contrôle. Ses réalisations les plus marquantes dans ce domaine sont l'invention du stroboscope électrique (qui deviendra le radio-troboscope), la mise au point de caméras rapides, de souffleries pour ses expérimentations en laboratoire et de balances pour tester les hélices.
Bien d'autres découvertes en mécanique et en électricité sont à mettre au palmarès du " père de l'hélicoptère " comme par exemple le projecteur cinématographique à boucle automatique ou la dynamo et le démarreur de Peugeot, à l'époque où les voitures s'éclairaient à l'acétylène.

 

Etienne Oehmichen, ce merveilleux fou volant
Etienne Oehmichen est châlonnais de naissance. Son père, colonel, dirige l'école d'artillerie lorsqu'il naît le 15 octobre 1884 au 3 boulevard Vaubecourt. Le jeune Oehmichen fait ses premières études à Châlons mais après le décès de son père, il part pour Lyon où il continue à étudier. Puis ce sera Montbéliard et Paris. Inventeur dans l'âme et passionné par le vol vertical, il fait ses premiers essais de modèles réduits stabilisés par des procédés divers au Champ de Mars à Paris en 1903. Il est admis à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures d'où il sort ingénieur en 1908. L'année suivante il est adjoint au directeur du Service électrique de la Société Alsacienne de Construction Mécanique à Belfort (Alsthom). En 1910 il construit un banc d'essai de trois chevaux pour hélices sustentatrices. Deux ans plus tard il entre chez Peugeot à Beaulieu-Valentigney (Doubs) comme sous-directeur. Il y met au point une dynamo d'éclairage pour automobiles et un démarreur système P. O (Peugeot-Oehmichen). Il dépose avec Peugeot 12 brevets concernant l'automobile.
Sa mobilisation le 1er Août 1914 ne l'empêche pas de continuer à imaginer et expérimenter. En 1916 il construit un banc d'essai de sept chevaux pour hélices et devient adjoint technique du général Estienne, le promoteur du char d'assaut.
En 1917, il est délégué en usine par le Ministère des Inventions pour la réalisation de ses découvertes et la poursuite de ses recherches. Puis il est affecté au Ministère des Inventions. Il met au point des chenilles pour char d'assaut et un stroboscope électrique pour déceler les anomalies dans les moteurs des chars. Il est décoré de la Croix de guerre et de la Croix du combattant En 1918, il invente le stroboscope à rayons pour l'étude des mouvements des oiseaux et des insectes. Il publie en 1920 "Nos maîtres les oiseaux". En 1921, il vole une minute à bord de son premier hélicoptère. Puis ce sera 5 minutes, puis un kilomètre. Il perfectionne sans relâche ses appareils.
Lorsqu'il devient propriétaire de son laboratoire en 1930, il a à son actif près de 2 000 heures de vol en hélicoptère et dix d'expérience sur le terrain.
Il est fait officier de la Légion d'Honneur en 1935 au titre du ministère de l'Air et reçoit la grande médaille de l'Aéronautique.
Il reçoit la médaille d'or des inventions à la foire de Paris pour un calibreur pour le contrôle des tôles laminées en cours de fabrication avec une précision au micron en 1937.
L'année suivante il construit son dernier appareil. Puis il souhaite enseigner afin de transmettre son savoir. Nommé en 1939 professeur au Collège de France à la chaire de Claude Bernard et de Marey, ses cours portent sur l'aérolocomotion mécanique et biologique. Grâce à ses talents de pédagogue, il conquiert un large audotoire.
Il publie plusieurs ouvrages concernant ses découvertes biologiques et techniques. Ils ont pour titre " La sécurité aérienne ", " Animaux et machines ", " Propulseur et amortisseur de choc chez les animaux ", " Essai sur la dynamique des Ichthyosauriens logipinnati ".
Il donne son dernier cours au Collège de France le 11 juin 1955 et meurt le 10 juillet de la même année à Paris. Il est enterré au pied de la stèle commémorative du premier kilomètre en circuit fermé dans la plaine d'Arbouans, qu'il a inaugurée lors du 30ème anniversaire, en 1954.
Article complet dans Le Petit Catalaunien Illustré - Printemps 1996 - Numéro 15
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• 2/12/2007 - recette flan catalaunien au potiron

Recette

 

Flan catalaunien au potiron

 

 

Ingrédients :

  • 1kg de potiron
  • 150g de sucre de canne
  • ½ verre de lait
  • 2 œufs
  • 1 cuillère à soupe bien pleine de farine
  • vanille
  • caramel

Préparation

Couper le potiron en tranches et les éplucher.

Couper les tranches en morceaux et les faire cuire dans de l’eau sans sel ni sucre. Egoutter.

Dans une jatte, battre les œufs et le sucre, ajouter le lait, la farine et la vanille. Battre le tout.

Bien mélanger l’appareil avec les morceaux de potiron.

Verser le tout dans un moule à soufflé préalablement caramélisé.

Cuire à feu doux une heure et demie.

Laisser refroidir et mettre au frais.

Démouler très froid.

Bon appétit

Catalaunien@gmail.com

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• 12/09/2007 - Solidarité et Paix

 

 

Léon Bourgeois, doctrinaire de la Solidarité et Apôtre de la Paix

 

Parisien, châlonnais d'adoption, Léon Bourgeois reste une des grandes figures politiques de la croisée des XIXème et Même siècles. A l'heure de franchir le carrefour des millénaires, les idées de ce génial avocat, prix Nobel de la Paix, sont toujours d'actualité. En cette fin de siècle, elles ne sont, hélas, toujours pas complètement entrées dans nos mentalités et suscitent encore des controverses. Son rêve est pourtant simple : la solidarité et la paix dans le monde.

 

Léon Bourgeois, fils d’horloger, naît à Paris le 29 Mars 1851 dans une famille de condition modeste. Brillant dans ses études de Droit, il les interrompt un instant pour s'engager lors de la guerre de 1870. Un de ses biographes et contemporains, Maurice Hamburger, nous le montre curieux, enthousiaste mais réfléchi, conciliateur, charmant, d'une grande éloquence et énergie intellectuelle. Ses passe-temps favoris sont la lecture d'Auguste Comte et Stuart Mill, l'étude du sanscrit et la sculpture. Il épouse une marnaise, Mademoiselle Sellier, fille d'un important propriétaire agricole et viticole qui lui donne deux enfants.

 

 

Le politique

Sorti Docteur en Droit de la faculté de Paris, ce brillant avocat quitte vite le prétoire pour la tribune politique. Secrétaire Général du département de la Marne en 1877, il est nommé sous-préfet de Reims à 29 ans puis préfet du Tarn en 1882. Rappelé à Paris pour occuper le poste de Secrétaire Général de la Seine, il est promu préfet de Haute-Garonne en 1885, puis retourne à Paris au ministère de l'Intérieur avant d'occuper le poste de Préfet de Police en 1887. En 1888, il revient dans la Marne à l'appel de ses nombreux amis champenois. Là, il est élu député de la Marne contre le Général Boulanger. Lorsque le scrutin d'arrondissement est rétabli en 1889 pour éviter de voir se renouveler les élections plébiscitaires qui avaient servi Boulanger, Léon Bourgeois devient député de Châlons, puis sénateur de la Marne pendant 37 ans, sans interruption, jusqu'à sa mort. L'ascension politique de ce radical-socialiste est irrésistible et rapide. Elle le verra siéger dans de nombreux conseils du gouvernement à partir de 1888. Douze fois ministre (garde des sceaux, intérieur, affaires étrangères, instruction civique, travail...), il préside le Conseil des Ministres de Novembre 1895 à Avril 1896, la Chambre des Députés de 1902 à 1904 et, ce qui fait de lui le 2ème personnage de l'État, le Sénat de 1920 à 1923. S'il n'est pas devenu Président de la République comme le souhaitent de nombreux français à l'époque, c'est qu'atteint d'une affection aux yeux, il craint la cécité. Son œuvre politique repose sur deux concepts. L'un, la Solidarité, est basé sur l'individu et la société, l'autre, la Paix, est lié aux Nations. Mais dans son esprit, les deux interfèrent car, écrira-t-il, "c'est la solidarité que les hommes doivent d’abord reconnaître et instaurer pour pouvoir dans la justice, jouir enfin de la liberté. "

 

Le Principe de Solidarité

Contre l'esprit de servitude et d'égoïsme, Léon Bourgeois pense qu'il faut former l'individu, l'éveiller à la vie sociale, à la démocratie, lui faire prendre conscience de ses droits et devoirs envers lui-même et les autres. Pour atteindre ce but, il prône la création d'institutions mutuelles (la Sécurité Sociale n'existe pas encore), supportées par tous et ouvertes à tous : maladies, accidents, chômage, vieillesse, enseignement. Il s'occupe aussi de l'éducation des enfants anormaux, de la réduction du temps de travail (loi des 10 heures), du chômage, des problèmes d'insalubrité des logements et d'hygiène. Il crée en 1910 le premier dispensaire antituberculeux à l'hôpital Laënnec de Paris. La tuberculose fait des ravages à cette époque : sa fille et sa femme en mourront. Léon Bourgeois pense qu'en matière de santé il vaut mieux prévoir, éviter que combattre le mal. Et il préfère la prévoyance sociale à l'assistance.

Léon Bourgeois encourage aussi les coopérateurs car il voit dans ce type d'économie, qui répartit équitablement les profits et les charges, la réconciliation du capital et du travail. C'est pour lui l'idéal de la démocratie française. Il est aussi l'artisan de la loi qui institue l'Office National des Pupilles de la Nation après de la 1ère guerre mondiale. En 1902 il publie un " Essai d'une Philosophie de la Solidarité". Cet ouvrage en fait un des théoriciens du radicalisme.

 

L'organisation de la paix

 

Léon Bourgeois est chef de la délégation française à la première Conférence Internationale de la Paix de La Haye en 1899 qui a pour but de maintenir la paix générale et de réduire les armements excessifs. Elu président de la commission d'arbitrage, il propose, conformément à son idéal, de régler les rapports entre nations par la justice qui serait rendue par un tribunal au sein d'une institution internationale. Mais la délégation allemande s’y oppose. Il en restera une cour permanente d'arbitrage, un jalon planté sur la route de la paix, malheureusement plus utilisée par les particuliers que par les gouvernements. Malgré la conjoncture, Léon Bourgeois ne désespère pas et récidive lors de la 2ème conférence de La Haye en 1907. Il publie en 1910 "Pour un projet de la Société des Nations". Il vient d'inventer et de nommer l'institution qu'il verra naître et aussi bafouée. En 1917, il est nommé président de la commission qui établit un projet français de la Société des Nations et prend part, avec le Président américain Wilson, aux travaux pour l'édification du pacte de la SDN. Elu en 1919 membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, il préside en 1920 la première réunion à Genève du Conseil de la SDN : les représentants des 47 nations lui expriment alors admiration et reconnaissance. Et il reçoit, le 11 Décembre 1920, en pleine assemblée de Genève et sous une ovation interminable, le prix Nobel de la Paix.

la Paix par la Solidarité des Peuples

 

Léon Bourgeois siège à la SDN et essaie de faire admettre ses idées sur la Solidarité des Nations, la Paix par le Droit et la sécurité collective par la constitution d'une armée internationale. A la lutte pour la vie, il propose une alternative : l'union pour la vie. Cet idéaliste humaniste s'éteint le 29 Septembre 1925 à l'âge de 74 ans. Selon son vœu, ses cendres sont inhumées en terre champenoise en plein vignoble au "château d'Oger", propriété de ses beaux parents. Son fils, le Dr Bourgeois les transfère en 1933 au cimetière de l'Ouest à Châlons dans le caveau familial. La même année, la SDN, la République, le Département et les municipalités de la Marne lui rendent hommage en élevant un monument à sa mémoire rue Juliette Récamier à Châlons. Réalisé par son ami Maillon, deux femmes y symbolisent l'œuvre de sa vie : la solidarité et la SDN qu'une inscription résume : " la Paix par la Solidarité des Peuples ".

Ne le cherchez pas : sacrilège criminel contre la Paix, cet ensemble de bronze a été fondu en canon pendant la deuxième guerre mondiale et son socle de pierre est tombé en pleine guerre froide lors d’un réaménagement du parking.

Aujourd’hui, Châlons conserve comme seuls souvenirs de ce Grand Homme une rue, un buste érigé devant les archives départementales, son importante bibliothèque personnelle emmagasinée dans les greniers de la Bibliothèque municipale et trois sculptures de Rodin offertes au musée municipal par son fils, le Dr Georges Bourgeois. Elles représentent la Beauté (bronze), La tête de Saint Jean- Baptiste sur un plat (marbre) et l’Eveil de l’Humanité (bronze).

 

Article paru dans le Petit Catalaunien Illustré N° hiver 1992-1993.

éditions du Petit Catalaunien Illustré

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courriel : catalaunien@gmail.com Pour plus d'info : http://www.catalaunien.net/

 

Vient de paraître :

Léon Bourgeois : du solidarisme à la société des Nations.

Avant de se dissoudre, l’association pour la Recherche sur la Paix et la Guerre, l’ARPEGE, a consacré une journée d’études à un homme de paix, à une des figures les plus méconnues du XXème siècle, Léon Bourgeois, un des rares Français prix Nobel de la Paix. Cette journée d’études fit appel à des spécialistes dont les contributions sont publiés dans ces actes et portent sur Léon Bourgeois et le solidarisme, sa relation à l’élu local, le militant de la Paix, les origines en France de la SDN, la SDN, la Séparation des Eglises et de l’Etat, le Prix Nobel de la Paix, le sculpteur et ami des arts et, pour conclure, une biographie sommaire.

2007, Editions Dominique Guéniot, 156 pages, 20 €

 


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• 20/07/2007 - Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons

Dieu le veut !

 

Dans la suite de son roman "L’inconnue du grand bazar", Bruno Malthet consacre plusieurs chapitres à un raid aventure se déroulant dans Chaalons où les compétiteurs doivent notamment répondre à des questions culturelles concoctées par La Catalaunie Illustrée. Pendant qu'Eugène Thanase et Benjamin Lhéritier recherchent qui, de l’intendant Hue de Miroménil, du docteur Balthazar Trosquot ou bien de la Marie-Rose, détruisit nuitamment la chaire à prêcher de saint Bernard, Memoria, l’héroïne du roman, conduit les autres compétiteurs sur les traces du saint homme. Suivons-les.

 

Memoria tendit et tourna ses mains vers le ciel dont le voile nuageux se déchira. Une étrange lumière en déborda. D’un subtil mélange de nacre, de pourpre, d’émeraude et de saphir, elle inonda son visage, irradia son corps, se diffusa lentement vers tous ceux qui l’entouraient et les rendit évanescents. Au loin, à l’ouest, au sud, à l’est et au nord, le ciel s’assombrit et se zébra d’éclairs. Leur intensité était si grande que l’on eût dit qu’une immense couronne d’épines d’or et d’argent ceignait le grand Jard et s’apprêtait à l’engloutir sous la morsure de ses ronces. L’horizon se brouilla et se mit à danser, tanguer et chahuter si fort que le chant des oiseaux se tut immédiatement. Un profond silence envahit l’assistance, toute tétanisée qu’elle était. Un coup de tonnerre ébranla soudainement l’atmosphère, puissant et impérieux comme la voix d’un magister martelant à l’assistance un ordre divin.

" Dieu le veut ! Dieu le veut ! ". Etait-ce bien cela que les compétiteurs comprirent lorsque le dernier roulement s’estompa au loin ? Que pouvait-il signifier d’autre ?

Rien, si ce n’est que le méandre de la rivière formant l’anse du Jard, ne résista à la force qui submergea alors l’espace et le temps. Un autre monde en surgit sans crier gare. Le vent se leva et tourbillonna en rugissant, soulevant et arrachant la cime des marronniers. Sous leur pied, le sol se mit à trembler avant de s’entrouvrir et de les attirer sans bruit ni cri dans ses entrailles encore toutes fumantes des brumes matinales. Les allées ceinturant les bassins du Jard s’estompèrent pour retrouver le niveau naturel du sol. Leur remblai végétal s’effondra, s’effrita et se laissa entraîner vers ses origines, rejoignant ainsi le lit du canal Louis XII qui s’en trouva comblé. Du jardin, il ne resta bientôt plus qu’une vaste étendue herbeuse parsemée de ci, de là, de saules décharnés par les rigueurs de l’hiver. La prairie s’étendait vers le sud bien au delà des limites actuelles du Jard et, vers l’est, jusqu’à la rivière de Nau. Au nord, elle venait buter sur les larges et profonds fossés des fortifications de la ville et, à l’est de la porte du Jard les perçant, sur un cimetière, dit du Jard ou de la Madeleine du Jard, s’étendant jusqu’au Nau.

Un vent glacial agita l’herbe gelée de la prairie. Mais, en cette fin de matinée de la chandeleur de l’an de grâce 1147, la foule immense qui l’envahit n’en avait cure. " Dieu le veut ! Dieu le veut ! " paraissait son seul leitmotiv. Chacun le répétait en hâtant le pas pour se diriger vers une haute chaire en pierres de taille. Elle se dressait au milieu de la prairie, à six cents pas environ de la porte du Jard, juste à main droite du chemin de terre sur lequel elle s’ouvrait en direction du sud. La chaire s’élevait d’une demi-douzaine de pieds au-dessus du monticule de terre sur lequel elle reposait. De part et d’autres, on devinait l’amorce des marches qui pénétraient son socle afin d’accéder à sa plate-forme. Sa façade était sobrement décorée d’une scène des évangiles représentant Jésus recevant le baptême de Jean et encadrée de deux colonnades fort rustiques. Par derrière la chaire, une vaste estrade surmontée d’un grand dais sang et or avait été dressée, sans doute pour recevoir dignement des hôtes de marque qui assisteraient quelque prédicateur venu haranguer une foule sans fin se pressant et s’agglutinant déjà tout autour.

Tout ce que la Champagne comptait de chevaliers, de gens d’armes et d’Eglise semblait s’être donné rendez-vous en ce lieu avec les habitants de la ville et des villages alentours. Les bannières et oriflammes claquaient au vent tandis que les chevaux piaffaient d’impatience. " Place ! Place ! ". Sur le chemin menant à la chaire, sous la conduite d’un sergent de ville, des piquiers écartèrent la foule sans aucun ménagement. Des fortifications formées de " chasteaux et bastides de bois ", le son des trompettes s’éleva. Le pont-levis qui fermait la nuit la porte du Jard se mit à trembler sous le pas rythmé et le poids des soldats et des chevaux.

Devant eux avançait un moine cistercien, aisément reconnaissable à sa tunique lui tombant des épaules jusqu’aux chevilles, recouverte d’un ample manteau à capuchon à larges et longues manches, coule rustique en laine écrue non teinte comme la tunique, et d’un scapulaire noir tombant légèrement au-dessus des genoux, le tout serré à la taille par une ceinture de corde. Le moine blanc ouvrait la marche en s’appuyant de la main droite sur un immense bâton de pèlerin terminé par une croix. Sur son passage, la foule retenait son souffle et priait pour qu’il ne tombât point, tant il était maigre et faible. Il y avait si peu de vie sur ses joues creuses et pâles que les derniers poils roux de sa barbe blanche semblaient puiser toute l’énergie qui ne s’échappait pas de la braise de ses yeux noirs perçant du creux de son capuchon

— Qui est-ce ? murmura Urbain à l’adresse de Memoria.

— Bernard

— Bernard  ?

— Bernard de Clairvaux

— Lui ? Ce vieillard si frêle que le moindre souffle de vent briserait en deux ? Bernard de Clairvaux, cette haute conscience morale du XIIème siècle ? Non, ce n’est pas possible.

— Si, te dis-je. Ne te fies pas à son apparence malingre car, encore plus chez lui que chez d’autres, l’habit ne fait pas le moine ! Ses prédications sont terribles, crois-moi, et rares sont ceux qui y résistent. Les mères en éloignent leurs fils et les femmes leur mari de crainte qu’ils ne le suivent tous au monastère ou ne prennent la croix…

Pour les Chaalonnais de ce milieu du XIIème siècle, Bernard de Clairvaux était depuis déjà longtemps une figure emblématique de leur cité. Il en franchit les remparts pour la première fois afin d’être ordonné prêtre le 15 août 1115 par le célèbre philosophe et théologien Guillaume de Champeaux, évêque de Chaalons en Champaigne. Cette visite ne resta pas inaperçue car, comme le soulignera bien plus tard Jean-Paul de Séville dans " Ils sont passés à Chaalons ", son grand livre d’or de Chaalons-en-Champaigne, le fondateur de l’abbaye de Clairvaux restera trois mois auprès de l’évêque philosophe. Ce dernier entreprit de le soigner tant l’ascète de Clairvaux était faible. Celui-ci reviendra plusieurs fois à Chaalons, et notamment le 2 février 1129 où il participa à un concile réuni par le cardinal-légat Mathieu d’Albano. L’année suivante, à la mort d’Herbert, cinquante et unième évêque de Chaalons et successeur de Guillaume de Champeaux, la renommée de Bernard lui vaudra d’être élu sur le siège épiscopal par le chapitre cathédral. Il refusa la charge et proposa Geoffroy Ier, dit Col de Cerf, successivement abbé de Saint-Thierry de Reims et Saint-Médard de Soissons, ce qui fut aussitôt accepté

Chaque fois que Bernard vint à Chaalons, une force mystérieuse guida ses pas vers le Jard. " Parce que Dieu le veut ", se répétait-il en son for intérieur comme pour se justifier. Là, gravissant les marches de la chaire à prêcher qui s’y trouvait – ne disait-on pas qu’elle avait été érigée pour lui ? – et à laquelle son nom a été depuis définitivement attaché, il entreprenait à chaque fois des sermons d’une si grande éloquence qu’ils comblaient de joie l’âme des Chaalonnais et des nombreux pèlerins attirés par la rumeur selon laquelle Bernard accomplissait des miracles.

Bref, en cet an de grâce 1147, la réputation de Bernard n’était plus à faire auprès des Chaalonnais. Ni, au demeurant, de tout l’Occident chrétien. Car comment ignorer que, depuis plus d’un quart de siècle, sa personnalité et sa spiritualité influencèrent considérablement les princes, auprès de qui il joua un rôle politique éminent par ses conseils ? Ne les prodigua-t-il pas de même aux évêques et aux papes ? Du reste, l’actuel, Eugène III, un ancien moine de l’abbaye de Clairvaux et l’un de ses anciens disciples, ne lui avait-il pas confié en 1145 la mission de prêcher la deuxième croisade ? Bernard n’avait-il pas rencontré un vif succès le 31 mars 1146, jour de Pâques, devant une foule immense réunie à Vézelay en présence du roi Louis VII de France ? Et ne disait-on pas aussi dans tout Chaalons qu’il revenait de Spire où, le 27 décembre dernier, Bernard tenta de convaincre l’empereur du Saint Empire romain germanique, Conrad III de Hohenstaufen, que la croisade était un moyen d’obtenir la grâce et l’absolution des péchés ?

Un argument auquel Louis VII avait été fort sensible un an plus tôt, lui que le pape Innocent II excommunia en 1142 après qu’il se fut opposé à la nomination de l’archevêque de Bourges. Rendu furieux par la sanction papale, Louis VII poursuivit le prélat jusqu’en Champagne où ce dernier avait trouvé refuge et ravagea le pays. Lorsqu’il entra dans Vitry-en-Perthois, le roi mit le feu aux quatre coins de la ville et contraignit ses habitants, terrifiés, à se réfugier dans l’église où, se disait-il, un millier d’entre eux périrent. Devant l’horreur de son crime, le monarque fut prit d’un immense repentir et, grâce à la médiation de Bernard de Clairvaux, se réconcilia avec la papauté en reconnaissant en 1144 l’archevêque de Bourges et en annonçant le 25 décembre 1145 son intention de prendre la croix.

De tout cela, la foule amassée au Jard sur le passage du saint homme n’ignorait rien. Comment, au demeurant, eût-il pu en être autrement ? Le matin même, les cloches des églises de Chaalons ne sonnèrent-elles pas à toutes volées pour annoncer l’arrivée du roi de France Louis VII le jeune venu accueillir les ambassadeurs de l’empereur Conrad III et le duc Welf de Bavières accompagnés de Bernard ? Trois jours durant, Chaalons se transforma en capitale du royaume et abrita les pourparlers des préparatifs de la croisade que scellera quinze jours plus tard le concile d’Etampes des 16 au 18 février 1147.

Une troupe nombreuse suivait Bernard de Clairvaux et déclenchait sur son passage les vivats de la foule s’époumonant à crier " Vive le roi ! ". L’oriflamme rouge de Saint Denis, protecteur du royaume, claquait au vent. Derrière l’étendard royal, la fine fleur de la chevalerie française escortait Louis VII. Celui-ci avait revêtu le manteau royal bleu azur doublé d’hermine et brodé de ces " Flor de Loys " d’or, ou Fleurs du Roi Louis, symboles de loyauté et de fidélité. Symbole de la royauté, également, que ces fleurs de lys mariales qu’il venait d’adopter sur les conseils de Suger et Bernard de Clairvaux. Ce faisant, il plaçait ainsi le royaume sous la protection de la Vierge dont le culte ne cessait de croître partout en France, et notamment à Chaalons où l’on commençait la construction du transept de Notre-Dame-en-Vaux par-devant son cloître roman démoli en 1759.

Bernard gravit une à une les marches de la chaire, se dressa devant la foule, les bras écartés, et réclama le silence. Derrière lui, sous le dais, le roi prit place et s’assit, entouré des ambassades de Conrad III et de Barthélémy de Senlis, le nouvel évêque de la Ville. Les brumes hivernales se dissipèrent et un pâle soleil traversa le drap du dais, découpa la silhouette de l’abbé de Clairvaux et l’auréola d’une secrète lumière qui lui donna une majesté si éclatante que plus d’un participant se signa. De ce corps si frêle monta alors une voix profonde et puissante où Bernard mit tout le feu dévorant son âme au service de la croisade.

" …Pour les chevaliers du Christ, c’est en toute sécurité qu’ils combattent pour leur Seigneur, sans avoir à craindre de pécher en tuant leurs adversaires, ni de périr, s’ils se font tuer eux-mêmes. Que la mort soit subie, qu’elle soit donnée, c’est toujours une mort pour le Christ : elle n’a rien de criminel, elle est très glorieuse. Dans un cas, c’est pour servir le Christ ; dans l’autre, elle permet de gagner le Christ lui-même : celui-ci permet en effet que, pour le venger, on tue un ennemi, et il se donne lui-même plus volontiers encore au chevalier pour le consoler. Ainsi, disais-je, le chevalier du Christ donne-t-il la mort sans rien redouter ; mais il meurt avec plus de sécurité encore : c’est lui qui bénéficie de sa propre mort, le Christ de la mort qu’il donne.

— Son discours est terrifiant !
Urbain se tourna vers Memoria. On croirait entendre un Ayatollah ! — Il n’y a, de fait, guère de différences entre les deux, si ce n’est huit siècles d’écart, lui répondit-elle. Mais les hommes ont besoin de certitudes et celles des fous de Dieu sont tellement séduisantes...

" Car ce n’est pas sans raison qu’il porte l’épée : il est l’exécuteur de la volonté divine, que ce soit pour châtier les malfaiteurs ou pour glorifier les bons. Quand il met à mort un malfaiteur, il n’est pas un homicide, mais, si j’ose dire, un malicide. Il venge le Christ de ceux qui font le mal ; il défend les chrétiens. S’il est tué lui-même, il ne périt pas : il parvient à son but. La mort qu’il inflige est au profit du Christ ; celle qu’il reçoit, au sien propre. De la mort du païen, le chrétien peut tirer gloire, puisqu’il agit pour la gloire du Christ ; dans la mort du chrétien, la générosité du Roi se donne libre cours : il fait venir le chevalier à lui pour le récompenser. Dans le premier cas, le juste se réjouira en voyant le châtiment ; dans le second, il dira : "Puisque le juste retire du fruit de sa justice, il y a sans doute un Dieu qui juge les hommes sur la terre."

" Pourtant, il ne convient pas de tuer les païens si l’on peut trouver un autre moyen de les empêcher de harceler ou d’opprimer les fidèles. Mais, pour le moment, il vaut mieux que les païens soient tués, plutôt que de laisser la menace que représentent les pécheurs suspendue au-dessus de la tête des justes, de peur de voir les justes se laisser entraîner à commettre l’iniquité

" Qu’ils soient rejetés loin de la cité du Seigneur, ceux qui commettent l’iniquité, ceux qui s’efforcent d’enlever les inestimables richesses que Jérusalem réserve au peuple chrétien, ceux qui veulent souiller les Lieux saints et s’approprier le sanctuaire de Dieu. Que les deux glaives des fidèles soient levés sur la tête des ennemis, pour détruire quiconque s’élève contre la foi de Dieu, c’est-à-dire celle des chrétiens, pour que les nations ne disent pas : "où est leur Dieu ?"1.

Lorsque sa voix se tut, un immense murmure parcourut l’assistance avant d’enfler et de gonfler dans un même cri sortant de toutes les poitrines : " Dieu le veut ! Dieu le veut ! Des croix, des croix, qu’on nous donne des croix !

— Je n’y comprends plus rien !
murmura Urbain à l’adresse de Memoria. D’après Barbat, Saint Bernard prêcha la croisade en juin 1147. Or, la scène que tu viens de nous faire revivre se passe bien en hiver, non ?

— Tout à fait ! A la chandeleur, même…

— Comment peux-tu être aussi affirmative

— Parce que c’est le jour où le dieu me fit naître, celui de la fête de l’Imbolc, du retour de la lumière2… Si Barbat avait daigné m’écouter un peu plus lorsqu’il prit la plume, son " Histoire de Chaalons " ne serait pas sujette à caution

— J’ai effectivement souvent entendu Pierre Rajanval être critique sur l’historicité de certains passages de Barbat…

Oui, mais ici, tu peux être un peu indulgent, Urbain ! Dans l’affaire, Barbat a juste fait une petite confusion de dates. Saint Bernard prêcha bien la croisade ici lors de la rencontre qui se déroula du 2 au 4 février 1147 à Chaalons entre Louis VII et les ambassadeurs de l’Empereur Conrad et du duc Welf de Bavière. Lors de cette rencontre, destinée à préparer la deuxième croisade, le départ fut fixé aux environs de la Pentecôte, avec Metz comme lieu de concentration des deux armées. Le 12 mai 1147, Louis VII est fin prêt et il quitte Saint-Denis, l’oriflamme à la main. En chemin, il passe par Chaalons où Bernard de Clairvaux harangue une dernière fois l’armée royale, d’où la confusion de Barbat. Lorsque le roi arrive à Metz aux environs de la Pentecôte, qui cette année-là tombe le 30 mai, il apprend que l’empereur est déjà en route pour Jérusalem ! Le 14 juin, Louis VII quitte donc Metz à son tour pour la terre Sainte.

Notes

1. Lettre de Saint Bernard extraite de " De laude novae militiae " cité par Jean Richard, dans L’Esprit de croisade, Paris, 1969.

2. Voir le chapitre Les brumes de Catalonos dans " L’inconnue du grand bazar ", Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2006.

Paru  dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€

en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne

Pour plus d’info : http://www.catalaunien.net/ 

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• 16/07/2007 - Juliette Récamier, exilée à Châlons

Juliette, l’exilée

Juliette Récamier n’est pas une enfant du pays. Pourtant, contrairement à Mme de Staël,

une rue châlonnaise porte son nom car un lien l’unit à la Catalaunie.

 

Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est Juliette Récamier, telle que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle.

Née à Lyon, le 4 décembre 1777, Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard est une enfant choyée et instruite : elle étudie Montaigne, Racine, Voltaire, elle lit Shakespeare dans le texte, apprend l’italien et la musique. Vers l’âge de 12 ans, Juliette monte à Paris et épouse à 15 ans le banquier Jacques Récamier, que l’on dit amant de sa mère. Union de pure convenance et d’amitié, ce mariage restera un mariage blanc. Juliette tient salon et reçoit ses amis, pour la plupart opposants au régime impérial, rue Basse du Rempart puis au couvent de l’Abbaye au Bois. L’influence de ce salon est reconnu dans le domaine des lettres et de la politique. François-René de Chateaubriand la rejoint chaque jour quand il est à Paris. Elle deviendra l’égérie de l’écrivain et sa plus tendre et plus fidèle amie. Leur relation amoureuse durera 30 ans.

 

Une femme entourée et adorée

Juliette Récamier est connue pour son charme, sa beauté, son intelligence et sa culture Elle est très courtisée mais repousse avec douceur et sans blesser les hommages trop pressants. Seul Benjamin Constant, éconduit et malade de jalousie, fait un portrait d’elle peu flatteur. Même Sainte-Beuve, connu pour sa méchante langue, parle d’elle en termes bienveillants : il dit qu’elle est un " doux génie ". Sous le Directoire, avec Hortense de Beauharnais, elle est l’une des reines à la mode qui reçoit dans les salons fastueux de son hôtel de la rue du Mont Blanc. On la dit aussi bonne et délicate. Les femmes recherchent son amitié. Germaine de Staël l’adore.

Elle compte parmi ses principaux adorateurs Lucien Bonaparte, le prince Auguste de Prusse, les scientifiques André-Marie Ampère et son fils Jean-Jacques, historien, les peintres Louis David et Eugène Delacroix, les écrivains Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alexis de Tocqueville, Alfred de Musset, Henri Beyle, dit Stendhal et bien d’autres encore. Jusqu’à Honoré de Balzac, si fou de bonheur de l’avoir rencontrée, alors qu’elle approche de la soixantaine, qu’en sortant de chez elle il voudra, d’exultation, embrasser tous les passants. Elle les repousse tous sauf un, François-René de Chateaubriand.

 

Le salon d’une intellectuelle à la mode antique

Sous le Directoire, elle est l’une des premières à se meubler en style " étrusque " et à s’habiller " à la grecque ", et diffuse le goût pour l’" Antique " qui va prévaloir sous l’Empire. Elle est une figure clé de l’opposition au régime de Napoléon. Son salon a un rôle important dans la vie politique et intellectuelle de l’époque. Secrètement, elle est initiée à tous les projets de conspiration contre l’Empereur, qui pour la plupart naissent dans son salon. Son salon de l’Abbaye aux Bois, tenu à sa maturité, est le plus remarqué mais elle reçoit presque toujours de façon somptueuse, dans ses résidences parisiennes. Ses bals sont féeriques avec toilettes égyptiennes, grecques, romaines et turques. À l’Abbaye, son salon est décoré de riches draperies de soie blanche.

Juliette à Châlons

L’amitié que Madame Récamier entretient avec Madame de Staël, à partir de 1807 ajoute à la colère de l’Empereur. Juliette suit pendant cinq ans Germaine de Staël qui, pourchassée par Napoléon, déplace sa cour en province, à Coppet, puis à Chaumont-sur-Loire. En 1811, cette amitié vaut à Madame Récamier d’être exilée à quarante lieues de Paris. Elle décide alors de s’installer à Châlons, ville suffisamment éloignée de Paris mais cependant proche de la capitale.

 

La suite dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€

En vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne

Lire " Ils sont passés par Châlons " de Jean-Paul Barbier, Editions du Petit Catalaunien Illustré

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• 10/07/2007 - Marie-Angélique : l'enfant sauvage

Marie-Angélique, l’enfant-loup

 

L’histoire de l’enfant sauvage trouvée en 1731 à Sarry pour les uns, à Songy pour les autres, a fait couler beaucoup d’encre. Voltaire, Rousseau, Diderot, la Condamine et d’autres se sont intéressés à son cas. Le Petit Catalaunien Illustré a déjà donné la version de Burette de Verrières datant de 17881. Voici celle de Serge Aroles, parue en 2004, qui se base sur des documents d’archives.

Un jour, dans le Haut-Mississipi (Wisconsin), vers 1712, une indienne de la tribu des Renards voit le jour. Mais en juin 1712, sa nation est battue et massacrée par les Français qui n’épargnent ni les femmes, ni les enfants. L’orpheline est élevée par les siens. Elle connaît les famines des hivers blancs, les guerres entre tribus alliées aux Français ou aux Anglais. Battu une nouvelle fois par les Français en 1717 le chef des Renards, par une simple signature sur un parchemin donne sa terre à la " très Grande Montagne ", le roi de France, ainsi surnommé par les Indiens. Toutes ces batailles ont décimé les hommes et seuls restent les femmes et les enfants. Les fillettes en surnombre sont offertes à d’autres nations autochtones et aux officiers français. La petite indienne dont on parle, est emmenée par le beau-frère de Mme de Courtemanche au Labrador (Canada) en 1718.

Cette dame est la veuve du commandant de la côte du Labrador qui a péri l’année d’avant, peu après une attaque des " Esquimaux ". C’est son fils qui devient commandant. Il apprend la langue des " esquimaux " afin de pouvoir communiquer avec eux et les soumettre. Mme de Courtemanche a déjà deux petites " esquimaudes " qu’elle considère comme ses enfants. Elle change les habits de peau de la petite fille, lui enseigne le français et la nomme Marie-Angélique. Elle a 6 ans. Elle apprend la couture et la lecture. Un chapelain, le père Lair, catéchise les indiens en essayant de faire des analogies entres les déités indiennes et la trinité chrétienne. Mais les esquimaux attaquent le fort en septembre 1719. Marie-Angélique aura prévenu le commandant de l’insoumission des esquimaux dont elle a eu connaissance par une des esclaves-otages esquimaudes qui vit dans la même famille. Elle échappe à l’incendie du fort en 1720.

A 8 ans, le 11 septembre 1720, elle quitte la " terre des esquimaux " avec sa maîtresse et ses trois filles. Elles doivent revenir au printemps suivant. Elles embarquent sur " l’Aventurier ", chargé de morue et " armé en guerre ". Après des tempêtes et de grandes alarmes dues aux bateaux pirates, Marie-Angélique aborde l’Europe par le Portugal. Puis c’est l’Espagne et l’Italie. Enfin, Marseille, le 20 octobre 1720 où sévit la peste qui tuera la moitié de la ville. Le navire est immobilisé et aucun passager ne peut le quitter. Lorsque cela sera permis, l’Aventurier s’en ira sans Marie-Angélique car Mme de Courtemanche fortement endettée ne peut plus subvenir à ses besoins. Marie-Angélique travaille pour un homme nommé Durand ou Ollive : elle tisse la soie. Elle y rencontre une fille noire arrivée de " Palestine-Phénicie ", venue de l’empire Ottoman, qui parle une langue que Marie-Angélique ne comprend pas. Elle devient sa compagne d’infortune.

Toutes deux s’enfuient dans cette Provence encore inquiète de la peste. Marie-Angélique a 9 ans en décembre 1721. Elles fuient les incendies de la forêt provençale, elles se nourrissent de plantes et de fruits, de racines, d’insectes et de petits animaux, de charognes, de gibier ; pas de renard car Marie-Angélique racontera plus tard que sa viande a un goût répugnant. Elles ont dû, pour remplir leur estomac, également manger du bois pourri, de la terre, du miel, de la sève. L’hiver elles résistent au froid en s’enterrant. Elles chassent à l’aide d’un gourdin et d’un genre de lance trouvée on ne sait où et leurs griffes longues et dures leur servent à enlever la peau de leurs victimes. Ces griffes leur servent également à grimper aux arbres pour fuir les loups et les ours.

Marie-Angélique passe 10 ans dans la forêt. Elle se déplace avec sa compagne, veillant l’une sur l’autre en cas de blessure ou de maladie (elles ont pu avoir des affections dues aux eaux de baignade partagée avec les rongeurs (leptospirose), au fait de manger trop de lièvre (tularémie) en plus des parasites, de la malaria, la rage, le risque d’occlusion intestinale, des fracture de membres, le tétanos, etc.). Elles ont dû trouver des plantes qui apaisent les maux de ventre, des gommes, exudats d’arbres, qui adoucissent les plaies et les écorces qui arrêtent les hémorragies. Elles ont pu parcourir 20 000 km à raison d’une lieue et demie quotidienne. Elles fuient les lieux habités. Habillées de peaux de bêtes nouées par les pattes elles affrontent la neige et les tempêtes. Leur corps est couvert de boue qui les protège des insectes, des orties et du gel. Elles passent les premières années ensemble mais sans langue commune, elles communiquent entre elles par des cris, des signes vocaux. Le ciel et les étoiles sont leur plafond. Elles ont pu voir deux éclipses de soleil et quatre de lune pendant cette période. On peut penser qu’elles se trouvent en Lorraine lors du tremblement de terre qui a lieu le 3 août 1728.

Début septembre 1731, à Vitry le François, le sieur de Bar tire sur la compagne de Marie-Angélique et la blesse. Le gentilhomme prétendra l’avoir confondu avec du gibier d’eau. Elle a été trouvée morte du côté de Saint-Martin aux Champs. L’entourage de Marie-Angélique inventera l’histoire selon laquelle c’est elle qui l’a tuée au gourdin lors d’une dispute pour un rosaire trouvé et la lui fera croire. Cependant aucun acte d’inhumation n’a été trouvé, à cette date, sur les registres de plus de 150 villages de Champagne et de Lorraine.

On rapporte qu’un " un berger de château aperçoit une créature aux papilles délicates, une mangeuse de grenouilles qu’elle enrobe de feuilles de vigne, et les domestiques de ce même castel surprennent de nuit, près du cimetière de Songy une croqueuse de pommes prenant son repas sur les branches-mères. L’avant-veille déjà, un gros chien mourut d’avoir lancé ses crocs après une troisième fille, une promeneuse parée d’une massue, qui l’attendit avec calme, son arme levée latéralement, et lécho des os brisés de son crâne éteignit celui de son ultime aboi "2. Est-ce Marie-Angélique les trois fois ?

Songy 8 septembre 1731. Marie-Angélique, poursuivie, s’enfuit vers le cimetière où elle grimpe dans un arbre. Sous les yeux des villageois portant des flambeaux, elle saute dans un deuxième puis dans un autre plus élevé. Elle sera assiégée jusqu’au matin. Ils essaient alors de la faire descendre par des ruses à l’aide d’un seau d’eau fraîche : elle y boit à quatre pattes puis remonte vite. Puis une femme portant un bébé dans les bras l’affriande avec une anguille. Elle ne résiste pas et descend. Elle se laisse conduire au château où elle arrache une volaille crue à un cuisinier.

Chez le vicomte d’Epinoy : " L’attention que ce Seigneur a eu pour elle pendant près de deux mois, la souffrant la plus grande partie du jour en son château, la laissant pêcher dans les fossés, et chercher des racines dans ses jardins, a attiré beaucoup de monde chez lui "3. Elle refuse de dormir dans un lit et préfère la terre comme couche, ne mange que de la viande et des végétaux crus. Elle ne supporte pas d’être enfermée et craint le moindre contact avec un homme qu’aussitôt elle frappe ". Elle a dix-neuf ans. Elle loge chez le berger. Elle est surnommée la bête du berger. " Les curés du voisinage… lui ont fait comprendre… qu’il ne falloit point grimper sur les arbres, cela étant indécent à une fille… "3.

La suite dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€*

en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne  

1 Extrait des Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne, 1788

2 Marie-Angélique de Serge Aroles, terre Editions

3 lettre de Claude Faron, décembre 1731

Sources : Les enfants-loups (1344-1954) tome 2 : Marie-Angélique : survie et résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt de Serge Aroles, Terres éditions, 2004

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• 9/07/2007 - Les Jards ont perdu le nord

Les Jards ont perdu le nord

Ce numéro d’été 2007 se lit comme un roman car Le Petit Catalaunien Illustré vous raconte de belles histoires, toutes vraies. Celle de Juliette Récamier, "Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est ainsi que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle. Chassée de la capitale par Napoléon, elle devra s’exiler à Châlons.

Une autre histoire, celle de Marie-Angélique, l’enfant-loup, trouvée près de Châlons en 1731 : Serge Aroles nous conte, après avoir fouillé de longues années dans les archives, la survie et la résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt.

Des espaces boisés, lieux de promenade, il y en à Châlons, on les appelle les Jards. Mais les Jards ont perdu le nord : le Jard que nous nommons aujourd’hui le grand Jard fut longtemps dénommé le petit Jard et le grand Jard se situait plus au sud, au-delà du canal Louis XII. Mais, dans une ville où la Marne est un canal et l’anse du Jard la Marne, faut-il vraiment s’en étonner ? Visite des Jards en compagnie de Louis Grignon et Louis Barbat

En 8 siècles les Jards ont vu défiler l’Histoire de la ville. Il en est une, racontée par Mémoria, l’âme de Chaalons-en-Champaigne, celle du prêche de Bernard de Clairvaux pour les Croisades en 1147. Nous vous livrons en avant-première un extrait du tome II du roman de Bruno Malthet : " l’Inconnue du grand barzar ".

Pour finir, un peu de réflexion. Sur l’engagement des Châlonnais dans le comité de jumelage avec la ville burkinabé Bobo-Dioulasso : pourquoi depuis 37 ans, malgré leurs différences, les adhérents, hommes et femmes de bonne volonté, sont-ils rassemblés dans cette relation ? Patrick Denis, le président du comité de jumelage, s’interroge. Une des actions du comité de jumelage est le parrainage d’enfants bobolais qui leur permet d’être scolarisés. Un bulletin de parrainage est joint à ce numéro.

Une des raisons de la participation des Châlonnais dans l’aventure de jumelage avec Bobo est " la volonté de lutter contre les idées nauséabondes du racisme et de l’intolérance qui ont perverti trop d’esprits dans notre pays ", comme le dit Patrick Denis. Sur le même axe, l’Union Européenne a lancé en 2007 " EQUAL ", un laboratoire d’idées au service de la stratégie européenne pour l’emploi et le processus d’inclusion sociale afin de combattre la discrimination et l’exclusion basée sur le sexe, l’origine raciale ou ethnique, la religion ou les croyances, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle : égalité des chances et bienfaits de la diversité.

Sur ces belles et bonnes paroles, je vous laisse à votre lecture en espérant que vous apprécierez la diversité de ces thèmes et que nous vous retrouverons à la rentrée

La rédaction

Voir sur ce blog les articles :

  • Juliette Récamier, exilée à Châlons
  • Marie-Angélique, l'enfant-loup
  • Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons  

N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€ *

Pour plus d’info : www.catalaunien.net

Tel : 03 26 68 68 00

Courriel : mailto:catalaunien@club-internet.fr 

en vente à la librairie du Mau, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne


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• 11/06/2007 - un week-end de collage à Chaalons

 

 

le 17 juin 2007

Faites le bon choix
(pour la fête des pères)

Samedi 9 juin 2007 au matin

 

Depuis un mois, la bataille électorale des législatives ne laissait plus un seul espace disponible pour les informations culturelles sur les panneaux libres expressions. Lorsque Chaalons s’éveilla ce samedi matin-là, ceux de la ville étaient recouverts d’affiches électorales du couple Benjamin Lhéritier – Baptiste Bouc-Bigot et, de-ci, de-là, de leurs deux challengers, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube.

Mais, ce samedi-là, fin de campagne du premier tour oblige, leurs seaux de colle devaient rester au placard afin de respecter la loi. Rien d’étonnant donc que le coffre de la voiture d’Urbain Travy débordât alors d’affiches jaunes et roses. Non point qu’il fît la campagne d’un candidat et entendît se mettre hors la loi ! Mais il entendait profiter du seul créneau disponible pour réaliser, à une semaine de la fête des pères, une campagne de promotion du roman 100% Châlonnais de Bruno Malthet, " L’inconnue du grand bazar ". Aussi ses affiches invitaient-elles les châlonnais à opérer le 17 juin le bon choix en offrant ce roman à leur père et annonçaient-elles une séance de dédicace de l’auteur à la librairie Guerlin le samedi suivant 16 juin 2007 de 15 à 18 heures.

Avec Fabienne Laforge, Séraphin et Martine Lamberty, Urbain Travy se dirigea donc vers les panneaux libres expressions. Tous encadrèrent soigneusement d’affiches les trombines des candidats à la députation en veillant à leur laisser un espace suffisant pour respirer. Benjamin Lhéritier, Baptiste Bouc-Bigot, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube restèrent tout sourire bien qu’ils n’en pensassent pas moins. Mais, soucieux de ne point mécontenter ces électeurs qui leur chatouillaient les moustaches, ils s’abstinrent de tout commentaire et éternuement. Contre mauvaise fortune, ils parurent donc aux anges de devoir cohabiter, l’espace d’un week-end, avec cette belle inconnue du grand bazar d’un côté, son auteur de l’autre côté, bien qu’ils ne les aimassent pas particulièrement depuis que l’un raconta dans l’autre leurs diverses turpitudes chaalonnaises.

Tout était donc bien dans le meilleur des mondes et aurait pu le rester lorsque soudain Les Amis de la Catalaunie tombèrent sur une équipe de colleurs s’activant devant le lycée Oehmichen. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, le panneau Libres expressions fut recouvert d’affiches du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot tandis que, à quelques pas de là, celles de René Gars de Béocube gisaient en lambeaux sur une pelouse voisine.

Bizarre de chez bizarre… commenta Urbain Travy. Manifestement, Lhéritier et Bouc-Bigot ont un sérieux problème à régler avec René Gars de Béocube ! Mieux vaut éviter les balles perdues. Partons vite d’ici. On les laisse s’entre-déchirer et pendant ce temps-là, on va manger…

Samedi 9 juin 2007

après-midi

Un peu plus tard, dans l’après-midi, Urbain Travy et Séraphin Lamberty reprirent leur tournée promotionnelle et constatèrent avec amertume que leurs affiches du matin avaient été à leur tour arrachées et remplacées par celles de René Gars de Béocube. Il en allait de même de celles du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot qui agonisaient au sol, leurs minois tout chiffonnés et rageusement lacérés. Seule l’une d’entre elles semblait avoir survécu à ce carnage et pendait à moitié dans le vide, laissant le couple la tête en bas au bord de l’asphyxie. Aussi, pris d’une soudaine compassion devant une fin si tragique, Urbain Travy acheva-t-il de l’arracher, en fit une grosse boulette et la jeta dans son coffre.

Tu fais quoi ? Tu veux l’emmener aux urgences ?

— Non, mais on ne pollue pas, nous ! Je la mettrai donc chez moi là où elle doit finir sa vie : à la poubelle.

— N’empêche ! Si Trosquot savait que tu trimbales Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot dans ta bagnole, il serait vert de rage.

Si Trosquot veut monter avec eux dans le coffre, il n’a qu’à venir les rejoindre. Et comme je ne suis pas sectaire, moi, je lui réserverai le même sort !…

Tout en dissertant de la sorte, Urbain Travy et Séraphin Lamberty entreprirent de réparer l’affront fait à " L’inconnue du grand bazar " par d’incultes colleurs d’affiches. Soudain, un violent crissement de pneus retentit et les stoppa net dans leur élan.

Quand vous arrachez, ramassez, M. Travy ! s’insurgea le passager avant qui se présenta comme étant le chef de cabinet du bourgmestre. Ne laissez pas notre vénéré bourgmestre et son fils spirituel dans le caniveau… Désolé, mais ce n’est pas nous ! se défendirent les Amis de la Catalaunie. Dites-le plutôt à vos équipes de colleurs et à celles de René Gars de Béocube ! Et puis, de quel droit collez-vous la veille des élections ? N’est-ce pas interdit ?

— Jusqu’à minuit, nous avons l’autorisation du bourgmestre…

— Ah bon ! Et les autres ?

— Nous avons l’ordre de les recoller…

— Et nous ?

— Vous ? Vous n’étiez pas prévu au programme, mais puisque vous faites la campagne de promotion d’un livre iconoclaste, on est obligé de vous recouvrir…

— Ah ? Pourquoi donc ?

— Parce qu’il faut absolument que les Chaalonnais sachent que Lhéritier est apparu et le voient partout aux côtés de Bouc-Bigot… A peine eut-il terminé sa phrase qu’un nouveau crissement de pneus retentit et qu’une grosse mercedes s’immobilisa au milieu de la chaussée. Deux caïds en sortirent, l’air manifestement en colère.

— Tiens, voilà vos copains ! lâcha Urbain Travy au chef de cabinet.

— Kiséki a arraché les affiches de René Gars de Béocube ? Z’avez pas le droit ! vociféra l’un des " copains " du couple Lhéritier – Bouc-Bigot.

— C’est pas nous, c’est eux ! souligna Urbain Travy en leur désignant l’équipe du chef de cabinet. Bon et bien, les présentations étant faites, ma foi, on vous laisse laver votre linge sale en famille. Tchao et pensez à laisser une petite place pour " L’inconnue du grand bazar ", ça serait sympa… Puis, se tournant vers Séraphin Lamberty, il ajouta : quant à nous, il faudra qu’on repasse demain !

 

 

 

Dimanche 10 juin 2007

Durant la nuit, le paysage changea. Au petit matin, la moitié des panneaux libres expressions ne laissa apparaître que les trombines du couple Lhéritier – Bouc-Bigot. L’autre moitié avait été recouverte d’affiches blanches et vierges. Manifestement, le bourgmestre avait envoyé, comme à l’habitude, son équipe de nettoyage spécialisée dans le tri sélectif. En y regardant de plus près, Urbain Travy et Séraphin Lamberty constatèrent en effet qu’elles masquaient principalement des affiches de René Gars de Béocube. Quant à celles collées la veille pour la promotion de " L’inconnue du grand bazar ", le premier roman 100% châlonnais, elles étaient recouvertes par un épais mille-feuille fort indigeste, signe que la bataille pour le monopole d’affichage avait été particulièrement rude durant la nuit entre les bandes rivales !

Bon et bien maintenant, à nous ! lança Urbain Travy. Collons pour la gloire de Memoria et tant pis pour celle de Lhéritier et de Bouc-Bigot…

Les deux amis y allèrent de bon cœur et avec ardeur. Ce fut un véritable feu d’artifice rose et jaune, comme celui de la veille pour l’arrivée du TGV-Est et, en moins de trois heures, le travail fut achevé. Proprement, comme il se doit, sans bavure ni arrachage, sur toute l’agglomération. Ce dynamisme culturel attira, bien évidemment, la curiosité de la police qui ne put que constater la légalité de cette opération de promotion un jour d’élection. Plus d’un passant s’arrêta également et, après s’être enquis de l’œuvre affichée, l’applaudit comme étant salvatrice et exprima son ras-le-bol de devoir supporter les tronches des Bouc-Bigot, Lhéritier, Trosquot et Gars de Béocube réunis. Une automobiliste encouragea même vivement les deux amis à " encoller le faux rouquin ".

Le rouquin ? Quel rouquin ?

— Ben, Bouc-Bigot ! Il a une moumoute sur la tête, ou quoi, le bourgmestre ?

— Non, non ! Paraît qu’il se fait teindre la touffe par Lhéritier…

— Moumoute ou teinture, recouvrez-le ! Y’en a marre de voir sa tronche et celle de son petit minet… Au fait, dites voir : c’est quoi, le bouquin dont parle votre affiche ?

— Un roman 100% Châlonnais : le sauvetage de caves médiévales menacées par la Marie-Rose et…

— … et Bouc-Bigot ? Ouais, ça me revient, j’en ai déjà entendu parlé dans La Force. Et c’est une histoire vraie, non ?

— Toute ressemblance avec des événements et des personnages existant serait une pure coïncidence…

— C’est bien ce que je disais ! Et sinon, c’est quand, votre dédicace de " L’inconnue du grand bazar ", M. Travy ?

— Samedi 16 juin de 15 à 18 heures, à la librairie Guerlin, place de la République.

J’y serai…Et pensez à l’annoncer dans La Force. Parce que, vous savez, passé dimanche, je crains fort que Bouc-Bigot et Trosquot & co recouvrent vos affiches…

— On s’y attend effectivement. A croire que ce roman les dérange ! Pourtant, pour la fête des pères, c’est une excellente idée de cadeau…

— A samedi, donc, pour ma dédicace...

 

www.catalaunien.net

catalaunien@gmail.com 

 


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• 2/06/2007 - Rencontre avec Bruno Malthet

Lorsqu'une inconnue l'apostrophe sur la place de l'Hôtel de Ville enneigée, Urbain est loin d'imaginer qu'elle va l'entraîner jusqu'à l'antique Catalonos où elle prétend être née. Pareille aventure était déjà arrivée, trente ans plus tôt, à Pierre Rajanval et Arsène Colvert. Tous deux sont formels : le retour de l'inconnue est le signe qu'un danger menace le patrimoine de la Catalaunie. Elle confie à Urbain une mission : sauver les caves médiévales menacées par un projet immobilier. Une mission qui va le conduire dans les souterrains de Chaalons-en-Champaigne et, au risque de sa vie, dans le puits des temps immémoriaux. Pour l'accomplir, il devra affronter la colère du bourgmestre de la ville dont il entrave les plans, les moulinets de Maître Gudulle, un ténor du barreau parisien spécialement dépêché pour le combattre, les foudres de la terrible Marie-Rose, l'échevine à la Modernité Urbanistique, et bien d'autres personnages que l'on dirait parfois sortis d'une infernale boîte de Pandore. Pour eux, les vieilles pierres ne présentent aucun intérêt, sans doute parce qu'ils ignorent qu'elles contiennent la mémoire du temps, celle que nous fait découvrir et explorer l'énigmatique inconnue. Celle-ci intrigue d'autant plus Fabrice Zagon, le Rouletabille du journal La Force, que son visage est mystérieusement troublé sur toutes les photos qu'il prend d'elle...

Rencontrez Bruno Malthet, auteur de L'inconnue du Grand Bazar , qui dédicacera son roman

le 17 juin 2007

de 15h à 18h

à la librairie Guerlin-Martin

à Châlons-en-Champagne

L’inconnue du grand bazar de Bruno Malthet, éditions du Petit Catalaunien Illustré

16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne tel : 03 26 68 68 00

courriel : catalaunien@gmail.comclub-internet.fr    

En vente en librairie et sur commande  24€ (port compris)

 Pour plus d'info : www.catalaunien.net

Avec L’inconnue du grand bazar, Bruno Malthet signe son premier roman. Châlonnais, il fonde en 1991 l’association Nouvelle Catalaunie et son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré. Avec les articles qu’il écrit et publie dans ce périodique, il vulgarise les deux mille ans d’histoire de Châlons et de son patrimoine ainsi que les combats que l’association mène pour le protéger. Écrit avec beaucoup d’humour et de poésie, ce roman entraîne son lecteur en Catalaunie - une mystérieuse contrée inconnue des historiens et encyclopédistes - et dans sa mémoire, la Memoria catalaunica. Le passé et le présent s’y enchevêtrent dans une fiction qui nous conduit à découvrir les 2000 ans d’histoire de sa capitale, Chaalons-en-Champaigne, laquelle ressemble étrangement à Châlons-en-Champagne. Mais, avertit d’emblée l’auteur, toute ressemblance avec des personnages et des événements existant ou ayant existé ne serait qu’une pure coïncidence. Cela sera-t-il suffisant pour rassurer tous les passionnés et amoureux du patrimoine châlonnais ? Les événements qu’il relate sont tellement inimaginables qu’il ne saurait en être autrement

Pour le 15ème anniversaire de sa création, l’Association Nouvelle Catalaunie a décidé de publier un roman écrit par son président : L’inconnue du grand bazar. Ce roman se veut 100% châlonnais. C’est, à notre connaissance, le premier roman qui le soit, même si son histoire se passe à Chaalons-en-Champaigne. Non, ne cherchez pas : il n’y a pas de faute ! Il y a bien deux " a " à Chaalons et un " i " à Champaigne, nom que porte dans ce roman la capitale de la mystérieuse Catalaunie ignorée des dictionnaires. Le Petit Catalaunien Illustré publie en avant-première des extraits de cette œuvre tout à la fois roman policier, d’amour et militant où l’humour et la poésie se disputent la prééminence malgré la gravité du sujet.

L’idée de ce roman est partie de la publication des recueils de nouvelles à fond historique de Louis Grignon, Les chausses de Jehan de Soudron, et de Roger Canard, Histoires de Catalaunie, mettant en scène l’histoire locale. A cette histoire locale, Bruno Malthet avait grande envie d’y adjoindre celle du patrimoine et d’inviter ses lecteurs, qu’ils soient du cru ou non, à (re) découvrir Châlons autrement que dans un livre d’histoire, une monographie monumentale ou un guide touristique. Bref, en joignant l’utile à l’agréable.

Pour y parvenir, il avait entre les mains toutes les pièces d’un puzzle patiemment réunies au cours des quinze années d’existence du Petit Catalaunien Illustré qui en publia un grand nombre. Restait à trouver comment les assembler et à libérer le temps de le faire. Un matin d’août 2005, sous le ciel breton, l’auteur enfourcha son vélo en direction du supermarché du coin et en revint avec un mystérieux petit carnet rouge. Il se mit à y griffonner un tas d’idées, de noms, de dates et d’événements n’ayant souvent pour seul rapport entre eux que le crayon qui les libérait. L’inconnue venait de l’habiter et ne le quitta plus au point d’envahir ses rêves et ses pensées !

A l’origine, il devait s’agir d’une suite de nouvelles. Mais, très vite, celles-ci se trouvèrent quelques affinités et firent front commun. Aussi exigèrent-elles de leur maître qu’il respecte la règle des trois unités de la tragédie classique et qu’il plante le décor dans un même lieu, la Catalaunie, dans un temps donné, celui de l’histoire bimillénaire de Châlons, et autour d’une grande action, la défense du patrimoine. Autant dire qu’il se serait agi d’une mission impossible, surtout en ce qui concerne le temps, si L’inconnue du grand bazar n’avait pas rapidement pris les choses en main. Voire, comme elle en est fortement soupçonnée, carrément la plume.

Car, s’il y a quelque chose dont Bruno Malthet manquait pour écrire ce roman, c’était bien de temps ! N’allez pas croire pour autant qu’il aurait utilisé les services d’un nègre pour boucler ce premier tome (il a la prétention de récidiver) de sa Memoria catalaunica. Il en revendique la paternité et il n’y a pas lieu d’en douter.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à ce roman qui, bien qu’il se passe en Catalaunie, dont ces charmantes bêtes broutèrent longtemps les savarts, ne les mentionne même pas paissant autour du petit village de Pouilles-les-Punaises... Qui donc est cette inconnue, l’héroïne de ce roman, qui entraîne un président d’association dans la mémoire du temps et dans une singulière croisade pour sauver des caves médiévales ? Cet étrange personnage détient-il vraiment de mystérieux pouvoirs au point de nous faire revivre des pans entiers de l’histoire locale jusqu’alors demeurés secrets, voire de nous permettre de découvrir des trésors médiévaux, telle la salle des Cinq Chemins, inconnus des historiens et des services des Monuments historiques ? Où s’arrête l’histoire et où commence la fiction dans ce roman ?

L’œuvre est apocryphe et apodictique, prévient Bruno Malthet dans son avertissement. Et assurément elle l’est, pour peu que l’on veuille bien rechercher le sens de ces deux mots. Comment, au demeurant, en serait-il autrement lorsque l’effet miroir voulu par l’auteur joue à plein durant 350 pages ? Telles des glaces concaves, convexes ou sans teint, chacune d’elles reflètent, déforment ou amplifient les défauts et qualités des personnages de fiction qui les hantent.

Cependant, ceux qui leur chercheraient quelques ressemblances avec nos contemporains en seront pour leurs frais : il n’y en a pas. Aussi convient-il de s’en faire une raison et de s’attacher au seul objectif recherché et avoué : prendre conscience de la richesse patrimoniale de Châlons-en-Champagne, alias Chaalons-en-Champaigne, de l’importance qu’il y a de la sauvegarder, de l’embellir et de la promouvoir. C’est ce à quoi L’inconnue du grand bazar a l’ambition de parvenir.

Biographie

Bruno Malthet, né à Châlons le 8 janvier 1952, fonde en 1991 et préside depuis l'association Nouvelle Catalaunie. Son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré, se veut " Châlonnais et fier " de l'être en faisant œuvre de vulgarisation tout en restant une source d'érudition.

Il y publie de nombreux articles et il y donne un éclairage nouveau sur Châlons-en-Champagne, son passé, son histoire, son patrimoine et ses enfants qui, au fil des siècles ont modelé l'âme châlonnaise.

Son regard est résolument tourné vers une nouvelle Catalaunie respectueuse de son passé, comme en témoigne le combat qu'il mena, et gagna, en 2003 pour la sauvegarde et la mise en valeur des cryptes médiévales du CHV, des façades de la place Foch et des perspectives sur Notre-Dame-en-Vaux, menacées par le projet de restructuration de ce centre commercial.


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