La Catalaunie dans tous ses états
• 2/12/2007 - recette flan catalaunien au potiron
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Recette
Flan catalaunien au potiron
Ingrédients :
- 1kg de potiron
- 150g de sucre de canne
- ½ verre de lait
- 2 œufs
- 1 cuillère à soupe bien pleine de farine
- vanille
- caramel
Préparation
Couper le potiron en tranches et les éplucher.
Couper les tranches en morceaux et les faire cuire dans de l’eau sans sel ni sucre. Egoutter.
Dans une jatte, battre les œufs et le sucre, ajouter le lait, la farine et la vanille. Battre le tout.
Bien mélanger l’appareil avec les morceaux de potiron.
Verser le tout dans un moule à soufflé préalablement caramélisé.
Cuire à feu doux une heure et demie.
Laisser refroidir et mettre au frais.
Démouler très froid.
Bon appétit
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• 12/09/2007 - Solidarité et Paix
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Léon Bourgeois, doctrinaire de la Solidarité et Apôtre de la Paix
Parisien, châlonnais d'adoption, Léon Bourgeois reste une des grandes figures politiques de la croisée des XIXème et Même siècles. A l'heure de franchir le carrefour des millénaires, les idées de ce génial avocat, prix Nobel de la Paix, sont toujours d'actualité. En cette fin de siècle, elles ne sont, hélas, toujours pas complètement entrées dans nos mentalités et suscitent encore des controverses. Son rêve est pourtant simple : la solidarité et la paix dans le monde.
Léon Bourgeois, fils d’horloger, naît à Paris le 29 Mars 1851 dans une famille de condition modeste. Brillant dans ses études de Droit, il les interrompt un instant pour s'engager lors de la guerre de 1870. Un de ses biographes et contemporains, Maurice Hamburger, nous le montre curieux, enthousiaste mais réfléchi, conciliateur, charmant, d'une grande éloquence et énergie intellectuelle. Ses passe-temps favoris sont la lecture d'Auguste Comte et Stuart Mill, l'étude du sanscrit et la sculpture. Il épouse une marnaise, Mademoiselle Sellier, fille d'un important propriétaire agricole et viticole qui lui donne deux enfants.
Le politique
Sorti Docteur en Droit de la faculté de Paris, ce brillant avocat quitte vite le prétoire pour la tribune politique. Secrétaire Général du département de la Marne en 1877, il est nommé sous-préfet de Reims à 29 ans puis préfet du Tarn en 1882. Rappelé à Paris pour occuper le poste de Secrétaire Général de la Seine, il est promu préfet de Haute-Garonne en 1885, puis retourne à Paris au ministère de l'Intérieur avant d'occuper le poste de Préfet de Police en 1887. En 1888, il revient dans la Marne à l'appel de ses nombreux amis champenois. Là, il est élu député de la Marne contre le Général Boulanger. Lorsque le scrutin d'arrondissement est rétabli en 1889 pour éviter de voir se renouveler les élections plébiscitaires qui avaient servi Boulanger, Léon Bourgeois devient député de Châlons, puis sénateur de la Marne pendant 37 ans, sans interruption, jusqu'à sa mort. L'ascension politique de ce radical-socialiste est irrésistible et rapide. Elle le verra siéger dans de nombreux conseils du gouvernement à partir de 1888. Douze fois ministre (garde des sceaux, intérieur, affaires étrangères, instruction civique, travail...), il préside le Conseil des Ministres de Novembre 1895 à Avril 1896, la Chambre des Députés de 1902 à 1904 et, ce qui fait de lui le 2ème personnage de l'État, le Sénat de 1920 à 1923. S'il n'est pas devenu Président de la République comme le souhaitent de nombreux français à l'époque, c'est qu'atteint d'une affection aux yeux, il craint la cécité. Son œuvre politique repose sur deux concepts. L'un, la Solidarité, est basé sur l'individu et la société, l'autre, la Paix, est lié aux Nations. Mais dans son esprit, les deux interfèrent car, écrira-t-il, "c'est la solidarité que les hommes doivent d’abord reconnaître et instaurer pour pouvoir dans la justice, jouir enfin de la liberté. "
Le Principe de Solidarité
Contre l'esprit de servitude et d'égoïsme, Léon Bourgeois pense qu'il faut former l'individu, l'éveiller à la vie sociale, à la démocratie, lui faire prendre conscience de ses droits et devoirs envers lui-même et les autres. Pour atteindre ce but, il prône la création d'institutions mutuelles (la Sécurité Sociale n'existe pas encore), supportées par tous et ouvertes à tous : maladies, accidents, chômage, vieillesse, enseignement. Il s'occupe aussi de l'éducation des enfants anormaux, de la réduction du temps de travail (loi des 10 heures), du chômage, des problèmes d'insalubrité des logements et d'hygiène. Il crée en 1910 le premier dispensaire antituberculeux à l'hôpital Laënnec de Paris. La tuberculose fait des ravages à cette époque : sa fille et sa femme en mourront. Léon Bourgeois pense qu'en matière de santé il vaut mieux prévoir, éviter que combattre le mal. Et il préfère la prévoyance sociale à l'assistance.
Léon Bourgeois encourage aussi les coopérateurs car il voit dans ce type d'économie, qui répartit équitablement les profits et les charges, la réconciliation du capital et du travail. C'est pour lui l'idéal de la démocratie française. Il est aussi l'artisan de la loi qui institue l'Office National des Pupilles de la Nation après de la 1ère guerre mondiale. En 1902 il publie un " Essai d'une Philosophie de la Solidarité". Cet ouvrage en fait un des théoriciens du radicalisme.
L'organisation de la paix
Léon Bourgeois est chef de la délégation française à la première Conférence Internationale de la Paix de La Haye en 1899 qui a pour but de maintenir la paix générale et de réduire les armements excessifs. Elu président de la commission d'arbitrage, il propose, conformément à son idéal, de régler les rapports entre nations par la justice qui serait rendue par un tribunal au sein d'une institution internationale. Mais la délégation allemande s’y oppose. Il en restera une cour permanente d'arbitrage, un jalon planté sur la route de la paix, malheureusement plus utilisée par les particuliers que par les gouvernements. Malgré la conjoncture, Léon Bourgeois ne désespère pas et récidive lors de la 2ème conférence de La Haye en 1907. Il publie en 1910 "Pour un projet de la Société des Nations". Il vient d'inventer et de nommer l'institution qu'il verra naître et aussi bafouée. En 1917, il est nommé président de la commission qui établit un projet français de la Société des Nations et prend part, avec le Président américain Wilson, aux travaux pour l'édification du pacte de la SDN. Elu en 1919 membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, il préside en 1920 la première réunion à Genève du Conseil de la SDN : les représentants des 47 nations lui expriment alors admiration et reconnaissance. Et il reçoit, le 11 Décembre 1920, en pleine assemblée de Genève et sous une ovation interminable, le prix Nobel de la Paix.
la Paix par la Solidarité des Peuples
Léon Bourgeois siège à la SDN et essaie de faire admettre ses idées sur la Solidarité des Nations, la Paix par le Droit et la sécurité collective par la constitution d'une armée internationale. A la lutte pour la vie, il propose une alternative : l'union pour la vie. Cet idéaliste humaniste s'éteint le 29 Septembre 1925 à l'âge de 74 ans. Selon son vœu, ses cendres sont inhumées en terre champenoise en plein vignoble au "château d'Oger", propriété de ses beaux parents. Son fils, le Dr Bourgeois les transfère en 1933 au cimetière de l'Ouest à Châlons dans le caveau familial. La même année, la SDN, la République, le Département et les municipalités de la Marne lui rendent hommage en élevant un monument à sa mémoire rue Juliette Récamier à Châlons. Réalisé par son ami Maillon, deux femmes y symbolisent l'œuvre de sa vie : la solidarité et la SDN qu'une inscription résume : " la Paix par la Solidarité des Peuples ".
Ne le cherchez pas : sacrilège criminel contre la Paix, cet ensemble de bronze a été fondu en canon pendant la deuxième guerre mondiale et son socle de pierre est tombé en pleine guerre froide lors d’un réaménagement du parking.
Aujourd’hui, Châlons conserve comme seuls souvenirs de ce Grand Homme une rue, un buste érigé devant les archives départementales, son importante bibliothèque personnelle emmagasinée dans les greniers de la Bibliothèque municipale et trois sculptures de Rodin offertes au musée municipal par son fils, le Dr Georges Bourgeois. Elles représentent la Beauté (bronze), La tête de Saint Jean- Baptiste sur un plat (marbre) et l’Eveil de l’Humanité (bronze).
Article paru dans le Petit Catalaunien Illustré N° hiver 1992-1993.
éditions du Petit Catalaunien Illustré
16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne
tel/fax : 03 26 68 68 00
courriel : catalaunien@club-internet.fr Pour plus d'info : http://www.catalaunien.fr
Vient de paraître :
Léon Bourgeois : du solidarisme à la société des Nations.
Avant de se dissoudre, l’association pour la Recherche sur la Paix et la Guerre, l’ARPEGE, a consacré une journée d’études à un homme de paix, à une des figures les plus méconnues du XXème siècle, Léon Bourgeois, un des rares Français prix Nobel de la Paix. Cette journée d’études fit appel à des spécialistes dont les contributions sont publiés dans ces actes et portent sur Léon Bourgeois et le solidarisme, sa relation à l’élu local, le militant de la Paix, les origines en France de la SDN, la SDN, la Séparation des Eglises et de l’Etat, le Prix Nobel de la Paix, le sculpteur et ami des arts et, pour conclure, une biographie sommaire.
2007, Editions Dominique Guéniot, 156 pages, 20 €
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• 20/07/2007 - Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons
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Dieu le veut !
Dans la suite de son roman "L’inconnue du grand bazar", Bruno Malthet consacre plusieurs chapitres à un raid aventure se déroulant dans Chaalons où les compétiteurs doivent notamment répondre à des questions culturelles concoctées par La Catalaunie Illustrée. Pendant qu'Eugène Thanase et Benjamin Lhéritier recherchent qui, de l’intendant Hue de Miroménil, du docteur Balthazar Trosquot ou bien de la Marie-Rose, détruisit nuitamment la chaire à prêcher de saint Bernard, Memoria, l’héroïne du roman, conduit les autres compétiteurs sur les traces du saint homme. Suivons-les.
Memoria tendit et tourna ses mains vers le ciel dont le voile nuageux se déchira. Une étrange lumière en déborda. D’un subtil mélange de nacre, de pourpre, d’émeraude et de saphir, elle inonda son visage, irradia son corps, se diffusa lentement vers tous ceux qui l’entouraient et les rendit évanescents. Au loin, à l’ouest, au sud, à l’est et au nord, le ciel s’assombrit et se zébra d’éclairs. Leur intensité était si grande que l’on eût dit qu’une immense couronne d’épines d’or et d’argent ceignait le grand Jard et s’apprêtait à l’engloutir sous la morsure de ses ronces. L’horizon se brouilla et se mit à danser, tanguer et chahuter si fort que le chant des oiseaux se tut immédiatement. Un profond silence envahit l’assistance, toute tétanisée qu’elle était. Un coup de tonnerre ébranla soudainement l’atmosphère, puissant et impérieux comme la voix d’un magister martelant à l’assistance un ordre divin.
" Dieu le veut ! Dieu le veut ! ". Etait-ce bien cela que les compétiteurs comprirent lorsque le dernier roulement s’estompa au loin ? Que pouvait-il signifier d’autre ?
Rien, si ce n’est que le méandre de la rivière formant l’anse du Jard, ne résista à la force qui submergea alors l’espace et le temps. Un autre monde en surgit sans crier gare. Le vent se leva et tourbillonna en rugissant, soulevant et arrachant la cime des marronniers. Sous leur pied, le sol se mit à trembler avant de s’entrouvrir et de les attirer sans bruit ni cri dans ses entrailles encore toutes fumantes des brumes matinales. Les allées ceinturant les bassins du Jard s’estompèrent pour retrouver le niveau naturel du sol. Leur remblai végétal s’effondra, s’effrita et se laissa entraîner vers ses origines, rejoignant ainsi le lit du canal Louis XII qui s’en trouva comblé. Du jardin, il ne resta bientôt plus qu’une vaste étendue herbeuse parsemée de ci, de là, de saules décharnés par les rigueurs de l’hiver. La prairie s’étendait vers le sud bien au delà des limites actuelles du Jard et, vers l’est, jusqu’à la rivière de Nau. Au nord, elle venait buter sur les larges et profonds fossés des fortifications de la ville et, à l’est de la porte du Jard les perçant, sur un cimetière, dit du Jard ou de la Madeleine du Jard, s’étendant jusqu’au Nau.
Un vent glacial agita l’herbe gelée de la prairie. Mais, en cette fin de matinée de la chandeleur de l’an de grâce 1147, la foule immense qui l’envahit n’en avait cure. " Dieu le veut ! Dieu le veut ! " paraissait son seul leitmotiv. Chacun le répétait en hâtant le pas pour se diriger vers une haute chaire en pierres de taille. Elle se dressait au milieu de la prairie, à six cents pas environ de la porte du Jard, juste à main droite du chemin de terre sur lequel elle s’ouvrait en direction du sud. La chaire s’élevait d’une demi-douzaine de pieds au-dessus du monticule de terre sur lequel elle reposait. De part et d’autres, on devinait l’amorce des marches qui pénétraient son socle afin d’accéder à sa plate-forme. Sa façade était sobrement décorée d’une scène des évangiles représentant Jésus recevant le baptême de Jean et encadrée de deux colonnades fort rustiques. Par derrière la chaire, une vaste estrade surmontée d’un grand dais sang et or avait été dressée, sans doute pour recevoir dignement des hôtes de marque qui assisteraient quelque prédicateur venu haranguer une foule sans fin se pressant et s’agglutinant déjà tout autour.
Tout ce que la Champagne comptait de chevaliers, de gens d’armes et d’Eglise semblait s’être donné rendez-vous en ce lieu avec les habitants de la ville et des villages alentours. Les bannières et oriflammes claquaient au vent tandis que les chevaux piaffaient d’impatience. " Place ! Place ! ". Sur le chemin menant à la chaire, sous la conduite d’un sergent de ville, des piquiers écartèrent la foule sans aucun ménagement. Des fortifications formées de " chasteaux et bastides de bois ", le son des trompettes s’éleva. Le pont-levis qui fermait la nuit la porte du Jard se mit à trembler sous le pas rythmé et le poids des soldats et des chevaux.
Devant eux avançait un moine cistercien, aisément reconnaissable à sa tunique lui tombant des épaules jusqu’aux chevilles, recouverte d’un ample manteau à capuchon à larges et longues manches, coule rustique en laine écrue non teinte comme la tunique, et d’un scapulaire noir tombant légèrement au-dessus des genoux, le tout serré à la taille par une ceinture de corde. Le moine blanc ouvrait la marche en s’appuyant de la main droite sur un immense bâton de pèlerin terminé par une croix. Sur son passage, la foule retenait son souffle et priait pour qu’il ne tombât point, tant il était maigre et faible. Il y avait si peu de vie sur ses joues creuses et pâles que les derniers poils roux de sa barbe blanche semblaient puiser toute l’énergie qui ne s’échappait pas de la braise de ses yeux noirs perçant du creux de son capuchon
— Bernard
— Bernard ?
— Bernard de Clairvaux
— Lui ? Ce vieillard si frêle que le moindre souffle de vent briserait en deux ? Bernard de Clairvaux, cette haute conscience morale du XIIème siècle ? Non, ce n’est pas possible.
— Si, te dis-je. Ne te fies pas à son apparence malingre car, encore plus chez lui que chez d’autres, l’habit ne fait pas le moine ! Ses prédications sont terribles, crois-moi, et rares sont ceux qui y résistent. Les mères en éloignent leurs fils et les femmes leur mari de crainte qu’ils ne le suivent tous au monastère ou ne prennent la croix…
Pour les Chaalonnais de ce milieu du XIIème siècle, Bernard de Clairvaux était depuis déjà longtemps une figure emblématique de leur cité. Il en franchit les remparts pour la première fois afin d’être ordonné prêtre le 15 août 1115 par le célèbre philosophe et théologien Guillaume de Champeaux, évêque de Chaalons en Champaigne. Cette visite ne resta pas inaperçue car, comme le soulignera bien plus tard Jean-Paul de Séville dans " Ils sont passés à Chaalons ", son grand livre d’or de Chaalons-en-Champaigne, le fondateur de l’abbaye de Clairvaux restera trois mois auprès de l’évêque philosophe. Ce dernier entreprit de le soigner tant l’ascète de Clairvaux était faible. Celui-ci reviendra plusieurs fois à Chaalons, et notamment le 2 février 1129 où il participa à un concile réuni par le cardinal-légat Mathieu d’Albano. L’année suivante, à la mort d’Herbert, cinquante et unième évêque de Chaalons et successeur de Guillaume de Champeaux, la renommée de Bernard lui vaudra d’être élu sur le siège épiscopal par le chapitre cathédral. Il refusa la charge et proposa Geoffroy Ier, dit Col de Cerf, successivement abbé de Saint-Thierry de Reims et Saint-Médard de Soissons, ce qui fut aussitôt accepté
Chaque fois que Bernard vint à Chaalons, une force mystérieuse guida ses pas vers le Jard. " Parce que Dieu le veut ", se répétait-il en son for intérieur comme pour se justifier. Là, gravissant les marches de la chaire à prêcher qui s’y trouvait – ne disait-on pas qu’elle avait été érigée pour lui ? – et à laquelle son nom a été depuis définitivement attaché, il entreprenait à chaque fois des sermons d’une si grande éloquence qu’ils comblaient de joie l’âme des Chaalonnais et des nombreux pèlerins attirés par la rumeur selon laquelle Bernard accomplissait des miracles.
Bref, en cet an de grâce 1147, la réputation de Bernard n’était plus à faire auprès des Chaalonnais. Ni, au demeurant, de tout l’Occident chrétien. Car comment ignorer que, depuis plus d’un quart de siècle, sa personnalité et sa spiritualité influencèrent considérablement les princes, auprès de qui il joua un rôle politique éminent par ses conseils ? Ne les prodigua-t-il pas de même aux évêques et aux papes ? Du reste, l’actuel, Eugène III, un ancien moine de l’abbaye de Clairvaux et l’un de ses anciens disciples, ne lui avait-il pas confié en 1145 la mission de prêcher la deuxième croisade ? Bernard n’avait-il pas rencontré un vif succès le 31 mars 1146, jour de Pâques, devant une foule immense réunie à Vézelay en présence du roi Louis VII de France ? Et ne disait-on pas aussi dans tout Chaalons qu’il revenait de Spire où, le 27 décembre dernier, Bernard tenta de convaincre l’empereur du Saint Empire romain germanique, Conrad III de Hohenstaufen, que la croisade était un moyen d’obtenir la grâce et l’absolution des péchés ?
Un argument auquel Louis VII avait été fort sensible un an plus tôt, lui que le pape Innocent II excommunia en 1142 après qu’il se fut opposé à la nomination de l’archevêque de Bourges. Rendu furieux par la sanction papale, Louis VII poursuivit le prélat jusqu’en Champagne où ce dernier avait trouvé refuge et ravagea le pays. Lorsqu’il entra dans Vitry-en-Perthois, le roi mit le feu aux quatre coins de la ville et contraignit ses habitants, terrifiés, à se réfugier dans l’église où, se disait-il, un millier d’entre eux périrent. Devant l’horreur de son crime, le monarque fut prit d’un immense repentir et, grâce à la médiation de Bernard de Clairvaux, se réconcilia avec la papauté en reconnaissant en 1144 l’archevêque de Bourges et en annonçant le 25 décembre 1145 son intention de prendre la croix.
De tout cela, la foule amassée au Jard sur le passage du saint homme n’ignorait rien. Comment, au demeurant, eût-il pu en être autrement ? Le matin même, les cloches des églises de Chaalons ne sonnèrent-elles pas à toutes volées pour annoncer l’arrivée du roi de France Louis VII le jeune venu accueillir les ambassadeurs de l’empereur Conrad III et le duc Welf de Bavières accompagnés de Bernard ? Trois jours durant, Chaalons se transforma en capitale du royaume et abrita les pourparlers des préparatifs de la croisade que scellera quinze jours plus tard le concile d’Etampes des 16 au 18 février 1147.
Une troupe nombreuse suivait Bernard de Clairvaux et déclenchait sur son passage les vivats de la foule s’époumonant à crier " Vive le roi ! ". L’oriflamme rouge de Saint Denis, protecteur du royaume, claquait au vent. Derrière l’étendard royal, la fine fleur de la chevalerie française escortait Louis VII. Celui-ci avait revêtu le manteau royal bleu azur doublé d’hermine et brodé de ces " Flor de Loys " d’or, ou Fleurs du Roi Louis, symboles de loyauté et de fidélité. Symbole de la royauté, également, que ces fleurs de lys mariales qu’il venait d’adopter sur les conseils de Suger et Bernard de Clairvaux. Ce faisant, il plaçait ainsi le royaume sous la protection de la Vierge dont le culte ne cessait de croître partout en France, et notamment à Chaalons où l’on commençait la construction du transept de Notre-Dame-en-Vaux par-devant son cloître roman démoli en 1759.
Bernard gravit une à une les marches de la chaire, se dressa devant la foule, les bras écartés, et réclama le silence. Derrière lui, sous le dais, le roi prit place et s’assit, entouré des ambassades de Conrad III et de Barthélémy de Senlis, le nouvel évêque de la Ville. Les brumes hivernales se dissipèrent et un pâle soleil traversa le drap du dais, découpa la silhouette de l’abbé de Clairvaux et l’auréola d’une secrète lumière qui lui donna une majesté si éclatante que plus d’un participant se signa. De ce corps si frêle monta alors une voix profonde et puissante où Bernard mit tout le feu dévorant son âme au service de la croisade.
" …Pour les chevaliers du Christ, c’est en toute sécurité qu’ils combattent pour leur Seigneur, sans avoir à craindre de pécher en tuant leurs adversaires, ni de périr, s’ils se font tuer eux-mêmes. Que la mort soit subie, qu’elle soit donnée, c’est toujours une mort pour le Christ : elle n’a rien de criminel, elle est très glorieuse. Dans un cas, c’est pour servir le Christ ; dans l’autre, elle permet de gagner le Christ lui-même : celui-ci permet en effet que, pour le venger, on tue un ennemi, et il se donne lui-même plus volontiers encore au chevalier pour le consoler. Ainsi, disais-je, le chevalier du Christ donne-t-il la mort sans rien redouter ; mais il meurt avec plus de sécurité encore : c’est lui qui bénéficie de sa propre mort, le Christ de la mort qu’il donne.
— Son discours est terrifiant ! Urbain se tourna vers Memoria. On croirait entendre un Ayatollah ! — Il n’y a, de fait, guère de différences entre les deux, si ce n’est huit siècles d’écart, lui répondit-elle. Mais les hommes ont besoin de certitudes et celles des fous de Dieu sont tellement séduisantes...
" Car ce n’est pas sans raison qu’il porte l’épée : il est l’exécuteur de la volonté divine, que ce soit pour châtier les malfaiteurs ou pour glorifier les bons. Quand il met à mort un malfaiteur, il n’est pas un homicide, mais, si j’ose dire, un malicide. Il venge le Christ de ceux qui font le mal ; il défend les chrétiens. S’il est tué lui-même, il ne périt pas : il parvient à son but. La mort qu’il inflige est au profit du Christ ; celle qu’il reçoit, au sien propre. De la mort du païen, le chrétien peut tirer gloire, puisqu’il agit pour la gloire du Christ ; dans la mort du chrétien, la générosité du Roi se donne libre cours : il fait venir le chevalier à lui pour le récompenser. Dans le premier cas, le juste se réjouira en voyant le châtiment ; dans le second, il dira : "Puisque le juste retire du fruit de sa justice, il y a sans doute un Dieu qui juge les hommes sur la terre."
" Pourtant, il ne convient pas de tuer les païens si l’on peut trouver un autre moyen de les empêcher de harceler ou d’opprimer les fidèles. Mais, pour le moment, il vaut mieux que les païens soient tués, plutôt que de laisser la menace que représentent les pécheurs suspendue au-dessus de la tête des justes, de peur de voir les justes se laisser entraîner à commettre l’iniquité
" Qu’ils soient rejetés loin de la cité du Seigneur, ceux qui commettent l’iniquité, ceux qui s’efforcent d’enlever les inestimables richesses que Jérusalem réserve au peuple chrétien, ceux qui veulent souiller les Lieux saints et s’approprier le sanctuaire de Dieu. Que les deux glaives des fidèles soient levés sur la tête des ennemis, pour détruire quiconque s’élève contre la foi de Dieu, c’est-à-dire celle des chrétiens, pour que les nations ne disent pas : "où est leur Dieu ?"1.
Lorsque sa voix se tut, un immense murmure parcourut l’assistance avant d’enfler et de gonfler dans un même cri sortant de toutes les poitrines : " Dieu le veut ! Dieu le veut ! Des croix, des croix, qu’on nous donne des croix !
— Je n’y comprends plus rien ! murmura Urbain à l’adresse de Memoria. D’après Barbat, Saint Bernard prêcha la croisade en juin 1147. Or, la scène que tu viens de nous faire revivre se passe bien en hiver, non ?
— Tout à fait ! A la chandeleur, même…
— Comment peux-tu être aussi affirmative
— Parce que c’est le jour où le dieu me fit naître, celui de la fête de l’Imbolc, du retour de la lumière2… Si Barbat avait daigné m’écouter un peu plus lorsqu’il prit la plume, son " Histoire de Chaalons " ne serait pas sujette à caution
— J’ai effectivement souvent entendu Pierre Rajanval être critique sur l’historicité de certains passages de Barbat…
— Oui, mais ici, tu peux être un peu indulgent, Urbain ! Dans l’affaire, Barbat a juste fait une petite confusion de dates. Saint Bernard prêcha bien la croisade ici lors de la rencontre qui se déroula du 2 au 4 février 1147 à Chaalons entre Louis VII et les ambassadeurs de l’Empereur Conrad et du duc Welf de Bavière. Lors de cette rencontre, destinée à préparer la deuxième croisade, le départ fut fixé aux environs de la Pentecôte, avec Metz comme lieu de concentration des deux armées. Le 12 mai 1147, Louis VII est fin prêt et il quitte Saint-Denis, l’oriflamme à la main. En chemin, il passe par Chaalons où Bernard de Clairvaux harangue une dernière fois l’armée royale, d’où la confusion de Barbat. Lorsque le roi arrive à Metz aux environs de la Pentecôte, qui cette année-là tombe le 30 mai, il apprend que l’empereur est déjà en route pour Jérusalem ! Le 14 juin, Louis VII quitte donc Metz à son tour pour la terre Sainte.
Notes
1. Lettre de Saint Bernard extraite de " De laude novae militiae " cité par Jean Richard, dans L’Esprit de croisade, Paris, 1969.
2. Voir le chapitre Les brumes de Catalonos dans " L’inconnue du grand bazar ", Editions du Petit Catalaunien Illustré, 2006.
Paru dans le N°59 du Petit Catalaunien Illustré 3€. Abonnement : 10€
en vente à la librairie Guerlin, place de la République 51000 Châlons-en-Champagne
Pour plus d’info : http://www.catalaunien.f
Tel-répondeur/fax : 03 26 68 68 00
Courriel : catalaunien@club-internet.fr
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• 16/07/2007 - Juliette Récamier, exilée à Châlons
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Juliette, l’exilée
Juliette Récamier n’est pas une enfant du pays. Pourtant, contrairement à Mme de Staël,
une rue châlonnaise porte son nom car un lien l’unit à la Catalaunie.
" Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est Juliette Récamier, telle que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle.
Née à Lyon, le 4 décembre 1777, Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard est une enfant choyée et instruite : elle étudie Montaigne, Racine, Voltaire, elle lit Shakespeare dans le texte, apprend l’italien et la musique. Vers l’âge de 12 ans, Juliette monte à Paris et épouse à 15 ans le banquier Jacques Récamier, que l’on dit amant de sa mère. Union de pure convenance et d’amitié, ce mariage restera un mariage blanc. Juliette tient salon et reçoit ses amis, pour la plupart opposants au régime impérial, rue Basse du Rempart puis au couvent de l’Abbaye au Bois. L’influence de ce salon est reconnu dans le domaine des lettres et de la politique. François-René de Chateaubriand la rejoint chaque jour quand il est à Paris. Elle deviendra l’égérie de l’écrivain et sa plus tendre et plus fidèle amie. Leur relation amoureuse durera 30 ans.
Une femme entourée et adorée
Juliette Récamier est connue pour son charme, sa beauté, son intelligence et sa culture Elle est très courtisée mais repousse avec douceur et sans blesser les hommages trop pressants. Seul Benjamin Constant, éconduit et malade de jalousie, fait un portrait d’elle peu flatteur. Même Sainte-Beuve, connu pour sa méchante langue, parle d’elle en termes bienveillants : il dit qu’elle est un " doux génie ". Sous le Directoire, avec Hortense de Beauharnais, elle est l’une des reines à la mode qui reçoit dans les salons fastueux de son hôtel de la rue du Mont Blanc. On la dit aussi bonne et délicate. Les femmes recherchent son amitié. Germaine de Staël l’adore.
Elle compte parmi ses principaux adorateurs Lucien Bonaparte, le prince Auguste de Prusse, les scientifiques André-Marie Ampère et son fils Jean-Jacques, historien, les peintres Louis David et Eugène Delacroix, les écrivains Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alexis de Tocqueville, Alfred de Musset, Henri Beyle, dit Stendhal et bien d’autres encore. Jusqu’à Honoré de Balzac, si fou de bonheur de l’avoir rencontrée, alors qu’elle approche de la soixantaine, qu’en sortant de chez elle il voudra, d’exultation, embrasser tous les passants. Elle les repousse tous sauf un, François-René de Chateaubriand.
Le salon d’une intellectuelle à la mode antique
Sous le Directoire, elle est l’une des premières à se meubler en style " étrusque " et à s’habiller " à la grecque ", et diffuse le goût pour l’" Antique " qui va prévaloir sous l’Empire. Elle est une figure clé de l’opposition au régime de Napoléon. Son salon a un rôle important dans la vie politique et intellectuelle de l’époque. Secrètement, elle est initiée à tous les projets de conspiration contre l’Empereur, qui pour la plupart naissent dans son salon. Son salon de l’Abbaye aux Bois, tenu à sa maturité, est le plus remarqué mais elle reçoit presque toujours de façon somptueuse, dans ses résidences parisiennes. Ses bals sont féeriques avec toilettes égyptiennes, grecques, romaines et turques. À l’Abbaye, son salon est décoré de riches draperies de soie blanche.
Juliette à Châlons
L’amitié que Madame Récamier entretient avec Madame de Staël, à partir de 1807 ajoute à la colère de l’Empereur. Juliette suit pendant cinq ans Germaine de Staël qui, pourchassée par Napoléon, déplace sa cour en province, à Coppet, puis à Chaumont-sur-Loire. En 1811, cette amitié vaut à Madame Récamier d’être exilée à quarante lieues de Paris. Elle décide alors de s’installer à Châlons, ville suffisamment éloignée de Paris mais cependant proche de la capitale.
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Lire " Ils sont passés par Châlons " de Jean-Paul Barbier, Editions du Petit Catalaunien Illustré
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• 10/07/2007 - Marie-Angélique : l'enfant sauvage
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Marie-Angélique, l’enfant-loup
L’histoire de l’enfant sauvage trouvée en 1731 à Sarry pour les uns, à Songy pour les autres, a fait couler beaucoup d’encre. Voltaire, Rousseau, Diderot, la Condamine et d’autres se sont intéressés à son cas. Le Petit Catalaunien Illustré a déjà donné la version de Burette de Verrières datant de 17881. Voici celle de Serge Aroles, parue en 2004, qui se base sur des documents d’archives.
Un jour, dans le Haut-Mississipi (Wisconsin), vers 1712, une indienne de la tribu des Renards voit le jour. Mais en juin 1712, sa nation est battue et massacrée par les Français qui n’épargnent ni les femmes, ni les enfants. L’orpheline est élevée par les siens. Elle connaît les famines des hivers blancs, les guerres entre tribus alliées aux Français ou aux Anglais. Battu une nouvelle fois par les Français en 1717 le chef des Renards, par une simple signature sur un parchemin donne sa terre à la " très Grande Montagne ", le roi de France, ainsi surnommé par les Indiens. Toutes ces batailles ont décimé les hommes et seuls restent les femmes et les enfants. Les fillettes en surnombre sont offertes à d’autres nations autochtones et aux officiers français. La petite indienne dont on parle, est emmenée par le beau-frère de Mme de Courtemanche au Labrador (Canada) en 1718.
Cette dame est la veuve du commandant de la côte du Labrador qui a péri l’année d’avant, peu après une attaque des " Esquimaux ". C’est son fils qui devient commandant. Il apprend la langue des " esquimaux " afin de pouvoir communiquer avec eux et les soumettre. Mme de Courtemanche a déjà deux petites " esquimaudes " qu’elle considère comme ses enfants. Elle change les habits de peau de la petite fille, lui enseigne le français et la nomme Marie-Angélique. Elle a 6 ans. Elle apprend la couture et la lecture. Un chapelain, le père Lair, catéchise les indiens en essayant de faire des analogies entres les déités indiennes et la trinité chrétienne. Mais les esquimaux attaquent le fort en septembre 1719. Marie-Angélique aura prévenu le commandant de l’insoumission des esquimaux dont elle a eu connaissance par une des esclaves-otages esquimaudes qui vit dans la même famille. Elle échappe à l’incendie du fort en 1720.
A 8 ans, le 11 septembre 1720, elle quitte la " terre des esquimaux " avec sa maîtresse et ses trois filles. Elles doivent revenir au printemps suivant. Elles embarquent sur " l’Aventurier ", chargé de morue et " armé en guerre ". Après des tempêtes et de grandes alarmes dues aux bateaux pirates, Marie-Angélique aborde l’Europe par le Portugal. Puis c’est l’Espagne et l’Italie. Enfin, Marseille, le 20 octobre 1720 où sévit la peste qui tuera la moitié de la ville. Le navire est immobilisé et aucun passager ne peut le quitter. Lorsque cela sera permis, l’Aventurier s’en ira sans Marie-Angélique car Mme de Courtemanche fortement endettée ne peut plus subvenir à ses besoins. Marie-Angélique travaille pour un homme nommé Durand ou Ollive : elle tisse la soie. Elle y rencontre une fille noire arrivée de " Palestine-Phénicie ", venue de l’empire Ottoman, qui parle une langue que Marie-Angélique ne comprend pas. Elle devient sa compagne d’infortune.
Toutes deux s’enfuient dans cette Provence encore inquiète de la peste. Marie-Angélique a 9 ans en décembre 1721. Elles fuient les incendies de la forêt provençale, elles se nourrissent de plantes et de fruits, de racines, d’insectes et de petits animaux, de charognes, de gibier ; pas de renard car Marie-Angélique racontera plus tard que sa viande a un goût répugnant. Elles ont dû, pour remplir leur estomac, également manger du bois pourri, de la terre, du miel, de la sève. L’hiver elles résistent au froid en s’enterrant. Elles chassent à l’aide d’un gourdin et d’un genre de lance trouvée on ne sait où et leurs griffes longues et dures leur servent à enlever la peau de leurs victimes. Ces griffes leur servent également à grimper aux arbres pour fuir les loups et les ours.
Marie-Angélique passe 10 ans dans la forêt. Elle se déplace avec sa compagne, veillant l’une sur l’autre en cas de blessure ou de maladie (elles ont pu avoir des affections dues aux eaux de baignade partagée avec les rongeurs (leptospirose), au fait de manger trop de lièvre (tularémie) en plus des parasites, de la malaria, la rage, le risque d’occlusion intestinale, des fracture de membres, le tétanos, etc.). Elles ont dû trouver des plantes qui apaisent les maux de ventre, des gommes, exudats d’arbres, qui adoucissent les plaies et les écorces qui arrêtent les hémorragies. Elles ont pu parcourir 20 000 km à raison d’une lieue et demie quotidienne. Elles fuient les lieux habités. Habillées de peaux de bêtes nouées par les pattes elles affrontent la neige et les tempêtes. Leur corps est couvert de boue qui les protège des insectes, des orties et du gel. Elles passent les premières années ensemble mais sans langue commune, elles communiquent entre elles par des cris, des signes vocaux. Le ciel et les étoiles sont leur plafond. Elles ont pu voir deux éclipses de soleil et quatre de lune pendant cette période. On peut penser qu’elles se trouvent en Lorraine lors du tremblement de terre qui a lieu le 3 août 1728.
Début septembre 1731, à Vitry le François, le sieur de Bar tire sur la compagne de Marie-Angélique et la blesse. Le gentilhomme prétendra l’avoir confondu avec du gibier d’eau. Elle a été trouvée morte du côté de Saint-Martin aux Champs. L’entourage de Marie-Angélique inventera l’histoire selon laquelle c’est elle qui l’a tuée au gourdin lors d’une dispute pour un rosaire trouvé et la lui fera croire. Cependant aucun acte d’inhumation n’a été trouvé, à cette date, sur les registres de plus de 150 villages de Champagne et de Lorraine.
On rapporte qu’un " un berger de château aperçoit une créature aux papilles délicates, une mangeuse de grenouilles qu’elle enrobe de feuilles de vigne, et les domestiques de ce même castel surprennent de nuit, près du cimetière de Songy une croqueuse de pommes prenant son repas sur les branches-mères. L’avant-veille déjà, un gros chien mourut d’avoir lancé ses crocs après une troisième fille, une promeneuse parée d’une massue, qui l’attendit avec calme, son arme levée latéralement, et lécho des os brisés de son crâne éteignit celui de son ultime aboi "2. Est-ce Marie-Angélique les trois fois ?
Songy 8 septembre 1731. Marie-Angélique, poursuivie, s’enfuit vers le cimetière où elle grimpe dans un arbre. Sous les yeux des villageois portant des flambeaux, elle saute dans un deuxième puis dans un autre plus élevé. Elle sera assiégée jusqu’au matin. Ils essaient alors de la faire descendre par des ruses à l’aide d’un seau d’eau fraîche : elle y boit à quatre pattes puis remonte vite. Puis une femme portant un bébé dans les bras l’affriande avec une anguille. Elle ne résiste pas et descend. Elle se laisse conduire au château où elle arrache une volaille crue à un cuisinier.
Chez le vicomte d’Epinoy : " L’attention que ce Seigneur a eu pour elle pendant près de deux mois, la souffrant la plus grande partie du jour en son château, la laissant pêcher dans les fossés, et chercher des racines dans ses jardins, a attiré beaucoup de monde chez lui "3. Elle refuse de dormir dans un lit et préfère la terre comme couche, ne mange que de la viande et des végétaux crus. Elle ne supporte pas d’être enfermée et craint le moindre contact avec un homme qu’aussitôt elle frappe ". Elle a dix-neuf ans. Elle loge chez le berger. Elle est surnommée la bête du berger. " Les curés du voisinage… lui ont fait comprendre… qu’il ne falloit point grimper sur les arbres, cela étant indécent à une fille… "3.
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1 Extrait des Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne, 1788
2 Marie-Angélique de Serge Aroles, terre Editions
3 lettre de Claude Faron, décembre 1731
Sources : Les enfants-loups (1344-1954) tome 2 : Marie-Angélique : survie et résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt de Serge Aroles, Terres éditions, 2004
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• 9/07/2007 - Petit Catalaunien Illustré N°59
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Les Jards ont perdu le nord
Ce numéro d’été 2007 se lit comme un roman car Le Petit Catalaunien Illustré vous raconte de belles histoires, toutes vraies. Celle de Juliette Récamier, "Une robe blanche sur un sofa de soie bleue", c’est ainsi que la voit François-René de Chateaubriand la première fois chez Madame de Staël en 1801. Elle a 24 ans, elle est belle. Chassée de la capitale par Napoléon, elle devra s’exiler à Châlons.
Une autre histoire, celle de Marie-Angélique, l’enfant-loup, trouvée près de Châlons en 1731 : Serge Aroles nous conte, après avoir fouillé de longues années dans les archives, la survie et la résurrection d’une enfant perdue dix années en forêt.
Des espaces boisés, lieux de promenade, il y en à Châlons, on les appelle les Jards. Mais les Jards ont perdu le nord : le Jard que nous nommons aujourd’hui le grand Jard fut longtemps dénommé le petit Jard et le grand Jard se situait plus au sud, au-delà du canal Louis XII. Mais, dans une ville où la Marne est un canal et l’anse du Jard la Marne, faut-il vraiment s’en étonner ? Visite des Jards en compagnie de Louis Grignon et Louis Barbat
En 8 siècles les Jards ont vu défiler l’Histoire de la ville. Il en est une, racontée par Mémoria, l’âme de Chaalons-en-Champaigne, celle du prêche de Bernard de Clairvaux pour les Croisades en 1147. Nous vous livrons en avant-première un extrait du tome II du roman de Bruno Malthet : " l’Inconnue du grand barzar ".
Pour finir, un peu de réflexion. Sur l’engagement des Châlonnais dans le comité de jumelage avec la ville burkinabé Bobo-Dioulasso : pourquoi depuis 37 ans, malgré leurs différences, les adhérents, hommes et femmes de bonne volonté, sont-ils rassemblés dans cette relation ? Patrick Denis, le président du comité de jumelage, s’interroge. Une des actions du comité de jumelage est le parrainage d’enfants bobolais qui leur permet d’être scolarisés. Un bulletin de parrainage est joint à ce numéro.
Une des raisons de la participation des Châlonnais dans l’aventure de jumelage avec Bobo est " la volonté de lutter contre les idées nauséabondes du racisme et de l’intolérance qui ont perverti trop d’esprits dans notre pays ", comme le dit Patrick Denis. Sur le même axe, l’Union Européenne a lancé en 2007 " EQUAL ", un laboratoire d’idées au service de la stratégie européenne pour l’emploi et le processus d’inclusion sociale afin de combattre la discrimination et l’exclusion basée sur le sexe, l’origine raciale ou ethnique, la religion ou les croyances, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle : égalité des chances et bienfaits de la diversité.
Sur ces belles et bonnes paroles, je vous laisse à votre lecture en espérant que vous apprécierez la diversité de ces thèmes et que nous vous retrouverons à la rentrée
La rédaction
Voir sur ce blog les articles :
-
Juliette Récamier, exilée à Châlons
-
Marie-Angélique, l'enfant-loup
-
Bernard de Clairvaux prêche la Croisade à Chaalons
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• 11/06/2007 - un week-end de collage à Chaalons
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le 17 juin 2007
Faites le bon choix
(pour la fête des pères)
Samedi 9 juin 2007 au matin
Depuis un mois, la bataille électorale des législatives ne laissait plus un seul espace disponible pour les informations culturelles sur les panneaux libres expressions. Lorsque Chaalons s’éveilla ce samedi matin-là, ceux de la ville étaient recouverts d’affiches électorales du couple Benjamin Lhéritier – Baptiste Bouc-Bigot et, de-ci, de-là, de leurs deux challengers, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube.
Mais, ce samedi-là, fin de campagne du premier tour oblige, leurs seaux de colle devaient rester au placard afin de respecter la loi. Rien d’étonnant donc que le coffre de la voiture d’Urbain Travy débordât alors d’affiches jaunes et roses. Non point qu’il fît la campagne d’un candidat et entendît se mettre hors la loi ! Mais il entendait profiter du seul créneau disponible pour réaliser, à une semaine de la fête des pères, une campagne de promotion du roman 100% Châlonnais de Bruno Malthet, " L’inconnue du grand bazar ". Aussi ses affiches invitaient-elles les châlonnais à opérer le 17 juin le bon choix en offrant ce roman à leur père et annonçaient-elles une séance de dédicace de l’auteur à la librairie Guerlin le samedi suivant 16 juin 2007 de 15 à 18 heures.
Avec Fabienne Laforge, Séraphin et Martine Lamberty, Urbain Travy se dirigea donc vers les panneaux libres expressions. Tous encadrèrent soigneusement d’affiches les trombines des candidats à la députation en veillant à leur laisser un espace suffisant pour respirer. Benjamin Lhéritier, Baptiste Bouc-Bigot, Balthazar Trosquot et René Gars de Béocube restèrent tout sourire bien qu’ils n’en pensassent pas moins. Mais, soucieux de ne point mécontenter ces électeurs qui leur chatouillaient les moustaches, ils s’abstinrent de tout commentaire et éternuement. Contre mauvaise fortune, ils parurent donc aux anges de devoir cohabiter, l’espace d’un week-end, avec cette belle inconnue du grand bazar d’un côté, son auteur de l’autre côté, bien qu’ils ne les aimassent pas particulièrement depuis que l’un raconta dans l’autre leurs diverses turpitudes chaalonnaises.
Tout était donc bien dans le meilleur des mondes et aurait pu le rester lorsque soudain Les Amis de la Catalaunie tombèrent sur une équipe de colleurs s’activant devant le lycée Oehmichen. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, le panneau Libres expressions fut recouvert d’affiches du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot tandis que, à quelques pas de là, celles de René Gars de Béocube gisaient en lambeaux sur une pelouse voisine.
— Bizarre de chez bizarre… commenta Urbain Travy. Manifestement, Lhéritier et Bouc-Bigot ont un sérieux problème à régler avec René Gars de Béocube ! Mieux vaut éviter les balles perdues. Partons vite d’ici. On les laisse s’entre-déchirer et pendant ce temps-là, on va manger…
Samedi 9 juin 2007
après-midi
Un peu plus tard, dans l’après-midi, Urbain Travy et Séraphin Lamberty reprirent leur tournée promotionnelle et constatèrent avec amertume que leurs affiches du matin avaient été à leur tour arrachées et remplacées par celles de René Gars de Béocube. Il en allait de même de celles du couple Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot qui agonisaient au sol, leurs minois tout chiffonnés et rageusement lacérés. Seule l’une d’entre elles semblait avoir survécu à ce carnage et pendait à moitié dans le vide, laissant le couple la tête en bas au bord de l’asphyxie. Aussi, pris d’une soudaine compassion devant une fin si tragique, Urbain Travy acheva-t-il de l’arracher, en fit une grosse boulette et la jeta dans son coffre.
— Tu fais quoi ? Tu veux l’emmener aux urgences ?
— Non, mais on ne pollue pas, nous ! Je la mettrai donc chez moi là où elle doit finir sa vie : à la poubelle.
— N’empêche ! Si Trosquot savait que tu trimbales Benjamin Lhéritier - Baptiste Bouc-Bigot dans ta bagnole, il serait vert de rage.
— Si Trosquot veut monter avec eux dans le coffre, il n’a qu’à venir les rejoindre. Et comme je ne suis pas sectaire, moi, je lui réserverai le même sort !…
Tout en dissertant de la sorte, Urbain Travy et Séraphin Lamberty entreprirent de réparer l’affront fait à " L’inconnue du grand bazar " par d’incultes colleurs d’affiches. Soudain, un violent crissement de pneus retentit et les stoppa net dans leur élan.
— Quand vous arrachez, ramassez, M. Travy ! s’insurgea le passager avant qui se présenta comme étant le chef de cabinet du bourgmestre. Ne laissez pas notre vénéré bourgmestre et son fils spirituel dans le caniveau…— Désolé, mais ce n’est pas nous ! se défendirent les Amis de la Catalaunie. Dites-le plutôt à vos équipes de colleurs et à celles de René Gars de Béocube ! Et puis, de quel droit collez-vous la veille des élections ? N’est-ce pas interdit ?
— Jusqu’à minuit, nous avons l’autorisation du bourgmestre…
— Ah bon ! Et les autres ?
— Nous avons l’ordre de les recoller…
— Et nous ?
— Vous ? Vous n’étiez pas prévu au programme, mais puisque vous faites la campagne de promotion d’un livre iconoclaste, on est obligé de vous recouvrir…
— Ah ? Pourquoi donc ?
— Parce qu’il faut absolument que les Chaalonnais sachent que Lhéritier est apparu et le voient partout aux côtés de Bouc-Bigot… A peine eut-il terminé sa phrase qu’un nouveau crissement de pneus retentit et qu’une grosse mercedes s’immobilisa au milieu de la chaussée. Deux caïds en sortirent, l’air manifestement en colère.
— Tiens, voilà vos copains ! lâcha Urbain Travy au chef de cabinet.
— Kiséki a arraché les affiches de René Gars de Béocube ? Z’avez pas le droit ! vociféra l’un des " copains " du couple Lhéritier – Bouc-Bigot.
— C’est pas nous, c’est eux ! souligna Urbain Travy en leur désignant l’équipe du chef de cabinet. Bon et bien, les présentations étant faites, ma foi, on vous laisse laver votre linge sale en famille. Tchao et pensez à laisser une petite place pour " L’inconnue du grand bazar ", ça serait sympa… Puis, se tournant vers Séraphin Lamberty, il ajouta : quant à nous, il faudra qu’on repasse demain !

Dimanche 10 juin 2007
Durant la nuit, le paysage changea. Au petit matin, la moitié des panneaux libres expressions ne laissa apparaître que les trombines du couple Lhéritier – Bouc-Bigot. L’autre moitié avait été recouverte d’affiches blanches et vierges. Manifestement, le bourgmestre avait envoyé, comme à l’habitude, son équipe de nettoyage spécialisée dans le tri sélectif. En y regardant de plus près, Urbain Travy et Séraphin Lamberty constatèrent en effet qu’elles masquaient principalement des affiches de René Gars de Béocube. Quant à celles collées la veille pour la promotion de " L’inconnue du grand bazar ", le premier roman 100% châlonnais, elles étaient recouvertes par un épais mille-feuille fort indigeste, signe que la bataille pour le monopole d’affichage avait été particulièrement rude durant la nuit entre les bandes rivales !
— Bon et bien maintenant, à nous ! lança Urbain Travy. Collons pour la gloire de Memoria et tant pis pour celle de Lhéritier et de Bouc-Bigot…
Les deux amis y allèrent de bon cœur et avec ardeur. Ce fut un véritable feu d’artifice rose et jaune, comme celui de la veille pour l’arrivée du TGV-Est et, en moins de trois heures, le travail fut achevé. Proprement, comme il se doit, sans bavure ni arrachage, sur toute l’agglomération. Ce dynamisme culturel attira, bien évidemment, la curiosité de la police qui ne put que constater la légalité de cette opération de promotion un jour d’élection. Plus d’un passant s’arrêta également et, après s’être enquis de l’œuvre affichée, l’applaudit comme étant salvatrice et exprima son ras-le-bol de devoir supporter les tronches des Bouc-Bigot, Lhéritier, Trosquot et Gars de Béocube réunis. Une automobiliste encouragea même vivement les deux amis à " encoller le faux rouquin ".
— Le rouquin ? Quel rouquin ?
— Ben, Bouc-Bigot ! Il a une moumoute sur la tête, ou quoi, le bourgmestre ?
— Non, non ! Paraît qu’il se fait teindre la touffe par Lhéritier…
— Moumoute ou teinture, recouvrez-le ! Y’en a marre de voir sa tronche et celle de son petit minet… Au fait, dites voir : c’est quoi, le bouquin dont parle votre affiche ?
— Un roman 100% Châlonnais : le sauvetage de caves médiévales menacées par la Marie-Rose et…
— … et Bouc-Bigot ? Ouais, ça me revient, j’en ai déjà entendu parlé dans La Force. Et c’est une histoire vraie, non ?
— Toute ressemblance avec des événements et des personnages existant serait une pure coïncidence…
— C’est bien ce que je disais ! Et sinon, c’est quand, votre dédicace de " L’inconnue du grand bazar ", M. Travy ?
— Samedi 16 juin de 15 à 18 heures, à la librairie Guerlin, place de la République.
— J’y serai…Et pensez à l’annoncer dans La Force. Parce que, vous savez, passé dimanche, je crains fort que Bouc-Bigot et Trosquot & co recouvrent vos affiches…
— On s’y attend effectivement. A croire que ce roman les dérange ! Pourtant, pour la fête des pères, c’est une excellente idée de cadeau…
— A samedi, donc, pour ma dédicace...

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• 2/06/2007 - Rencontre avec Bruno Malthet
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Lorsqu'une inconnue l'apostrophe sur la place de l'Hôtel de Ville enneigée, Urbain est loin d'imaginer qu'elle va l'entraîner jusqu'à l'antique Catalonos où elle prétend être née. Pareille aventure était déjà arrivée, trente ans plus tôt, à Pierre Rajanval et Arsène Colvert. Tous deux sont formels : le retour de l'inconnue est le signe qu'un danger menace le patrimoine de la Catalaunie. Elle confie à Urbain une mission : sauver les caves médiévales menacées par un projet immobilier. Une mission qui va le conduire dans les souterrains de Chaalons-en-Champaigne et, au risque de sa vie, dans le puits des temps immémoriaux. Pour l'accomplir, il devra affronter la colère du bourgmestre de la ville dont il entrave les plans, les moulinets de Maître Gudulle, un ténor du barreau parisien spécialement dépêché pour le combattre, les foudres de la terrible Marie-Rose, l'échevine à la Modernité Urbanistique, et bien d'autres personnages que l'on dirait parfois sortis d'une infernale boîte de Pandore. Pour eux, les vieilles pierres ne présentent aucun intérêt, sans doute parce qu'ils ignorent qu'elles contiennent la mémoire du temps, celle que nous fait découvrir et explorer l'énigmatique inconnue. Celle-ci intrigue d'autant plus Fabrice Zagon, le Rouletabille du journal La Force, que son visage est mystérieusement troublé sur toutes les photos qu'il prend d'elle...
Rencontrez Bruno Malthet, auteur de L'inconnue du Grand Bazar , qui dédicacera son roman
le 17 juin 2007
de 15h à 18h
à la librairie Guerlin-Martin
à Châlons-en-Champagne
L’inconnue du grand bazar de Bruno Malthet, éditions du Petit Catalaunien Illustré
16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne tel/fax : 03 26 68 68 00
courriel : catalaunien@club-internet.fr
En vente en librairie et sur commande 24€ (port compris)
bon de commande : http://www.catalaunien.fr/02-catalaunie/a-lire/inconnue_du_grand_bazar/inconnue_bon_de_commande_2007.pdf
Pour plus d'info : http://www.catalaunien.fr,
Avec L’inconnue du grand bazar, Bruno Malthet signe son premier roman. Châlonnais, il fonde en 1991 l’association Nouvelle Catalaunie et son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré. Avec les articles qu’il écrit et publie dans ce périodique, il vulgarise les deux mille ans d’histoire de Châlons et de son patrimoine ainsi que les combats que l’association mène pour le protéger. Écrit avec beaucoup d’humour et de poésie, ce roman entraîne son lecteur en Catalaunie - une mystérieuse contrée inconnue des historiens et encyclopédistes - et dans sa mémoire, la Memoria catalaunica. Le passé et le présent s’y enchevêtrent dans une fiction qui nous conduit à découvrir les 2000 ans d’histoire de sa capitale, Chaalons-en-Champaigne, laquelle ressemble étrangement à Châlons-en-Champagne. Mais, avertit d’emblée l’auteur, toute ressemblance avec des personnages et des événements existant ou ayant existé ne serait qu’une pure coïncidence. Cela sera-t-il suffisant pour rassurer tous les passionnés et amoureux du patrimoine châlonnais ? Les événements qu’il relate sont tellement inimaginables qu’il ne saurait en être autrement
Pour le 15ème anniversaire de sa création, l’Association Nouvelle Catalaunie a décidé de publier un roman écrit par son président : L’inconnue du grand bazar. Ce roman se veut 100% châlonnais. C’est, à notre connaissance, le premier roman qui le soit, même si son histoire se passe à Chaalons-en-Champaigne. Non, ne cherchez pas : il n’y a pas de faute ! Il y a bien deux " a " à Chaalons et un " i " à Champaigne, nom que porte dans ce roman la capitale de la mystérieuse Catalaunie ignorée des dictionnaires. Le Petit Catalaunien Illustré publie en avant-première des extraits de cette œuvre tout à la fois roman policier, d’amour et militant où l’humour et la poésie se disputent la prééminence malgré la gravité du sujet.
L’idée de ce roman est partie de la publication des recueils de nouvelles à fond historique de Louis Grignon, Les chausses de Jehan de Soudron, et de Roger Canard, Histoires de Catalaunie, mettant en scène l’histoire locale. A cette histoire locale, Bruno Malthet avait grande envie d’y adjoindre celle du patrimoine et d’inviter ses lecteurs, qu’ils soient du cru ou non, à (re) découvrir Châlons autrement que dans un livre d’histoire, une monographie monumentale ou un guide touristique. Bref, en joignant l’utile à l’agréable.
Pour y parvenir, il avait entre les mains toutes les pièces d’un puzzle patiemment réunies au cours des quinze années d’existence du Petit Catalaunien Illustré qui en publia un grand nombre. Restait à trouver comment les assembler et à libérer le temps de le faire. Un matin d’août 2005, sous le ciel breton, l’auteur enfourcha son vélo en direction du supermarché du coin et en revint avec un mystérieux petit carnet rouge. Il se mit à y griffonner un tas d’idées, de noms, de dates et d’événements n’ayant souvent pour seul rapport entre eux que le crayon qui les libérait. L’inconnue venait de l’habiter et ne le quitta plus au point d’envahir ses rêves et ses pensées !
A l’origine, il devait s’agir d’une suite de nouvelles. Mais, très vite, celles-ci se trouvèrent quelques affinités et firent front commun. Aussi exigèrent-elles de leur maître qu’il respecte la règle des trois unités de la tragédie classique et qu’il plante le décor dans un même lieu, la Catalaunie, dans un temps donné, celui de l’histoire bimillénaire de Châlons, et autour d’une grande action, la défense du patrimoine. Autant dire qu’il se serait agi d’une mission impossible, surtout en ce qui concerne le temps, si L’inconnue du grand bazar n’avait pas rapidement pris les choses en main. Voire, comme elle en est fortement soupçonnée, carrément la plume.
Car, s’il y a quelque chose dont Bruno Malthet manquait pour écrire ce roman, c’était bien de temps ! N’allez pas croire pour autant qu’il aurait utilisé les services d’un nègre pour boucler ce premier tome (il a la prétention de récidiver) de sa Memoria catalaunica. Il en revendique la paternité et il n’y a pas lieu d’en douter.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à ce roman qui, bien qu’il se passe en Catalaunie, dont ces charmantes bêtes broutèrent longtemps les savarts, ne les mentionne même pas paissant autour du petit village de Pouilles-les-Punaises... Qui donc est cette inconnue, l’héroïne de ce roman, qui entraîne un président d’association dans la mémoire du temps et dans une singulière croisade pour sauver des caves médiévales ? Cet étrange personnage détient-il vraiment de mystérieux pouvoirs au point de nous faire revivre des pans entiers de l’histoire locale jusqu’alors demeurés secrets, voire de nous permettre de découvrir des trésors médiévaux, telle la salle des Cinq Chemins, inconnus des historiens et des services des Monuments historiques ? Où s’arrête l’histoire et où commence la fiction dans ce roman ?
L’œuvre est apocryphe et apodictique, prévient Bruno Malthet dans son avertissement. Et assurément elle l’est, pour peu que l’on veuille bien rechercher le sens de ces deux mots. Comment, au demeurant, en serait-il autrement lorsque l’effet miroir voulu par l’auteur joue à plein durant 350 pages ? Telles des glaces concaves, convexes ou sans teint, chacune d’elles reflètent, déforment ou amplifient les défauts et qualités des personnages de fiction qui les hantent.
Cependant, ceux qui leur chercheraient quelques ressemblances avec nos contemporains en seront pour leurs frais : il n’y en a pas. Aussi convient-il de s’en faire une raison et de s’attacher au seul objectif recherché et avoué : prendre conscience de la richesse patrimoniale de Châlons-en-Champagne, alias Chaalons-en-Champaigne, de l’importance qu’il y a de la sauvegarder, de l’embellir et de la promouvoir. C’est ce à quoi L’inconnue du grand bazar a l’ambition de parvenir.
Biographie
Bruno Malthet, né à Châlons le 8 janvier 1952, fonde en 1991 et préside depuis l'association Nouvelle Catalaunie. Son trimestriel, Le Petit Catalaunien Illustré, se veut " Châlonnais et fier " de l'être en faisant œuvre de vulgarisation tout en restant une source d'érudition.
Il y publie de nombreux articles et il y donne un éclairage nouveau sur Châlons-en-Champagne, son passé, son histoire, son patrimoine et ses enfants qui, au fil des siècles ont modelé l'âme châlonnaise.
Son regard est résolument tourné vers une nouvelle Catalaunie respectueuse de son passé, comme en témoigne le combat qu'il mena, et gagna, en 2003 pour la sauvegarde et la mise en valeur des cryptes médiévales du CHV, des façades de la place Foch et des perspectives sur Notre-Dame-en-Vaux, menacées par le projet de restructuration de ce centre commercial.
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• 1/06/2007 - Un Châlonnais célèbre : Pierre Dac
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Pierre Dac : le roi de l'absurde naît à Shalom
Timide, pudique, ce petit bonhomme d'un maître 63, ne se sentait bien que dans l'absurde. Infatigablement, il a plongé des générations de Français dans la loufoquerie et les a noyées dans sa verve aussi bien dans les bons moments que dans les années difficiles.
"J'ai vu le jour dans la nuit du 15 Août de l'année de ma naissance à Châlons-sur-Marne (36 850 habitants approximativement, à 160 km de Paris exactement), non loin du camp militaire de Mourmelon-le-Grand. Près de là, fut battu Attila, en 451, dans les champs catalauniques, par Aétius, Mérovée et Théodorie réunis, poil au Président des Etats Unis". (Pierre Dac).
André lsaac, alsacien d'origine, est né à "Shalom sur Marne" (Châlons) le 15 Août 1893, à 11h, au 70 rue de la Marne. Trois ans plus tard, sa famille déménage à Paris. Le père, Salomon Isaac, ouvre une boucherie à la Villette. Mais chaque été, le petit André revient à Châlons chez ses grands-parents. D'un tempérament ludique, comme son père, dont l'humour l'enchante, il se fait rapidement remarquer à l'école par ses plaisanteries. Pour avoir supendu un hareng saur sur l'habit de son maître de mathématiques, il est renvoyé du lycée Colbert. Bien que bon élève en français il est si timide qu'il ne peut réciter ses leçons. Sans diplôme et sans avenir, il fait des petits boulots. Mais un soir, entrant dans un cabaret de la rue Pigalle où se produisent des chansonniers, il a la révélation du métier qu'il veut exercer : "combattre par l'humour et la dérision les grands drames de l'existence" (1).
La lère guerre mondiale le retrouve au front. Là, il fait de son mieux pour divertir ses compagnons avec des caricatures, des poèmes et des chansons comiques. Il compose "les cheveux de la victoire", dans laquelle il se moque d'un gradé ce qui lui vaut 60 jours de prison. Après sa démobilisation, il exerce tous les métiers : garçon de course, vendeur de savonnette à la sauvette, représentant, homme sandwich, chauffeur de taxi... Enfin en 1923 il trouve, par hasard, un pygmalion en la personne de Toziny qui le baptise "Pierre Dac" et le fait monter sur la scène de son cabaret "La vache enragée". C’est un triomphe ! Et pendant 10 ans Pierre Dac va passer sa vie sur les scènes de cabarets et de music-halls, Il pousse la chansonnette avec Raymond Souplez, Gabriello et Roméo Carlés. Il anime aussi une course au trésor sur les ondes du Poste Parisien : il demande qu'on lui apporte des objets aussi loufoques qu'imaginaires : une lentille cuite, une dragée blanche entourée de 10 km de ruban noir... Cette course délirante est un énorme succès.
Ce bavard répète à 1’envi que "parler pour ne rien dire ou ne rien dire pour parler, sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir". Cela ne l’empêchera pas de clamer des vérités à son entourage telle que "celui qui dans la vie est parti de zéro pour n'arriver à rien, n'a de merci à dire à personne". Cet ingénieux inventeur du Schmilblick, l’objet qui sert à tout et à rien, délire sur les ondes. Il va souler les auditeurs d’une ronde folle de mots qui se mordent la queue, enfilés à un rythme effréné, qui ne laissent pas le temps à l’esprit de respirer.
En 1938 Pierre Dac crée un journal : L'Os à moelle dont les petites annonces font fureur. Emanation de la SDL, la société des Loufoques, créée sur les ondes, ce journal est à la mode chez les jeunes. Des Clubs de loufoques se créent partout. Pierre Dac compose même un ministère loufoque dans lequel, modeste, il ne s'octroie qu'un petit porte-monnaie. Le journal et l'émission de radio font fureur. Soutien moral des troupes françaises, l'Os à moelle se saborde en 1940. Recherché par la Gestapo, il s'enfuit avec sa compagne, la comédienne Dinah, et trouve refuge à Toulouse. Il y monte un spectacle et part en tournée dans la zone libre. Mais son obsession est de rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre. Et plusieurs tentatives lui valent de goûter aux geôles françaises et espagnoles. Pierre Dac se retrouve enfin à Londres, en Octobre 1943. Il intègre l'équipe radiophonique de la fameuse émission de la BBC, des "Français parlent aux français". Mettant les rieurs du côté des Alliés, son retour sur les ondes fait sensation en France. Les français reconnaissent cette voix si caractéristique : monocorde, grave et imperturbable et son humour. Il lance sur les ondes son célèbre couplet : " Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ", sur l'air de la cucaracha. Il fustige l'occupant allemand et ses serviteurs et ridiculise la propagande des " nazillards " dont Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à l'Information du gouvernement de Vichy. Les anglais le surnomment " the king of lunatics ". Pierre Dac réunit ses souvenirs anglais dans un livre : "Un français libre à Londres en guerre". On y trouve une foule d'anecdotes concernant les français de Londres : Maurice Schumann, le colonel Rémy, Jean Nohain... et le Général de Gaulle.
Son retour à Paris est difficile. A plus de 50 ans, il doit recommencer à zéro. Après une rentrée triomphale à l'ABC, sa vie professionnelle connaît des hauts et des bas. Le N°1 de l'Os libre, son nouveau journal, paraît le 11 Octobre 1945, avec comme slogan : " pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour ". Mais l'esprit de l'Os n'est plus le même et n'attire plus les lecteurs. Il doit suspendre sa diffusion. Après un passage à vide, marqué par les horreurs de la guerre, il remet en question son humour " sans fiel, sans méchanceté, sans parti pris politique ". Il refait de la radio avec son compère Francis Blanche et c'est le succès des 1034 épisodes de " Signé Furax ". Il écrit les " Dialogues en forme de tringle ", " Pédicures des âmes " que son éditeur présente au Goncourt sans succès, " le gruyère qui tue ", " Le boudin sacré ", ses " Pensées "... Perfectionniste, il reprend régulièrement ses sketches, poèmes et pensées pour les peaufiner avec la rigueur et l'amour d'un orfèvre. Mais sous son masque loufoque, ce petit bonhomme est un clown triste. Dépressif, il fait plusieurs tentatives de suicide. Il est sauvé par sa femme, Dinah, qu'il a épousée en secondes noces, à son retour de Londres, et par l'attachement de ses amis. Il finit par guérir et reprend le fil de son délire verbal. L'Os à moelle ressort et achève sa carrière en 1965. Cet " enfant romantique que la vie émerveille ", comme il aime à se définir, est d'une verve infatigable et multiplie ses activités. Sur pression Elyséenne il renonce à se présenter comme candidat de l'absurde à la Présidence de la République. Il se rend à l'invitation de diverses écoles dont Polytechnique où il donne une conférence sur le " Biglotron " qui ne servant à rien, peut donc servir à tout. Il crée un mouvement littéraire : le surrénalisme et soutient une thèse sur " le slip à pont-levis depuis Henri III jusqu'à vendredi prochain ". A 70 ans et plus il joue des pièces de théâtre et tient des rôles dans des films, écrit des scenari, fait du cabaret. Cependant, un certain 9 Février 1975, à 82 ans, la tête pleine de projets, la célèbre face lunaire, avec son éternelle cigarette collée au coin des lèvres, s'éteint.
Pierre Dac n'aura survécu que 8 mois à Francis Blanche, son complice dans l'absurde. Et lors de l'enterrement du petit homme, le " maître soixante-trois ", Fernand Rauzéna, " son compagnon de galène ", qui ne peut croire à sa disparition, dit: " ... il ne peut nous avoir fait ça ! Je suis sûr qu'il va surgir comme un diable de cette boite ! "
(1) Extrait du livre de Jacques Pessis : ''Pierre Dac, mon maître soixante-trois"
aux éditions François Bourin.
Le Schmilblick
"C'est dans la nuit de 21 Novembre au 18 Juillet de la même année que les frères Fauderche ont jeté les bases de cet extraordinaire appareil dont la conception révolutionnaire bouleverse de fond en comble toutes les lois communément admises tant dans le domaine de la physique thermonucléaire que dans celui de la gynécologie dans l'espace... Le Schmilblick des frères Fauderche est rigoureusement intégral, en ce sens qu'il peut à la fois servir de Schmilblick d'intérieur, grâce à la taille réduite de ses gorgomoches, et de Schmilblick de campagne grâce à sa mostoblase et à ses deux glotosifres qui lui permettent d'urnapouiller les istioplocks même par les plus basses températures..." Pierre Dac
Extrait du Petit Catalaunien Illustré N°3
16 rue Binet 51000 Châlons-en-Champagne
tel/fax : 03 26 68 68 00
courriel : catalaunien@club-internet.fr
bon de commande :
http://www.catalaunien.fr/01-catalaunien_publications/2006-anciens_numero_et_livres.pdf
Pour plus d'info : http://www.catalaunien.fr,
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• 31/05/2007 - Histoires de Catalaunie
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